De retour au souterrain, ils s'aperçurent que le dragon avait raison : Bazol, ainsi qu'un Chanteguerre étaient de retour. Bazol, si heureux de retrouver son chef et sa compagne, les étreignit, oubliant le protocole.
L'orc Rochenoire se tassa légèrement. Il savait le chef Hurlenfer peu enclin au pardon, et redoutait sa réaction.
Grommash pivota pour les toiser. Les deux jeunes Rochenoire, bien que rompus au combat, sentirent la menace les dévisager, comme une impression physiquement palpable. Le chef des Chanteguerre n'était pas un orc dont on soutenait le regard. Il s’avança alors vers les deux qui tentèrent de conserver un air digne.
Orgrim stoppa net Keera qui voulut s'interposer. Elle ne pouvait pas intervenir.
Grom arriva à leur hauteur, ouvrit sa gueule tellement grand qu'ils pensèrent qu'elle se briserait, et émit son cri de guerre. Les deux Rochenoire se recroquevillèrent au son démesuré et furent presque hébétés. Keera se demanda alors s'il n'allait pas les manger.
Satisfait de l'effet produit par son cri de guerre, Grom entonna :
Grommash se redressa, et examina le jeune Rochenoire. Il ouvrit sa gueule, et l'élargit pour former un sourire satisfait. Puis, il leur tourna le dos, et s'avança vers Orgrim :
Il tapota sa main énorme sur l'épaule d'Orgrim, puis s'enfonça dans les tunnels du souterrain.
Heureux de se retrouver enfin seuls, dans leur tunnel privé qui n'avait pas changé depuis la dernière fois, Keera et Orgrim se prélassèrent sur leur couche. Débarrassé de son armure, l'orc étirait ses bras, tandis que la princesse était perdue dans ses pensées.
Quelle joie ce fut de retrouver un visage familier, et surtout, qui lui rappelait son intrépide et envahissante amie.
Keera croyait sincèrement qu'il en était capable. Son époux était décidément la douceur incarnée. De toute évidence, Orgrim tenait à leur intimité. Et c'était très bien ainsi.
C'était même presque étrange, pour quelqu'un qui avait toujours vécu une vie clanique. Orgrim lui avait toujours donné cette impression d'être différent, surtout parmi les siens.
Il n'était pas encore temps de rallier les orcs sous sa bannière. Il avait besoin de réfléchir, de prendre du recul. Et de voir comment les choses évolueraient avec le temps.
Les regroupements d'humains et de nains se faisaient de plus en plus nombreux et fréquents. Le Port de Menethil, plus loin à l'ouest des Paluns, entre autres, y était pour quelque chose. Ce flux mettait en danger le clan Chanteguerre, habitué à chasser dans les environs. Toute sortie était compromise, et demandait une organisation particulière.
C'est ainsi qu'ils travaillèrent à se dissimuler davantage aux yeux des humanoïdes qu'à ceux des animaux. Ils pouvaient alors disparaître dans la nature et fondre sur leur proie sans être vus. Devenus de fins chasseurs furtifs, les Chanteguerre, aidés de leurs hôtes de marque, purent également récupérer quelques armes supplémentaires suite aux nombreuses rixes que se livraient les nains de clans différents des environs.
Cela n'évitait pourtant pas tout affrontement. Car, pour avoir questionné un soldat de Hurlevent qu'ils avaient combattu, ils savaient que le jeune roi Varian Wrynn traquait les orcs renégats afin de les éliminer de l'équation. Motivé par une haine farouche des orcs, il menait attaque sur attaque, et ne laissait aucun survivant. Hardi combattant, le roi humain pouvait tenir tête à un orc plus massif que lui. Raison pour laquelle Hurlenfer trépignait d'impatience de tomber dessus.
Grommash se tut. Il ne pouvait tenir tête à Marteau-du-destin, et savait, au fond, qu'il avait raison. Les orcs avaient suffisamment soufferts de la corruption démoniaque et de ses conséquences, et il était évident qu'ils n'étaient pas prêts pour une autre guerre.
