Tuesday
La double porte battante se referma dans un claquement sec, engloutissant un Mulder encore désorienté guidé par l'Agent Jay dans les cuisines du Franky. Un silence pesant tomba alors dans la salle de restauration et le temps sembla se figer entre la petite rousse et le second homme en noir.
L'étendue des dégâts dans la pièce autour d'eux était impressionnant: les tables en formica et les banquettes en cuir étaient renversées, certaines brisées sous l'assaut du monstre. Le sol était jonché de débris de verre scintillants parsemés de restes d'insectes et de substances gluantes. Le Jedi en carton qui avait servi de support au diadème doré avait été pulverisé pendant l'assaut et certains flippers étaient tristement couchés sur le côté, désormais inutilisables. L'air extérieur, frais et humide, rentrait par les fenêtres brisées et faisait claquer les posters mal accrochés au mur. Les aliens semblaient danser sur le papier glacé comme s'ils célébraient eux aussi la mort du cafard géant.
Et au centre de cette scène irréelle, Scully et Kay se jaugeaient, debout face à face comme dans un duel de cow-boys dans un vieux western.
La main de l'homme en noir, pour le moment suspendue dans sa poche intérieure, s'enfonça soudain plus profondément dans le revers de sa veste, faisant violemment réagir la jeune femme:
-Attendez, qu'est-ce que vous faites!?, hurla Scully tout en resserrant sa prise sur l'imposant fusil chromée alors que le diadème pendait toujours au bout de son bras.
Kay interrompit son geste et leva sa main libre en signe de paix. Mais la jolie rouquine ne se souvenait désormais que trop bien des éclats rougeoyants qui sortaient du petit objet métallique dont Mulder et elle avaient dernièrement fait les frais, et elle refusa de baisser sa garde. Il était hors de question que l'Agent en costard fasse à nouveau usage de son gadget amnésiant sur elle, et elle continua à pointer le canon de son arme sur Kay, prête à faire feu au moindre mouvement suspect.
-Calmez-vous, Agent Scully, lança l'homme en noir d'une voix étonnamment calme et détachée. Vous êtes en état de choc.
-Je veux savoir, j'exige... que se passe-t-il réellement ici?, demanda la jeune femme, tremblante.
-Posez ce désatomiseur, Agent Scully, et je vous expliquerai tout.
-Vous m'expliquerez tout en effaçant ma mémoire grâce à votre bidule à flashs rouges?, s'emporta la rouquine.
Kay ne put s'empêcher de sourire à cette remarque, déjà à moitié conquis par la résistance et la persévérance de cette courageuse jeune femme.
-Non. Non, pas cette fois-ci. Maintenant si vous voulez bien poser cette arme et me laisser prendre un mouchoir dans la poche de ma veste pour que je puisse m'essuyer le nez... Le temps est exécrable ici, et comme nous tournons en rond dans ce fichu mardi depuis trois jours... enfin bref...
-Que voulez-vous dire?
Dana abaissa le désatomiseur et elle regarda, perplexe, l'homme en noir se moucher bruyamment. Elle laissa lentement l'arme glisser au sol puis elle resserra ses mains sur la tiare pour tenter de camoufler les tremblements incontrôlables qui la parcouraient.
-Peut-être pourrions-nous nous installer confortablement pour discuter devant une bonne pâtisserie?, proposa Kay tout en rangeant son mouchoir de poche. C'est une excellente solution pour calmer les nerfs et ouvrir l'esprit.
Et sans attendre de réponse, l'homme en costume sombre tourna les talons et se dirigea vers une des rares banquettes que le monstre n'avait pas pulvérisée. Scully hésita un instant, indécise, puis elle lui emboita finalement le pas, ses doigts toujours serrés autour du cercle de métal doré. Leurs chaussures dérapaient sur le carrelage recouvert de jus de cafards et la petite rouquine dut faire appel à toute son agilité pour ne pas glisser par terre.
Avant de s'asseoir, Kay s'accroupit et ramassa une pierre facettée bleu sombre tombée parmis les restes du monstrueux insecte. Dana reconnut immédiatement le cristal que la bestiole en costume d'Edgar Hoover tenait dans sa main lors de son assaut dans le restaurant.
