Assise sur un banc devant son humble cottage, vêtue d'une robe de soie, Gahahli était en train de confectionner une poupée de chiffon.
Depuis son retour du Norfendre quelques mois plus tôt, dont elle gardait un souvenir plutôt amère, elle s'était entrainée à fabriquer des poupées sans grand succès. Ses doigts étaient taillés pour le tir à l'arc mais moins pour tisser et coudre des jouets pour enfants et de ce fait, ses premières créations étaient plutôt vulgaires. Mais ayant toujours été de nature déterminée, elle s'était appliquée de semaine en semaine. Après tout, comme lui avait dit un ami nain qui lui était cher, "c'est en forgeant qu'on devient forgeron". Et cette fois, elle sentait que sa dernière création allait être la bonne. Il ne lui manquait que les cheveux.
Elle s'interrompit dans son travail quand elle sentit la grosse tête poilu de Jakua, son fidèle Sabre-de-nuit, se poser délicatement sur ses cuisses, près de son ventre bien arrondi.
Elle en profita alors pour faire une pause, caressant d'une main la tête du félin et posant l'autre sur son ventre. Elle pouvait sentir le petit être qui grandissait en elle en de jour en jour, et même le sentir remuer certains jours. Et c'était bien pour se petit être qu'elle caressait à travers son ventre qu'elle devait réussir sa poupée.
Elle ferma les yeux et respira un bon coup pour s'imprégner de l'air forestier de Teldrassil et savourer le son des créatures qui y habitaient, que ce fût le bruissement d'ailes d'une chouette et les bruits de sabots d'une biche ou d'une dryade.
Difficile à croire que cette forêt enchantée dans laquelle elle vivait, comprenant des étangs et des grottes, était en réalité la canopée de l'arbre titanesque qu'était Teldrassil. Et pourtant assez large pour y abriter une ville telle que la cité elfique de Darnassus, des tribus de furbolgs (des homme-ours) et tout un écosystème. Un arbre qui occupait également une île au large des côtes nord-ouest de Kalimdor.
Le cottage qu'elle habitait se situait en périphérie de Darnassus — à l'époque où ils s'étaient installés, elle et son père qui fût druide de son vivant avait toujours préféré vivre en communion avec la nature et le calme de la forêt plutôt qu'au milieu agitations urbaines, mais leur maison restait assez proche de la ville en cas de besoin. Le cottage était loin d'être spacieux, juste assez pour héberger une famille d'elfes de la nuit mono-parentale. Elle disposait toutefois en extérieur d'un Puits de Lune, un bassin en pierres d'eau brillante servant à régénérer la magie des elfes et maintenir la pureté de la forêt environnante. Il arrivait que Gahahli s'y baignait comme dans un bain à remous simplement pour s'y relaxer, chaque fois qu'elle se sentait épuisée ou avait les idées noires. Ce qui était très fréquents depuis qu'elle était rentrée du Norfendre, ce sinistre continent glaciale où la "Mort" en personne régnait en maître, à laquelle elle s'était dangereusement frottée et qui lui avait finalement pris des personnes qui lui étaient chères.
La jeune elfe de la nuit aux longs cheveux bleus avait beau être une aventurière invétérée et avoir vu du pays aux quatre coins d'Azeroth, jamais elle ne s'était sentie aussi bien chez elle, depuis qu'elle avait décidé de raccrocher pour se consacrer à la nouvelle vie qui était sur le point de naître. D'autant que sa dernière aventure lui avait été émotionnellement éprouvante et lui avait pris plus qu'elle ne pouvait supporter, en plus de laisser une marque profonde dans son esprit. Il était donc préférable pour elle qu'elle fît une pause dans ses aventures, en plus des raisons liées sa condition.
Et au moins, avec le petit être qui grandissait dans son ventre et à naître, elle avait moins peur de se sentir seule. Et d'après les livres qu'elle avait lu sur l'accouchement et élever un enfant, elle risquait encore moins de s'ennuyer. Cela allait être une toute nouvelle aventure pour elle. Peut-être pas le genre auquel elle s'attendait ou était familière. Mais après tout, l'inattendu et les nouvelles expériences étaient ce qui faisait le charme des aventures.
