Chapitre Trois
La Douche Froide
-We're caught in a trap. I can't walk out. Because I love you too much, baby.*
Avançant à petit pas pour ne pas glisser sur le carrelage, Mulder chantonnait tout en claquant des dents.
Le bâtiment dédié à l'hydrothérapie était légèrement à l'écart du cœur du spa. Les rayons du soleil traversaient l'imposante verrière pour plonger dans la piscine chlorée, dessinant au fond du bassin de lumineuses volutes dansante.
L'après midi réchauffait les lieux agréablement, mais pas suffisamment pour empêcher Mulder de grelotter.
Il venait de passer une bonne heure à faire des longueurs, était sorti de l'eau plein de vigueur et s'était ensuite dirigé vers les paumes de douches plantées dans les mosaïques qui décorées l'endroit.
L'agent, dans son maillot rouge, eut à peine le temps de recevoir une pluie froide sur la tête que le flux s'estompa lentement avec un grognement de plomberie.
Aussi, cheminait-il maintenant dans les couloirs, entre les cabines, afin d'informer Billy de la panne.
Le technicien avait joué le rôle de guide lors de l'arrivée des agents, accompagnant Mulder jusqu'à sa chambre, puis jusqu'à la piscine. Le jeune homme semblait avoir disparu, et Fox était frigorifié.
Sa chevelure noire lui coulait sur la nuque.
Après maints détours, l'agent du FBI en maillot de bain rouge revint sur ses pas, a la recherche de sa cabine.
Il faillit déraper lorsque le jeune technicien apparu, entre deux portes de boxes.
-Toutes mes excuses, Monsieur, je ne voulais pas vous surprendre.
Toujours de son vêtu d'un bleu de travail tacheté, le jeune homme se triturait les doigts. Ses joues boutonneuses rougissaient, tandis que ses yeux bleus, au prix d'un effort certain, faisaient leur possible pour ne pas détailler le corps nu et humide de Fox Mulder.
L'agent du FBI était athlétique, finement ciselé, et avait un torse large et puissant orné de deux petits tétons durcis par le froid.
Fox mit quelques secondes avant de percevoir le malaise de Billy, aussi, maladroitement, croisa-t-il les bras, couvrant ses mamelons du bout des doigts.
-Je vous cherchais, commença-t-il finalement. Il y a un problème technique...
Sans retirer les mains de son torse, il pointa l'index en direction de la piscine :
-L'eau des douches ne coule plus. J'ai reçu une giclée froide, puis plus rien.
Le technicien blêmit légèrement, les yeux ronds.
-C'est la pompe... Ça arrive chaque fois que les créatures veulent nous faire descendre...
L'agent du FBI avait lu ce détail dans le rapport.
-Cela arrive avant chaque disparition, n'est-ce pas ?
Il venait de poser cette question purement rhétorique lorsqu'il repéra son vestiaire. Il fit quelque pas, tira la serviette posée sur une patère et s'essuya les cheveux.
Billy bredouilla :
-Oui, m'sieur, mais je ne veux pas y aller. Je ne veux pas descendre dans ces galeries, m'sieur.
Le grand brun jeta sa serviette autour de son cou, avant de poser une main rassurante sur l'épaule du jeune homme.
-Vous n'aurez pas à y descendre. J'irai. Ce soir même, après le repas.
-Le repas, m'sieur. Je n'ai pas eu le temps de vous dire : mon père vous convie, vous et votre collègue, au restaurant de l'hôtel.
Mulder cligna des yeux :
-Votre père ?
-Robert Ludwig, m'sieur. Le directeur. C'est mon père.
L'heure du repas fut rapidement sur eux. Entre les interrogatoires, mais surtout les diverses activités, Mulder n'avait pas vu défiler le reste de la journée.
L'éclairage du hall derrière lui poussait l'ombre de l'enquêteur loin au devant.
Le restaurant était plongé dans l'obscurité. Les tables étaient nues. Quelques bâches traînaient sous de bas échafaudage face aux murs du fond. La peinture restait à terminer. L'aquarium central était vide.
Du fin fonds des ombres émergeait les lueurs de la cuisine, accompagnées du chant de cuisson et d'une discussion.
Mulder poussa les portes à battants.
Les lieux étaient embaumés d'un chaud parfum d'épices et d'huile d'olive.
La lumière de violents néons se répercutait sur la moindre surface blanche de la large cuisine, toute de chrome et de faïence.
Installée à un mange-debout, Scully semblait radieuse, une surprise pour Mulder qui l'avait laissé d'humeur maussade plus tôt dans la journée. Sa collègue était vêtu d'un peignoir crème estampillé du logo du spa.