Kay fit un instant tourner la mystérieuse gemme entre ses doigts, puis il s'installa confortablement sur le siège en cuir carmin comme si la situation était des plus normales. Dana prit place en face de lui et posa le diadème doré sur la table entre eux, en attente des explications qu'elle espérait tant. Elle fixait intensément le visage buriné et plein d'expérience de son interlocuteur tout en priant intérieurement de ne pas faire la plus grosse bêtise de sa vie: elle ignorait si elle pouvait faire confiance à cet inconnu qui n'en était plus tout à fait un, et son cerveau épuisé tournait à toute allure, prêt aux pires éventualités.
Comme pour répondre à ses inquiétudes, Kay sortit lentement le neuralyseur de sa poche et le plaça à côté de la tiare et de la pierre, bien en évidence devant lui.
-Ceci Agent Scully, commença-t-il, est un neuralyseur. Nous l'utilisons pour corriger divers incidents, en particulier lorsque des civils sont témoins d'événements... qu'ils n'auraient jamais dû voir. Cela nous permet de protéger la population contre les mouvements de panique et les questions embarrassantes liées à l'existence des extraterrestres sur notre planète.
-Comment est-ce possible..., murmura la petite rousse, la mémoire n'est pas un disque dur que l'on efface en appuyant simplement sur un bouton...
-Souhaitez-vous que je vous apporte des preuves supplémentaires en plus de l'expérience que vous venez de vivre? Les impressions de déjà-vu, les odeurs récurrentes, les saignements de nez...
Le regard de Kay se porta sur le col du chemisier de la jeune femme encore taché d'écarlate et Dana décela ce qui ressemblait à une lueur d'excuse dans les yeux de l'homme en noir. Mais cela ne l'adoucit pas pour autant:
-Vous voulez dire que tous ces symptômes sont des effets secondaires de votre appareil à amnésie provoquée?, s'exclama-t-elle, indignée.
Instinctivement, elle se passa la main sous le nez comme pour vérifier qu'aucun nouvel écoulement de sang ne se profilait à l'horizon.
-C'est exact, ce sont des effets fréquents qui s'estompent immédiatement et les témoins neuralysés peuvent alors reprendre le cours normal de leur existence comme si rien ne s'était passé. Mais quelque chose, pendant cette mission, ne s'est pas déroulé comme prévu et la situation nous a rapidement échappé. Lorsque nous nous sommes rendus compte que votre neuralysation, à vous et l'Agent Mulder, avait provoqué une boucle temporelle, nous avons tout fait pour corriger l'incident en effaçant de nouveau vos mémoires, et ce à plusieurs reprises. Mais la situation n'a fait qu'empirer à chaque fois: ce mardi se répétait inlassablement et vous sembliez toujours plus réceptive, encore plus ancrée dans des souvenirs que vous ne deviez techniquement plus avoir.
-Donc il ne s'agit pas d'une rechute de mon cancer?, hasarda Dana d'une voix tremblante.
La jeune femme s'en voulut presque immédiatement d'avoir posé cette question. Elle ne voulait pas dévoiler ses faiblesses face à cet homme, mais le choc de l'éventuel retour de la maladie l'avait laissée pantelante et ses nerfs étaient à vif. Aussi les mots avaient franchi ses lèvres presque malgré elle, remplis d'un espoir fou à l'idée de ne finalement pas être atteinte.
-Non, non en effet, confirma enfin Kay. Votre dossier médical et les rapides prélèvements que nous avons effectués sur votre partenaire et vous-même révèlent que vous êtes tous deux en parfaite santé.
Un soulagement intense inonda le corps et l'esprit de Scully, quasi immédiatement remplacé par une puissante vague de révolte:
-Attendez,... des prélèvements? Mais de quel droit avez-vous fait ça??, s'écria-t-elle en tapant du plat de la main sur le formica. Qui êtes-vous pour consulter des données médicales confidentielles? Qui êtes-vous pour nous faire subir des tests à notre insue? Qui êtes-vous pour effacer la mémoire d'Agents Fédéraux en mission? Vous pourriez être arrêtés et traduit pénalement en justice pour cela!
Kay sourit légèrement, nullement impressionné par la rébellion soudaine et les menaces de son interlocutrice. Il se pencha en avant en croisant les mains devant lui, répondant à la fureur de la jeune femme de la même voix calme et posée qu'à l'accoutumée:
-Qui sommes-nous? Nous ne sommes personne, Agent Scully. Vous faites, l'Agent Mulder et vous, partis du système de ce grand et prestigieux pays que sont les États-Unis d'Amérique. Mais nous, nous sommes au dessus du système, nous sommes le système. Et nous avons, de ce fait, toute autorité pour agir afin de protéger la population. Ces tests étaient nécessaires pour trouver une solution rapide à cette anomalie temporelle et nous aider à rétablir la situation.
