Keera se réveilla dans les bras d'Orgrim, assis contre le tronc d'arbre. Elle s'étira et remarqua qu'il était droit et immobile. Quelque chose n'allait pas.
Orgrim mit son doigt sur la bouche de la jeune femme et fixait l'horizon. Elle se tut et suivit le regard de l'orc. Derrière la colline qui leur faisait face, quelque chose s'animait.
Orgrim chuchota :
Keera opina du chef.
La princesse se leva tranquillement, rassembla les vivres, et accrocha sa lance dans son dos, tandis qu'Orgrim souleva le sac dans lequel était caché le marteau-du-destin. Ils tirèrent leur cape et partirent vers le nord comme si de rien n'était.
En revanche, ils n'allaient pas contourner la ferme pour longer la vallée située à la base de la montagne, cela pourrait les isoler si toutefois ils étaient bien suivis. Ils comptaient traverser les Hautes-terres en pic vers le nord et gagner une grotte qui les amènera aux Hinterlands.
Ils arrivèrent le long d'une clairière où se trouvait une autre ferme, et s'arrêtèrent derrière un rocher.
Orgrim se retourna si vite qu'il fut atterré de voir à quelle vitesse l'humain s'était dégagé de lui. Keera faillit le toucher avec sa lance, tandis que deux autres soldats les ruèrent. Leur armure n'était pas de plaque mais de cuir, ils portaient de longues dagues et se déplaçaient rapidement et en silence. Orgrim en occis un qu'il attrapa par le cou qu'il brisa de sa main. Un autre reçut une pointe de lance dans le ventre en voulant charger la princesse qui riposta. Le troisième disparut.
Sur le qui-vive, le couple se positionna dos à dos et tenait sa garde. Les oreilles fines de Keera perçurent un léger bruit sur sa gauche, et elle planta sa lance dans la poitrine du troisième qui perdit son camouflage et tomba à genoux. Il n'était pas mort.
Le soldat sourit et resta silencieux. Il leva les deux bras et fit non de la tête comme pour signifier qu'il ignorait de quoi il parlait.
Keera tourna sa lance dans l'orifice qu'elle avait formé, et l'humain gémit.
La princesse voulut se dégager, mais l'humain blessé tira sur la lance plantée pour l'en empêcher. Elle dût la lâcher, mais l'homme derrière elle la tenait par la ceinture, une dague pointée sur sa gorge.
C'est alors qu'il bondit vers l'homme et piétina l'humain blessé au passage. Un autre agent camouflé surgit, et chargea l'orc qui dégaina le marteau-du-destin en réponse. L'humain ne s'y attendait pas, et reçut la tête du marteau de plein fouet dans la face. Il s'écroula au sol, la tête retournée sur son cou dans un angle impossible.
Celui-là est leur chef, en déduit Marteau-du-destin qui s'immobilisa et le scruta. Très grand pour un humain, la carrure large, il portait un équipement en maille. Ses cheveux courts couleur feu juraient avec ses yeux bleu clair qui rendait son regard encore plus dur. Une légère cicatrice traversait ses lèvres.
Keera fixait Orgrim d'une façon qu'il ne sut interpréter. Il lâcha son marteau, mais montrait les crocs.
Orgrim le fixa, le regard mauvais.
Orgrim retroussa les babines, et grogna. Il commença alors à se cambrer en avant, puis poussa un hurlement.
Alors que l'homme resserra son emprise autour de la taille de Keera, celui-ci se retira à une telle vitesse qu'Orgrim ne comprit pas tout de suite.
Keera sauta en avant pour récupérer sa lance dans l'agent qui s'était vidé de son sang, et pivota pour attaquer l'homme qui disparut.
Plusieurs minutes passèrent.
Le couple resta en alerte un moment, puis, ne percevant plus un bruit ni un geste alentour, ils reprirent la route vers le nord au pas de course.
Orgrim la regardait, tandis qu'ils s'avançaient discrètement vers la ferme un peu plus à l'ouest.
Orgrim se renfrogna. Il ne supportait pas que l'on pose la main sur sa compagne. Et elle venait d'être blessée.
Embusqués derrière un épais buisson, derrière la ferme, ils aperçurent un abri auquel des chevaux étaient attachés. Ils n'auraient pas à effrayer les fermiers pour s'en emparer.
Pour toute réponse, elle ferma sa main sur la sienne, la pressa, puis s'élança vers l'abri qui retenait les chevaux. Orgrim regardait alentour, et restait alerte au cas où l'humain de tout à l'heure les filait.
Keera revint à peine quelques minutes plus tard, tirant les rênes de deux très beaux palefrois blancs et marrons.
Une fois en selle, tous deux mirent de la distance entre eux et les Hautes-terres. Ils firent un détour par l'est pour semer leurs potentiels poursuivants.
Plus loin dans la clairière, le général Walmor avait rejoint son lieutenant.
Puis Vosh s'éloigna.
Walmor s'assit sur l'herbe et entreprit de recoudre sa plaie à la cuisse. Il tenta alors de rassembler les informations récoltées dans son esprit, tandis qu'il songeait à la traque.
Le roi Terenas faisait les cent pas devant son trône, observé par les nobles qui garnissaient la vaste salle. Il venait de recevoir un message du lieutenant Vosh concernant la poursuite de Marteau-du-destin. Une fois de plus, l'orc semblait échapper à ses recherches. Le royaume de Lordaeron avait été fouillé de fond en comble, depuis les Terres du Nord jusque Hautebrande.
Le message laissait toutefois entendre que le général tenait une piste.
Il était vrai que les méthodes employées par Walmor étaient discutables, pensa Terenas qui massait nonchalamment sa courte barbe grise. Mais il menait toujours ses missions à bien, c'était la raison pour laquelle il lui avait confié la charge de retrouver l'orc. Car Walmor ne reculait devant rien pour arriver à ses fins.
Après tout, il avait gagné ses galons de général en gravissant les échelons du système militaire brillamment, se mettant en danger sans hésiter si cela pouvait assurer le succès de sa mission. Ses hommes lui étaient dévoués, et il les entraînait durement.
Non, décidément, il ne voyait que lui pour garantir la réussite d'une telle mission.
Durant sa réflexion, le roi perdit le fil de la conversation.
Le caporal s'avança et acquiesça.
Bien, ainsi les chances de capturer Marteau-du-destin s'amélioreront, pensa Terenas. Si entre-temps Walmor réussit à attraper l'orc, tout rentrera dans l'ordre.