Kâel Lame-Solaire, Tome 1 : La naissance d'un Sin'dorei
Chapitre 2 : Les forestiers de Quel'Thalas
4042 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 12/09/2026 11:20
An 600 du calendrier du Roi, huit ans après l'ouverture de la Porte des Ténèbres.
Deux ans après la défaite de la Horde en Azeroth, la réouverture soudaine de la Porte des Ténèbres manqua de replonger le monde dans le chaos. Pour endiguer la menace à la source, l’Alliance de Lordaeron mena une contre-offensive audacieuse directement sur la planète natale des orcs. Déterminée à traquer les bourreaux de son peuple et à venger la mort de son jeune frère, Alleria Coursevent s’engagea aux côtés des Fils de Lothar, l’expédition humaine menée par le général Turalyon. L’assaut fut un succès et la Porte fut scellée de l’autre côté, mais Alleria et ses compagnons disparurent dans le cataclysme qui s’ensuivit, laissant le royaume sans nouvelles d’eux.
C'est à cette même période que le jeune Kâel Lame-Solaire, alors âgé de dix ans, franchit pour la première fois le seuil du Bastion des forestiers.
Ce jour-là, une vingtaine d’aspirants se tenaient rassemblés aux portes de Lune-d’Argent, au pied de l’imposante citadelle. Flanqué d’une haute tour de pierre claire et bordé de vastes casernes, l’édifice formait le cœur des défenseurs de Quel’Thalas, mais aussi le dernier rempart du royaume elfique en cas d’invasion.
Kâel, ainsi que d'autres jeunes Quel'dorei, étaient alignés devant les portes et observèrent l’approche de Sylvanas Coursevent. Devenue grande générale de tous les forestiers depuis la mort tragique de sa mère lors de la Seconde Guerre, elle imposait le respect. Sylvanas était assez petite et blonde comme sa mère. Son armure bleue luisait sous les éclats du soleil et ses yeux d’un bleu d’acier semblaient percer les âmes de chaque recrue. Parmi elles se côtoyaient tous les âges. Des jeunes adultes sûrs d’eux et droits comme des piques, mais aussi des enfants visiblement intimidés comme Kâel, troublé par la grandeur d’un lieu qu’il n’avait jusqu’alors contemplé que de loin. Un silence solennel s’installa, seulement troublé par le murmure du vent dans les feuilles dorées des bois environnants.
Sylvanas s'éclaircit doucement la gorge avant d’arpenter le rang d’un pas lent et mesuré.
— Si vous êtes ici aujourd'hui, c'est parce que vous ambitionnez de rejoindre nos rangs. Sachez tout d'abord qu’embrasser la voie des forestiers n'est pas une décision que vous devez prendre à la légère. Vous mettrez votre vie au service du royaume et de sa défense, vous vous battrez et vous mourrez pour lui.
Le général Coursevent faisait les cent pas devant les aspirants, le regard dur et un ton qui se voulait ferme. Elle marqua une pause puis reprit.
— L'entraînement sera impitoyable. Vous serez poussés au bout de vos forces, loin du confort de vos foyers, soumis à la faim, au froid et à la pression du combat. Alors, sachez que si vous souhaitez renoncer et rentrer chez vous, vous pouvez encore le faire maintenant.
Elle désigna la grande porte du bastion derrière elle d’un geste sobre.
— Si vous franchissez ces portes, il n’y aura plus de retour en arrière. Mais en échange de votre dévouement, je vous promets que je ferai de vous l'élite de ce royaume. Vous représenterez fièrement Quel'Thalas et vous ferez régner la paix sur nos terres.
Ses yeux s’arrêtèrent un instant sur Kâel, y décelant une lueur familière. Elle leva le poing et sa voix résonna plus fort.
— Si vous franchissez ces portes, vous apprendrez à vous battre, à protéger les gens qui vous sont chers. Vous protégerez les plus faibles et les plus démunis. Pour vos familles, pour Anasterian, et pour Quel'Thalas !