Elle se sentit la tête de Jakua se lever de ses cuisses, l'arrachant à ses pensées, et et le vit fixer quelque chose sur le sentier qui passait devant chez elle.
Deux silhouette approchaient. Une grande, voire imposante, et une ridiculement petite.
Un gnome et un draeneï — une race à la peau bleuté venant d'un autre monde.
Le gnome était vêtu d'une robe de mage, avait les cheveux bleus clairs et arborait une moustache à la souvorov.
Le draeneï quant à lui était habillé en prêtre, le front orné d'une corne à la manière d'un rhinocéros et en guise de barbe un collier d'appendices semblable à des tentacules.
Gahahli sourit en voyant arriver ses deux individus qu'elle reconnut entre milles et qui la saluaient de loin de la main.
— Baelbo ! Ouladre ! s'écria-t-elle en les accueillant.
Elle descendit de son banc et s'agenouilla pour se mettre à la hauteur du gnome, le dénommé Baelbo, qui du haut de ses petites jambes se précipita vers elle pour la serrer dans ses bras.
— Ça faisait un bail, Lili, vieille branche ! s'exclama le gnome.
— C'est un tel plaisir de vous revoir en si bonne santé, dame Gahahli, dit Ouladre, plus courtois que son comparse, tendant sa main à l'elfe pour l'aider à se relever.
— Et toi aussi, c'est bon de te revoir, Jakua, ajouta Baelbo assailli par les léchouilles du Sabre-de-nuit. Mais c'est qu'il a grandi, dis donc ! Tu pourrais presque t'en faire une monture !
— Mais c'est que vous êtes tout beaux, dites donc ! les complimenta Gahahli. Je ne vous ai jamais vu aussi bien vêtus !
— Ben, c'est que ça paie, de sauver le monde à deux reprise ! lui répondit le gnome. Et toi aussi, t'es... T'es ravissante dans cette robe !
— En effet, vous avez l'air d'une princesse ! complimenta le draeneï.
— Oh, cette vieille chose ! répondit la jeune elfe de la nuit embarrassée par tant de compliments. Ça appartenait à ma mère. Et c'est une des rares choses à elle que mon père et moi avions pu récupérer. Et puis, je n'entrais plus dans mes vêtements habituelles, alors j'ai dû m'habituer.
— En tout cas, c'est la première fois que je te vois en robe, fit remarquer Baelbo, décidément pas avare en compliments.
— Bon, assez parlé de ma robe ! coupa la jeune elfe. Entrez donc ! Qu'est ce que je vous sers ? J'ai de quoi vous faire une tisane et quelques biscuits que j'ai acheté aux marché.
Ses invités ne se firent pas prier et entrèrent dans la petite maison plutôt bien entretenue qui ne comptait qu'une seule grande pièce faisant à la fois salon, cuisine et chambre à coucher avec un paravent pour seul cloison.
Jakua quant à lui resta dehors sur le palier de la porte d'entrée, ayant toujours préféré l'extérieur aux espaces confinés.
Les deux visiteurs prirent place, Ouladre dans un fauteuil et Baelbo sur un tabouret qui était plus à sa portée, devant une foyer de cheminée où leur hôte faisait bouillir de l'eau pour la tisane. N'étant pas une bonne cuisinière, juste assez pour ne pas mourrir de faim, c'était le mieux qu'elle pouvait préparer pour ses invitiés.
— Alors, qu'est ce qui vous amène dans le coin ? leur demanda Gahahli qui commençait à préparer les tasses et sortir l'herbe pour les tisanes.
— Et bien, on passait pour prendre de tes nouvelles, répondit Baelbo. Voir comment t'allais et... comment va le petit.
— Oh et bien comme vous pouvez le constater, je me porte à merveille, répondit alors la jeune elfe. Quant au bébé, ben je pense que c'est pour bientôt.
— Alors, vous comptez l'élever toute seule ? demanda Ouladre soucieux.
— Je sais que ce ne sera pas facile mais je me débrouillerai, répondit Gahahli une main posée sur son gros ventre. Et puis il faut bien que je m'en occupe. C'est ma responsabilité, après tout.
