La basse saison se terminait, et Keera, malgré le froid, sortit de la ferme réhabilitée pour s'étirer les membres. Elle était habituée aux températures basses, mais savait apprécier le confort et la chaleur des peaux de bête qu'affectionnaient les orcs. Cependant, il était parfois difficile pour Orgrim de chasser certaines créatures auxquelles sa bien-aimée était susceptible de s'attacher, et de récupérer leur peau. Lorsqu'elle attirait une bête à elle, que ce soit un cerf, un ours, ou bien un loup, et qu'il s'approchait pour l'abattre, elle lui lançait un regard presque larmoyant, ce qui signifiait qu'il pouvait aller trouver une autre proie ailleurs.
Ces derniers mois avaient été salutaires. Ils apprirent beaucoup l'un de l'autre. Keera maîtrisait de mieux en mieux la langue commune orque, bien que très rudimentaire par rapport à la langue commune des races nobles d'Azeroth, et donc difficile à articuler. Elle apprit également le dialecte des Rochenoires et leur histoire, tandis qu'elle enseigna à Orgrim l'histoire des humains et des nains, ainsi que des exercices physiques qui lui permettraient de gagner en puissance. Il connaissait également quelques nouvelles figures martiales de combat à mains nues.
Ils s'étaient aussi confectionnés des vêtements appropriés à chaque saison, et s'étaient préparés à leur départ de la ferme avec l'arrivée des beaux jours.
Depuis quelques jours, Keera avait remarqué qu'Orgrim trépignait d'impatience. À la vérité, elle avait hâte de rencontrer le fameux clan de son ami d'enfance, Durotan. Elle comptait bien les questionner à propos d'Orgrim.
Ils avaient bien entraîné Vent-gris, qui supportait mieux les charges lourdes. Cependant, le voyage devrait compter au moins une halte jusqu'aux confins d'Alterac. Vêtus d'une peau qui leur couvrait les épaules, camouflés sous une longue cape, tous trois s'envolèrent en direction des montagnes d'Alterac. Ils feraient une halte dans les montagnes frontalières des Contreforts de Hautebrande. Le lieu serait désert, et ils avaient de quoi survivre un moment.
Depuis la fin de la Seconde Guerre, et la trahison d'Alterac, le général Hath, honteux d'avoir participé malgré lui à cet acte de félonie, s'était retiré dans sa demeure, une humble bâtisse tout près du Moulin-de-Tarren. La culpabilité le rongeait. Car, bien qu'il connaissait son maître et son penchant pour la lâcheté et l'égoïsme, il était resté fidèle et avait tout de même obéi.
Quelle hérésie, pour un homme de principes qui avait toujours suivi la même ligne de conduite durant toute sa vie.
L'un de ses plus grands regrets été de n'avoir pas pu empêcher le mariage forcé de la princesse Keera, sa protégée. Cette enfant, que l'on avait essayé de programmer pour être une machine à tuer, avait représenté l'outil principal des sombres desseins de conquête du royaume tant convoité par Perenolde : Lorderon. Nul doute que son alliance avec le chef des orcs n'avait pas pour seul objectif de sécuriser son royaume. Il devait projeter de se joindre à la Horde une fois l'Alliance de Lordaeron vaincue. Il aurait ainsi revendiqué le trône du roi Terenas.
Que la Horde ait perdu était peut-être mieux, après tout, car c'était un scénario plus acceptable que de voir Perenolde au pouvoir. Les intrigants n'apportaient jamais rien de bon pour le peuple qu'ils dirigeaient.
Un bruit sourd le sortit de ses pensées. Quelqu'un frappait à la porte.
Malédiction ! Walmor ! Que lui voulait-il ?
Il le savait à l'intérieur à présent, il ne pouvait plus reculer.
Hath hésita, mais sentit qu'il n'avait pas vraiment le choix.
Hath s'assit en face de son homologue. Walmor était simplement vêtu, portant une dague à sa ceinture, et un gilet de cuir.
Complètement abasourdi par ce qu'il venait d'entendre, Hath écarquilla les yeux.
Walmor quitta Hath après deux heures de débats. Le soleil se couchait, et il lui avait proposé une autre rencontre afin de s'organiser. Mais tout de même, quel coup de maître ! Il avait imaginé pouvoir manipuler Hath après deux ou trois rencontres, mais le pauvre s'était noyé si profondément dans la culpabilité qu'il avait fini par se laisser convaincre. Il lui avait même fait jurer de garder l'affaire secrète, sous peine de laisser la princesse courir un danger encore plus grand.
