Tuesday

Chapitre 6 : Franky

3992 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 15/02/2026 12:42

Elvis entamait le deuxième couplet de Promised Land lorsque Mulder stationna la Taurus sur le parking du Franky.

Il tira le frein à main d'un geste un peu trop brusque, faisant craquer le mécanisme, puis il se pencha imperceptiblement en avant pour observer l'établissement par le pare-brise de la voiture.


Le restaurant exposait sa longue silhouette entièrement vitrée le long de la route menant à la sortie de Manassas. Une forêt dense s'étalait à perte de vue à l'arrière de l'établissement comme si celui-ci marquait la frontière entre la ville et la nature sauvage au-delà. Une immense soucoupe métallique clignotante trônait de travers sur son toit plat comme un étrange chapeau qui aurait été posé là par hasard, suggérant que l'endroit était un repère à touristes et autres amateurs d'OVNI.


Le grand brun fixa encore un instant le bâtiment puis il se tourna vers sa partenaire, silencieuse sur le siège passager à côté de lui.


Scully avait repris des couleurs depuis leur passage au musée, où elle avait brusquement et abondamment saigné du nez. Une tâche d'un écarlate vif s'étalait encore sur le col de son chemisier blanc, unique preuve de ce qui lui était arrivé quelques instants plus tôt. Si l'hémorragie avait été impressionnante, elle avait cessé en à peine quelques secondes et la jeune femme avait alors rapidement recouvré ses esprits.

La petite rousse n'avait cependant pipé mot depuis leur départ du centre ville et Mulder décida de rompre le silence qui s'était installé entre eux:



-Pourquoi ne m'as-tu pas dit que tu avais déjà saigné du nez ce matin avant notre départ, Dana?



Scully leva les yeux vers lui et plongea son regard bleu glacier dans celui, plus doux, de son coéquipier. Ce dernier l'appelait rarement par son prénom, et le fait qu'il le fasse à cet instant précis démontrait toute l'inquiétude qui remuait intérieurement en lui. Mulder avait souffert autant qu'elle lorsqu'elle avait été diagnostiquée de son cancer, et le chemin vers sa convalescence les avait tous deux profondément marqués. Ils étaient d'ailleurs sortis de cette épreuve plus soudés encore: plus que des collègues, plus que des amis, leur parfaite complémentarité et la succession d'épreuves qu'ils avaient traversées au fil des années avaient forgé une relation unique entre les deux Agents Fédéraux.



-Quelle importance, Mulder?, soupira finalement Scully en se frottant les tempes de sa main droite. C'est juste une épistaxis, c'est bénin et fréquent chez cinquante pourcent de la population...



-C'est juste que... la dernière fois que tu étais dans cet état..., hésita le jeune homme d'une voix légèrement rauque.



-Mulder, je vais bien, d'accord? Je refuse de céder à la panique devant deux simples saignements de nez. Et si cela se reproduit, j'irai consulter mon spécialiste. Tu es satisfait?



Le grand brun ne répondit pas tout de suite et détourna à nouveau les yeux vers le Franky dont la soucoupe volante ornementale clignotait doucement de toutes ses ampoules dans un lent algorithme. La succession d'éclairages colorés qui s'illuminaient sur la tranche du vaisseau factice était presque reposante, mais Mulder ne put réprimer un léger frisson de peur concernant sa collègue. Cette femme, qui était entrée dans son bureau sept ans auparavant et s'était présentée comme une médecin envoyée pour l'assister dans ses travaux (mais également pour l'espionner sur ordre de sa propre hiérarchie), avait pris une place immense dans sa vie. Elle était la constante qui le ramenait à la raison lorsqu'il partait trop loin, elle était le phare qui le guidait sur l'océan mouvementé de sa quête pour la vérité. Elle était sa pierre de touche, celle sur qui il pouvait compter en toute circonstance, et la seule à bénéficier de sa confiance aveugle et totale.

