The X-Files : Reborn
Chapitre 10 : La Vérité
3473 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 02/01/2026 17:37
Mercredi 13 novembre 2024 – 09h14
Bâtiment J. Edgar Hoover, quartier général du FBI, Washington D.C.
Leur entretien avec le Directeur Adjoint Walter Skinner, la veille, a suscité chez les agentes Vivian Ferrer et Catherine Gibson une curiosité accrue et un besoin d’en apprendre encore plus. Elles sont impatientes de rencontrer les anciens agents Fox Mulder et Dana Scully. Quant à leur motivation afin de rouvrir les X-Files, elle n’en est qu’exacerbée. Mais le temps est compté, elles savent qu’elles auront les résultats du test ADN concernant leur dossier de Bonners Ferry et la famille Peacock — raison de leur présence à Washington D.C. — aujourd’hui. Une fois le rapport du laborantin du service des Analyses de Preuves Physiques reçu, elles n’auront que quelques heures devant elles avant de prendre l’avion pour retourner à leur bureau du FBI de Salt Lake City. Elles attendent, avec une impatience qu’elles ont peine à cacher, les instructions de Walter Skinner sur le lieu et l’heure de la rencontre avec Mulder et Scully. Skinner leur a expliqué qu’ils mènent une vie volontairement discrète, dissimulant leur adresse et leur numéro de téléphone au plus grand nombre. C’est la raison pour laquelle les agentes Ferrer et Gibson n’ont absolument rien trouvé sur eux lors de leurs recherches ; ils ne sont même pas référencés dans le bottin. Seule une poignée de personnes, triées sur le volet, savent où ils vivent et comment les contacter ; Walter Skinner en fait partie.
Aux alentours de 10h, le téléphone de Ferrer sonne : c’est Skinner. Il leur indique qu’elles ont rendez-vous à 19h à Harpers Ferry, une petite ville de Virginie-Occidentale située à un peu plus d’une heure de Washington D.C., et plus précisément dans les ruines de l’église Saint John. Elles doivent rester discrètes : pas question d’emprunter un véhicule de la flotte du FBI. Elles demandent à Mike Griffin si elles peuvent disposer de son véhicule personnel ; il accepte volontiers.
En début d’après-midi, elles sont invitées à rejoindre le service d’Analyse des Preuves Physiques. Le laborantin a terminé ses analyses, écrit son rapport et il n’attend plus que les agentes Ferrer et Gibson afin de partager avec elles ses conclusions. Avec tout ce qu’elles ont découvert ces derniers jours à Washington D.C., elles en ont presque oublié la raison de leur présence ici : le lien entre leur affaire et le dossier X-Files de 1996 sur la famille Peacock. Arrivées au laboratoire, l’agent technique en charge de leur analyse les attend avec impatience et une excitation qu’il ne peut dissimuler.
— Eh bien, on peut dire que vous nous avez donné du fil à retordre ! Mais je suis ravi de vous annoncer que nous avons réussi à extraire un brin d’ADN assez long de l’échantillon de 1996 et que nous pouvons maintenant, avec certitude, vous transmettre notre conclusion définitive, dit l’agent technique.
— Nous sommes impatientes de l’entendre ! Alors, avons-nous résolu un « cold case » de 1996 ? Ou avons-nous affaire à une autre famille ? Interroge Gibson.
— Mesdames, vous venez de résoudre une affaire vieille de quasiment 20 ans ! Félicitations ! J’ai directement prévenu le directeur adjoint de mon service, qui a lui-même prévenu le directeur adjoint des Investigations Criminelles et, ensemble, ils ont décidé d’en avertir le directeur du FBI. Ce n’est pas tous les jours que ce type d’évènement survient et je tenais à vous remercier de m’avoir permis d’y contribuer.
— Waouh, ça fait beaucoup de directeurs qui sont au courant de notre et de votre travail.
— Attendez-vous à recevoir les honneurs de la part de votre hiérarchie !
— Nous n’avons fait que notre métier, nous n’en attendons pas tant.
Elles sont à peine sorties du laboratoire qu’elles distinguent le jeune agent qui les chaperonne depuis leur arrivée à Washington D.C. courir vers elles. Il leur annonce que le directeur adjoint Robert Brown les attend dans son bureau. Elles suivent le jeune agent en direction du département des Sciences, Technologies et Informations. Arrivées dans le bureau, le directeur Robert Brown n’est pas seul : avec lui se trouve une femme d’une cinquantaine d'années qu’il présente comme la directrice adjointe du département des Investigations Criminelles, Rose Whitetaker. Comme le laborantin les a prévenues, elles reçoivent toutes les félicitations de la part des deux directeurs adjoints. Elles se disent que c’est le moment de poser des questions sur les X-Files et de demander leur réouverture.