Quelle naïveté, surtout de la part de Hath, d'habitude si droit et sceptique, et surtout, après leur passé tumultueux.
Il allait à présent devoir redoubler d'efforts pour retrouver au plus vite cette princesse et l'orc pour mener son plan à bien. Chaque zone de Lordaeron était sous surveillance, ce n'était donc plus qu'une question de temps.
La belle saison s'annonçait, et pourtant, la neige semblait éternelle dans les montagnes d'Alterac. Quelques flocons tombaient encore, recouvrant le paysage et faisant remonter les souvenirs de Keera. Elle avait tant arpenté ces vallées enneigées avec Hath et ses hommes, parfois avec ses sœurs lorsque le temps était plus clément. Elle n'aurait jamais cru ressentir cette nostalgie, car finalement, son enfance avait été plutôt plaisante.
Keera libéra Vent-gris qui prit son envol et se dirigea vers l'est. Trop reconnaissable, d'autant qu'ils se rendaient dans une grotte où ils ne pourraient pas le garder près d'eux, il était préférable de libérer le griffon. Pour le chemin du retour, ils trouveraient bien une solution.
Après plusieurs heures de marche, Orgrim ne semblait pas retrouver le chemin de la cachette des Loup-de-givre. Empêtrés dans la neige qui leur arrivait presque au niveau du torse, il se laissait guider par Keera qui, elle, paraissait savoir où elle allait.
Keera eut un sourire modeste. Elle connaissait l'orgueil des orcs, et Orgrim ne faisait pas exception. Et, bien qu'il acceptait sincèrement les compétences assez hors normes de sa compagne, il éprouvait tantôt le besoin de maîtriser la situation.
Au moins, avec une telle neige, ils ne laisseraient aucune trace de leur passage. Après une longue marche, ils aperçurent de loin la grotte qui abritait le clan Loup-de-givre. Comme lors de son dernier passage, Orgrim remarqua l'épaisse brume qui camouflait la caverne. Les pouvoirs chamaniques de Drek'Thar étaient à l’œuvre.
Oreille-sage s'élança alors vers l'entrée, suivi de Keera et d'Orgrim qui fermait la marche. Une fois dans la grotte, ils suivirent le loup, et Keera put constater le nombre de loups géants aux côtés des orcs Loup-de-givre.
Oreille-sage avait rejoint un orc aux yeux bandés qui s'approcha du couple :
Keera leva les yeux vers son compagnon. En effet, il avait réussi à la retrouver, et, de toute évidence, Orgrim avait parlé d'elle aux Loup-de-givre. Sentant le regard de sa compagne, Orgrim se détourna légèrement, embarrassé.
Drek'Thar pivota, et leur offrit de s'installer près du feu :
Le vieux chaman omit le fait que ses visions ne comprenaient aucun enfant vivant. Il les laisserait lui en parler de leur propre chef s'ils le désiraient, mais ne lancerait pas le sujet lui-même.
Ils prirent un moment pour finir leur potage, puis commencèrent le récit de leurs aventures. Comme lors de sa dernière visite, Orgrim remarqua que d'autres orcs du clan s'étaient approchés pour mieux les entendre. À la différence que cette fois-ci, ils observaient sa compagne avec curiosité et ébahissement. Leur surprise amusa Marteau-du-destin. Il se remémora la première fois où il avait braqué les yeux sur elle, certainement avec cette même mine effarée.
Après un moment, Drek'Thar commenta :
Keera se sentit rougir. En dehors d'Orgrim, qui avait toujours fait preuve d'une grande pudeur sur le sujet, c'était la première fois qu'un autre se permettait une telle remarque. Elle contempla son compagnon qui la regardait avec fierté. C'était suffisant. Elle n'avait jamais eu besoin qu'il le lui dise, elle le lisait dans ses yeux. Chaque fois qu'il lui parlait, chaque fois qu'il l'observait, chaque fois qu'il la touchait, il la faisait se sentir incroyablement belle.
Soudain envahie par un doute terrible, elle demanda :
Keera regarda Orgrim, incrédule.
Profitant de ces échanges de souvenirs, Keera saisit l'occasion de questionner le vieux chaman :
Après un petit moment de silence et de réflexion, Keera saisit sa chance :
Keera scruta son compagnon en souriant, tandis qu'Orgrim fermait les yeux et écoutait son ami, comme s'il revivait ces moments si précieux.
Profitant de cet élan de nostalgie, la princesse demanda :