Après une longue chevauchée, la troupe Rochenoire menée par Orgrim arriva au Relais de Fer, une base de la Horde de Fer installée depuis peu à la Crête de Givrefeu.
Une preuve de plus que cette nouvelle Horde comptait bien conquérir tout Draenor en attendant d'envahir d'autres mondes.
Encore affaiblie, Keera se déplaçait avec difficulté, mais son esprit était aussi vif que possible. Du haut du loup géant d'Orgrim, elle protégeait son petit des intempéries ambiantes qu'elle avait finalement hâte de quitter. Voyant qu'ils se dirigeaient vers Gorgrond, elle commença à retirer ses fourrures.
L'orc semblait commencer à reconnaître les pleurs du bébé, ce que Keera trouvait attendrissant. Elle avait alors commencé à le moquer, arguant qu'une telle brute pouvait se montrer affectueux à l'occasion. Mais Ga'nar, qui avait un certain humour, était si rustre qu'il lui aboyait dessus jusqu'à ce qu'un de ses gardes n'intervienne pour le faire taire.
Amusée par cette situation, Keera décida qu'elle pleurerait l'Orgrim qu'elle avait connu plus tard. Car Garrosh avait raison, les personnes de cet espace-temps étaient parfois différentes de celles qu'ils avaient connu. Et c'était le cas de son défunt époux, dont elle reconnaissait tout de même quelques points communs, car il savait se montrer pragmatique et autoritaire, mais également juste. Et il n'avait pas encore autorisé ses guerriers à battre Ga'nar qui ne cessait de les provoquer.
Ce qu'elle ne s'expliquait pas, c'était son sens de la loyauté envers ses amis, dont il n'avait encore rien montré. C'était pourtant cela qui l'avait conduit à défier et tuer son chef par le passé.
Orgrim l'observait de loin. Elle n'avait pas bronché depuis sa capture. Elle devait vouloir protéger son petit. Cependant, elle ne paraissait pas craintive, ni même apeurée, ce qui était étonnant pour une prisonnière en tant de guerre.
Il décida donc de la questionner, et attendit que son guerrier l'amène vers lui.
Intriguée, Keera fronça les sourcils, et le suivit à l'intérieur de la base.
Depuis l'extérieur, le bâtiment semblait très petit, mais il comptait tout de même plusieurs lits, et quelques tables de bois. Le lieu devait aussi servir de dépôt d'armes, car plusieurs caisses flanquées du symbole de la Horde de Fer avaient été déposés ci et là.
Une fois en bas, Orgrim proposa un lit à Keera, qui s'y assit, puis attendit qu'il prenne la parole.
Il choisit de s'asseoir sur la table au centre de la pièce, et croisa les bras sur son torse.
Orgrim retroussa les babines et sourit. Il avait oublié combien il aimait la défiance de cette étrangère. Il la regarda défaire sa peau, et répondre au petit cri émit par son enfant qu'elle commençait à bercer. Mais il ne devait pas se laisser attendrir par cette scène touchante. C'était la guerre. Et si elle ne se rangeait pas du côté de la Horde de Fer, elle était l'ennemi.
Orgrim se leva, et s'éloigna vers les marches menant à l'extérieur. Soudain, il se figea. Il pivota vers Keera, et demanda :
Surprise par ces assertions, Keera fut d'abord prise au dépourvu. Elle lui répondit tout de même avec sincérité :
Orgrim devenait touchant, et cela ne devait pas arriver. Il ne devait pas se rapprocher d'elle. Et cette fois-ci, une fuite s’avérerait plus difficile que de prendre congé de Grommash et des Chanteguerre.
Elle reprit alors :
Devant tant de franchise, Orgrim s'approcha d'elle, et dit :
De cela, elle en était certaine. Elle l'avait affirmé à Garrosh, la dernière fois qu'ils s'étaient vus. Elle le connaissait bien, et cet Orgrim n'était finalement pas si différent de celui qu'elle avait connu. C'est pourquoi elle devait le tenir à distance. Sans le vouloir, elle avait déjà trahi Varian. Et même si elle ne le reverrait jamais, elle l'aimait de tout son cœur. Et Orgrim faisait partie de son passé. Un passé révolu qui ne reviendrait jamais.
