CHAMBRE 237
INT.MOTEL, CHAMBRE DE SCULLY-SOIRÉE
Scully sort lentement de la salle de bain, allume la lampe de chevet près du lit. La lumière vacille un instant avant de se stabiliser. Elle s’arrête net, les yeux fixés sur le lit, le visage figé de stupeur.
LE LIT.
ZOOM LENT sur le visage de Mulder, paisible, allongé sur le dos. La caméra glisse sur son torse nu.
Un PLAN LARGE révèle une version nue de Dana, agenouillée au-dessus de lui. Un drap blanc dissimule leurs parties intimes, mais leurs corps sont intimement enlacés.
Le bras tendu de Dana couvre son sein, tandis que sa main libre glisse lentement sur le torse de Mulder. Il attrape sa main, la porte à ses lèvres et y dépose un baiser. Les mots silencieux "I love you" se forment sur ses lèvres. Ils se regardent intensément. Dana incline sa tête en arrière et bouge doucement son bassin, sa respiration s’intensifie.
SCULLY.
Observe la scène, paralysée par le désarroi. La respiration amplifiée du couple emplit la pièce, une sensualité palpable dans l’air. Sa gêne initiale se dissipe peu à peu. L’expression troublée qui traverse son visage est remplacée par un léger sourire, presque involontaire.
LE LIT
Dana se laisse emporter par l’intensité du moment. Un gémissement doux rompt le silence. Mais son visage commence subtilement à changer.
Les traits de son visage vieillissent graduellement, ses yeux deviennent ternes, sa peau se flétrit. Sa respiration sensuelle se mue en un râle rauque, strident.
Elle tourne lentement la tête vers Scully. Un rictus macabre tord ses lèvres craquelées. Son corps se dégrade davantage, des lambeaux de peau tombent. Un ricanement aigu, presque inhumain, empoisonne l’atmosphère.
PLAN SERRÉ
D’un geste brusque, elle brandit un couteau dont la lame luit faiblement sous la lumière vacillante. D’un mouvement brutal, elle poignarde Mulder en pleine poitrine. Son corps, demeuré intact, se contracte violemment avant de retomber, inerte.
SCULLY.
Tremblante, recule de quelques pas. Sa main se pose sur la porte pour se stabiliser, mais elle vacille légèrement, prise de nausée.
EXT.MOTEL
Elle sort précipitamment de la chambre et claque violemment la porte derrière elle. Ses épaules se soulèvent alors qu’elle respire difficilement. Elle recule de deux pas et fixe la porte comme si elle s’attendait à ce qu’elle s’ouvre à nouveau.
ZOOM SERRÉ sur son visage figé dans une expression d’horreur. Ses yeux, écarquillés, captent une peur indicible, tandis qu’une larme roule silencieusement sur sa joue.
La caméra s’éloigne, laissant Scully seule dans le stationnement.
FADE OUT
INT. VOITURE DE MULDER - SOIR
Mulder roule lentement dans une rue paisible bordée de petites maisons des années 60. Les arbres matures projettent des ombres mouvantes sous l’éclairage tamisé des lampadaires. Les pelouses bien entretenues et les fenêtres éclairées dégagent une chaleur domestique rassurante.
Il se gare près d’un parc et descend de la voiture. En refermant doucement la portière, il recrache une écaille de graine de tournesol.
EXT.PARC
Il s’engage sur un petit sentier de terre battue, marqué par le passage des vélos et des joggeurs. Il avance lentement, songeur, puis s’arrête pour observer l’horizon. Il recrache une autre écaille.
HORIZON
De l’autre côté du parc, le paysage est tout autre. Les maisons laissent place à une rangée d’immeubles plus austères, alignés les uns à la suite des autres. Le long de la rue, des voitures sont garées en ligne. Au loin, on reconnaît l’endroit où Mulder s’était arrêté avec Scully plus tôt dans la soirée.
La sonnerie de son téléphone brise le silence. Il recrache distraitement une nouvelle écaille avant de décrocher.
MULDER
Mulder.
SCULLY
(Voix tremblante)
Mulder…
(Pause)
Tu peux venir au motel.
Il se fige, le ton de Scully l’alerte immédiatement. Il revient sur ses pas, concentré sur leur échange.
MULDER
Ça va, Scully?
SCULLY
J’ai besoin que tu viennes.