— Pour Quel'Thalas ! reprirent en cœur les aspirants.
Les années qui suivirent furent une longue épreuve d’endurance. Jour après jour, Kâel forgeait son corps et son esprit : renforcement musculaire, maniement des armes, techniques de combat rapproché et d'infiltration. Nombreux furent les soirs où le jeune Quel'dorei regagnait son dortoir le corps perclus de bleus, usé par les coups reçus par ses partenaires ou ses mentors. Mais la rigueur et la discipline portait ses fruits, et Kâel se découvrit une affinité pour le combat rapproché et les épées longues. C’est au cours de cette formation éprouvante qu’il se lia d’amitié avec Elyria, une aspirante d’un an sa cadette.
Reconnaissable à sa longue chevelure châtain nouée en queue de cheval, elle partageait un passé similaire à celui de Kâel. Son village avait aussi été réduit en cendres lors de la Seconde Guerre. Ses parents, deux forestiers chevronnés avaient disparu deux ans auparavant lors d’une mission et elle avait été recueillie par son oncle, un petit marchand de gemmes. Elle s’était alors juré de devenir assez forte pour rejoindre les forestiers dans l'espoir d'un jour retrouver sa famille. Derrière son tempérament compétitif et sa fâcheuse tendance à lancer des défis absurdes à tous les aspirants pour prouver sa valeur, Kâel la trouvait très attachante et loyale. Elle prenait plus particulièrement plaisir à défier Kâel, qu’elle considérait comme un ami mais aussi comme un rival.
Les deux aspirants grandirent ensemble au sein des forestiers, où ils accomplirent leur longue formation. Durant tout ce temps, ils participèrent également à la reconstruction des villages du sud de Quel'Thalas, détruits par l'attaque de la Horde. Les civils réfugiés à Lune-d'Argent purent ainsi progressivement retrouver leurs foyers quelques années après la fin de la guerre.
Parallèlement à son instruction militaire, Kâel poursuivait un tout autre apprentissage lors de ses rares retours auprès des siens. Bien que les forestiers n'enseignaient et n'utilisaient généralement pas la magie, Elorion refusait que son frère néglige son héritage. À chaque visite, l’aîné exigeait des heures d’exercice à ses côtés, sans jamais parvenir à maîtriser le moindre sort. Après des mois d’échecs frustrants, la ténacité d’Elorion finit par payer. Un jour, lors de leur entraînement, il parvint enfin à produire une petite gerbe de flammes dans le creux de sa main, qui s'évanouit quelques secondes plus tard. Quelques mois passèrent, et la gerbe se transforma en une grande et intense flamme. Bien que satisfait des progrès de son jeune frère, Elorion ne comptait pas en rester là.
Un après-midi, dans l’intimité du jardin familial, Elorion lui tendit une vieille lame d’entraînement ébréchée.
— Bien Kâel. Il est temps d’aller plus loin. Utilise ta flamme pour embraser l’acier de cette épée. C'est le sort ancestral de la famille. C'est de cette magie puissante d'où nous vient notre nom, et tout Lame-solaire se doit de le connaître. Même si tu as choisi la voie des forestiers, tu dois posséder ce pouvoir pour notre famille. C’est ton sang qui parle. Regarde bien, je vais te montrer comment faire.
Il empoigna l'épée fermement, fit apparaître une immense flamme dans le creux de sa main juste en ouvrant celle-ci, comme si c'était un geste naturel pour lui, et approcha la flamme de la lame avant de prononcer la formule distinctement, pour que Kâel puisse l'entendre.
— Anar'alah Belore.
En une fraction de seconde, la lame entière fut engloutie par une flamme d’un orange éclatant. Une vague de chaleur intense balaya le jardin, venant caresser le visage de Kâel. Pour la première fois de son existence, le jeune Quel’dorei contemplait l’art de son frère non plus avec appréhension, mais avec un émerveillement profond.