Le départ était prévu à l'aube. Les Rochenoires, qui avaient passé la nuit sous des tentes sur ordre de leur commandant pour ne pas perturber la mère et son enfant qui dormaient dans la masure, chargeaient leurs loups.
Orgrim se retourna, et reposa le coffre rempli de vivres pour se diriger vers les orcs qui étaient apparus. Quatre Sire-tonnerre se tenaient à l'entrée de la base, et attendaient.
L'orc regarda en arrière et jeta un œil à ses guerriers. Puis, il se dirigea vers Orgrim, et s'annonça :
Orgrim suivit son regard, et vit Keera qui les écoutait. Revenant vers le Loup-de-Fer, il déclara :
Orgrim s'arrêta, et fit face à l'orc de toute sa hauteur. Bien que le chef des Sire-tonnerre était grand, Orgrim le dépassait d'une bonne tête. Ils se toisèrent quelques instants, puis Marteau-du-Destin brisa le silence :
Les Rochenoires commencèrent à dégainer leurs armes, apparemment enjoués par cette perspective. Keera, qui observait la scène, recouvrit son petit d'une peau de bête et resta alerte. Elle avait comptabilisé plus de Rochenoire que de Sire-tonnerre. Cependant, les Sire-tonnerre étaient réputés pour leurs manœuvres suicidaires et leur mépris du danger. Sans compter que d'autres pouvaient se tenir embusqués et prêts à se jeter dans la mêlée.
Après un second échange de regards plus que menaçants, le Loup-de-Fer scruta Keera, et lança :
Très peu touchée par tant d'égards, la princesse dévisagea Orgrim, dont la mine inquiète trahissait son appréhension. Il redoutait sa réaction, priant pour qu'elle n'envenime pas davantage la situation. Et son humeur badinante ne lui disait rien de bon. Elle répondit alors :
Il était heureux que la majorité du visage du Loup-de-Fer ait été caché par une peau de loup, sans quoi tous auraient pu voir le rouge qui lui montait au visage. Serrant les poings compulsivement, il toisa une dernière fois Orgrim, cracha au sol, puis s'en retourna auprès des siens.
Keera les regarda s'éloigner, et se tourna vers Orgrim, dont elle attendait la réaction.
Il s'approcha d'elle à pas lents, et la questionna :
Pensant qu'elle comprenait la gravité de la situation, il la mena vers son loup, et l'aida à le monter. La troupe partit dans l'heure, quittant les terres gelées par l'est en direction de Gorgrond.
Le nombre de squelettes géants était impressionnant. En fin de compte, Keera, tout comme la Ligne des explorateurs, en savait si peu sur Draenor. Cette terre avait abrité tant de créatures géantes primitives, et certaines d'entre elles vivaient encore.
Mais depuis peu, le paysage sauvage était transformé en sites de fabrication industrielle d'armes et d'armures. Sur la route vers Gorgrond, un vaste réseau d'ateliers était en construction. Des fortifications imposantes bardées de murs de fer défiguraient à présent le paysage.
Après une courte halte qui permit à Orgrim de faire le point avec d'autres lieutenants Rochenoires, ils poursuivirent leur route plus au sud. Ce qui intrigua Keera, qui pensait qu'ils se rendaient en Gorgrond. Elle se rappela alors avoir entendu Orgrim dire au chef des Sire-Tonnerre qu'il l'amenait auprès du Chef de guerre de la Horde de Fer. Et d'après ce qu'elle en avait compris, il se trouvait dans la Jungle de Tanaan.
Installée à la bifurcation entre le Passage du Tonnerre et Gorgrond, un passage qu'ils empruntaient depuis qu'ils avaient quitté la Crête, la troupe pouvait jouir d'un climat plus clément.
Keera regardait la scène tout en s'approchant du chariot sur lequel elle s'assied pour nourrir son petit. La voyant s'y installer, les Rochenoires pestèrent, et s'éloignèrent pour rejoindre les autres.
À portée de voix de Ga'nar, elle pouvait aisément converser avec lui.
Ga'nar cracha à travers sa cage, et lui tourna le dos. Ce petit jeu l'amusait, mais elle cherchait avant tout la confiance de l'orc qu'elle tenait toujours à rallier à Durotan.
