Les rideaux diaphanes ondulaient mollement sous l'effet de la brise qui pénétrait dans la pièce par la fenêtre ouverte. Faëline se réveilla en frissonnant. Elle avait l'impression que quelque chose ou quelqu'un l'observait. Au loin on pouvait entendre le chant de nombreux insectes nocturnes et les lunes éclairaient la nuit de leurs pâles rayons.
L'Elfe scruta avec attention chaque recoin de sa chambre mais il n'y avait personne. Peut-être avait-elle rêvé ? Elle se leva avec l'intention de refermer la fenêtre mais à peine eut-elle posé un pied au sol que deux bras puissants l'enlacèrent tendrement. Une voix qu'elle reconnaîtrait entre mille, chuchota alors à son oreille :
La Sin'dorei se retourna pour mieux se blottir contre le corps brûlant de son amant. Ce dernier avait été absent de longues semaines et il lui avait terriblement manqué. Elle chercha ses lèvres dans le noir et lorsqu'il lui rendit son baiser, l'Elfe de sang fut submergée par un désir sauvage.
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Seuls quelques animaux solitaires troublaient le calme matinal qui régnait sur les Étendues sauvages de Krasarang. Les nombreuses criques et îlots inhabités qui façonnaient le paysage de cette partie de la Pandarie, étaient le lieu idéal pour tous ceux qui recherchaient la tranquillité et la solitude. Faëline y avait acheté une vieille maison qu'elle avait rapidement remise à neuf avec l'aide de quelques Pandarens du clan des Hameçonneurs.
La jeune Elfe n'avait jamais regretté d'avoir suivit les conseils d'un vieil ami de sa sœur. L'ancien chaman devenu démoniste avait un jour parlé de son projet de se retirer dans un lieu paisible, loin de la civilisation, lorsqu'il prendrait sa retraite. C'est ainsi qu'elle avait découvert l'endroit qui était désormais sa nouvelle patrie.
Comme tous les matins, la chasseresse était partie se promener avec son fidèle Crin d'ombre. Le lion au pelage charbonneux était maintenant trop vieux pour chasser mais il accompagnait toujours volontiers sa maîtresse lorsqu'elle allait relever ses collets et ses lignes de pêche.
Quelle ne fut pas leur surprise quand ils découvrirent devant leur porte, non pas un mais deux Dragons couleur d'obsidienne. Sous leur forme draconique, Irion et Ébyssian prenaient presque tout l'espace de la petite clairière où le Maître-chasseur avait sa demeure. Le visage de la Sin'dorei se fendit d'un sourire radieux alors qu'elle allait à la rencontre du plus grand des deux draconiens.
Se tournant vers l'origine du grognement mécontent en esquissant une révérence un peu moqueuse, Faëline ajouta :
Irion plissa les yeux indigné.
La jeune Elfe rougit aux paroles du frère aîné d'Irion.
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Fermement accrochée aux écailles épaisses de son époux, Faëline observait avec curiosité l'immense île rocailleuse qu'ils étaient en train de survoler. Irion et Ébyssian perdirent bientôt de l'altitude et l'Elfe en profita pour admirer le paysage en contrebas. Les Confins Interdits étaient en fait une caldeira en sommeil où l'on pouvait trouver une végétation luxuriante, de hauts pics escarpés et de vieilles ruines draconiques agrémentées de sources chaudes et de geysers.
D'étranges faisceaux de lumière semblaient jaillir aux quatre coins de la zone et débordaient d'énergie arcanique semblable à celle du Vol draconique bleu. Tandis que le Prince noir passait près de l'un de ces dispositifs magiques, la chasseresse crut apercevoir des formes de vie humanoïde.
Soudain quelque chose attira l'attention de la Sin'dorei. Le ciel qui, quelques instants plus tôt, était encore d'un bleu lumineux devint menaçant. L'air était chargé d'électricité, le tonnerre grondait et les sombres nuages qui noircissaient les cieux, déversaient une pluie drue et glacée.
Au centre de la tourmente, se tenait une silhouette familière.
