Il se souvenait combien il avait tout de suite aimé son allure, et sa façon de se mouvoir. La manière qu'elle avait de relever sa crinière au-dessus de sa nuque, en queue de cheval, et de cambrer son dos lorsqu'elle l'ébouriffait, un supplice qui le rendait fou à chaque fois qu'elle recommençait. Keera l'avait rendu fou d'amour et de désir. Même ses regards noirs lancés à chaque occasion quand ils se sont rencontrés l'avaient perdu. Elle était pourtant si différente des canons de beauté auxquels il était accoutumé. Durotan lui avait dit un jour qu'il avait des goûts plutôt raffinés en matière de femelles. Venant d'un orc qui se pavanait aux bras de la plus belle femelle orque de tous les clans, c'était plutôt déplacé.
Mais il était vrai qu'il ne s'était jamais vraiment senti attiré par les femelles de sa propre race. Finalement, son vieil ami avait peut-être vu juste. Après tout, il le connaissait mieux que quiconque.
Et la voilà qui passait juste devant lui, le plus naturellement du monde, si féline, si.... appétissante.
Ses bas instincts reprenaient le dessus, et il la suivait du regard, avide.
Grom avait tout de suite remarqué la façon dont Orgrim la dévorait des yeux. Il ne lui connaissait pas cet aspect de sa personnalité, toujours si réfléchi et invariablement sensé. Après tout, on dit qu'un orc uni à une femelle est un autre orc.
Suite à la moquerie de Hurlenfer, Orgrim se reprit :
Depuis tout ce temps, Orgrim n'y avait même pas songé. Après tout, c'était la guerre. Mais à présent...
Exactement comme pour les Loup-de-givre, pensa Orgrim. Drek'Thar aussi avait réussi à recontacter les éléments qui les aidaient occasionnellement.
La pique fit mouche, et Grom se leva, le regard menaçant :
Orgrim sourit. Grommash Hurlenfer n'avait pas changé. L'indomptable chef du clan Chanteguerre qui s'offusquait qu'on ne prenne au sérieux ses dires à propos d'un serment sacré.
Devant son air mauvais à la fois et convaincu, Orgrim accepta donc avec une réelle joie que l'on lance les préparatifs de leur rituel d'union sacrée.
Ressassant tous les événements depuis son arrivée au souterrain, Orgrim scrutait Hurlenfer qui ne cessait de l'étonner. Il avait été loin de l'imaginer prêt à recueillir une étrangère dans sa tanière, fût-elle accompagnée de l'un des leurs. Il ignorait encore comment Bazol avait réussi à le convaincre de les accepter et de les protéger, mais il leur en était infiniment reconnaissant.
Grom resta silencieux quelques secondes, puis reprit :
Orgrim l'écoutait avec attention. Grom poursuivit :
Orgrim se renfrogna.
C'était vrai, et pourtant, les orcs n'étaient pas une espèce qui se laissait aller au désespoir. Cependant, bien qu'ils aient combattu pendant des années l'armée humaine, ils se retrouvaient à présent acculés dans la boue et piétinés par leurs ennemis, vaincus, brisés.
Orgrim tentait de rassembler ses pensées. Il devait sauver son peuple, il ne tolérait pas qu'ils restent là recroquevillés dans des camps miteux le regard vide.
Mais avant tout, il pensait à la vengeance. Des orcs, issus de son propre clan, avaient osé toucher à sa compagne en lui infligeant les pires horreurs. Ils lui avaient arraché son enfant des entrailles, arraché ! Orgrim bouillonnait de rage, et son courroux serait à la hauteur de sa fureur.
Voyant bien ce qui traversait Marteau-du-destin à sa posture offensive (il avait courbé le dos comme s'il s'apprêtait à attaquer), Grommash posa une main sur l'épaule de son ami :
Orgrim se calma quelque peu, et resta silencieux. Il ne souhaitait pas non plus entraîner les Chanteguerre dans son propre combat. Si les orcs vivaient à présent cachés, c'était pour une bonne raison : le feu démoniaque qui les animait semblait désormais les affaiblir, et ils n'étaient pas en état de lancer une offensive à travers les royaumes humains reconquis.
Grom observa Orgrim quelques instants, puis se leva, laissant Marteau-du-destin à ses pensées.
En fin de compte, Hurlenfer avait raison. Ils devaient parler. De plus, Grommash savait, lui plus que quiconque, combien les regrets pouvaient détruire.
Keera avait tiré le long tissu qui servait à isoler leur galerie privée. Orgrim s'assit sur un tabouret de bois, et attrapa Keera par le bras pour l'installer sur ses genoux. Elle lui faisait face, entourée des bras robustes de son compagnon.
D'abord surprise, Keera scruta son compagnon et le regard étrange qu'il présentait.
C'était vrai. Ils ne s'étaient jamais retrouvés seuls tous les deux. Dorénavant, la vie ne dépendait plus que d'eux seuls.
De toute sa vie, il ne s'était jamais senti aussi fier. En une déclaration, Keera l'avait ranimé. Il avait l'impression de revenir à la vie, comme un long nuage gris qui finit par se dissiper après l'orage. Assurément, ils allaient vivre. Il n'en douterait plus.
La fixant de ses yeux gris, Orgrim attrapa le visage de la jeune femme et l'embrassa avec passion. Elle répondit à son baiser, et noua ses bras autour du cou de son compagnon.
Rien ne pouvait être plus fort que cela, plus fort qu'eux, plus fort que ce qu'ils représentaient.
Le jour suivant, Grom avait invité Orgrim à une partie de chasse. Cela faisait une éternité qu'il n'avait pas chassé avec les siens. Quand bien même ils devaient rester cachés, cela ne l'empêcherait pas de profiter de ces moments de plaisir à traquer une proie, se remémorant l'époque où il chassait avec son clan, dans les plaines sauvages de Gorgond.
Il se para donc, armé d'un couteau affûté, et suivit Grom et quelques guerriers hors du souterrain.
Que la chasse commence !