Grommash peinait toujours à refréner ses ardeurs, et pourtant, il avait été le premier à boire le sang démoniaque qui leur avait été offert. Il portait ce poids qui s'alourdissait, à mesure que l'énergie démoniaque se dissipait, l'obligeant à réaliser le contrecoup de leur faiblesse. Boire ce sang maudit les avait rendus forts, puis faibles. Il en était certain. Rien auparavant n'avait rendu les orcs ainsi léthargiques.
Il le voyait chez chacun de ses guerriers. Tous avaient bu le sang, et tous semblaient toujours plus vulnérables et fatigués. Ça ne pouvait être le fruit du hasard, car Orgrim n'avait pas bu le sang, et ne souffrait pas de ce déclin croissant.
Tout cela l'effrayait, en réalité. Mais il refusait de laisser venir la peur s'insinuer en lui. Il portait la responsabilité de son clan, et se devait de lui prouver qu'il ne fallait jamais fléchir devant un obstacle. C'est sur cette maxime qu'il avait fondé sa réputation, et qui lui avait apporté le respect des siens.
Rêvant des jours de gloire passés et à venir, Grom se perdait dans ses pensées, tandis que Keera et Orgrim se levèrent. Les récents affrontements avaient galvanisé le chef de clan, et ils pouvaient voir dans son regard la dure réalité qui tamisait la lueur de ses yeux.
Sur ces mots, ils quittèrent le tunnel de Hurlenfer.
Le lendemain, tout le souterrain était en alerte. Un groupe de soldats humains s'était approché de l'entrée de la cachette après avoir vu des chasseurs orcs s'y engouffrer.
Apparemment, ils étaient en train d'inspecter le feuillage qui dissimulait le passage, seule issue en cas d'attaque.
Un groupe de quatre guerriers était posté près du tunnel menant à l'entrée, puis un autre groupe quelques pas plus loin. Le reste s'était dispersé dans les galeries, prêts à surgir des profondeurs du souterrain.
Ils attendirent une heure, puis deux. Après la troisième heure, Grom se chargea de vérifier l'état de l'entrée. D'après le feuillage, qui ne semblait pas avoir été touché, personne n'avait dû trouver l'entrée.
Marteau-du-destin savait qu'elle avait raison. Mais il ne voulait pas qu'elle prenne un si gros risque.
Il donna un coup de tête en direction des tunnels à Keera et Grommash. Keera se retint de ne pas renchérir. Elle savait qu'il lui fallait éviter de contredire Orgrim devant les autres orcs. Elle garderait ses arguments pour leur débat.
Grom et Keera emboîtèrent le pas à Marteau-du-destin. Dans une galerie un peu plus loin et isolée, ils s'assirent et échangèrent à propos de la prochaine sortie.
Keera les écoutait. Orgrim fut stupéfait de sa passivité, et s'attendait à ce qu'elle intervienne rapidement.
Tous deux se turent, tandis que Keera restait silencieuse. Il n'y avait qu'elle qui pouvait tenter cette sortie, c'était une évidence. Et elle voulait qu'ils parviennent à cette conclusion d'eux-même. Ou en tout cas, qu'Orgrim cesse de s'inquiéter pour elle au point que cela mette en danger le clan Chanteguerre.
Elle les observait en haussant les sourcils. Grommash, qui ne comprenait pas non plus le mutisme de la princesse, passait son regard de l'un à l'autre. Après un moment de réflexion, Orgrim se lança :
Amusée par leur réaction, Keera acquiesça :
Keera aimait le voir ainsi, sûr de lui et transmettant indirectement son savoir-faire tactique et ses qualités de meneur. Et, plus que tout, elle affectionnait ces moments où il lui rappelait son attachement profond avec tant de pudeur.
Le jour de la sortie était venu. Ils convinrent de plusieurs plans d'action pour différents cas de figure. Et, selon la situation, le clan interviendrait pour protéger la princesse.
Silencieusement, Keera s'inséra dans les feuillages cachant l'entrée, prête à dégainer sa lance double-lame. Elle examina les environs. Rien.
Elle sortit doucement, s'extirpant de la ramure, alerte. Elle demanda à la végétation si des soldats pouvaient s'y trouver, mais aucun ennemi ne se cachait dans les environs. Elle releva sa capuche et couvrit sa tête.