— Merci pour ce moment informel. Quand on fait bien notre boulot et qu’on en est récompensées, ne serait-ce que par des félicitations et des remerciements, ça booste le moral et nous rappelle pourquoi on fait ce métier, commence l’agente Ferrer.
— C’est tout à fait normal, mais n’ayez pas d’inquiétude : nous allons également organiser une cérémonie officielle afin de vous remettre solennellement une distinction d’exception afin de saluer votre persévérance exemplaire dans la résolution de cette enquête vieille de presque 20 ans, continue la directrice adjointe Rose Whitetaker.
— Nous n’en demandons pas tant… Tant que nous sommes toutes et tous réunis dans ce bureau, pourrait-on vous poser quelques questions concernant les X-Files ? Car ce dossier est marqué par le sceau X-File, intervient l’agente Gibson.
Les deux directeurs adjoints échangent rapidement un regard avant de répondre par l’affirmative.
— Nous nous sommes permises, ces deux derniers jours, de faire quelques recherches sur ces X-Files. Nous avons trouvé un bon nombre de dossiers, souvent non résolus, qui dorment dans un sous-sol désaffecté. Ces dossiers ne méritent-ils pas un meilleur traitement ? Comment se fait-il que plus personne ne s’y intéresse et ne travaille à leur résolution ? Demande l’agente Ferrer.
— Je me doutais que vous alliez aborder le sujet. Le fait est que personne ne veut travailler sur ces vieux dossiers mystérieux. Tous les agents rêvent de gravir les échelons, de travailler sur des enquêtes d’envergure, de faire carrière. La réputation des X-Files est terrible, vous avez vous-même dû en entendre parler, Agente Gibson, comme vous avez travaillé tout un temps ici, répond la directrice adjointe Whitetaker.
— Oui, tout à fait, mais en tant qu’agent, on ne choisit pas son affectation. L'agente Ferrer et moi-même en sommes la preuve vivante. Si vous souhaitiez vraiment que le service des X-Files perdure, vous auriez trouvé des personnes pour s’en occuper. Nous savons également que ce service a été créé par J. Edgar Hoover en personne en 1946. Il est donc totalement incompréhensible pour nous de le voir aujourd’hui clos, intervient l’agente Gibson.
— L'agente Gibson et moi-même souhaitons vous informer que nous sommes volontaires pour reprendre le bureau des X-Files, ajoute l’agente Ferrer.
Il y eut un blanc. Brown et Whitetaker s’échangent encore quelques regards avant de répondre :
— Nous allons transmettre votre demande au Directeur du FBI. Afin que celle-ci soit officielle et ainsi prise en compte, pourriez-vous me l’adresser par écrit ? Demande la directrice adjointe Whitetaker.
— Bien sûr, mais notre enquête étant terminée, nous n’avons plus de raison de rester à Washington D.C. et devons repartir dès ce soir à Salt Lake City. Ce qui retardera notre demande, exprime Gibson.
— S'il n’y a que ça qui vous inquiète, je vous autorise à rester ici jusqu’à la fin de la semaine. Ça vous laissera le temps d’argumenter comme il se doit votre demande et de continuer vos recherches sur les X-Files. Comme je vous l’ai expliqué, vous allez être décorées pour le travail effectué dans le dossier Peacock. Je vais m’arranger pour que celle-ci se déroule fin de semaine également, en présence du Directeur du FBI. En attendant, je préviens personnellement votre directeur adjoint à Salt Lake City, Patrick Bishop, que vous restez encore quelques jours avec nous, prévient Whitetaker.
— Merci. J’aurais encore une petite requête : serait-il possible de nous débarrasser de notre « baby-sitter » ? dit l’agente Gibson en montrant du regard le jeune agent qui les attend en dehors du bureau.
— Oui bien sûr, je m’en occupe tout de suite, intervient le directeur adjoint Brown.
— Si vous avez encore la moindre question, n’hésitez pas à prendre contact avec mon assistant, termine la directrice adjointe Whitetaker en leur tendant sa carte de visite.
— L’entrevue étant terminée, les deux agentes retournent au bureau de Mike Griffin récupérer les clés de sa voiture et prennent la route vers Harpers Ferry, à la rencontre de Mulder et Scully.
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Mercredi 13 novembre 2024 – 18h48
Ruines de l’église Saint John, Harpers Ferry, Comté de Jefferson, État de Virginie-Occidentale.
Harpers Ferry est une petite ville historique située au confluent des fleuves Potomac et Shenandoah où vivent à peine 300 âmes. C’est aussi le point de rencontre de trois États : la Virginie-Occidentale, le Maryland et la Virginie. Elle est le long de l’emblématique Blue Ridge Parkway, route de 755 km aux paysages pittoresques et entourée de falaises abruptes ainsi que de grandes forêts. C’est un lieu idéal si on souhaite vivre une vie paisible et discrète, tout en gardant un œil sur la capitale Washington D.C.