Et le jeune homme ne supporterait pas de la perdre. Pas une nouvelle fois. Il ne le permettrait pas.



-Est-ce que tu préfères que nous rentrions, Scully?, finit par demander doucement le grand brun, d'une voix un peu trop détachée cette fois.



-Nous sommes là, Mulder. Autant interroger les autres témoins potentiels, et peut être manger un bout avant de prendre le chemin du retour. Je meurs de faim.



L'Agent du FBI hocha légèrement la tête tout en lançant un regard en coin à la petite rousse. Elle avait l'air de se sentir vraiment mieux, ses joues avaient repris des couleurs, et avaler un morceau avant de rentrer à Washington n'était pas une mauvaise idée en soi. Peut être même que le moment était bien choisi pour lui révéler les conclusions qu'il avait tirées de leur visite au musée:



-Scully?



-Mmh...?



-Tu n'as pas trouvé les Jeebs un peu... étranges?



La jolie rouquine tourna lentement la tête vers Mulder tout en haussant les sourcils. C'était le signal d'alarme chez elle lorsqu'elle attendait qu'une nouvelle théorie venue d'ailleurs sorte de la bouche de son partenaire. Et elle se trompait rarement sur ce point.



-Enfin Scully, reprit le grand brun devant le mutisme exaspérant de sa collègue, tu as dû remarquer comme ils se ressemblaient tous les trois, avec leurs caractéristiques physiques pour le moins... incongrues?



-Tu trouves étranges qu'une fille puisse ressembler à ses deux parents?, ironisa Scully avec un sourire en coin.



-Non, bien sûr que non... Mais qu'un mari ressemble autant à sa propre femme en revanche...



-Mulder, as-tu déjà entendu parler de consanguinité? C'est bien plus fréquent qu'on ne le croit, surtout dans les familles nombreuses qui comportent une ribambelle de cousins plus ou moins éloignés. Ça explique à la fois la ressemblance troublante et les anomalies anatomiques...



-Scully, et leurs regards? Tu ne vas pas me dire qu'il n'y avait rien... d'inquiétant, dans le fait qu'ils ne clignent pas une seule fois des yeux pendant les deux heures où nous étions sur place?



-Peut être que tu clignais toi-même des yeux à chaque fois qu'eux-mêmes le faisaient? Que penses-tu de cette théorie, Mulder?



L'Agent fixait sa partenaire, bouche bée devant son étonnante facilité à trouver des explications rationnelles et des parades logiques à chaque fois qu'il avançait une de ses hypothèses.



-Mulder, reprit la jeune femme, tu ne vas pas me dire que tu crois à toutes leurs histoires farfelues d'artefacts, de pouvoirs cosmiques phénoménaux et d'aliens-cafards qui veulent prendre possession de la planète à l'aide d'un caillou et d'un diadème?



-Et comment expliques-tu que tu connaisses le Franky avant même que nous y mettions les pieds?, explosa soudain Mulder, incapable de se contenir plus longtemps. Comment se fait-il que tu ai rêvé avec exactitude de ce qu'il s'est passé cette nuit à Manassas? Dis-moi que tout ceci est une pure coïncidence avec tes saignements de nez d'aujourd'hui? Vas-y, dis-le!



-C'est une pure coïncidence, Mulder, et une pure folie de penser le contraire, tu le sais bien.



Mulder observa sa collègue encore un instant puis il sortit de la voiture. Il fit claquer la portière un peu trop fort derrière lui et commença à marcher vers le restaurant, les mains enfoncées dans les poches de son par-dessus noir, ses chaussures faisant crisser furieusement le gravier du parking.

Scully avait une telle importance dans sa vie, et pourtant sa tendance à rationaliser chaque fait avait tendance à l'irriter de plus en plus. Il n'arrivait pas à comprendre pourquoi elle s'obstinait à tout ramener à la science et au tangible après tout ce qu'ils avaient déjà vu et vécu.


