Le ciel était clair, pas la moindre tempête élémentaire à l'horizon. Le voyage se déroulait sans encombre, aucune avarie à déclarer si bien que Faëline en vint à douter que le Dracaret intrépide eut été construit par des Gobelins.
Accoudée au bastingage, la Sin'dorei laissa son regard se perdre dans l'immensité bleu marine de la Grande mer qui s'étendait à perte de vue. Comme hypnotisée par la monotonie du paysage, elle caressait distraitement la crinière de son familier. Bientôt quelques oiseaux marins vinrent tenir compagnie à l'imposant dirigeable signe que la terre était proche. Le cri strident de plusieurs mouettes en colère sortit l'Elfe de sa rêverie. De hauts reliefs commençaient à se découper sur la ligne d'horizon.
Déjà des îlots rocheux parsemés de tours en ruine accueillaient le zeppelin qui manœuvrait prudemment entre ces géants de pierre. Le rivage se rapprochait , illuminé par un rougeoiement incandescent. La première vision que les deux femmes eurent de leur destination fut un paysage volcanique où des rivières de lave s'écoulaient mollement jusque dans l'eau salée.
Une fois les amarres bien attachées, la Sin'dorei et son amie Dracthyr débarquèrent avec les autres membres de l'expédition. Sur la petites plage un camp improvisé avait été monté à la hâte par l'équipage qui continuait de décharger tout le matériel nécessaire au bon déroulement de la mission.
Puis quittant sa forme anthropique, elle s'envola pour retrouver la squammandante Cendrécraz qui l'attendait un peu plus loin.
Pendant ce temps, de l'autre côté de la crique, un navire de facture kultirassienne accostait à son tour. Rapidement Reliquaire et Ligue des explorateurs furent réunit. Naleïdéa partit à la rencontre d'une naine, coiffée à l'iroquoise, qui semblait diriger la partie Alliance du Dracaret.
Il fut alors convenu que la chasseresse leur servirait d'escorte au cas où les nombreux Proto-Dragons peuplant la région désireraient faire d'elles leur casse-croûte. Il valait mieux être prudent, certains des membres de l'expédition ayant déjà fait les frais de la voracité des imposantes créatures sauvages.
Toutes trois prirent donc la direction d'un immense brasero signalant l'emplacement d'une ancienne ambassade aujourd'hui dans un état de délabrement avancé. Quelques Draconides s'affairaient à la remettre en état pour accueillir les nouveaux arrivants. Faëline rejoignit, dans ce qui avait dû être autrefois une chaleureuse auberge, l'ambassadeur Fastrasz. Ce dernier posa devant elle un énorme registre poussiéreux et lui tendit une plume pour qu'elle puisse le compléter. Après avoir inscrit son nom, la date et la raison de son voyage, la Sin'dorei rendit l'épais volume et vit un sourire rayonnant déformer le museau du vieux Draconide qui décréta d'une voix émue :
Sentant l'émotion la gagner elle aussi, Faëline lui rendit son sourire avant de sortir rejoindre les deux archéologues, Crin d'ombre sur ses talons. Naleïdéa et Toddy étaient en grande discussion avec ce qui semblait être le comité de bienvenue. La Drakônide du Vol rouge semblait à la fois mal à l'aise et ravie d' être responsable de l'accueil des membres du Dracaret. L'Elfe chercha malgré elle une silhouette familière mais Irion n'était nulle part et son cœur se serra.
Pourvu qu'il ne lui soit rien arrivé. Pensa-t-elle en s'agenouillant pour fourrer son visage dans l'épaisse crinière de son ami à quatre pattes.
Le noble animal la regarda de ses yeux d'émeraude.
Crin d'ombre ne lui répondit peut-être pas mais il entreprit de lui nettoyer le visage d'un affectueux coup de langue humide et râpeux.
La Sin'dorei se releva et se rapprocha du groupe lorsqu'une fusée de détresse s'éleva haut dans le ciel. Rapidement la camériste de la reine Alexstrasza fit son apparition suivie de près par... Le cœur de l'Elfe de sang bondit dans sa poitrine.
Enfin il était là et semblait se porter comme un charme. Une fois au sol le Dragon noir reprit sa forme anthropique et lui adressa un sourire enjôleur. Faëline dut faire un effort colossal pour ne pas courir vers lui et se jeter dans ses bras. Tentant de rester digne alors qu'un désir brûlant la consumait de l'intérieur, elle attendit patiemment l'instant où ils seraient enfin réunis.
Alors que Sélistra sermonnait la cadette Sendrax en lui rappelant à quoi devaient réellement servir les feux de signal, Irion en profita pour se rapprocher de la chasseresse qui observait la scène un peu en retrait.
Faëline se tourna alors vers lui, une lueur d'interrogation dans les yeux. N'y tenant plus, Irion fit glisser ses doigts le long d'une mèche de cheveux blonds. Certains membres de l'expédition ne perdirent rien de la scène et des murmures commencèrent à se propager.
L'ouïe extrêmement fine du Prince noir lui permit de capter les réactions des personnes aux alentours. Il ne put réprimer un sourire satisfait car s'il perçut l'une ou l'autre remarque outrée, la majeur partie ne laissait paraître qu'étonnement et surprise.