— Je veux l'apprendre ! s’exclama-t-il avec un grand sourire.
S’ensuivirent des semaines de tentatives vaines. Kâel s’exerçait discrètement la nuit tombée, cachant ses essais à ses camarades et à Elyria par peur qu’un maniement précoce de la magie ne soit perçu comme une distraction par ses instructeurs. Le déclic survint enfin chez lui lors d’une soirée particulièrement éprouvante avec son frère aîné. En invoquant l’énergie, il ne la força plus à embraser la lame, mais la laissa se déverser en lui comme un fluide. Il sentit qu'il pouvait mieux la contrôler, que la flamme était plus docile et ne vacillait que quand il le souhaitait. Il la fit bouger entre ses doigts, puis empoigna l'épée avec son autre main. Il approcha la flamme de la lame, puis prononça la formule qu'il avait tant et tant répétée.
— Anar'alah Belore !
L'épée s'embrasa instantanément, de la base de la lame jusqu'à la pointe. Une vive couleur orange émana de celle-ci et les flammes léchaient la lame et dansaient à mesure que Kâel mouvait son épée. Elorion assista à la scène avec un grand sourire sur le visage. Les flammes s'éteignirent brusquement quelques secondes plus tard, et Kâel lâcha l'épée dans l'herbe haute. Le jeune haut-elfe s’effondra à genoux, tentant de reprendre son souffle. Il essuya d'un revers de manche la sueur qui perlait sur son front et regarda ses mains en grimaçant. Ces dernières avaient commencé à subir les brûlures de sa propre magie. Son grand frère posa une main sur son épaule.
— Ne t'inquiète pas pour ça mon frère. La peau s’accoutume, et ta volonté finira par canaliser le flux. Mais retiens bien ceci, Kâel… La flamme des Lame-Solaire est vivante. Elle doit obéir à ta volonté, et à ta seule volonté. Ne la laisse jamais être guidée par tes émotions. Si elles prennent le dessus sur toi, ce n’est plus toi qui commandera au feu, c’est lui qui te consumera. Garde toujours l’esprit maître de ton cœur, peu importe la tempête. Mais je te félicite, tu es désormais un vrai Lame-Solaire !
An 610 du Calendrier du roi. dix-huit ans après l'ouverture de la Porte des Ténèbres.
Kâel, désormais âgé de 20 ans, touchait au seuil de sa vie d’adulte. Culminant maintenant à près d'1,85 m, les années d’entraînement rigoureux avaient sculpté sa silhouette. Athlétique sans être lourde, conservant l’agilité naturelle de son peuple. Il avait toujours de longs cheveux bruns, qu'il attachait à l'arrière de son crâne mais dont il laissait de nombreuses et d'épaisses mèches retomber sur ses épaules ou dans son dos. Une petite barbe avait également poussé sur son menton.
Sur le terrain, il s’était imposé comme l’un des escrimeurs les plus redoutables de sa promotion. Combattant avec une lame longue dans chaque main, son style mêlait la fluidité elfique à une puissance mesurée. À force de persévérance, il était également parvenu à appliquer le sort familial à ses deux armes simultanément, parvenant à maintenir le brasier plusieurs minutes pour se battre. Cependant, il n'avait pas réussi à se débarrasser entièrement des effets indésirables, et ses mains le brûlaient toujours à chaque utilisation du sort. C'était un prix qu'il était prêt à payer si de grands dangers se présentaient à nouveau face à lui, pensait-il.
Un matin, après une courte nuit et un réveil difficile, il sortit de sa chambre, située dans les étages des quartiers du Bastion des forestiers, juste à côté de la capitale. Il rentrait tout juste d’une courte permission à la Flèche des Coursevent, où il avait pu retrouver ses parents, Elorion, ainsi que sa petite sœur, Belana, âgée de six ans. Une enfant vive qui portait déjà les traits fins et les yeux éclatants de leur mère Elenna. Kâel sourit à l'idée de prochainement revoir sa sœur, pour qui il éprouvait beaucoup d'amour, malgré la distance qui les séparait désormais.