Dana leva quant à elle les yeux au ciel pour la énième fois de la journée, et elle en vint d'ailleurs à se demander si elle n'allait pas rester un jour bloquée dans cet état-là tant son partenaire l'exaspérait. Il pourrait ainsi la qualifier elle-même d'extraterrestre au même titre que les Jeebs et il pourrait échaffauder mille explications plus fumeuses les unes que les autres à son sujet.


La petite rousse soupira et se résolut à sortir à son tour de la Taurus, rattrapant son partenaire à grandes enjambées instables dans les fins cailloux gris du parking.

Dana n'arrivait pas à saisir le besoin viscéral de Mulder à tout ramener au paranormal alors même que l'explication sensée se trouvait sous son nez. Toute cette histoire véhiculée par les Jeebs n'était sans doute qu'une manière d'attirer les touristes dans leur musée puis de les envoyer ensuite dans le restaurant "phare" de la ville où le délire mystique autour des aliens se poursuivait. Un plan à la mécanique bien huilée connu depuis la nuit des temps pour faire fonctionner les commerces des petites villes, et Mulder fonçait droit dedans comme un jeune premier. Il n'y avait rien de surnaturel dans tout cela: elle démontrerait la supercherie, ils mangeraient ensuite une double portion de saucisses-frites avant de rentrer sur Washi...



<L'odeur de saucisses-frites>



Dana s'arrêta soudain sur cette pensée et tout son corps fut parcouru d'un violent frisson. L'écran de fumée derrière lequel elle se cachait depuis son réveil céda bruquement, soufflé par le vent de la vérité qui s'abattit sur elle comme une masse. Un froid insidieux la recouvrit tel un lourd et douloureux manteau écrasant ses frêles épaules. La jeune femme déglutit avec difficulté, confrontée à la terrible réalité qui venait de s'imposer à elle. Les saignements de nez, l'odeur étrange et récurrente dans ses narines, les sensations de déjà-vu... comment n'avait-elle pas fait le lien plus tôt? C'était pourtant une évidence.


Mulder avait peut-être raison de s'inquiéter finalement, le cancer était bel et bien revenu pour tenter d'achever le travail qu'il avait suspendu quelques années plus tôt. Elle avait gagné la première bataille contre la maladie mais la guerre semblait à nouveau déclarée dans son corps au vu des symptômes qu'elle présentait.


Instinctivement, la jeune femme porta la main à sa nuque et effleura la fine cicatrice qui recouvrait le petit implant métallique qui lui avait sauvé la vie lorsqu'elle était en phase terminale. Avait-il cessé de fonctionner? Était-ce un coup calculé par le syndicat pour la faire replonger dans les tourments si elle ne stoppait pas Mulder dans ses recherches?


Scully prit une profonde inspiration et l'air frais et humide lui déchira les poumons. Elle joignit ses mains, se forçant résolument à stopper les tremblements incontrôlables qui la parcouraient, puis elle se remit lentement en marche. Son esprit rationnel et scientifique reprit le dessus, et la jeune femme planifia déjà mentalement de passer appel à son spécialiste: elle réussirait peut être ainsi à obtenir une consultation dans le mois à venir. Mais elle n'en informerait pas Mulder. Pas pour l'instant. Elle ne voulait pas l'inquiéter tant qu'elle ne serait pas elle-même fixée sur l'étendue et la gravité de son atteinte.


La petite rouquine rejoignit son partenaire à l'instant même où ce dernier franchissait le seuil du Franky, faisant doucement tinter la porte sur son passage.


L'intérieur du restaurant était étonnamment sombre compte tenue de la surface vitrée qui donnait sur la route, sans doute à cause de ses murs bleu foncé recouverts de posters: des extraterrestres aux formes et couleurs diverses y côtoyaient des vaisseaux tout droit sortis de films de science-fiction. Des dizaines de banquettes en cuir carmin étaient alignées en rang sur un carrelage à damier noir et blanc, dans une typique représentation d'un Diner américain.