— Et compte tenu de... des origines du père... n'as tu pas peur que les autres elfes de la nuit le répudie ? demanda le gnome un peu gêné. Qu'il soit trop différent des autres.
— Ce sera un métis, sans aucun doute, lui répondit l'elfe. Mais tu sais, le taux de natalité chez les elfes est tellement bas que même la naissance d'un demi-elfe et le bienvenu. Ne serait-ce que pour nous préserver de l'extinction.
— Maintenant que j'y pense, quand nous sommes arrivés à Darnassus et qu'on a demandé aux elfes où vous habitez, elles semblaient ravies à l'idée que vous allez être maman, intervint le draeneï. À les entendre, elle attende la naissance comme si'l s'agissait de la Fête du Voile d'Hiver.
— Aussi, j'ai informé Tyrande à propos du père, afin qu'elle et les autres prêtresses ne soient pas surprise que mon enfant soit métis, s'empressa d'ajouter Gahahli. Et croyez le ou non, elle s'est montrée très compréhensive.
— Vraiment ? réagit Baelbo. Même au sujet que le père vienne de... de "l'autre camp" ?
— Oui, et elle m'a assuré que quoi qu'il arrivait, mon bébé sera protégé et traité comme un des nôtres, répondit la jeune elfe.
— Bénie soit dame Tyrande ! s'exclama Ouladre. C'est très généreux de sa part.
— Faut dire qu'elle se porte mieux depuis que son mari Malfurion est revenu du Rêve d'Émeraude, précisa Gahahli. Et qu'ils ont évincé ce félon de Fandral du Cercle Cénarien pour ses crimes.
La jeune elfe eut alors une pensée triste. Elle songea à son père qui fut injustement évincé du Cercle druidique par le dénommé Fandral Forteramure, un archidruide à présent en disgrace que Gahahli n'avait jamais pu blairer tant il était exécrable. Et maintenant que ce fut Malfurion Hurlorage qui avait reprit sa place à la tête du Cercle, ils auraient pu réhabilité son père... s'il avait été encore de ce monde.
— Mais assez parlé de moi, se reprit-elle soudain. Parlez moi plutôt de vous ? Qu'est ce que vous devenez ?
— Oh, bah la routine, quoi ! lui répondit Baelbo. On accepte des missions pour protéger l'Alliance et maintenir la paix sur Azeroth en échange d'un peu d'or. Par contre, ce n'est plus pareil sans toi et ton Sabre-de-nuit.
— Et les autres, comment ils vont ? demanda derechef la jeune elfe. Et pourquoi ne sont-ils pas venus ?
— Disons, qu'ils sont un peu occupés, ces derniers temps, lui répondit Ouladre évasif. Maître Baelbo et moi même sommes les seuls qui avons pu nous libérer.
— Cela dit, Harrina te passe le bonjour, s'empressa d'ajouter le gnome. Elle est toujours à Dalaran avec son dragonnet.
— Et Batël ? Et Bartélo ?
— Ouh là, Bartélo... il ne s'est pas complètement remis des événements durant la guerre contre le Roi Liche, répondu le draeneï désolé.
Gahahli songea à son compagnon d'arme, un paladin humain, qui lui aussi avait beaucoup souffert au Norfendre et perdu des êtres qui comptaient pour lui. Elle ne pouvait donc pas le blâmer d'aller si mal.
— On peut même dire qu'il s'est radicalisé, ajouta Baelbo tout aussi désolé. Il ne pense plus qu'à protéger l'Alliance à n'importe quel prix et faire payer le Horde pour tous ses crimes. Il ne s'intéresse même plus aux filles, pour te dire. Alors que tu te souviens que c'était un vrai coureur de jupons quand on l'a rencontré.
La jeune elfe aux cheveux bleus s'en souvenait parfaitement. Même qu'elle avait pendant une courte période le béguin pour le séduisant paladin aux cheveux dorés jusqu'à ce qu'il lui brisât le cœur en lui faisant comprendre qu'elle ne l'intéressait pas. Elle avait fini par s'en remettre, jusqu'à se trouver un vrai amant qui n'était autre que le père de l'enfant qu'elle portait et qui malheureusement provenait (bien malgré lui) du camps adverse, la Horde. Et comble de malchance, leur histoire d'amour avait été interrompu de manière tragique au Norfendre, sur le Trône de Glace.