Il sentit soudain une présence sur sa gauche. Avant qu'il ne puisse tourner la tête, il fut sauvagement agrippé au cou.
— Kâel ! Je ne pensais pas que tu reviendrais si vite, dit une voix féminine alors que l'étreinte autour de son cou se resserrait sans ménagement.
— Argh… Oui Elyria. Le capitaine m'a demandé de rentrer plus tôt que d'habitude, parvint à croasser Kâel. Tu pourrais… me lâcher ? Tu m'étrangles.
— Oh ! Pardon ! dit Elyria en desserrant l'emprise autour du cou de son camarade, avant de lui adresser un sourire étincelant.
Elyria avait elle aussi mûri depuis leur entrée chez les forestiers. Devenue une jeune femme élancée et gracieuse, ses yeux bleus pétillaient d’une énergie inépuisable, et la forme harmonieuse de son visage lui donnait bonne mine. Spécialisée dans le tir de précision, elle était devenue une archère hors pair. Elle excellait aussi dans l’art de l’embuscade, de l’escalade et de la pose de pièges.
— Pourquoi est-ce que Lor’themar t'a demandé de rentrer plus tôt que d'habitude ? demanda-t-elle en se calant à sa hauteur.
— Apparemment, il aurait une mission officielle à me confier, dit Kâel avec fierté, le poing serré.
— Une mission ?! Vraiment ?! Ça fait des mois qu’on piétine ! Kâel, on va enfin devenir des vrais forestiers !
La jeune elfe sautillait sur place, un sourire glissant jusqu'aux oreilles. Kâel prit un air faussement dubitatif.
— Note que le lieutenant a demandé mon retour. Est-ce que j’ai insinué à un moment que tu faisais partie du groupe ?
Le sourire de celle-ci disparut immédiatement. Ses sourcils se froncèrent.
— Tu te moques de moi ? Si jamais je ne participe pas, je trouverai moi-même Lor'themar pour lui dire ce que j'en pense !
Kâel rit aux éclats, peinant à reprendre son souffle, avant de reprendre.
— Je te taquine, bien sûr que tu en es. On devrait se hâter d’ailleurs, tu sais bien qu'il n'aime pas attendre, dit-il en retrouvant son sérieux rien qu'en imaginant toutes les corvées que le lieutenant pouvait leur infliger en cas de retard.
Les deux aspirants se rendirent rapidement dans le hall du bastion, où les attendait un des plus fidèles lieutenants de Sylvanas, Lor'themar Theron. À l'approche de Kâel et Elyria, il balaya ses longs cheveux blonds d'un revers de main. Lor'themar était un elfe imposant, et ses qualités de forestier avaient fait de lui un des lieutenants les plus respectés de Quel'Thalas. Il était sévère, mais juste et Kâel l'appréciait beaucoup. Trois autres aspirants étaient déjà sur place et patientaient.
— Pile à l'heure, déclara-t-il d’un ton sec. Vous vous en sortez bien pour cette fois, suivez-moi maintenant.
Il les conduisit quasiment au plus haut de l'imposante tour du Bastion, dans la grande salle tactique où les missions étaient d'ordinaire préparées. Ce lieu était jusqu'alors interdit aux aspirants tels que Kâel et Elyria. Une carte détaillée du Royaume était posée sur une immense table en chêne au milieu de la salle, et des figurines faites de bois et peintes en bleu y étaient disposées, semblant signaler la présence des unités de forestiers dans le Royaume. Sur les murs, des copies d'armes elfiques de légende étaient accrochées de même que des peintures remémorant les grands succès des Quel'dorei. Kâel observa avec admiration la grande salle dans laquelle ils se trouvaient. Au-dessus d'eux se trouvait seulement le bureau du grand général Sylvanas. Lor'themar s'installa derrière la table, face aux aspirants. Il s'éclaircit la gorge avant de prendre la parole.