L'odeur de saucisses-frites décupla soudain en assaillant les narines de Dana et son estomac de tordit en un spasme douloureux. Le grognement sourd provenant du ventre de Mulder démontrait que son collègue était tout aussi affamé qu'elle, et ils avancèrent plus avant dans la salle.


Contre le mur du fond, Dana se souvint des flippers qu'elle avait déjà reconnus comme étant à l'effigie d'Aliens et de Star Wars et qui trônaient à côté de la maquette promotionnelle d'un Jedi blond grandeur nature.


Qu'elle avait déjà reconnus...



<Non, c'est impossible.>



Elle n'était jamais venue ici.

La maladie devait décidément être bien plus avancée qu'elle ne le pensait et elle devra vraiment obtenir un rendez-vous cette semaine-même avec son oncologue, il y avait urgence.


Et pourtant...

Bouche-bée, la jolie rouquine s'avança lentement vers la silhouette en carton du Chevalier de la Force, dont la tête était ornée d'une tiare criarde en métal doré comme si quelqu'un l'avait couronné roi de l'univers.

Une tiare qui semblait incomplète.

Une tiare dont il manquait la pierre centrale.

Une tiare dont les vertues extraordinaires donnaient peut être des pouvoirs cosmiques phénoménaux...



<Ce n'est pas mon spécialiste du cancer que je devrais consulter finalement mais plutôt un psychiatre, c'est certain...>



Le coeur de la jeune femme battait à tout rompre comme s'il préférait s'échapper de sa cage thoracique plutôt que d'admettre que tout ceci était réel, tangible, et les tremblements reprirent de plus bel, la secouant violemment.



-Scully, qu'est-ce que tu fabriques?, appela soudain Mulder à l'autre bout du restaurant.



Le grand brun était déjà attablé au comptoir en formica au centre de la salle et semblait en pleine discution avec Bernard, le vieux barman du Franky.



<Bernard.

Bernard qui nous offre des doubles portions de saucisses-frites à chacune de nos venues, et dont le carlin beige est vêtu d'un petit tablier de cuisine ridicule.

Frank, c'est le nom du petit chien, est doué de parole et prétend venir de l'autre bout de la galaxie.>



Les souvenirs affluèrent soudain en une succession d'images floues dans l'esprit de la jeune femme, ponctués des flashs rouges diffus et éblouissants.

Dana eu la désagréable sensation d'être dans un ascenseur en chute libre, comme lorsqu'elle avait vu la soucoupe volante au côté de Mulder en pleine forêt aux abords de Manassas, comme lorsqu'ils avaient failli périr face à la bestiole géante dans les bois avant l'intervention des hommes en noir...



<Mais est ce que ce sont vraiment des souvenirs, ou des manifestations pathologiques de mon cancer?


Tout ceci s'est-il réellement passé, ou est-ce simplement dû au choc lié au retour quasi certain de la maladie?


Et en même temps, comment pourrais-je posséder toutes ces informations si je n'avais pas déjà vécu cette journée, si je n'étais pas déjà venue ici?...>



Dana ouvrit la bouche tout en tendant la main vers la tiare qui coiffait le Jedi, mais elle n'eut pas le temps de répondre à la question de Mulder. Ses doigts se refermèrent autour du métal froid alors qu'une violente secousse ébranla le restaurant, faisant exploser toutes les vitres en un millier d'éclats dangereusement scintillants.

Le choc la fit tomber à genoux tandis que le monde sembla basculer autour d'elle.



Des centaines de cafards pénétrèrent par les fenêtres brisées et envahirent la salle telle une marée grouillante et infecte.


Scully vit du coin de l'œil son partenaire dégainer son arme tout en sautant sur le bar, se mettant ainsi à l'abri de la vague d'insectes qui déferlait au sol. Le vieux Bernard se réfugia quant à lui en cuisine, disparaissant par la double porte battante derrière son comptoir.


Mais le pire était encore à venir.


