La Malédiction du Triangle

Chapitre 4 : The Old Seaturtle

Par piitiite

Publié sur Fanfictions.fr.
Voir les autres chapitres.


Après plusieurs heures passées à attendre sous un soleil accablant, Fox Mulder avait dû se résoudre à suivre Sparrow dans l'exécution de son mystérieux plan d'évasion. Il n'avait toujours aucune idée de ce que le pirate avait réellement en tête, mais l'alternative consistant à rester seul sur cette minuscule bande de sable au beau milieu de la mer des Caraïbes ne lui paraissait guère plus réjouissante.


Les deux hommes avaient attendu que le soleil descende à l'horizon puis ils avaient traversé l'île en silence pour atteindre sa côte opposée. Là, ils s'étaient dissimulés entre trois palmiers dont les troncs courbés touchaient presque le sol. La nuit avait ensuite lentement gagné du terrain sur l'îlot perdu, apportant avec elle un peu de fraîcheur et une brise bienvenue. Une pleine lune particulièrement brillante baignait maintenant la plage d'une lumière argentée et à quelques mètres devant eux, les vagues noires d'encre venaient mourir doucement sur le sable dans un bruissement régulier. Mulder sentait la tension monter en lui au fur et à mesure que le temps s'écoulait sans que rien ne se passe tandis qu'à côté de lui, Jack Sparrow semblait parfaitement détendu. L'homme au tricorne tenait entre ses mains un compas de navigation qui, Fox l'avait rapidement remarqué, n'indiquait même pas le nord. L'aiguille semblait tourbillonner dans tous les sens de manière totalement aléatoire et sans aucune logique apparente, un peu à l'image de son propriétaire. L'Agent du FBI commençait d'ailleurs à douter sérieusement que son compagnon d'infortune ait réellement été Capitaine du Black Pearl, ou qu'il sache simplement ce qu'il faisait.


Mais Jack, apparemment satisfait des informations données par son instrument défectueux, en referma brusquement le couvercle dans un claquement sec, faisant sursauter le grand brun.



-Redites-moi donc, l'ami, d'où venez-vous exactement ?



-Des États-Unis d'Amérique, dans une époque lointaine, très lointaine... en 1998 à vrai dire. Je suis un agent du FBI et...



-Hefbiaye, le coupa Jack en haussant les sourcils et en écarquillant les yeux. C'est une malédiction ?



-Non, enfin..., soupira Mulder. Oui, par certains côtés, si l'on veut...



-Donc vous venez de bien plus loin que demain, j'imagine ?



-En effet, oui.



Jack hocha gravement la tête :



-C'est fascinant.



-Cela ne semble pas tellement vous surprendre...



-J'ai vu des morts se relever de leur tombe, fiston, répondit le forban en haussant les épaules. J'ai vu des marins avalés par la colère des Dieux. Sans compter que je côtoie fréquemment un poulpe qui commande un navire et qui joue de l'orgue... Il est plutôt doué d'ailleurs, c'est une très bonne connaissance à moi. Et son kraken est tout à fait charmant. Alors un renard maudit qui vient d'après-demain...



Mulder, fasciné, ouvrit la bouche pour en découvrir plus sur ces extraordinaires phénomènes mais Sparrow l'interrompit d'un geste vif. Le pirate s'était soudainement figé, une main en l'air en signe de silence, tout en observant la houle à l'horizon. Son regard souligné de noir était fixé sur un point précis et l'Agent du FBI se tourna vers le large à son tour. Après quelques secondes de mise au point, Mulder commença à distinguer une espèce d'ombre qui glissait lentement vers le rivage dans leur direction.

Une ombre dotée d'une voile et d'un mât.



-C'est un... bateau, demanda le grand brun abasourdi.



-Finement observé pour un Renard... Baissez-vous !



Jack attrapa Mulder par l'épaule et l'obligea à se plaquer contre le tronc d'un des palmiers. Le visage Fox se retrouva à quelques centimètres à peine de celui du pirate et l'Agent tenta de retenir sa respiration pour ne pas humer les relents de son nouveau compagnon, mais en vain.


