Dans sa chambre à l'auberge du Repos de l'été, Irion tentait de calmer son angoisse suite au terrible cauchemar qu'il venait de faire. Après avoir congédié la Pandarène qui lui avait apporté du thé, il s’apprêtait à déguster un délicieux gâteau de riz quand on frappa à nouveau à la porte.
Sa phrase resta en suspend lorsqu'il découvrit la femme sur le seuil.
Des vêtements sales traînaient sur les chaises, des notes étaient éparpillées un peu partout et des cadavres de bouteilles jonchaient la table.
Ce simple contact fit frémir le jeune Dragon qui enlaça sa compagne avant de l'embrasser. Mais il comprit rapidement que cette fois, son charme ne suffirait pas à faire oublier son inquiétude à la chasseresse.
Fuyant le regard scrutateur du Maître-chasseur, il leur servit du thé tout en lui proposant quelques douceurs locales.
Irion n'écoutait qu'à moitié. En dégustant sa pâtisserie, sa compagne s'était mise un peu de crème sur le bout du nez. Au lieu de lui proposer une serviette, il s'imaginait usant de sa langue pour lui retirer et faisait de gros efforts pour ne pas se jeter sur elle. En fait, il se rendait compte que les quelques semaines qu'ils avaient passées loin l'un de l'autre, lui avaient laissé un manque qu'il avait soudain très envie de combler.
Avant que la conversation ne revienne à un sujet qu'il ne souhaitait pas aborder, il entraîna l'Elfe de sang jusqu'au lit. Faire l'amour lui permettrait peut-être d'oublier cette morosité constante qui l'affligeait. Une douleur sourde dans sa poitrine le fit grimacer.
Ce doux contact à travers la chemise finement brodée qu'il portait l’apaisa en partie.
Faëline le dévisagea, certaine qu'il lui cachait quelque chose, mais il avait bien l'intention de lui faire oublier cet incident. Les lèvres du Prince noir glissèrent le long de sa joue, puis sur sa mâchoire. Malgré elle, la Sin'dorei sentit une tension délicieuse monter au creux de ses reins. Ses seins étaient douloureux et tendus contre le tissu de sa robe. Les bras forts du fils de Neltharion la soulevèrent sans peine pour l'asseoir sur lui et elle sentit la pression enivrante de son érection entre ses cuisses.
*****
Toujours étendu dans le lit, Irion se redressa sur un coude pour regarder la chasseresse se rhabiller.
Faëline émit un petit rire cristallin avant de répondre :
Le Dragon avait fini par se lever pour venir enlacer sa compagne, quand son regard tomba sur le rouleau de parchemin qu'il n'avait toujours pas décacheté. La Sin'dorei suivit son regard et s'exclama :
Levant les yeux au ciel, Irion s'en empara et l'ouvrit en grognant. Il laissa échapper un ricanement amer tandis qu'il prenait connaissance de l'invitation reçue un peu plus tôt.
Irion se rappela alors que sa compagne avait tout autant que lui horreur des mondanités d'usage mais que tout comme lui, elle devait s'y plier. En tant que Championne d'Azeroth, elle faisait désormais partie des « people » et se devait d'apparaître dans tous les grands événements.
C'est vrai... le coupa-t-elle, mais tout le monde ne peut pas se permettre de s'introduire dans la chambre d'un prêtre, au nez et à la barbe de ses gardes royaux, pour que celui-ci officie en chemise de nuit et dans le plus grand des secrets.
Il ne l'avouerait jamais mais les paroles aimantes de la Sin'dorei lui faisaient un bien fou. Pour lui qui n'avait pas vraiment d'attache, l'amour de la jeune Elfe était un trésor inestimable et son bien le plus précieux.
*****
Les festivités battaient leur plein lorsqu' Irion arriva au domaine Lunastre. Il espérait que sa compagne ne lui tiendrait pas rigueur pour son retard. Se rapprochant de l'estrade où officiait Dame Liadrin, il laissa son regard vagabonder sur les différentes personnes présentes. Il finit par trouver celle qu'il cherchait : Faëline se tenait auprès de Lor'themar. Elle était magnifique dans une robe de gala en taffetas rouge rubis. À ses côtés le Grand Magistère Rommath et le général des forestiers Luisaile étaient eux aussi rayonnants. La jalousie transperça le cœur d'Irion lorsque Halduron chuchota quelques mots à l'oreille du Maître-chasseur qui lui répondit par un sourire éclatant. Le Prince noir afficha cependant un visage impassible tout en se jurant intérieurement de faire surveiller de très près l'ancien amant de la chasseresse.