EXT. RUE – CONTINU
La voiture de Mulder s’éloigne lentement. La caméra reste sur la rue vide, avançant doucement le long des maisons. Quelques fenêtres éclairées dévoilent des ombres indistinctes derrière les rideaux. Puis, l’objectif s’arrête sur une petite maison peinte d’un jaune très pâle.
INT.MAISON DE TABITHA, BIBLIOTHÈQUE-SUITE
La pièce est encadrée par d’imposantes bibliothèques remplies de livres, classés avec une précision obsessionnelle. Chaque section met en avant un sujet distinct : manuels sur les voitures anciennes, biographies de sportifs, records Guinness, grandes œuvres de la littérature.
Une place de choix est réservée à Stephen King. Sa bibliographie est soigneusement disposée, et plusieurs romans autographiés trônent fièrement sur une étagère.
Assise sur une chaise droite, rigide, presque cérémoniale, Tabitha fait la lecture devant un vieux Lazy boy en cuir brun, usé par le temps, imprégné d’une présence fantomatique. Entre ses mains, ses doigts serrent légèrement les pages d’un cahier rempli d’une écriture fine et appliquée. Sa voix douce et posée résonne dans la pièce silencieuse.
TABITHA
(Lecture, voix douce)
On parle de miracle, et pourtant, c’est un combat.
Il faut de la force pour donner son souffle, son sang, sa chair. Ce n’est pas qu’une question de biologie, c’est une tempête douce et dévastatrice, une vraie puissance.
Elle s’interrompt, fixe le Lazyboy comme si elle attendait une réaction puis, retire délicatement une peluche posée sur la couverture qui recouvre l’accoudoir.
TABITHA
(Lecture, voix douce)
Ces femmes, qui ont, depuis la nuit des temps, porté la vie, aujourd’hui, elles courent, elles sautent, elles frappent, elles nagent. Elles ne sont pas seulement des athlètes, mais des pionnières, des combattantes. Leurs corps sont maintenant des hymnes au dépassement. Elles sont la preuve vivante que la force est aussi une affaire de résilience, que le talent est une voix qui, malgré les siècles de silence, finit toujours par hurler.
Sa voix tremble légèrement sur les derniers mots. Une larme solitaire coule sur sa joue, mais elle ne l’essuie pas immédiatement. Elle regarde longuement le Lazyboy, son regard chargé d’émotion. Puis elle reprend, doucement.
TABITHA
(Lecture, voix tremblante)
Elles ont toute ma reconnaissance, car je comprends maintenant, que le sport n’a pas de genre.
La grandeur appartient à celles qui osent.
Elle essuie finalement ses larmes du revers de sa manche et laisse échapper un petit rire teinté de mélancolie et de soulagement. Puis, d'une main tendre, elle caresse la couverture posée sur le Lazyboy, cherchant du réconfort dans un souvenir précieux, invisible, avant de serrer le manifeste de Limbaugh contre son cœur.
TABITHA
Il a réussi, papa.
FADE TO BLACK
EXT. MOTEL – SOIR
Scully est assise sur une chaise droite devant la fenêtre de sa chambre. Son téléphone pressé contre l’oreille, elle tente de dissimuler son anxiété sous une voix maîtrisée. Pourtant, ses nombreux coups d'œil furtifs vers l’intérieur trahissent sa nervosité.
Au bout du fil, Léo parle d’une voix encore endormie, mais animée par sa passion.
LÉO (v.o.)
Quel livre cette fois ? Shining?
SCULLY
Comment?
LÉO (v.o.)
Mulder m’a cité : "Que du travail et pas de jeu rend Jack ennuyeux."
Il marque une pause, espérant une réponse qui ne vient pas.
LÉO (v.o.)
J’en déduis que votre imitateur l’utilise ?
SCULLY
J’ai vu le film, mais rafraîchis-moi la mémoire.
LÉO (v.o.)
D’abord, dans le film, Wendy, l’épouse de Jack, est réduite à un rôle passif, alors que dans le livre, c’est une femme forte.
(Léger rire)
Si votre imitatrice est à la fois fan de King et féministe, elle pourrait vouloir "venger" la misogynie de Kubrick.
Il tousse, cherchant à s’éclaircir la voix.
LÉO (v.o.)
L’Overlook Hotel, c’est le mal incarné. Il ne pousse pas Jack à la folie, il attend simplement qu’il cède. Jack est déjà un homme brisé, un ancien alcoolique en quête de contrôle, frustré par ses propres échecs. L’hôtel se nourrit de ses faiblesses et les amplifie jusqu’à ce qu’il perde pied.
