Tuesday
Chapitre 9 : Midi à Pennsylvania Avenue
2333 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 05/03/2026 21:16
Département du FBI
Dossier : X-File 664-JHA
Agent Spécial : Fox W. Mulder
Date : mardi 4 mars 1998
Objet : Rapport final sur les incidents survenus à Manassas
Concernant les faits s’étant déroulés à Manassas dans la soirée et la nuit du lundi 2 au mardi 3 mars ainsi que les multiples appels de témoins signalant des troubles inexpliqués dans la ville, le présent rapport vise à établir une synthèse des événements et des conclusions retenues par l'Agent Scully et moi-même.
L'apparition de lumières suspectes dans le ciel de Manassas le lundi 2 mars vers vingt-deux heures est vraisemblablement due à l'explosion d'un ballon sonde au dessus de la forêt bordant la ville. La structure partiellement détruite de l'engin a été retrouvée le lendemain par les équipes de recherche de la Division 6 du Gouvernement, mettant un terme définitif aux spéculations quant à un potentiel engin volant non identifié dans le ciel cette nuit-là.
La perte de mémoire temporaire des clients au Franky's Diner le soir du lundi 2 mars serait due à une intoxication alimentaire massive. L’inspection sanitaire menée le lendemain a révélé un niveau alarmant d’insalubrité au sein du restaurant.
Les services d’hygiène ont constaté une infestation de plusieurs centaines de blattes, des traces d’excréments d’insectes dans les réserves alimentaires ainsi que la contamination possible des surfaces de préparation des repas.
Selon le Dr Feldman de l'Université de Georgetown, certaines espèces de cafards produisent des sécrétions chimiques contenant des composés neurotoxiques légers destinés à perturber leurs prédateurs.
L’hypothèse retenue est donc la suivante:
La contamination alimentaire accidentelle par ces sécrétions aurait provoqué chez les victimes une amnésie rétrograde temporaire ainsi que des saignements nasaux liés à une irritation vasculaire transitoire.
Les symptômes, bien que spectaculaires, se sont révélés entièrement réversibles.
Tous les habitants concernés ont quitté l'hôpital de Manassas à ce jour et aucune séquelle neurologique n’a été relevée lors de leurs examens de sortie. Toutes les victimes ont retrouvé une mémoire parfaitement normale et chacune corrobore les mêmes faits relatés de manière précise, qui seront développés dans le point suivant.
(Nota : Après vérification, aucun cas similaire de contamination d'insectes à humain n’a été répertorié dans la littérature médicale à ce jour. Un fax avec toutes les informations relatives à cette affaire a été envoyé au Docteur Bambi Berenbaum afin de pouvoir recueillir un second avis d'entomologiste-expert, mais ma requête reste aujourd'hui sans réponse.)
La destruction partielle du Franky's Diner (tables renversées, vitrines brisées, banquettes arrachées) semble confirmer un mouvement de panique collective comme le relatent très précisément les divers témoins.
Tous les clients présents le soir du lundi 2 mars évoquent désormais l’irruption soudaine d’une “marée noire mouvante” au sol.
Les images de la brigade sanitaire confirment qu’une migration massive de blattes s’est produite suite à l’allumage des fours du restaurant, la chaleur ayant perturbé leur nidification.
L’apparition simultanée de centaines d’insectes dans la salle aurait provoqué une réaction de fuite désorganisée chez les clients, entraînant des chutes et
causant la destruction du mobilier.
Aucun acte de vandalisme prémédité n’est retenu.
Les propriétaires ont cessé leurs activités le lendemain de l’incident pour s’installer à New York, invoquant des raisons financières et la perte définitive de leur réputation locale.
La disparition du Sergent Edgar Hoover ne révèle à ce jour aucun élément matériel permettant d’affirmer son décès, aucun corps correspondant à sa description n'ayant été retrouvé.
De plus, les investigations au domicile du disparu ont mis en évidence l’existence de recherches et de documentations personnelles sur la Cutis Laxa, maladie cutanée extrêmement rare provoquant un relâchement sévère de la peau, dont le Sergent semblait souffrir depuis plusieurs mois.
Des rapports de consultations dermatologiques passées sous anonymat ont également été retrouvés sur place, confirmant cette hypothèse.
Ces nouvelles informations combinées au fait que l'appartement du Sergent Hoover ait été vidé de toutes ses affaires personnelles, ainsi que l’absence d’attache familiale proche, penchent en la faveur d'un départ volontaire de Manassas pour entreprendre un voyage à l’étranger dans l’espoir de trouver un traitement expérimental contre son affection dermatologique.
Aucune activité bancaire récente n’a été enregistrée depuis, ce qui pourrait indiquer un départ prémédité avec fonds en liquide.