N'ayant pas pu en finir rapidement avec les félicitations d'usage, Irion se tourna vers le buffet lui aussi pris d’assaut et attendit qu'un serveur lui verse un verre d'arquevin.
Il s'approcha discrètement de Taelia Fordragon qui conversait avec le seul autre draconien présent à la cérémonie : Kalecgos.
Ils furent bientôt rejoints par Calia Menethil et Derek Portvaillant ainsi que Flynn Bellebrise et Mathias Shaw. Irion eut soudain la désagréable sensation d'être le seul à ne pas être accompagné et aussitôt son regard chercha sa compagne parmi la foule. Il la trouva en grande conversation avec Aggra l'épouse de Thrall. Elle ne semblait même pas avoir remarqué son arrivée. Après avoir échangé quelques banalités d'usage et observé les changements que ces cinq années de paix avaient pu apporter, il prit congé du petit groupe pour aller à la rencontre de l'Orateur.
Heureux de retrouver un véritable ami, le fils d'Aile-de-Mort fut pris au dépourvu par l'accueil chaleureux que Magni et sa famille lui réservèrent. Irion se sentit soudain mal.
Toute cette foule débordante de bonheur lui déchirait le cœur. Il dut lutter de toutes ses forces pour ne pas rejoindre immédiatement la chasseresse, la prendre dans ses bras, l'embrasser devant tout le monde et prouver ainsi à tous que lui aussi avait droit au bonheur. Il décida de marcher un peu histoire de calmer le maelstrom qui faisait rage dans son esprit. S'approchant d'un étang aux eaux paisibles, il s'arrêta lorsqu'une main douce et gracile se posa sur son bras.
Mais au moment où il se pencha vers elle pour lui voler un baiser, une voix chaleureuse et rocailleuse s'éleva dans son dos.
Irion arrêta son geste en maugréant.
Le Prince noir, quant à lui, se contenta de leur adresser un sourire forcé et profita du passage d'un serviteur pour se resservir un verre d'arquevin.
Ce dernier répondit par une plaisanterie qui les fit rire tous les deux. Mais lorsque Mayla glissa son bras sous celui du Grand Chef, Irion dut se faire violence pour ne pas fracasser son verre contre le sol.
Cette impression omniprésente d'appartenance, d'amour et de connexion lui était insupportable. Faëline dut se rendre compte de son mal-être car elle posa tendrement sa main sur la sienne. Ce geste plein de douceur n'échappa pas aux deux Taurens qui ne le relevèrent cependant pas, feignant même d'ignorer ce qu'ils venaient de voir. Enlaçant furtivement les doigts de la Sin'dorei, le fils d'Aile-de-Mort détourna l'attention de son geste en s'adressant à Baine :
Irion désigna alors un Tauren au pelage noir avec des marques blanches sur le museau. Celui-ci portait une robe chamanique traditionnelle, très éloignée des exigences vestimentaires des mariés.
Le chaman s'approcha d'eux.
Sentant son compagnon trembler de colère, la chasseresse serra un peu plus fort sa main dans la sienne et Irion inspira profondément pour se calmer. Les éclats de voix du petit groupe commençaient à attirer l'attention des convives aux alentours.
Mal lui en prit car le Tauren au pelage sombre l'interrogea avec malveillance :
Si la majorité des spectateurs furent choqués par les paroles du chaman, certains commencèrent à prendre son parti. Face à l'embarras d'Irion, le Tauren lui adressa un sourire cruel avant d'ajouter en désignant Faëline d'un signe de tête :
Le verre d'arquevin qu'il tenait dans sa main se brisa mais Irion l'ignora. Laissant sa colère prendre le dessus, il fonça sur Kurog. Si les paroles blessantes du chaman lui avaient fait mal, l'insinuation concernant sa compagne mit le feu aux poudres.
Sans la moindre difficulté, il souleva du sol le Tauren tout en le menaçant d'une voix grondante. Et lorsque Kalec lui posa une main sur l'épaule pour lui demander de lâcher le chaman, il dut faire de gros efforts pour ne pas s'en prendre à lui aussi.
Après avoir pris plusieurs grandes inspirations, Irion repoussa Kurog qui tomba sur le chariot soutenant la pièce montée et le magnifique gâteau s'écrasa sur le sol. Le Totem-Sinistre et le Dragon allaient en venir aux mains lorsqu'une voix, que le Prince noir ne connaissait que trop bien, claqua dans l'air.