Quant aux ruines de l’église Saint John, elles sont localisées en dehors de la ville, à l’extrémité du triangle formé par la rencontre entre le fleuve Potomac et la Shenandoah. L’église fut bâtie en 1851 en pierre de schiste gris et est située sur les hauteurs de la ville. Elle a survécu aux affrontements de la guerre de Sécession qui ont déchiré la région, servant d’hôpital de fortune pour les soldats blessés. Abandonnée depuis 1890 et la construction de son église sœur Saint Peter, l’édifice est laissé aux affres du temps, se transformant petit à petit en ruines que l’on connaît aujourd’hui.
À leur arrivée aux alentours de 19h, la nuit est déjà tombée. Au sol, de légers bancs de brume basse et rampante encerclent les ruines de l’église Saint John. On distingue le reflet des rayons du soleil sur la lune qui éclaire naturellement les lieux, créant un jeu de lumière clair-obscur. Nous sommes à 2 jours de la Super Lune du Castor et celle-ci est déjà très large et quasiment à son apogée.
Les agentes Ferrer et Gibson garent leur voiture sur le petit parking situé en face des escaliers en pierre escarpés donnant accès au site. Arrivées au bout des marches, elles aperçoivent la silhouette fantomatique d’une femme dans l’ouverture béante de ce qui reste d’une ancienne porte gothique. Elles pénètrent dans la ruine afin d’y rejoindre leur hôte.
Dana Scully est une femme de taille moyenne d’une soixantaine d’années. Elle est mince et a de longs cheveux blond vénitien, des yeux bleu-gris, un nez fin et un menton plutôt pointu. Sa silhouette fait penser à celle d’Emma Peel de la série anglaise « Chapeau melon et bottes de cuir ». En entendant des pas dans les escaliers, elle se retourne afin de faire face aux agentes Ferrer et Gibson. Elle porte sur son visage sans sourire les stigmates d’une vie éreintante.
— Agentes Ferrer et Gibson, je présume ? Commence Dana Scully.
— C’est bien ça. Agente Dana Scully ? Continue Gibson.
— Docteure Dana Scully. Rectifie-t-elle.
— Ravie de vous rencontrer, Docteur Scully, intervient l’agente Ferrer.
— Et merci de vous rendre disponible si rapidement pour nous. Fox Mulder n’est pas avec vous ? Demande l’agente Gibson.
— Non, il n’aime pas trop sortir de chez nous et encore moins pour faire de nouvelles rencontres. Vous allez devoir vous contenter de moi, rétorque Scully.
— Pas de souci, on comprend parfaitement, répond l’agente Ferrer.
— Alors comme ça, d’après Skinner, vous souhaitez rouvrir les X-Files ? Interroge Scully.
— Oui, suite à notre enquête sur les descendants de la famille Peacock, nous avons découvert l’existence de ces dossiers non classés. Depuis lundi, nous sommes plongées dans la lecture de ceux-ci et nous pensons que ces affaires méritent plus que de pourrir dans les sous-sols du bâtiment J. Edgar Hoover.
— On peut dire que vous avez commencé fort avec la famille Peacock. Cette histoire m’a profondément marquée ; c’est la première et unique fois où j’ai dû autopsier un nouveau-né. Puis il y a cette violence extrême utilisée par les frères Peacock et leur mère incestueuse. Aujourd’hui encore, j’en ai des frissons, confie Scully.
— Le lien entre notre enquête et la vôtre est maintenant formellement établi grâce aux résultats des tests ADN. C’est grâce à votre travail et aux échantillons que vous avez prélevés en 1996 que ce dossier a pu aujourd’hui être classé, répond Ferrer.
— Quoi qu’il en soit, si vous décidez de rouvrir les X-Files, ou plutôt si on vous y autorise, je vous demanderai de ne pas nous impliquer, Mulder et moi. Nous ne souhaitons plus être mêlés, de près ou de loin, aux X-Files et au FBI. C’est la seule et unique raison pour laquelle j’ai accepté de vous rencontrer aujourd’hui. Je veux vous faire passer moi-même un message clair : laissez-nous tranquilles, oubliez-nous.
— Je suis désolée, mais je ne vous comprends pas. Il est impossible de dissocier les X-Files de Mulder et de vous. Vous êtes les pionniers, les chevilles ouvrières de ce service des dossiers non classés ; certains d’entre eux vous concernent personnellement. Vous êtes déjà impliqués, que vous le vouliez ou non, dit Ferrer.