L'indignation que Scully ressentait brûlait son corps et son esprit comme un venin : elle ne connaissait que trop bien les organisations secrètes dont seuls quelques rares élus faisaient partis, décidant du sort du reste de l'humanité pour un soi-disant bien commun tout à fait discutable. Mais autre chose se dressait désormais en elle: une soif de comprendre et un besoin de réponse immédiat. La bestiole qu'elle avait vaincue et la boucle temporelle semblaient bien réelles et la curiosité de la jeune femme finit par l'emporter sur sa colère.
Dana baissa lentement les yeux sur le neuralyseur, innocent tube de métal qui avait l'air en cet instant aussi inoffensif qu'un jouet pour enfant, et elle hasarda:
-Et qu'est-ce qui n'a pas... fonctionné comme d'habitude avec votre neuralyseur?
-Nous l'ignorons. Cette distortion temporelle n'est pas de notre fait, et nous ne la maîtrisons absolument pas. J'ai d'abord cru que le puissant champs magnétique du diadème avait créé une interférence. Puis Jay a remarqué votre incroyable résistance à chacune de vos neuralysations, et il a émis l'hypothèse que vous étiez peut être le pivot, le point d'ancrage de cette boucle sans fin. Nous en sommes finalement arrivés à la conclusion qu'il fallait épargner votre mémoire cette fois afin que cette journée puisse enfin s'achever.
-Un point d'ancrage... souffla Scully d'une voix éteinte alors que les divers éléments s'imbriquaient lentement dans son esprit. J'ai cru au retour de ma maladie, j'étais persuadée que je perdais la raison...
-Mais vous étiez la seule à vous en rapprocher, en réalité. C'est plutôt ironique pour quelqu'un qui était chargée de discréditer les travaux fantasques de son coéquipier sur les phénomènes paranormaux, vous ne trouvez pas?
Dana serra ses mains l'une dans l'autre, bousculée par des milliers d'émotions. Elle ne savait pas si elle devait détester ou apprécier cet inconnu assis en face d'elle. Elle n'arrivait pas à déterminer si elle voulait le prendre dans ses bras à la simple idée de ne pas être malade, ou si elle souhaitait le frapper pour toutes les épreuves qu'elle venait de traverser en partie à cause de lui. D'autant que l'idée que des hommes en noir puissent écumer secrètement le pays, dotés du pouvoir d'effacer la mémoire et d'accéder à des informations confidentielles, n'était absolument pas rassurante. Et pourtant quelque chose dans le visage de Kay, dans son regard sombre et intelligent, dans les rides laissées par l'expérience, dans sa posture vive et franche, apaisait Dana de manière inexplicable. Elle voyait sans doute en lui une figure paternelle sécurisante et une opportunité unique d'atteindre la vérité après laquelle Mulder courait depuis des années.
Un long silence s'installa entre eux, uniquement brisé par le clapotement des posters qui ondulaient toujours contre les murs. Scully se prit la tête entre les mains, essayant d'assimiler toutes ces révélations, et elle commença à formuler mentalement ses prochaines interrogations quant au cafard géant qu'elle avait affronté. Mais tout ça était tellement insensé, irréel, impossible, et pourtant...
Une vive odeur de friture sauta bruquement aux narines de la petite rousse, et cette dernière sursauta lorsqu'un bruit d'assiette posée retentit juste devant elle.
Bernard s'était glissé silencieusement à côté de leur table et venait de lui servir une double portion de saucisses-frites. Le vieux déposa également une part de tarte aux pommes devant Kay, comme si rien n'était effectivement plus logique que de partager un encas à cet instant précis. La jeune femme se rendit cependant compte à quel point elle était affamée et elle commença à picorer quelques frites en remerciant le vieil homme de sa prévenance.
Pour toute réponse, la tête du barman émit un chuintement mécanique étrange et Dana vit alors avec stupeur le visage de Bernard s'ouvrir vers le haut telle une trappe mécanisée. La bouche de la jeune femme se crispa dans un cri d'horreur muet et elle dut s'accrocher au rebord de la table pour ne pas tomber de sa banquette. Le crâne ouvert du barman laissait désormais apparaitre une cavité entièrement robotisée équipée de commandes complexes, au centre de laquelle trônait un tout petit être blafard aux yeux bleus et globuleux. Sa tête était disproportionnée par rapport à son corps malingre, et la petite créature fixa un instant Dana avant de reporter son attention sur l'homme en noir:
-Sale journée..., déclara le minuscule alien. Je crois que je suis trop vieux pour ça désormais, Kay, je vais passer mon tour pour les siècles prochains. Tu vas devoir trouver un nouveau gardien pour le diadème de Rowen...