Comme si le temps avait suspendu son vol, il restèrent à quelques millimètres l'un de l'autre, les lèvres entrouvertes et la respiration saccadée. Le jeune Dragon pouvait sentir sa compagne vibrer de désir, lui-même luttait contre l'envie de luxure qui s'enroulait autour de son corps tel un serpent, menaçant de le priver de tout bon sens.
S'ils avaient été seuls, tout aurait été très différent. Mais ce n'était pas le cas et à contrecœur, il s'écarta de la Sin'dorei non sans effleurer une dernière fois ses lèvres.
Faëline fournit un gros effort pour ne pas s'écrouler au sol. Les muscles de ses jambes lui donnaient l'impression d'être de la guimauve fondue. La douceur des lèvres d'Irion, son souffle chaud et sa voix séductrice l'avaient comme électrisée. Bon sang, son époux se rendait-il compte de l'état dans lequel elle se trouvait ? Sans doute vu la manière dont-il la couvait du regard. Après tant de semaines loin de lui, son corps le réclamait ardemment. Il lui fallut un peu de temps pour calmer les rivières de feu qui coulaient dans ses veines et quand elle eut enfin repris le contrôle de ses émotions, elle se rendit compte que la Dragonne rouge, qui était arrivée avec Irion, la dévisageait avec un peu trop d'insistance.
Ce dernier s'en rendit compte également et se tournant vers Sélistra, il annonça :
Puis elle invita les deux archéologues et leur hôtesse, qui avaient attendu en silence, à se joindre à eux pour donner ses instructions.
Sélistra s'adressa une dernière fois au Maître-chasseur avant de s'envoler :
Déposant un doux baiser au coin des lèvres de sa compagne, le Prince noir lui chuchota :
Faëline regarda disparaître les deux Dragons avant de rejoindre la cadette Sendrax. Celle-ci ouvrit la marche vers l'avant-poste Cœur-de-Dragon où les attendait le commandant Léthanak et d'autres aventuriers. La Sin'dorei ne prêta guère attention aux bavardages incessants de la Drakônide car la beauté du paysage qui s'offrait à elle, lui avait coupé le souffle. Finie la lave, la terre noire et la fumée obscurcissant les cieux. Ici un camaïeux de vert s'étendait sous un ciel d'un bleu limpide. Les Rivages de l'éveil étaient des plus surprenants. Ils regorgeaient de vie et mêlaient des paysages aussi différents qu'un lac de lave et une forêt luxuriante.
Á leur arrivée, le supérieur hiérarchique de Sendrax les informa que l'avant-poste était tombé aux mains des Djaradins. Ces géants étaient vraiment effrayants. Ils ne vivaient que pour le combat et exhibaient fièrement leurs trophées, portant en bijoux, colliers ou chevillères les crânes des Dragons qu'ils avaient massacrés.
Après s'être rendus utile en tuant les Djaradins qui avaient investis l'endroit et en sauvant de jeunes Dragonnets de leurs mains mal intentionnées, la chasseresse et ses alliés temporaires, partirent vers le donjon Craquécaille, lieu de rendez-vous où les attendaient Irion et Sélistra.
Tous mirent alors au point une nouvelle stratégie et une fois que la Camériste eut donné ses nouvelles instructions, chacun se mit en route. Faëline fut cependant arrêtée par le jeune Dragon noir.
Il embrassa fougueusement sa compagne avant de conclure d'une voix rauque trahissant son désir :
La Sin'dorei se laissa entraîner dans l'escalier de pierre jusqu'à l'intérieur de la bâtisse au sommet de laquelle ils s'étaient trouvés quelques instants plus tôt. Le mobilier était spartiate : une table, quelques armes et sacs de fournitures, le tout éclairé par une boule de feu élémentaire. L'Elfe n'eut pas le temps de le détailler davantage car les mains brûlantes de son compagnon remontèrent le long de son dos jusqu'à lui immobiliser la nuque. Ils échangèrent un autre baiser, plus avide et impérieux. Accrochés l'un à l'autre, ils glissèrent sur le sol de magma solidifié couvert de peau de Dragons. Irion se dévêtit rapidement avant d'arracher les vêtements de son épouse avec une fièvre brutale. De nouveau il lui prit la bouche puis ses lèvres descendirent le long de son cou pour se poser dans le creux tiède et doux entre ses seins.
Suffoquée par la violence de ses sensations, par le feu qui c'était allumé dans son bas-entre, la torturant délicieusement, Faëline dut retenir un gémissement. Elle se cambra dans l'attente de quelque chose de plus. Son amant la pénétra avec une infinie lenteur et elle poussa un petit cri de volupté. Ils entreprirent alors une folle chevauchée, Irion prenant possession de sa compagne avec un abandon sauvage puis, leur plaisir atteint, ils s'abattirent ensemble sur leur couche de fortune.
Le bourdonnement sourd du sang battant à leurs tempes s’éteignit enfin lorsque les pulsations de la jouissance s'apaisèrent lentement. Ils restèrent un long moment enlacés puis Irion roula sur lui-même pour libérer la Sin'dorei de son poids. S'installant tout contre elle, il l'attira à lui. Faëline sourit et se lova un peu plus contre le jeune Dragon. Ils s'embrassèrent une dernière fois avant de s'endormir dans les bras l'un de l'autre.