Scully, toujours tendue, regarde la fenêtre d’un œil méfiant, mais peu à peu, son corps se détend. Elle croise ses jambes et s’enfonce légèrement dans la chaise, attentive aux explications de Léo.
LÉO (v.o.)
Et puis, il y a la sexualité. C’est un des thèmes centraux du film.
L’inceste y est suggéré plusieurs fois, tout comme la frustration sexuelle et le sentiment de rejet. Jack parle du poids des responsabilités, des principes moraux qu’il est tenu de respecter…
D’où la fameuse ligne: "Que du travail et pas de jeu." Et puis… il y a la chambre 237.
Scully se raidit, son visage s’assombrit dans une expression de malaise.
SCULLY
(Hésitante)
La chambre 237 ?
LÉO (v.o.)
Dans cette chambre, Jack voit une femme nue, magnifique, qui l’attire…
Jusqu’à ce que la vision se transforme en cauchemar. Une vieille femme en décomposition.
Une métaphore du désir corrompu, du mensonge de la séduction.
Un silence lourd s’abat. La voiture de Mulder entre dans le stationnement, ses phares illuminent brièvement la fenêtre derrière Scully. Il se gare près d’elle.
LÉO (v.o.)
Vous êtes toujours là, agent Scully ?
SCULLY
(Distraite)
Oui… Je réfléchis.
Elle se lève, visiblement impatiente de mettre fin à la conversation.
SCULLY
Désolée de t’avoir réveillé.
LÉO (v.o.)
(Riant)
Vous savez, Scully, vous pourriez réveiller n’importe quel fan à n’importe quelle heure… C’est comme offrir une glace en pleine canicule, impossible de refuser. J’espère que ça vous aidera.
Scully esquisse un sourire distrait, puis raccroche. Elle jette un dernier regard vers la fenêtre, pensive, puis observe Mulder qui se dirige rapidement vers elle. Elle fait un pas en avant, mais aussitôt, se fige. Son soulagement se transforme en doute, puis en gêne.
Mulder s'arrête près d’elle. Une brise soulève ses cheveux tandis qu’il observe le stationnement vide et paisible. Il inspire profondément, masquant à peine son inquiétude.
MULDER
(Léger sourire)
Une araignée ?
Scully esquisse un sourire. Elle se détend avant de jeter un regard vers sa chambre.
MULDER
Un cauchemar ?
SCULLY
(Hésitante)
Une vision… ou plutôt, une hallucination.
Mulder ouvre la porte de la chambre, mais Scully reste en retrait, le regard dur, les traits crispés, la bouche serrée avec une pointe de dédain. Il fronce les sourcils, puis l’invite d’un geste vers sa propre chambre.
INT. MOTEL, CHAMBRE DE MULDER- CONTINU
Mulder s’assoit sur le lit tandis que Scully hésite à franchir le seuil. Elle est encore hantée par l’image de Mulder assassiné. Elle allume la lumière, inondant la pièce d’une lumière crue, presque suffocante.
MULDER
(Tendrement)
Prends ton temps.
Elle humecte ses lèvres nerveusement.
SCULLY
La première fois, j’ai cru que c’était un rêve. J’ai été surprise de voir les verres sur la table.
Elle marque une pause, puis humecte ses lèvres à nouveau, machinalement.
SCULLY
Tabitha était avec moi.
Elle s’approche lentement et s’assoit près de Mulder. Il se rapproche machinalement, patient.
SCULLY
C’est encore très flou… un sentiment.
Elle jette un coup d’œil à Mulder, attendant une question, mais il se contente de la fixer, silencieux.
SCULLY
J’ai pensé à quitter le bureau. Plus rien n’avait de sens… plus aucun intérêt.
Elle soupire.
MULDER
Elle veut nous séparer ?
Scully relève la tête, surprise.
MULDER
Elle ne s’en prend pas à toi, Scully. C’est évident… elle croit te protéger.
SCULLY
Me protéger de quoi ?
MULDER
De moi.
(Un temps)
Elle cherche à me nuire.
Scully tente de le contredire, mais se ravise.
SCULLY
(Hésitante)
Je crois que tu as raison…
Elle baisse la tête, honteuse.
SCULLY
(Chuchotant)
Je t’ai assassiné.