Quant à Bartélo, Gahahli savait qu'il pouvait se montrer très dévoué, comme tout bon paladin qui se respecte, mais jamais à ce point.
— Et Batël, alors ? demanda-t-elle en songeant au vieux nain guerrier aussi grincheux que véhément.
— Aux dernières nouvelles... en cavale, répondit Ouladre toujours désolé.
— Comment ça ?
— Il y a eu comme un "léger" grabuge à Forgefer, récemment, expliqua Baelbo. Pour te la faire courte, le roi Magni a eu un "petit" accident qui a laissé le trône vacant. Et du coup, sa fille... Tu te souviens de Moira, qu'on a tenté de délivrer des nains Sombrefers au Mont Rochenoire pour qu'on découvre qu'en fait elle s'y sentait bien, qu'elle avait épousé leur chef et... qu'elle était enceinte de lui.
— Oh oui, je m'en souviens, rétorqua Gahahli qui fixait son gros ventre ressentant une certaine ironie. Quand je pense que c'est moi la fille difficile et irresponsable.
— Et ben elle a décidé de revenir à Forgefer et d'en profiter pour réclamer le trône pour son fils, reprit le gnome. Finalement, ils ont formé un conseil des trois clans nains majeurs et du coup elle y siège en tant que représente des Sombrefers. Mais elle n'a pas oublié qui a porté le coup fatal qui mit fin aux jours de son mari. À savoir notre ami, Batël. Qui a vu sa tête mise à prix dès le retour de Moira à la capitale des nains.
— À ce qu'on raconte, il y aurait une tentative d'assassinat à son encontre, poursuivit le draneï. Mais sur les lieux du crimes, il n'y avait que les cadavres des assassins. Et une fois que ça s'est calmé à Forgefer, quand on est repassé chez lui, il avait disparu. Lui et ses affaires. On suppose donc qu'il a fini par s'enfuir et qu'il se cache on ne sait où de la reine des Sombrefers et de ses sbires.
— Mais c'est horrible ce que vous me racontez ? s'exclama la jeune elfe tellement estomaquée qu'elle dût s'assoir sur une des fauteuils. Et vous n'avez pas eu de nouvelles de lui depuis ? Il ne vous a pas laissé un mot ?
— Non, que dalle, répondit Baelbo. Clairement il ne veut pas qu'on sache où il est. Pas même ses amis.
— Par Elune, mais comment tout cela a-t-il pu arriver ? questionna la jeune elfe désespérée.
— Ça, c'est une très longue histoire, répondit le gnome. Disons que ça a commencé quand les nains de Forgefer ont ressenti des secousses dans les profondeurs...
"Souffrance..."
Un tremblement de terre ébranla soudain tout Teldrassil, jusqu'à la petite maison de Gahahli. Baelbo en tomba de son tabouret.
La secousse fut aussi courte que violente, assez pour semer l'agitation au sein de la forêt environnante. On pouvait entendre à l'extérieur les animaux pris de panique courir dans tous les sens, comme surpris par le séisme.
Jakua entra brusquement dans la maison et se plaça juste à côté de sa "compagne de chasse", comme pour s'assurer qu'elle n'avait rien.
— Des secousses comme celle-ci, reprit le gnome étourdi.
— Ce n'était pas un tremblement de terre naturelle, ça, fit remarquer Gahahli qui tenait son ventre d'une main ferme. Les animaux l'auraient senti avant qu'il ne se produit, sinon...
Elle était en train de réprimer une douleur au ventre, comme si le bébé qu'elle portait avait été perturbé par le tremblement de terre. À moins que...
"Agonie..."
Le tremblement de terre reprit de plus belle, plus violent que le précédent et parvint à faire vaciller l'elfe de la nuit et le draeneï de leur fauteuil.
Cette fois, on pouvait entendre des branches d'arbres et des fruits tomber sur le toit de la maison.