Comme convenu si toutefois aucun ennemi n'était en vue, Keera partit inspecter les alentours dans un périmètre plus large.
Elle marcha un moment, se dissimulant des gnolls qui guettaient non loin du marais qu'elle traversait.
Elle s'aventura jusqu'à voir l'horloge du port de Menethil poindre à l'horizon, puis rebroussa chemin et reprit son inspection en sens inverse.
Keera n'eut pas le temps de se retourner que son interlocuteur se tenait à ses côtés, regardant dans la même direction. Il se déplaçait si furtivement qu'elle ne l'avait même pas entendu s'approcher.
Il s'agissait d'un jeune humain, très grand et large de carrure. Un chevalier peut-être. Sa crinière brune pendait le long de sa nuque, encadrant un visage étrangement harmonieux pour un air aussi dur. Ses yeux bleus étaient vifs. Il reprit alors :
Il l'examinait également. Elle vit qu'il ne portait pas de tabard mais l'écusson de Hurlevent. Il devait mener l'une des troupes qui pourchassait les orcs sur ordre de son roi.
Devait-elle le tuer ? Son épée reposait dans son fourreau, et il ne semblait pas désireux de s'en servir. De plus, s'il disparaissait, et si sa troupe partait à sa recherche, elle pourrait bien s'attarder dans les environs et trouver le souterrain. Mais s'il devenait insistant, elle n'aurait pas le choix. Elle prit donc sur elle et sourit :
Se pourrait-il qu'il la suive après l'avoir quitté ? Elle devait prendre le risque, et tenter de le semer ensuite si besoin.
Alors qu'elle avait pris sa décision, elle vit un groupe de gnolls par-dessus l'épaule du guerrier qui s'apprêtaient à les charger. Suivant son regard, et voyant qu'elle empoignait sa lance, il se retourna et attrapa l'une des créatures qui se jetait sur lui. Il l'étrangla de ses mains, et dégaina son épée tandis qu'il tua deux autres gnolls avant de se retourner vers la jeune femme qui avait disparu.
Cachée dans un sentier un peu plus loin, Keera observait la scène. L'humain se battait comme un diable. Et pendant qu'il hachait menu le reste des gnolls qui l'assaillirent, elle s'éloigna, convaincue qu'il croulerait sous le nombre.
Elle attendit un bon moment, s'éloigna encore, et revint sur ses pas. Revenue près du souterrain, elle aperçut Orgrim qui en sortit, suivi de Grom et de plusieurs Chanteguerre.
Keera et Orgrim les regardèrent s'engouffrer dans la végétation froide et humide des Paluns.
La princesse fixa Orgrim et dit :
Sur ces mots, Orgrim tira Keera par le bras pour l'amener contre lui. Il était si reconnaissant aux Ancêtres de lui avoir donné une telle compagne.
La princesse se blotti fort, et se dégagea, montrant à Orgrim ce que renfermait sa main :
La troupe de soldats de Hurlevent stationnée devant le Port de Menethil s'impatientait. Leur jeune roi s'était aventuré seul dans les fourrés marécageux après avoir appris que les orcs récemment aperçus dans les Paluns demeuraient introuvables. Fulminant, il avait ordonné à ses gardes de rester au camp et partit se défouler sur la faune locale.
Le monarque se montra après plusieurs heures, couvert de sang et probablement plus détendu.
Le roi commença à se débarbouiller le visage à l'aide d'une étoffe baignée dans une bassine tandis qu'il était rejoint par son agent spécialisé dans l'étude des populations.
Le roi Varian n'était pas tout à fait sûr que la jeune femme qu'il avait croisée était une elfe. Mais il n'avait encore jamais vu d'humaine avec de tels yeux, ni un tel visage.
Soudain, il réalisa combien le compagnon de la dame était chanceux de s'être trouvé une femme aussi belle et, visiblement, belliqueuse. À cette pensée, le roi sourit.
Tibalt, un ancien écuyer devenu chevalier, puis ami proche du roi qui le connaissait bien, s'approcha et dit :
Le roi Varian le fusilla du regard :
À nouveau de mauvaise humeur, le jeune roi se replia sous sa tente après avoir ordonné à ses troupes de préparer leur départ des Paluns le lendemain.