Puis sans attendre de réponse, l'extraterrestre alla se réfugier derrière son comptoir et reprit sa corvée d'essuyage de verres qui semblait désormais bien futile face au capharnaüm qui régnait dans le restaurant.
-Bernard est un arquillian, expliqua tranquillement Kay devant la sidération de la jeune femme. Il vit sur terre depuis environ trois siècles et demi et il était jusqu'à présent un excellent protecteur pour l'artefact, mais je dois admettre qu'il n'a pas tort... je vais devoir lui trouver un remplaçant.
-C'est impossible... mon dieu, je n'arrive pas à y croire..., gémit Dana en suppliant Kay du regard.
-Agent Scully, vous vouliez la vérité et je vous la sers toute prête sur un plateau, déclara l'homme en noir tout en attaquant sa tarte d'un vif coup de cuillère. Vous êtes une brillante et éminente scientifique, mais revenez en arrière sur certaines des plus grandes découvertes de l'histoire: il y a quinze-cents ans, tout le monde croyait que la Terre était le centre de l'univers. Il y a cinq-cents ans tout le monde croyait que la terre était plate. Il y a cinq minutes, vous ne pensiez pas qu'effacer la mémoire avec un neuralyseur était possible. Imaginez de quoi vous seriez capable de croire d'ici demain...
-Mais... toutes mes recherches, les données de la science, de l'évolution, les lois de la physique, tout ce à quoi je me suis toujours raccrochée...
-La noirceur de la nuit empêche-t-elle le soleil de briller en plein jour, Agent Scully? Il en est de même pour votre esprit scientifique et le fait que les extraterrestres existent et vivent déjà parmis nous. Les deux faits sont chacun bien réels sans remettre l'autre en question. Vous comprenez ?
-Les extraterrestres vivent déjà parmis nous..., répéta la petite rousse en piochant à nouveau quelques frites dans son assiette pour reprendre contenance. Mon dieu...
-Je crois que dieu n'a rien à voir là dedans. Mais oui, nous avons quelques milliers d'expatriés galactiques qui cherchent simplement une vie tranquille sur Terre. Ils ne sont finalement pas bien différents de nous, ils veulent juste prospérer et prendre soin de leur famille... D'autres malheureusement sont moins pacifiques et cherchent à prendre le contrôle de l'univers par des biais divers et variés.
-Comme la bestiole en costume d'Edgar Hoover..., murmura Scullly en entamant sa première saucisse.
-C'est exact, acquiesça Kay en souriant. Vous voyez, se remplir l'estomac aide à trouver les ressources nécessaires pour admettre l'impensable...
-Mais... et maintenant?, enchaina Scully, Que va-t-il se passer? Qu'allez-vous faire?
-L'Agent Jay et moi allons effacer toute trace de notre passage ici, puis nous devrons trouver de nouveaux gardiens pour la pierre et le diadème. Cet artefact est bien trop puissant pour qu'il soit laissé sans surveillance. Et la vie pourra alors reprendre son cours à Manassas comme si nous n'avions pas frôlé la fin du monde. D'ailleurs à ce propos...
L'homme en costume sombre avala son dernier morceau de tarte et plongea à nouveau la main dans sa veste. Il en sortit une petite carte beige qu'il tendit à Dana.
Intriguée, la jeune femme s'en saisit: les lettres MIB y étaient estampillées en noir et au verso, la petite rousse put lire la mention 504, Battery Drive écrite en manuscrit.
-De quoi s'agit-il?, interrogea Dana en haussant les sourcils d'un air étonné.
-C'est une proposition. Une opportunité qui vous est offerte d'intégrer à votre tour le système et de porter, à nos côtés, le dernier costume de votre vie.
-Attendez... Vous me proposez... un poste dans votre organisation secrète?
-En effet, vous semblez particulièrement douée pour exterminer les envahisseurs de catégorie quatre. Rares sont les humains qui survivent à leur première rencontre avec une bestiole.
Scully ne put s'empêcher de pouffer devant l'improbabilité de la situation dans laquelle elle se trouvait. Elle qui avait été mandatée pour détruire la réputation et les travaux de Mulder sur les aliens, voilà qu'elle détenait non seulement des preuves concrètes de l'existence extraterrestre, mais également la possibilité de jouer un rôle crucial dans leur intégration et leur régulation sur Terre.