Et les douleurs aux ventre de la jeune elfe s'intensifièrent. Elle eut de plus en plus de mal à respirer et transpirait à grosses gouttes tant elle en souffrait. C'était comme si son propre corps luttait pour faire sortir un être vivant qui se débattait en elle. D'autant plus qu'elle sentit un liquide chaud couler le long de ses cuisses depuis son entrejambe et et le vit maculer sa si belle robe d'une couleur douteuse.
"Ma haine consume les profondeurs de la terre..."
La troisième secousse fut cette fois plus longue que la précédente.
— Ça a l'air sérieux, ce coup ci ! commenta Baelbo en proie à la panique qui peinait à se relever même quand le tremblement eut cessé. Jamais on a eu de secousses comme ça !
— Dame Gahahli, vous allez bien ? demanda Ouladre inquiet.
— Non, répondit la jeune elfe dont la respiration était de plus en plus saccadé. Je... suis... en train... de perdre... les eaux !
— Mes aïeux, dans un moment pareil ?! s'exclama le gnome.
— Que veux-tu... que j'y fasse ? s'impatienta la jeune elfe. Ça... ne se fait pas... sur commande !
— Gardons notre calme ! ordonna Ouladre. Venez, ma dame, on va vous allonger. Respirez calmement. Vous, maître Baelbo, apportez nous de l'eau chaude, des serviettes et un couteau propre.
— T'as qu'à prendre la bouilloire, Baelbo, dit la jeune elfe qui se faisait escorter par le draeneï et son Sabre-de-nuit jusqu'à son lit.
Une quatrième secousse manqua de les faire tomber alors qu'ils furent à mi-parcours.
Finalement, ils parvinrent à atteindre le lit et y faire s'allonger Gahahli, malgré leur équilibre précaire dû aux incessants tremblements.
Mais même allongée sur le lit et son fidèle Sabre-de-nuit à son chevet pour la rassurer de sa présence, la jeune elfe ne parvenait pas à retrouver son calme. Elle sentait son bébé progressivement poussé par son propre corps vers une sortie trop petite pour sa tête, son aine se dilatant douloureusement à mesure que le bébé y était poussé. C'était le moment qu'elle redoutait le plus. Et les incessants tremblements de terre ne faisaient rien pour arranger les choses.
— Ouladre... vous êtes sûr... que vous... pouvez... faire ça ? demanda la jeune elfe plus tressée que jamais. Devrez... appeler... les prêtresses...
— Ne vous inquiétez pas, ma chère, le rassura le draeneï qui commençait à lui relever sa robe, à genoux au pied du lit. Je n'en suis pas à mon premier accouchement. Continuez de respirer.
— Voilà l'eau ! cria Baelbo venant déposer sur la table de chevet une écuelle remplie d'eau de la bouilloire initialement prévu pour la tisane et encore chaude. Et voici les serviettes !
— Ça fera l'affaire, merci, dit Oukadre qui en prit une et l'étala sous les jambes nues de l'elfe
Une cinquième secousse se manifesta, toujours plus violente que la précédente, faisant vaciller le gnome et manquant de renverser l'écuelle et commença à délabrer le toit de la maison.
"Mon tourment agite le monde...
Ces misérables royaumes tremblent sous le vent de ma rage."
Quand la secousse, seulement quelques tuiles avait glissé, laissant tombé des feuilles et des brindilles dans la maison.
Gahahli vit Ouladre inspecté son entrejambe d'un regard incrédule. Elle s'attendait au pire.
— La bonne nouvelle c'est que ça va aller très vite, le rassura toutefois le draeneï. On peut déjà voir la tête.
Baelbo, qui venait de se relever, eut un haut-le-cœur en apercevant l'entrejambe de la jeune elfe et quitta précipitamment la pièce, une main couvrant la bouche.
— Et... c'est quoi... la mauvaise... nouvelle ? demanda Gahahli impatiente.
Pour toute réponse, une sixième secousse ébranla la maison, faisant tomber davantage de tuiles et de branchages.
— Bon, écoutez-moi, Gahahli, lui dit le draeneï sur un ton ferme. Quand je vous le dirais, vous prendrez une grande respiration, vous bloquez et vous poussez de toutes vos forces. Avec un peu de chance, il sortira d'un coup. Vous avez bien compris ? Vous êtes prête ?