Un policier en uniforme fit bruquement son entrée dans le restaurant, d'une démarche saccadée accompagnée de nombreux soubresauts. Sa tenue bleu marine était tachée et déchirée comme s'il avait rampé des heures dans la forêt environnante. Mais le plus étrange résidait dans le fait que le Sergent Edgar Hoover (<comment diable puis-je connaître son nom?>) avait un teint violacé maladif, accentué par la peau qui pendait littéralement autour de son visage, comme si elle était trop grande pour lui (<Cet homme doit certainement souffrir d'une pathologie dermatologique, la cutis laxa, sans doute...>).


Dana remarqua alors que la main gauche du flic empoignait convulsivement une pierre bleu foncé qui émettait une faible lueur et qui semblait avoir la taille parfaite pour se sertir à la tiare qu'elle tenait toujours.


Instinctivement, les mains de la jeune femme se resserrèrent autour du diadème doré pendant que le nouveau venu balayait la salle du restaurant d'un regard furieux.



-Qui êtes-vous?, hurla Mulder depuis son perchoir tout en continuant à viser l'armée de cafards qui pullulait sur le carrelage.



Pour toute réponse, le flic poussa un grognement terrifiant qui fit trembler les murs. Les insectes autour d'eux s'agitèrent en tous sens, puis un craquement ignoble retentit. La peau d'Edgar Hoover céda bruquement, se déchirant littéralement comme un fragile tissus soumis à une forte tension.



<Comme un costume D'Edgar Hoover...>



Une immense bestiole jaillit de l'enveloppe du policier. La peau humaine tomba au sol avec un bruit mou parmis les cafards qui grouillaient de plus bel, offrant une vision d'horreur absolue aux deux fédéraux. La créature devait mesurer pas loin de trois mètres de long et agitait désormais ses multiples pattes griffues dans une attitude menaçante. Tout son corps était recouvert d'une épaisse carapace brune et luisante, la faisant ressembler à un cafard géant. Sa silhouette souple d'invertébré se dressa subitement vers le plafond et son hideuse tête surplomba alors la salle, fixant tour à tour Mulder et Scully de ses deux yeux jaunes malveillants. Sa longue queue se balançait derrière elle au rythme de ses borborygmes, menaçant de tout détruire sur son passage. Le monstre poussa un nouveau grognement terrifiant, découvrant les dents longues et acérées qui garnissaient sa large bouche.


Fox pointa son Sig Sauer sur l'horrible bestiole et ouvrit le feu, vidant son chargeur dans le corps immonde qui se dressait face à lui. Cela eu approximativement le même effet que s'il lui avait jeté des cailloux à l'aide d'un lance-pierre: la créature ne subit aucun dégât mais cela suffit néanmoins à décupler sa fureur.


Le gigantesque insecte bondit alors droit sur le grand brun, non sans renverser tables et banquettes sur son passage. Il émit un rugissement terrifiant puis projeta sa tête hideuse vers l'Agent du FBI, toutes dents dehors. Dana passa rapidement la tiare autour de son bras et se saisit de son arme, mais elle ne fut pas assez rapide.

Le monstrueux cafard goba sans plus de cérémonie son partenaire, qui disparut entièrement en moins d'une seconde au fond de sa gueule hérissée.



-Nooon!...



Le cri de la petite rousse se perdit au fond de sa gorge et elle ouvrit à son tour le feu, sous le choc, refusant de croire à la scène qu'elle était en train de vivre. Les balles de son arme de service rebondirent sur la carapace impénétrable du monstre, qui tourna alors sa face hideuse vers elle. La jeune femme lâcha son pistolet et serra la tiare contre sa poitrine, impuissante, puis elle regarda la mort avancer lentement vers elle. Sa dernière pensée fut pour Mulder, ce partenaire qui avait tant compté pour elle, et elle ferma les yeux, attendant la fin.