Le navire se rapprocha encore et bientôt, sa coque vint embrasser la plage dans un léger craquement. Plusieurs voix s'élevèrent alors dans la pénombre et une corde fut jetée à bâbord. Deux silhouettes se laissèrent glisser à terre puis s'éloignèrent prestement vers le centre de l'île, telles des ombres furtives.



-C'est notre chance, Maître Renard, murmura Sparrow. Allons-y !



-Attendez..., le stoppa Mulder en l'attrapant par la manche. Vous voulez voler ce bateau ?



-Réquisionner. On réquisitionne ce bâtiment. C'est un terme nautique, voyez-vous ?



Le pirate se dégagea ensuite et bondit hors de sa cachette avec une souplesse et une rapidité étonnante compte tenu de son état d'ébriété semi permanent. Le forban semblait d'ailleurs plus voler que courir, ses bras battant ridiculement l'air autour de lui, lui donnant l'air d'un volatile paniqué. Mulder hésita un instant puis il se résigna à suivre son étrange compagnon.


Le duo sprinta ainsi jusqu'à la rive et, à mesure qu'ils approchaient, Fox put mieux distinguer le navire qui baignait dans la lueur argentée de la lune. Il était bien moins grand et imposant que le Black Pearl : sa coque de bois semblait antique, prête à sombrer et son unique voile, pour le moment rabattue, trônait sur un mât qui ne devait pas dépasser les quatre mètres de haut. Sa figure de proue sculptée était à l'effigie d'une gracieuse sirène parfaitement proportionnée, malheureusement elle aussi victime des années. Enfin, un unique canot de sauvetage pendait à l'extérieur du bastingage et avait presque l'air aussi sophistiqué que le navire lui-même.


Ce n'était de loin pas un bâtiment de guerre, ni un navire officiel. Le rafiot ressemblait plutôt à une embarcation de fortune rafistolée et améliorée au fur et à mesure du temps.

Mais il flottait.

Et surtout, il pouvait les emmener loin d'ici.


Courant désormais dans les vagues jusqu'aux genoux, Mulder ralentit lorsqu'il aperçut les lettres noires et écaillées peintes sur le flanc de l'embarcation :


THE OLD SEATURTLE.


Il resta quelques secondes à contempler l'inscription puis il murmura dans un souffle :



-Une vieille tortue de mer...



Jack, qui devançait Mulder de deux bons mètres, se retourna vers l'Agent du FBI d'un air satisfait :



-J'avais dit la vérité. Je ne comprends pas pourquoi personne ne me croit jamais...



Mulder sentit malgré lui un sourire se dessiner au coin de ses lèvres : ce pirate n'était peut-être pas si fou que ça, finalement.

Les deux hommes atteignirent enfin le cordage d'abordage et Sparrow commença son ascension, suivi de près par le grand brun.

Arrivés au sommet, les deux acolytes se laissèrent rouler sur le pont et se plaquèrent contre le bastingage patiné par le sel et les vents.



-À qui appartient ce bateau, Jack, finit par demander Mulder, légèrement essouflé.



-À trois bandits solitaires qui tentent d'échapper aux autorités royales de sa Majesté, tout en faisant prospérer leur petit trafic de rhum indépendant...



-Trois bandits ? Mais tout à l'heure, je n'ai aperçu que deux silhouettes descendre sur la plage...



-Ah, s'exclama Jack dans un sursaut grotesque. Et vous ne pouviez pas le dire plus tôt ?



-Les mains en l'air, ne bougez plus !



La voix, étrangement familière aux oreilles de l'Agent du FBI, claqua dans l'obscurité comme un coup de fusil.

L'improbable duo se retourna lentement, et Mulder sentit son cœur manquer un battement.


L'individu qui leur faisait face était petit et trapu, engoncé dans un justaucorps de cuir sombre par dessus une culotte brune et informe. Il tenait dans ses mains un antique pistolet qu'il braquait tantôt sur Fox, tantôt sur Sparrow, d'une manière tout à fait convaincante. Ses cheveux gris et filasses, dégarnis sur le dessus, tombaient sur ses épaules, encadrant une barbe négligée et de petits yeux sombres mais perçants.