Le ton employé par la chasseresse pour prononcer le nom du Tauren était glacial mais personne n'aurait pu l'en blâmer et surtout pas Irion qui grogna de contrariété en reconnaissant leur adversaire. Des souvenirs pas si lointains se ravivèrent dans la mémoire des deux amants. Leur première rencontre avec le chaman avait été désastreuse. Lors du mariage de Lor'themar et Thalyssra, le Dragon noir avait perdu son sang froid et en était venu aux mains avec son détracteur. Résultat : la pièce montée des mariés avait finit écrasée au sol et la magnifique robe du Maître-chasseur, couverte d'éclaboussures de glace à la lavande. Sa tenue totalement fichue, la colère de la Sin'dorei n'eut ce jour là, rien à envier à celle de la Première Arcaniste.
Ébyssian qui n'avait rien perdu de l'échange entre son frère et sa belle-sœur, secoua la tête signalant ainsi qu'il n'en savait pas plus qu'eux.
En passant près de leur ennemi, Faëline remarqua les changements opérés chez le Tauren : sa fourrure noire avait par endroit laissé place à des plaques minérales quant à ses cornes, elles semblaient désormais faite de pierre.
Lévitant dans un nuage d'orage, Kurog Totem-Sinistre les regarda approcher d'un œil mauvais avant de leur crier sur un ton de défi :
Il leur adressa alors un sourire cruel avant de s'en aller en compagnie des Proto-drakes.
La squammandante ne leur prêtait déjà plus attention. Sa vision acérée se portait loin au delà de l' Ancien territoire des weyrns.
Faëline avait mis pied à terre et s'était approchée du bord du promontoire. Elle scrutait la direction indiquée par celle que l'on surnommait la Sentinelle inflexible. Bien que les elfes aient une vue perçante, elle ne distinguait que de très vagues silhouettes.
Alors que tous prenaient leur envol, Irion s'approcha de la chasseresse.
Mais le Prince noir ignora ses protestations et rejoignit Ébyssian dans les airs. Des larmes de rage aux coins des yeux l'Elfe les regarda s'éloigner.
Une dernière escouade de Dracthyrs allait quitter le promontoire quand Ardenthal déclara :
Faëline voulut la remercier mais la squammandante l'interrompit, se contentant de répondre que ses talents de combattante leur seraient peut-être utile.
Une Dracthyr aux écailles lavandes la souleva du sol et elles prirent la direction du Col des Émergécailles. Ébyssian et Irion y affrontaient des Proto-drakes pour permettre à leurs nouveaux alliés de se diriger vers le caveau.
Le Prince noir les aperçut et fut très mécontent de voir que sa compagne lui avait désobéit. Sur le parvis du caveau, les troupes du squammandant Sarkareth essuyaient un feu nourrit de la part des Primalistes. Xérestrella se mit aussitôt à soigner les combattants meurtris tandis que Faëline couvrait ses arrières en décochant des traits mortels sur leurs ennemis. L'Elfe prêta main forte aux Caducées, qui évacuaient les blessés, tout comme aux Écailles d'ébène et aux Drakônides lige-azur combattant les Tarasèkes et les élémentaires que ceux-ci avaient invoqués.
Une voix s'éleva par dessus le vacarme des combats :
Une tache noire dans le ciel attira le regard de la Sin'dorei qui vit alors son compagnon fondre sur Kurog. Malheureusement il était déjà trop tard pour l'interrompre. L'épaisse porte de pierre vola un éclat et le jeune Dragon fut percuté de plein fouet par un énorme débris de roche. Le choc le propulsa vers le sol où il s'écrasa violemment.
La tirant en arrière, la Dracthyr prit la direction d'un grand arbre derrière lequel elles se réfugièrent et observèrent la suite des événements.
De l'intérieur du caveau, s'échappa une épaisse fumée noire et tandis que le sol tremblait sous les pas d'un gigantesque monstre, une voix s'éleva :
Toujours derrière l'arbre où elle s'était cachée, Faëline regardait avec effarement ce qui ce passait. Elle n'avait jamais vu un Proto-drake aussi énorme. Elle avait à peu près la même taille qu' Alexstrasza mais ses intentions étaient clairement hostiles. En voyant la créature entourée d'éclairs crépitants, l'Elfe comprit d'où lui venait son surnom de Mange-tempêtes.
Quand cette dernière se tourna vers le Prince noir toujours au sol, la chasseresse retint son souffle.