Faëline se tenait aux côtés de Thalyssra et sa fureur n'avait rien à envier à celle de la Première arcaniste. La robe du Maître-chasseur était constellée d'éclaboussures et de la crème glacée à la lavande, fondant dans ses cheveux blonds, s'écoulait sur son visage.
Avant que la situation ne dégénère d'avantage, Mayla raconta ce qu'il s'était passé et la Shal'dorei fit mettre dehors l'intrus qui venait de gâcher sa fête.
Kurog adressa une révérence sarcastique aux deux Elfes et cracha au pieds d'Irion avant de tourner les talons non sans leur adresser une dernière parole :
Si plusieurs convives offrirent au jeune Dragon des sourires gênés, d'autres affichaient un air narquois et un mépris mal dissimulé. Les oreilles affûtées d'Irion surprirent des mots cruels et répugnants qu'il n'était pas censé entendre.
Sa colère dissipée, le Prince noir reconstitua sa dignité en miettes et se força à regarder Thalyssra dans les yeux. Il fut cependant bien incapable d'en faire de même avec sa compagne.
Encore mal à l'aise suite à l'incident, Irion s'inclina devant ses hôtes tout en leur souhaitant tous ses vœux de bonheur, puis partit sans un mot.
*****
Allongé au sommet d'une statue de Shal'dorei gardant l'entrée des vignobles du crépuscule, Irion ressassait les événements de cette désastreuse journée.
Quelqu'un prononça son nom, interrompant sa sombre rêverie. Il l'ignora.
Le Dragon noir soupira et jeta un regard en contrebas.
Trois ? C'est alors qu' Irion prit conscience de la présence d'une autre personne. Il ne l'avait pas reconnue tout de suite mais c'était bien elle aux côtés de l'Aspect du Vol bleu.
Désormais vêtue d'une robe violine toute en soie et organza, son éternel chignon serré laissant place à une longue tresse reposant sur sa poitrine, la chasseresse était d'une beauté à couper le souffle. Quoi qu'elle porte, sa compagne était toujours sublime et cela fit sourire l'héritier de Neltharion.
Adoptant sa forme véritable, Irion descendit de son perchoir de fortune avant de reprendre celle anthropique après avoir atterri. Oubliant un instant la présence de son homologue, Irion enlaça l' Elfe avant de l'embrasser.
Faëline vint alors à son secours :
Un silence embarrassé s'installa entre eux. La chasseresse prit la main meurtrie de son compagnon pour en inspecter les nombreuses coupures et Kalecgos en profita pour orienter la conversation sur les événements de la journée.
Il remplit le verre d'Irion et celui de Faëline avant de poursuivre :
La conversation se poursuivit sur le sujet des anciens Aspects de la terre et de la magie. Il semblait que Kalecgos ait lui aussi besoin d'apaiser les tourments de son âme.
La compagne du Prince noir se leva alors et dit :
Elle embrassa tendrement Irion puis salua Kalec d'une gracieuse révérence avant de rejoindre ses hôtes au domaine Lunastre. Les Dragons la regardèrent s'en aller en silence puis ils reprirent leur discussion. Se resservant en arquevin, ils parlèrent longuement de ceux qui les avaient précédés et ils finir par s'apercevoir qu'ils avaient plus de points communs qu'ils ne le pensaient au départ. Tous deux trinquèrent à leur nouvelle amitié puis Kalecgos changea de sujet :
Le ton de sa voix reflétait le découragement qu'il ressentait et il avait de plus en plus de mal à cacher la souffrance qu'il ressentait. Machinalement il pressa sa main contre son torse et vit que son ami faisait de même. Les deux draconiens prirent alors conscience qu'ils ressentaient la même chose : Une sensation étrange, comme si une chose dont ils avaient besoin leur était inaccessible. Un désir dont ils se languissaient.
Irion et Kalecgos échangèrent un regard puis comme si leurs esprits ne faisaient plus qu' un, ils énoncèrent leur idée de se rendre au temple du Repos du Ver pour parler à Alexstrasza.
Ce dernier ouvrit alors un portail qu'ils traversèrent aussitôt.
*****
L'aube se lèverait bientôt. L'auberge dans laquelle logeaient les invités était déserte et silencieuse. Irion traversa la salle commune, monta au premier étage et avança jusqu' à la porte d'une des chambres au bout du couloir. Déverrouillant sans bruit la serrure, il se glissa à l'intérieur de la pièce. Il s' approcha du lit où dormait sa compagne puis se pencha vers elle pour l'embrasser. La chasseresse se réveilla doucement au contact de ses lèvres.
Tentant de refréner son enthousiasme débordant, le Prince noir caressa la joue de la Sin'dorei avant de murmurer au creux de son oreille :