Elle s’attend à une réplique sarcastique, mais Mulder hoche la tête, sérieux.
SCULLY
C’était horrible… tellement réel.
Il se tourne vers elle et caresse doucement sa main avant de se lever.
MULDER
J’ai envoyé des agents dans le quartier, de l’autre côté du parc.
Je suis certain qu’elle est ici.
Il se dirige vers la salle de bains. Scully l’observe disparaître, puis scrute la pièce, incapable de se décider à retourner dans sa chambre. Mulder revient prendre un pyjama dans sa valise. Il se brosse les dents sans la regarder.
MULDER
(Bouche pleine)
Tu veux dormir ici ?
Scully lève la tête aussitôt, mais il ignore son regard et retourne à la salle de bain.
MULDER (o.s.)
Tu as parlé à Léo de tes visions ?
Scully attend que l’eau s’arrête avant de répondre, mais Mulder enchaîne sans attendre.
MULDER (o.s.)
Quelle est sa théorie ? Pourquoi Shining ?
Il revient dans la chambre et se place devant Scully, qui semble exténuée. Elle hoche la tête, esquive la conversation. Il décide de ne pas insister.
MULDER
Tu dors ici ?
Scully fronce les sourcils.
MULDER
(Moqueur)
Je peux dormir dans ta chambre si tu préfères.
Je t’offrirais bien de dormir en cuillère, mais tes envies meurtrières me refroidissent légèrement.
Il ouvre la porte communicante, puis se tourne vers elle, moqueur.
MULDER
Tu as toujours envie de me tuer ?
Scully sourit, puis se lève et lui tend son arme.
SCULLY
(Riant)
Pas plus que d’habitude…
CUT
INT. MOTEL – CHAMBRE DE MULDER – MATINÉE
Scully dort profondément. La lumière du jour filtre à travers les rideaux et illumine ses cheveux roux. Un sourire fugace se dessine sur son visage avant qu’elle n’ouvre lentement les yeux.
MULDER (o.s.)
Merci… Une intuition… Contacte Skinner, il peut tout mettre en place.
Scully redresse la tête et regarde en direction des portes communicantes. De l’autre côté, Mulder passe devant la porte, téléphone à l’oreille, déjà habillé, prêt à partir. Elle jette un œil au réveil : 10 h 13.
Elle se lève d’un bond, traverse la chambre et s’arrête dans l’embrasure de la porte. Mulder, concentré, note une adresse sur un papier.
MULDER
(Au téléphone)
J’arrive.
Il raccroche.
MULDER
Des voisins ont identifié Tabitha grâce au portrait-robot.
Son vrai nom est Juliette Poullain.
Je veux les interroger avant que Skinner ne débarque.
SCULLY
Je viens avec toi.
CUT
INT. SALON DE TABITHA – SOUS-SOL – JOUR
Le reflet de Limbaugh apparaît dans le cadre photo. Deux époques s’entrelacent, créant une image discordante : l’écho d’un passé heureux et d’un présent incertain. Le vieil homme recule d’un pas, le visage assombri. Il jette un dernier regard sur le cadre avant de balayer la pièce du regard.
Le Lazy Boy brun, tout juste acheté, fait face à la télévision. Une couverture, soigneusement pliée, repose sur l’accoudoir. Il lève les yeux vers le plafond. Une musique étouffée résonne et le fait frémir. Il soupire, puis se dirige vers le bar pour l’inspecter.
Au-dessus du lavabo, une longue fenêtre étroite laisse pénétrer des rayons de soleil aveuglants. Il grimpe sur le comptoir avec difficulté et tire sur le cordon des stores, les ouvrant à leur pleine capacité. Mais il se retrouve face à de lourds barreaux en fer forgé. Déçu, il tente malgré tout d’ouvrir la fenêtre, en vain.
Soudain, le chant joyeux de Tabitha s’élève et couvre momentanément la musique. Elle s'approche de la porte du sous-sol. Limbaugh descend précipitamment et maladroitement du comptoir. Un verre glisse de la tablette et tombe sur le linge à vaisselle soigneusement plié. Un bruit sourd retentit. Une longue fissure lézarde la pièce de collection.
Il se fige. La voix de Tabitha s’interrompt brusquement, la musique s’arrête net. Pris de panique, Limbaugh replace le verre fêlé des Red Sox sur la tablette, derrière ses jumelles, espérant dissimuler son erreur du mieux qu’il le peut.