La jeune elfe acquiesça de la tête aux deux questions du draeneï, malgré la peur qui la tenaillait autant si ce n'était plus que l'accouchement.
Le tremblement de terre se calma finalement, laissant un moment de répit pour le draeneï et l'elfe sur le point de donner naissance.
— Bien, maintenant inspirez... bloquez... et poussez ! ordonna Ouladre.
Gahahli s'exécuta et lâcha un cri à s'en déchirer les cordes vocales quand elle sentit son aine s'ouvrir pour faire passer la tête du bébé. Elle eut la douloureuse sensation que tout était en train de se déchirer dans son entrejambe
— C'est ça, continuez ! l'encouragea le draeneï. Ça y est presque ! Encore un petit effort !
L'elfe poussa de toutes ses forces et sentit finalement la tête du bébé sortir de son aine puis assez rapidement le reste du corps, la libérant ainsi de son supplice.
Elle n'eut pas le temps d'entendre le premier cri de l'enfant qu'elle venait de mettre au monde qu'elle tomba dans les pommes, épuisée aussi bien par l'effort que par l'émotion.
Au moment, une brève secousse ébranla une dernière fois Teldrassil tandis que le ciel s'embrasa et un souffle d'air chaud balaya la forêt, comme si un volcan venait de se réveiller à proximité.
"Mais enfin, Azeroth volera en éclat...
et brûlera tout entier à l'ombre de mes ailes."
Le calme était enfin revenu quand Gahahli revenait à elle. Elle se sentait encore faible. Son corps était encore endolori et dégoulinant de transpiration. Même son lit était inondé. Mais quand elle retrouva l'usage de ses sens, elle fut transporté de joie quand elle vit et entendit enfin son bébé qu'Ouladre tenait dans ses bras avec précaution, lavé et emmitouflé dans une serviette.
Elle venait de mettre au monde un garçon.
D'après le draeneï, il fut légèrement secoué par le tremblement mais assura à la jeune elfe qu'il n'en garderait aucune séquelle et se portait à merveille quand il lui passa.
Les yeux inondés de larmes de joie, la jeune elfe remercia le draeneï du regard et contemplait le petit être qu'elle venait de mettre au monde, né de sa propre chair. À première vue, il ne présentait rien d'anormal, sa peau était d'un rose tirant sur le violet et il avait un duvet de cheveux du même bleu que ceux de sa mère. Sa seule particularité était ses yeux qui tiraient sur le vert turquoise plutôt que sur l'ambre comme beaucoup d'elfes de la nuit mâles.
Elle laissa son bébé saisir son doigt et le serrer, mesurant ainsi sa force. Elle sût alors que le petit qu'elle venait de mettre au monde ne manquerait pas de vivacité.
Soulagé, Ouladre quitta la pièce, laissant la jeune elfe avec son bébé et Jakua à son chevet, lui-même fasciné par le petit être qui venait de sortir de sa "compagne de chasse".
Il s'en alla rejoindre Baelbo, assis sur le perron, complètement abasourdi par ce qui venait de se passer.
Autour de la maison, le sol était jonché de feuilles, de fruits et de branchages ayant chuté des arbres durant ses vagues de tremblements de terre mais hormis des animaux encore déroutés par ces vagues de tremblements, il n'y avait rien d'alarmant... du moins en apparence.
— Alors comment elle va ? demanda le gnome.
— Tout va bien, rassura le draeneï. Le bébé n'a rien. Et elle en train de se remettre doucement de son accouchement.
— Tant mieux tant mieux, conclut le gnome à moitié rassuré.
— Et... ce qui vient de se passer, alors... ? se risqua de demander le draeneï.
— Lili avait vu juste tout à l'heure, répondit le gnome. Ce n'était pas un tremblement de terre naturel. J'ai vu le ciel prendre feu à travers les arbre... J'ai entendu un rugissement... Un rugissement de dragon.
— Vous croyez que... ? Est-ce vraiment... ?
— C'est bien ce que nous redoutions, Ouladre. Aile-de-Mort est de retour.