L’affaire est donc désormais classée comme une disparition volontaire d’adulte.
Le vol d'une pierre précieuse au Musée de Minéralogie de Manassas serait finalement une erreur de saisie interne dans l'inventaire de l'établissement. Les propriétaires ont retiré leur plainte et sont revenus sur les faits, confirmant qu'il ne manquait aucune pièce à leur collection.
À ce jour, le musée est fermé pour une durée indéterminée, les Jeebs étant partie à l'étranger en visite chez de la famille éloignée. Aucune information complémentaire n'a été enregistrée quant à leur destination ni sur la date de leur éventuel retour.
En conclusion, au vue des éléments d'enquête de la police locale concernant la disparition du Sergent Hoover,
au vue du retrait de plainte pour vol de la pierre du musée de minéralogie,
compte tenu des résultats d'analyses sanitaires établies ainsi que le fait qu'aucune menace ne persiste pour la population à ce jour,
et qu'aucun élément ne permette de rattacher ses divers événements les uns aux autres,
le dossier relatif aux incidents de Manassas est considéré comme classé.
Agent Spécial Fox W. MULDER pour le Bureau Fédéral d'Investigation.
La voix grave du Directeur Adjoint s'interrompit, marquant la fin de sa lecture. Walter Skinner retira ses fines lunettes et se frotta le front avec une des branches dans une attitude quasi perplexe.
Il n'était en effet pas habitué à ce que Fox Mulder lui rende un dossier aussi clair ni qu'il rationalise consciencieusement chaque événement troublant survenu au cours d'une enquête, ce qui rendait presque ce debriefing surnaturel.
Inattendu.
Inespéré.
Presque suspect.
Le Directeur Adjoint déposa avec une infinie précaution la pochette cartonnée contenant les conclusions de son Agent sur son bureau, comme s'il craignait qu'un second rapport, plus farfelu, n'en sorte soudainement et que son auteur, assit juste en face de lui, ne crie "surprise, je vous ai bien eu!".
Skinner avait en effet eu vent des incidents troublants qui s'étaient produits à Manassas l'avant-veille, et savoir que le duo des affaires non classées s'était rendu sur place ne l'avait guère rassuré. Le grand homme s'était attendu à lire deux expertises contradictoires à leur retour, celle de Mulder mettant en scène des éléments extraterrestres sur fond de complot gouvernemental, alors que les conclusions de Scully auraient uniquement été basées sur des faits scientifiques et tangibles. Mais il devait bien admette que pour une fois, il s'était trompé.
Skinner fixa alors ses deux subordonnés, installés face à lui dans l'attente de la validation de leurs rapports.
Mulder le regardait droit dans les yeux avec une profonde sérénité, les mains croisées devant lui, comme si rien ne lui faisait plus plaisir en cet instant que de se trouver là, tandis que Scully semblait absorbée par la contemplation du plafond comme si la réponse aux plus grands mystères de l'univers y était inscrite à l'encre invisible.
Et cela mettait le Directeur Adjoint profondément mal à l'aise. Il n'aurait su l'expliquer, mais quelque chose n'allait pas, comme si un élément n'était pas à sa place. Ce qui était finalement totalement absurde, il devait bien l'admettre également. Il espérait depuis des années que Mulder rentre dans le rang et se conforme à l'ordre et aux demandes de la hiérarchie, et maintenant qu'il le faisait sur cette affaire, cela l'alarmait presque.
Skinner secoua imperceptiblement la tête pour chasser ses étranges pensées et il se décida enfin à briser le silence, souhaitant finalement pouvoir mettre rapidement fin à cet étrange entretien:
-Agent Mulder, vous confirmez donc que les événements de Manassas n'ont rien de... surnaturel ?
-Oui, Monsieur le Directeur Adjoint, soupira l'intéressé. Il semblerait que les informations que j'ai reçues par téléphone lundi matin étaient erronées, ou du moins, qu'elles avaient finalement une explication logique et scientifique.
-Agent Scully, enchaina immédiatement Skinner en se tournant vers la jeune femme, votre rapport est exemplaire, comme d'habitude. Et il confirme entièrement les conclusions de l'Agent Mulder.
"Pour une fois", pensa Walter Skinner qui se rattrapa juste à temps pour ne pas prononcer cette dernière phrase à haute voix.
En entendant son nom, la jolie rouquine abandonna la contemplation muette du plafond pour fixer son supérieur de son regard bleu glacier:
-En effet Monsieur. Nos investigations sur place ont démontré un enchaînement d'incidents n'ayant aucun rapport les uns avec les autres, et qui s'expliquent tous de manière simple et rationnelle, comme vous avez pu le découvrir dans nos rapports respectifs.