-Quand Mulder va savoir ça, finit-elle par balbutier avec un sourire, le regard plongé dans son assiette comme si elle cherchait à lire la vérité dans l'entremêlement de ses frites.
-Non. Votre partenaire ne gardera aucun souvenir de tout ceci, trancha Kay d'un ton sans appel.
Dana leva brusquement la tête, persuadée d'avoir mal entendu:
-Mais... pourquoi? L'Agent Mulder possède lui aussi de grandes capacités, ses connaissances sur le sujet extraterrestre sont illimitées, il y a consacré sa vie...
Instinctivement, Dana se tourna vers la double porte battante des cuisines, là où son coéquipier avait été conduit par l'Agent Jay.
-Et c'est précisément pour cette raison que nous ne pouvons pas lui offrir le même privilège qu'à vous, rétorqua Kay. L'Agent Mulder excelle sans aucun doute dans son domaine, mais il n'est à la recherche que de sa propre vérité. Il est trop impliqué émotionnellement, de par son passé familial, et nous ne pouvons tolérer cela au sein de nos services. Vous en revanche, vous servez uniquement la vérité universelle, ce qui fait de vous la candidate idéale au poste que je vous propose aujourd'hui.
Scully ouvrit la bouche pour protester mais elle ne trouva rien à dire. L'injustice de la situation était trop grossière, presque risible. Elle qui n'avait jamais cru, qui n'avait jamais voulu croire, pouvait maintenant prétendre à un poste au dessus de tout système gouvernemental, alors que Mulder retournerait à sa quête quotidienne dans une institution qui ferait tout pour l'empêcher d'atteindre ses objectifs. Et en même temps, elle devait bien admettre que l'Agent Kay avait raison: jamais Mulder ne pourrait mettre ses quêtes personnelles de côté pour servir une institution de manière neutre.
Devant le mutisme persistant de la jeune femme, l'homme en costard finit par déclarer:
-Vous n'êtes pas obligée de nous répondre tout de suite, Agent Scully. Une telle décision doit être mûrement réfléchie d'autant que vous disparaitriez totalement aux yeux de vos proches. Vous seriez complètement effacée, rayée de la circulation. Mais vous savez désormais où nous trouver si cela vous tente un jour...
Kay rangea alors le neuralyseur, la tiare et la pierre dans la poche intérieure de sa veste puis il se leva, rajustant son costume et sa cravate à gestes précis. Scully, qui semblait avoir momentanément perdu l'usage de la parole, demanda soudain:
-Est-ce que... j'aurais droit à un neuralyseur moi aussi?
L'Agent Kay lui sourit, définitivement conquis par la petite rousse.
-Nous n'autorisons cette arme qu'aux meilleurs d'entre nous. Et il va de soi que vous en feriez rapidement partie...
Puis sans un regard en arrière, l'homme en noir tourna les talons et se dirigea vers la sortie du Franky.
Dana sourit à son tour, bousculée par des milliers d'émotions. Elle n'arrivait pas à croire à tout ce qui venait de lui être révélé et pourtant, elle savait que c'était la simple vérité. La bestiole en costume d'Edgar Hoover, le diadème, maintenant le barman dans son armure humanoïde... Toutes les preuves étaient là, réelles et tangibles, juste devant ses yeux.
La jolie rouquine faisait tourner la petite carte entre ses doigts tandis qu'elle regardait presque à contre cœur Kay s'approcher de la sortie du restaurant. Son esprit rationnel et scientifique avait tranché: elle appréciait définitivement cet homme en costume noir et elle eut un pincement au coeur en se demandant si elle le reverrait un jour. Mais une dernière question brûlait cependant les lèvres de la jeune femme, et elle ne put s'empêcher de lancer au dernier moment:
-Agent Kay! Est-ce que... ça en vaut la peine?
L'homme en noir s'arrêta sur le seuil et se tourna une dernière fois vers elle en s'écriant:
-Bien sûr, et vous êtes largement assez solide pour ça!
Kay franchit ensuite la porte du Franky, faisant doucement tinter la petite cloche d'entrée sur son passage alors que Ray Stevens entamait I Saw Elvis In a U.F.O dans les hauts-parleurs du restaurant. Un flash rouge en provenance des cuisines se refléta faiblement au même instant sur les murs de la salle, suspendant une dernière fois le temps avant de le laisser reprendre son inexorable course vers le lendemain.