— Si vous êtes rassemblés ici, c'est parce que vos instructeurs estiment que vous possédez les qualités requises pour valider votre formation.
Des sourires se dessinèrent sur le visage des présents, s'imaginant déjà aux côtés de leur capitaine au cours de missions héroïques. Lor'themar coupa court à toute idée.
— Inutile donc de vous dire qu’en cas d’échec ou d’indiscipline, vous pourrez dire adieu à votre promotion, dit-il avec un sourire sur un ton provocateur.
Le sourire qui s'était installé sur les lèvres de Kâel se crispa, et sa gorge se noua. Un silence tendu s’installa parmi les aspirants.
— Parfait, maintenant que j'ai votre attention, je vais vous expliquer en quoi consiste cette mission. Sachez d'abord qu’il ne s’agit pas d’un exercice. Les ennemis que vous y rencontrerez sont réels, et menaceront directement votre vie si vous n'êtes pas attentifs.
Il pointa une petite zone boisée sur la grande carte du Royaume, située près de la frontière entre Quel'Thalas et l'ancien territoire des trolls.
— Nos éclaireurs nous ont signalé la présence d'un petit campement troll dans cette zone. Selon leurs informations, une vingtaine d'entre eux prépareraient des pillages sur les villages voisins. Une escouade a été envoyée sur place il y a quelques jours, mais nous n'avons plus de nouvelles. Votre mission consiste donc à entrer en contact avec cette escouade et à les aider à se débarrasser des trolls. Vous serez accompagnés par Balan, un capitaine qui sera chargé de superviser votre mission. Dès la fin de ce briefing vous irez le retrouver aux portes du Bastion. Il vous donnera des instructions détaillées. Des questions ?
— Non, lieutenant ! répondit le groupe à l’unisson.
— Alors rompez.
Les aspirants saluèrent Lor'themar comme un seul homme avant de se diriger vers la sortie.
— Oh ! Et une dernière chose. Évitez de mourir, ça ferait tâche dans mon rapport... dit Lor'themar d'un ton désintéressé.
Kâel fut le dernier à sortir de la pièce. La dernière phrase de Lor'themar résonna en lui comme un écho. Il emboîta le pas d'Elyria et ils se dirigèrent rapidement vers les grandes portes du Bastion. En chemin, Kâel jeta rapidement un coup d’œil à leurs compagnons d’armes pour la mission.
En tête de file, Nurlan descendait les marches d’un pas leste et régulier. Le plus âgé du groupe ajusta d’un geste machinal le bandeau noir qui tirait sa longue chevelure blonde vers l’arrière, dégageant un visage aux traits fermes. Il affichait cette assurance tranquille, presque hautaine, de ceux qui se considéraient déjà comme des vétérans avant même d’avoir versé le moindre sang.
Dans son ombre, Amaclya glissait en silence, rasant le mur de pierre sans émettre le moindre bruit. Ses longs cheveux aux reflets pourpres retombaient comme deux voiles sombres sur les côtés de son visage, dissimulant en partie ses yeux. Fidèle à sa réputation de solitaire, elle gardait les bras croisés contre son torse, hermétique au reste du groupe et verrouillée dans sa propre concentration.
Tout à l’opposé, Velesh fermait la marche avec une nervosité difficile à rassurer. Malgré sa petite taille et sa silhouette maigre qui tranchaient avec le physique habituel des forestiers, l’elfe au visage rond compensait par une agilité phénoménale. Il sautillait presque d’une marche à l’autre en faisant tourner un petit couteau d’entraînement entre ses doigts.
Kâel se tourna enfin vers Elyria, qui marchait à côté de lui. D’ordinaire si prompte à lancer des piques ou à plaisanter, la jeune Quel’dorei gardait cette fois les yeux rivés sur ses bottes, se mordant la lèvre inférieure jusqu’au sang. Kâel ne l’avait encore jamais vue aussi troublée. Devant cette fêlure soudaine, il ravala la plaisanterie qu’il s'apprêtait à lui lancer et resta silencieux jusqu’au pied de la tour.