Dans un hurlement assourdissant, elle prit son envol déchaînant au passage d'énormes bourrasques.
Irion ne se le fit pas dire deux fois, il s'envola en vacillant et fuit la tourmente qui sévissait.
Sous une pluie battante, elles retrouvèrent les rescapés à l'Athénée perdue.
Faëline accourut au chevet de son époux. Il était mal en point mais pour ne pas l'alarmer davantage, il tenta de faire bonne figure malgré l'atroce douleur qui l'étreignait.
Le squammandant Sarkareth était sous le choc des révélations qu'il venait d'entendre.
Une fois guérit, le Prince noir remercia la Dracthyr aux écailles lavande puis laissa sa compagne poser son front contre son museau, profitant de cet élan de tendresse sous le regard médusé de sa guérisseuse.
Frémissant en repensant à ce qui venait de se produire, il murmura de sorte que seule sa compagne puisse l'entendre :
Faëline et Xérestrella se regardèrent sans avoir de réponse.
Mais à peine eut-elle fait un pas que Sarkareth ordonna :
Après de très longues minutes, Xérestrella revint enfin accompagnée de Corne-d’Ébène. Lui aussi avait été blessé mais ses blessures étaient plus superficielles que celles du Prince noir.
Quand tout le monde fut réunit, Ardenthal déclara :
Irion se tourna vers la Sin'dorei.
*****
Lorsque la majestueuse cité où siégeaient les Aspects apparut devant elle, la Sin'dorei en resta bouche bée. Bâtie à flanc de montagne, la capitale draconique était agencée en plusieurs paliers d'altitudes différentes. De nombreuses tours et plate-formes en composaient l'architecture. Tandis que son compagnon se dirigeait vers la plus haute des tours, Faëline commença à ressentir les effets de la raréfaction de l'oxygène. Elle avait du mal à respirer et sa tête tournait un peu. Heureusement pour elle, Irion finit par se poser. Elle fut prise de vertiges plus intenses en mettant pied à terre et le Prince noir, reprenant sa forme humaine, la rattrapa avant qu'elle ne s'évanouisse.
Alors que le jeune Dragon noir transmettait le message de la Mange-tempêtes et s'enquérait de l'identité de ce nouvel ennemi, la reine Alexstrasza soupira. Elle regarda alors le Maître-chasseur toujours assise à l'opposé de leur groupe.
Irion se tourna à son tour vers Faëline et lui fit signe d'approcher. L'Elfe obéit tout en craignant le pire. En effet, elle n'était pas sensée se trouver là et redoutait un peu la réaction de la Dragonne rouge. Elle arriva bientôt à leur hauteur, adressa un sourire gêné à Kalecgos puis fit une révérence devant la souveraine et salua poliment Nozdormu et le gardien de pierre qui les accompagnait.
Sentant sa compagne très mal à l'aise, Irion enlaça leurs doigts pour lui apporter son soutient. Ce geste fit sourire la Dragonne rubis qui souhaita, avec bienveillance, la bienvenue à l'Elfe de sang. Un peu rassurée, Faëline ne lâcha pas pour autant la main de son époux.
Ce fut Nozdormu qui lui répondit :
Alexstrasza coupa la parole au Dragon de bronze :
Faëline acquiesça tout en s'inclinant respectueusement. Une fois la discussion terminée, Irion et Faëline s'apprêtaient à retourner auprès d' Ébyssian quand Nozdormu s'approcha d'eux.
Personne n'émit d'objection et le petit groupe se mit en route vers les Confins Interdits. Une fois sur place, il fut décidé qu'Ébyssian et Irion rejoindraient respectivement Orgrimmar et Hurlevent accompagné chacun par une délégation de Dracthyrs. Faëline rentrant en Kalimdor avec Ébyssian, Irion l'entraîna à l'écart des préparatifs. Le couple voulait trouver un peu d'intimité pour se dire au revoir.
Glissant sa main derrière la nuque de sa compagne, le jeune Dragon noir la rapprocha doucement de lui. Leurs lèvres se trouvèrent et se scellèrent en un baiser plein d'amour et de tendresse.
Ils s'embrassèrent une dernière fois puis chacun rejoignit sa délégation pour se préparer au départ.