La double porte battante de la cuisine du Franky s'ouvrit brusquement dans un claquement sec, faisant sursauter Dana et stoppant net l'avancée du cafard géant. Le vieux barman apparut dans l'embrasure, armé d'un énorme fusil rutilant semblant tout droit sortit d'un film de science-fiction. L'homme aux cheveux gris contourna le comptoir et se campa devant la bestiole, prêt à ouvrir le feu. Le monstre détourna son horrible regard de Scully et fit face au vieux, grognant de plus bel tout en découvrant ses crocs acérés.


Dana ressentit un bref instant de soulagement lorsqu'elle aperçut Bernard presser la détente de son arme formidable: tout n'était peut être pas perdu finalement.


Mais rien ne se produisit.

Le fusil argenté resta inerte entre les mains du vieil homme, qui recula de quelques pas, soudain paniqué par le piètre résultat de sa tentative d'attaque avortée.


La monstreuse créature en profita pour lui donner un coup de queue puissant qui projeta le barman à l'autre bout de la salle. Le vieil homme percuta violemment le mur et son fusil lui échappa des mains. L'arme chromée tourbillona sur le carrelage à damiers et vint finir sa course juste devant les bottines noires de Scully.


La jeune femme n'hésita pas.


Elle ramassa l'imposant fusil rutilant et cala le lourd canon contre son épaule. Instinctivement, elle abaissa la petite clenche de sécurité qui avait empêché le barman d'ouvrir le feu, puis Dana visa la créature maléfique au moment où celle-ci se précipitait sur elle.

La force de la déflagration fit reculer la petite rousse mais cette dernière tint bon: le trait mortel vint percuter l'extraterrestre géant de plein fouet, qui explosa alors en un tas de matières liquides et visqueuses sur le sol du Franky.


Au grand soulagement de Dana, Mulder atterrit lourdement sur le carrelage noir et blanc, indemne. Le grand brun était recouvert de substances immondes, mais il était bien vivant et entier. Le jeune homme toussa à plusieurs reprises tout en essayant d'essuyer le jus de cafard qui recouvrait son visage, dans une expression de profond dégoût.



-Scully..., hoqueta-t-il, complètement désorienté. ...Tu as vu ça...?



La porte défoncée du restaurant s'ouvrit au même instant, faisant tinter inutilement la petite choche d'entrée. Deux hommes pénétrèrent rapidement dans la salle, arme à la main.

Les nouveaux venus étaient tout de noir vêtus, leurs costumes austères sur-mesure leur donnant l'air d'employés de pompes funèbres. Le plus grand, un jeune homme au teint sombre et aux oreilles décollées, regardait la scène d'un air vaguement amusé tandis que son compagnon plus âgé, au visage buriné et cheveux poivre et sel, fixait l'intérieur du Franky d'un oeil taciturne. Leur apparence impeccable, comme tirés à quatre épingles, tranchait avec le capharnaüm qui régnait dans la pièce.


L'Agent Kay (<Je suis quasiment certaine qu'il se nomme ainsi>) brandissait un énorme fusil similaire à celui qu'elle tenait encore alors que son jeune partenaire pointait devant lui un petit pistolet de taille ridicule.



-Bravo, Junior. Pour une fois, je dois admettre que tu avais raison... murmura Kay de son éternelle voix sérieuse.



-Heyyy!, protesta son jeune partenaire. Ne m'appelle pas comme ça, Kay! Est-ce que moi je t'appelle "vieux papy qui tire une tête de six pieds de long toute la journée"? NON! Alors aie un peu de respect pour ton formidable coéquipier et appelle moi par mon nom!



-Ok, l'Artiste. Tu avais donc raison. Profite-en, ça n'arrivera pas souvent que je l'admette. Occupe toi de l'Agent Mulder, il n'a pas l'air au mieux de sa forme... Peut-être qu'une petite pâtisserie en cuisine lui fera du bien? Je me charge de l'Agent Scully...



Et avant que Dana ne put ouvrir la bouche pour protester, Jay empoigna Mulder et le conduisit derrière le bar tandis que Kay plongeait la main dans la poche intérieure de son impeccable costume noir, un mystérieux sourire aux lèvres.

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