Le capitaine de l'escouade, Balan, les attendait déjà. C'était un haut-elfe aux épaules larges, installé dans une armure un peu plus résistante et plus lourde que celle portée par les forestiers en temps normal, et tenant dans sa main une imposante masse noire. Son visage était marqué par quelques rides et de petites cicatrices, signe d'une grande expérience du combat. De plus, ses cheveux et sa barbe châtains contrastaient avec une peau claire et des yeux d'un bleu lumineux. Il les salua à leur arrivée, et les aspirants formèrent une ligne devant lui.
— Parfait. Nous n'allons pas perdre beaucoup plus de temps, déclara-t-il d’une voix de rocaille. Une escouade de forestiers est déjà sur place, mais nous n'avons pas eu de nouvelles d'eux depuis plus de trois jours. Il se peut qu'ils aient été capturés, voire pire. Quoiqu'il en soit, c'est à nous de nous en assurer et de les ramener sains et saufs s'ils sont encore vivants.
Il sortit une carte enroulée de sa sacoche et la déplia devant les aspirants en pointant la même zone que Lor'themar, quelques instants auparavant.
— Nous nous rendons au sud-est près de cette zone. Nous arriverons par l'ouest, cela nous permettra de nous organiser avant de pénétrer dans la zone boisée et de couvrir un plus large terrain une fois que nous progresserons à l'intérieur, dit-il en traçant le chemin qu'ils allaient suivre avec son doigt. Nous pensons que le camp troll se situe dans l'une de ces trois clairières, finit-il par annoncer en pointant du doigt les trois endroits cités, assez éloignés les uns des autres au vu de la carte.
Il enroula à nouveau la carte puis la replaça dans sa sacoche.
— Je compte sur vous tous, vous avez tous été entraînés pour ce genre de mission, alors ne vous dérobez pas le moment venu et comportez-vous en vrais forestiers. Je serai également le superviseur de la mission, c'est-à-dire que c'est en se basant sur mon jugement que vos supérieurs décideront si vous pouvez devenir des forestiers à part entière ou non, alors ne me décevez pas et tout se passera bien. Vous avez dix minutes pour boucler votre paquetage et vérifier votre équipement. Pas une de plus.
Kâel pressa le pas et retourna rapidement à ses quartiers chercher ses lames et enfiler son armure d'aspirant, composée de la combinaison en tissu rouge qu'il portait déjà et d'une armure légère en mailles lui protégeant le torse, les épaules, et le haut des jambes. Celles-ci étaient spécialement conçues pour offrir la meilleure protection possible tout en permettant une grande agilité dans les mouvements. Il enfila également ses gants et retourna se placer dans la cour. Elyria arriva seulement quelques instants après lui et lui adressa un sourire crispé. Il tenta de la rassurer en lui rendant un sourire bienveillant.
Velesh arriva le dernier, quelques instants seulement avant que Balan ne se retourne et adresse un grand signe de main. Quelques instants plus tard, les grandes portes du Bastion des forestiers craquèrent dans un bruit sourd et s'entrouvrirent lentement devant le groupe d'aspirants. Kâel inspira lentement en voyant celles-ci s'ouvrir. Pour la première fois depuis les événements de la Seconde Guerre, il allait probablement risquer sa vie sur un vrai champ de bataille. Des images lui traversèrent l'esprit. L'attaque des orcs à la Flèche des Coursevent, le corps sans vie de Lirath et les villages s'embrasant après le passage de la Horde. Les cris d’agonie des villageois lui parvinrent également, comme s’il les entendait à nouveau à quelques pas. Il serra les dents, secoua la tête et se dirigea d'un pas décidé vers le chariot qui l'attendait dehors, et qui le mènerait vers un danger certain...