Le jeune Billy était là également, plaçant les assiettes et les couverts, vêtu d'un jean et d'un t-shirt.
Aux fourneaux, Robert Ludwig faisait sauter une poilée de légumes.
Après de timides salutations, Mulder se glissa près de sa collègue.
Ludwig, tout comme Mulder, était désormais en bras-de-chemise. Il était toujours frêle et fatigué, mais, débarrassé de Little, Ludwig semblait un peu plus en possession de ses moyens. Il déplorait la disparition de ses deux employés, et ne nia pas lorsque Scully évoqua le rapport d'autopsie possiblement falsifié.
-Vous comprenez, nous n'avions pas de traces ni de preuves lorsque Whitecrow a disparu. Le maire n'a eu aucun mal à passer sous silence la disparition d'un Chippewa. Mais dès que le corps de Mike fut retrouvé...
Le vieux directeur était sincèrement affligé. Les agents comprenaient maintenant pourquoi il leur avait facilité la tâche. Archibald Little avait cherché à minimiser l'incident et s'était vu contrecarré par Ludwig et le shérif Bennett.
Tout en discutant l'hôte déposait dans les assiettes des rondelles multicolores et parfumées. Scully en piqua quelques-unes du bout de la fourchette.
-C'est délicieux Monsieur Ludwig. Qu'est-ce que c'est ?
Billy, la bouche pleine répondit, ravi :
-Du briam.
Faisant couler un élixir aux teintes rubis dans les verres, son père détailla :
-Aubergines, poivrons, tomates, pommes de terre... J'ai peut-être un peu modifié la recette.
Mulder bu une gorgée avant de demander :
-Ce vin est grec, n'est-ce pas, Bob?
-Appelez-moi Robert, s'il vous plaît.
-Depuis quand t'y connais-tu en vin, Mulder? Demanda Scully, surprise.
Ludwig, s'installant face à son plat, répondit pour Mulder :
-Le Briam est un plat grec. Votre collègue a, très justement, deviné que ce vin ainsi que cette recette viennent du même endroit.
Il piqua à son tour quelques légumes et reprit :
-Voyez-vous, nous avons passé plusieurs mois à Corinthe, l'année dernière, mon fils et moi-même.
Mulder reposa son verre.
-Vous n'avez pas ramené de Corinthe qu'une bouteille de vin et un livre de recettes. Je me trompe ?
Ludwig pencha la tête.
-Non, effectivement, mais quelle importance cela peut-il avoir ?
-Les choses ont une mémoire, Robert, commença Mulder, la bouche pleine. Il a été démontré que certains événements traumatiques laissent une empreinte sur les gens, sur les lieux, mais également sur les objets. La chaise maudite de Busby, le célèbre miroir de la plantation Myrtles, ou encore les nombreux témoignages de poupées possédées...
Le vieux Ludwig était livide, il comprenait où voulait en venir l'enquêteur. Et visiblement, il y croyait. Ce qui n'était pas le cas de sa collègue, qui perdit tout le calme qu'elle avait accumulé durant l'après-midi.
-Mais enfin Mulder, où veux-tu en venir ?
Avec une désagréable nonchalance, et la bouche toujours remplie de légumes, celui-ci repris son exposé :
-À partir de 1958, à Corinthe, était en activité le culte de Séléne. Cette secte pratiquait des rituels à la pleine lune : des rituels d'hematophagie, censés prolonger la vie.
Scully reposa violemment son verre, projetant quelques tâches écarlates :
-Des vampires, Mulder ?! Sérieusement ?!
-Ça allait bien au-delà de ça. Les Filles de Séléne ne buvaient pas que du sang. Elles avaient en permanence une cour de plusieurs jeunes hommes avec lesquels elles organisaient, à chaque pleine lune, des cérémonies orgiaques a la fin desquels étaient retrouvés généralement un ou deux corps. Ce culte secret a sévi jusqu'au milieu des années 60.
Mulder venait de terminer son plat. Son auditoire avait à peine commencé à manger.
-Nous n'avons pas l'identité de ces femmes, continua l'agent du FBI. Tout ce qu'on l'on sait, c'est que les cérémonies se sont arrêtées du jour au lendemain. Les rares photos ont été prises par un jeune homme, durant l'été 62. Les Filles de Séléne n'y apparaissent malheureusement pas. Ce qui y apparaît en revanche, c'est la statue que vous avez dans le hall, Bob.
Abattu, le propriétaire du spa objecta mornement :
-Appelez-moi Robert.
Ndl: *suspicious mind, Elvis