Gageant que personne ne les entendrait, elle poursuivit plus sérieusement :
Le sourire narquois qui se dessina sur le visage de Ga'nar laissait entendre qu'il comprenait où Keera voulait en venir. De ce qu'il avait cru comprendre, elle devait être une sacrée guerrière pour avoir réussi à occire plusieurs Sire-tonnerre à elle seule, et enceinte de surcroît. Sa fragilité feinte était donc parfaitement maîtrisée, et Ga'nar n'avait plus qu'à attendre son heure pour se libérer avec son aide. Bien qu'il sera ardu de fausser compagnie à Marteau-du-destin, qui les épiait de loin.
Le chemin qui les mena jusqu'en Talador avait été tortueux mais sans risque. La route était dégagée, et le soleil réchauffait la troupe qui avançait bon train.
Ils arrivèrent vite, et traversèrent un chemin surélevé qui longeait la Côte Orunaï. Le long de la route, quelques bannières de la Horde de Fer apparaissaient, ce dont Keera ne se souvenait pas. Elles devaient avoir été installées récemment.
Quelques arbres avaient également été taillés, voire abattus, et devaient servir aux constructions diverses pour les orcs. Ils mirent plusieurs jours avant d'atteindre le Commandement de Lames-furieuses, fortification qui gardait le passage vers la Jungle de Tanaan. Keera avait entendu qu'Orgrim était le chef de cette division de soldats d'élites composée d'orcs de tout clan, les Grom'kar.
Elle se souvenait que cette place accueillait une cité draeneï auparavant, et qu'elle l'avait admirée de loin lorsqu'elle avait traversé Talador. Scandalisée en réalisant qu'il ne restait presque rien de la cité, elle se renfrogna, et jeta un regard noir à Orgrim qui l'aidait à descendre de son loup.
Sa mine assombrie était intrigante. Orgrim pensait-il ce qu'il disait ? Cautionnait-il tous les agissements de ses supérieurs ?
Tout en espérant que ce genre de pratiques ignobles le révolterait, elle berça Sorata qui commençait à pleurer. Orgrim se tourna vers l'enfant qu'il regarda, le visage fermé. Après l'avoir gratifié d'un regard mauvais, Keera lui demanda :
Morgal s'éloigna, tandis qu'Orgrim rejoignait ses guerriers Grom'ka sans même accorder le moindre regard à la princesse.
Keera suivit le guerrier sans un mot, partagée entre le dépit et l'espoir qu'Orgrim n'était pas un monstre dans cette voie temporelle.
Les enclumes étaient martelées jour et nuit, et les combattants s'entraînaient avec vigueur de l'aube jusqu'au crépuscule.
À l'abri sous sa hutte, Keera se tenait auprès de son petit. Tous deux allongés sur leur couche, ils apprenaient à se connaître. Keera faisait jouer ses doigts au-dessus de Sorata qui les regardait et s'égosillait de joie. Ses éclats de rire lorsqu'elle passait son doigt sur son ventre la remplissait d'un bonheur pur et total. Un tel sentiment de béatitude était si troublant et douloureux à la fois qu'elle ne pouvait concevoir qu'on puisse un jour les séparer.
Chaque jour qui passait lui enseignait quelque chose sur ce petit être qu'elle découvrait. Si bien que parfois, elle se prenait à penser que ces moments de bien-être devraient se vivre à deux. Elle ne pouvait les partager avec personne d'autre, et à cette pensée, un doux sentiment de mélancolie l'envahit.
Elle repensa alors à Varian, et les larmes coulèrent sans qu'elle ne s'en rende compte. Tous ces moments-là, elle aurait voulu les vivre avec lui. Mais elle l'avait trahi, sans même savoir comment. Si jamais elle le revoyait un jour par miracle, jamais il ne pourrait lui pardonner.
Et cependant, elle ressentait un tel bonheur auprès de son enfant. Un bonheur coupable qui pouvait lui tordre le ventre.
Elle n'eut cependant pas le temps de se morfondre, car elle crut reconnaître la voix d'un des guerriers qui jurait dehors, tout près de la hutte.
Keera remit Sorata dans une sorte de panier enroulé dans son linge, et qui servait de couffin, puis passa la tête à l'extérieur.
Attendant sagement sous sa hutte, Keera vit son ami entrer doucement après un moment, encore sous le choc de retrouver sa partenaire de combat.
Il s'assied à même le sol, peinant à trouver une posture confortable avec tout l’attirail qui le recouvrait.