— Peut-être comprendrez-vous après quelques années à travailler dans ce service. Quand vous aurez perdu des personnes chères à cause des X-Files. Quand vous serez contraintes à d’ultimes sacrifices pour ce boulot. Là, peut-être que vous comprendrez ce que je vous demande aujourd’hui.
— Je comprends, Docteure Scully. Dans de moindres mesures, j’ai déjà moi-même dû faire un grand sacrifice pour le FBI et je me porte personnellement garante afin de vous garantir la paix et la tranquillité que vous demandez aujourd’hui, confie et promet l’agente Gibson.
— Je vous remercie, agente Gibson. Agente Ferrer, puis-je en espérer autant de vous ?
— Même si je ne vous comprends pas, j’ai pour vous un immense respect et je m’engage à ne pas vous mêler aux X-Files à l’avenir.
— Je vous remercie profondément. Maintenant, suivez-moi : l’agent Mulder m’a chargée de vous remettre des documents importants, des dossiers X-Files qu’ils gardent secrètement depuis de nombreuses années, car vous semblez être dignes de confiance, ce qui me semble être le cas.
Elles descendent ensemble les marches d’escalier jusqu’au parking et se dirigent vers le SUV du docteur Scully. Elle en retire de son coffre une caisse en carton qu’elle donne aux agentes Ferrer et Gibson.
— Un dernier conseil : soyez extrêmement prudentes. Partez du principe que toutes les personnes que vous allez rencontrer dans le cadre de vos enquêtes des X-Files ne vous veulent pas du bien. Vous allez vous approcher de sphères politiques et du pouvoir qui ne souhaitent ni être vues, ni connues, et elles seront prêtes à tout pour vous faire taire, absolument à tout.
— Merci, nous le serons, répond Gibson.
— Elles se quittent sur ces mots d’avertissements. Ferrer et Gibson montent dans leur voiture et retournent à Washington D.C.
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Jeudi 14 novembre 2024 – 09h04
Bâtiment J. Edgar Hoover, quartier général du FBI, Washington D.C.
Les agentes Ferrer et Gibson passent toute la matinée dans le département des Investigations Criminelles. À la demande de la directrice adjointe Rose Whitetaker, elles y disposent maintenant d’un bureau dans le coin du plateau open space dédié aux agents de passage. Elles élaborent ensemble le courrier qu’elles vont adresser à la hiérarchie afin de rouvrir les X-Files et d’y être affectées. Elles doivent convaincre que cette réouverture est bénéfique pour le FBI. Elles n’hésitent pas à téléphoner à Walter Skinner, l’ancien directeur adjoint des investigations criminelles et de facto des X-Files, afin qu’il joue de ses relations au sein du FBI pour soutenir leur demande. Il accepte sans hésitation. En milieu d’après-midi, elles sont satisfaites de leur missive et décident de la transmettre aux différents directeurs adjoints et au Directeur du FBI. Elles passent ensuite le reste de l’après-midi dans le bureau des X-Files et continuent la lecture des dossiers.
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Vendredi 15 novembre 2024 – 17h00
Bâtiment J. Edgar Hoover, quartier général du FBI, Washington D.C.
La cérémonie de remise de distinction des agentes Ferrer et Gibson se déroule, comme convenu, le vendredi soir. En plus des directeurs adjoints et des chefs de division, elles ont l’immense privilège de voir relevé cet évènement par la présence du Directeur du FBI, Brian Driscoll. À la fin de la cérémonie, le Directeur Driscoll demande à rencontrer les agentes Ferrer et Gibson en privé. Ils se dirigent tous les trois vers un bureau vide afin de discuter en toute tranquillité.
— Mesdames, je tenais encore à vous féliciter pour votre travail. Nous manquons cruellement d’agents comme vous, qui font preuve de persévérance, de perspicacité, de pugnacité, et qui gardent leur esprit ouvert et font preuve d’autodétermination.
— Merci monsieur le directeur.
— J’ai bien reçu votre demande de réouverture du bureau des X-Files. Celle-ci est soutenue par la directrice adjointe Rose Whitetaker et également Walter Skinner que j’ai eu la chance d’avoir comme supérieur hiérarchique alors que je n’étais qu’un jeune agent ici à Washington D.C. — Sans vouloir vous brusquer, pouvons-nous savoir quelle est votre décision ? Si vous avez déjà eu le temps d’y réfléchir, bien évidemment.
— Je vais accéder à votre demande. Ce sera mon dernier fait d’armes avant ma destitution et mon remplacement par le prochain Directeur du FBI qui sera désigné incessamment sous peu par notre nouveau Président, Donald Trump. Nous allons vivre des heures sombres et il faudra, plus que jamais, des agents comme vous, intègres, qui feront tout pour découvrir et révéler au grand jour La Vérité.
FIN