L'Agent Scully avait parlé de son ton professionnel habituel, mais quelque chose dans l'attitude de la jeune femme démontrait une nervosité sous-jacente. Elle triturait une petite carte de visite beige entre ses mains, qu'elle s'empressa de ranger dans la poche intérieure de sa veste dès qu'elle sentit le regard du Directeur Adjoint se poser sur elle, augmentant encore la sensation de malaise du grand homme.
-Bien, conclut néanmoins Skinner. Le seul élément troublant réside finalement dans le fait que vous vous soyez trompés de date dans la rédaction de votre rapport, Agent Mulder. Nous sommes mercredi le 4 mars, et non mardi.
Walter Skinner avait prononcé ces derniers mots d'une manière anodine tout en se laissant aller en arrière dans son fauteuil, comme s'il tenait absolument à émettre un reproche sur les conclusions de son Agent habituellement rebelle, juste pour faire bonne mesure.
Mais cette simple phrase eut plusieurs effets pour le moins étranges et inattendus sur les deux jeunes gens, faisant encore grimper d'un cran les soupçons du Directeur Adjoint.
Dana Scully se crispa sur sa chaise et se retourna vivement vers son partenaire. Skinner crut d'ailleurs déceler un éclair de panique dans les yeux de la jeune femme tandis que sa bouche s'entrouvrait en une exclamation muette.
Mulder quant à lui porta précipitamment la main à son nez alors qu'un flot de sang s'en échappa subitement, tachant sa chemise ciel et sa cravate bordeau.
Scully, réactive, sortit un mouchoir de la poche intérieure de sa veste et porta rapidement secours à son coéquipier, l'aidant à juguler l'hémorragie comme elle pouvait.
-Mon dieu, mon dieu... murmura-t-elle tout en pressant le tissus contre le visage du grand brun.
Mais le flux écarlate s'arrêta aussi vite qu'il était apparu, et Mulder écarta sa collègue avec douceur.
-Ne te mets pas dans un état pareil, Scully. Ce n'est qu'un banal saignement de nez..., murmura-t-il avec un sourire, à l'instant même où son ventre émettait un grognement impressionnant.
-Vous vous sentez bien, Agent Mulder ?, s'inquiéta Skinner en observant ses deux Agents dans une expression de totale incompréhension.
-Oui, répondit le jeune homme. J'ai même une faim de loup. Et si vous n'avez plus besoin de nous, Monsieur le Directeur Adjoint, je pense que l'Agent Scully et moi-même allons prendre notre déjeuner. Un bon hot-dog avec des frites, ça te dit Scully?, rajouta-t-il en se tournant vers la petite rousse. J'ai l'impression d'avoir sauté plusieurs repas ces derniers jours.
Mêlant le geste à la parole, Fox Mulder se leva prestement et quitta le bureau de son supérieur d'un pas aérien, sans doute guidé par la douce odeur résiduelle de saucisse-frites qui hantait inexplicablement ses pensées et ses narines.
-Agent Scully..., murmura Walter Skinner tout en se levant et en prenant appui de ses deux mains sur le bois sombre de son bureau, pouvez-vous m'expliquer ce qu'il se passe aujourd'hui ?
-Je ne vois pas de quoi vous voulez parler Monsieur le Directeur Adjoint, répondit la petite rouquine.
Walter Skinner se redressa alors, sa haute et imposante silhouette dominant son Agent. Il fixa la jeune femme d'un regard vif et pénétrant à travers ses fines lunettes, tentant désespérément de trouver un sens à cette étrange entrevue ainsi qu'à la scène qui venait tout juste de se dérouler sous ses yeux.
-En êtes-vous bien sûr ?, finit-il par lui demander.
-La plus amère des vérités est préférable au plus doux des mensonges, rétorqua Scully. Mais certaines vérités se doivent néanmoins de rester dissimuler, je pense que vous en conviendrez.
Et sans attendre de réponse, la petite rouquine sortit du bureau de son supérieur tout en froissant définitivement la petite carte de visite qui se trouvait toujours dans la poche sa veste. Une profonde certitude s'était ancrée en elle après cette mission à Manassas: Mulder avait besoin de sa présence pour terminer ses nombreuses quêtes vers la vérité, et elle serait là, à ses côtés, quoi qu'il lui en coûte.
Walter Skinner resta quant à lui quelques minutes seul debout devant son bureau, les yeux rivés sur le rapport paranormalement rationnel de Mulder. Il fixait les mots qui se succédaient sans vraiment les voir, et il finit par refermer le dossier cartonné, persuadé au fond de lui que quelque chose, dans cette affaire, continuait de ne pas tourner rond.