-Frohike, hoqueta Mulder en faisant un pas en avant. Comment est-ce possible ? Qu'est-ce que tu fais là, mon vieux ?



-Bas les pattes, chien galeux !



Mulder se figea. Ce n'était pas possible. Melvin Frohike se tenait là, sous ses yeux, il en était certain : le grand brun ne pouvait pas se tromper, il connaissait ces traits, cette expression de méfiance peinte sur ce visage bourru...

Mais était-ce réellement Frohike ? Ou plutôt un sosie ? Un ancêtre contrebandier du dix-huitième siècle ?

Ou cette apparition était-elle une nouvelle conséquence du phénomène temporel qui dépassait de plus en plus tout ce que Fox était capable de concevoir ?


Incapable de surmonter le choc pour l'instant, Mulder se tenait immobile, les mains toujours en l'air. Jack, debout juste à côté de lui, semblait beaucoup moins préoccupé par ces considérations métaphysiques : le pirate regardait le mousquet. Puis l'homme qui le tenait. Puis à nouveau le mousquet. Puis il lâcha d'un ton outré :



-C'est une très vilaine façon d'accueillir des passagers clandestins. Le service se dégrade de plus en plus par ici...



-Tiens tiens, regardez qui voilà, grogna le présumé Frohike en dirigeant son arme sur le pirate. Le Capitaine Jack Sparrow... Ce ne serait pas toi qui aurais raflé la moitié de notre cargaison de rhum la dernière fois que nous nous sommes croisés, par hasard ?



-Moi, se défendit Jack en prenant un air d'enfant innoncent. Jamais, cela ne me ressemble absolument pas.



Un bruit de pas précipités et des éclats de voix se firent soudain entendre sur la plage : les deux silhouettes qui étaient descendues du navire quelques instants auparavant revenaient déjà. Elles remontèrent à bord avec une vitesse fulgurante et l'une des deux cria dès son arrivée sur le pont :



-Mervin, c'est une catastrophe : notre cache de rhum sur cet îlot a été intégralement pillée et... Oh !



Le nouveau venu s'arrêta net en découvrant les deux intrus sur le pont.


Mulder sentit son estomac se nouer et son cœur bondit à nouveau contre sa cage thoracique. L'homme qui venait de parler était grand et maigre, vêtu d'un long manteau sombre et rapiécé. Ses cheveux blonds étaient attachés derrière sa tête en un catogan approximatif et son regard méfiant se posa immédiatement sur l'Agent du FBI. Le dernier arrivant était quant à lui plus élégant : il portait une ancienne veste d'officier d'un bleu profond et un tricorne posé légèrement de travers sur ses cheveux bruns.

Mulder en resta pétrifié.



-Langly...? Byers...?



Les trois contrebandiers échangèrent un regard perplexe tandis que Jack, lui, semblait s'amuser de la situation :



-Oh. Vous les connaissez donc, vous aussi ?



Mulder ne répondit pas. Il était incapable de détacher ses yeux des trois hommes.

Frohike.

Langly.

Byers.

Les Bandits Solitaires.

Ou leurs doubles. Ou leurs ancêtres.



-Nous ne connaissons pas cet individu, aboya le double-Langly. Mais lui connaît nos noms. C'est problématique.



-Très problématique, renchérit le presque-Byers en dégaînant à son tour son arme à feu. Peut-être qu'il nous espionne...



-Pour le compte de qui travaillez-vous, grogna le quasi-Frohike en réajustant la trajectoire de son mousquet sur Mulder.



-Sûrement pour la conspiration des platistes, murmura le pas-tout-à-fait-Langly pour lui-même.



-Non, non pas du tout. Je suis..., commença Fox.



Le grand brun hésita : devait-il tout leur expliquer ? Le FBI ? Le futur ? Le voyage temporel ? L'existence des Bandits Solitaires au vingt-et-unième siècle ?

Les trois hommes allaient-ils seulement comprendre un traître mot de ce qu'il allait leur raconter avant qu'ils ne le perforent de leurs balles ?

Fox inspira profondément :



-Je m'appelle Fox Mulder. Je viens du fu...



Jack toussa ostensiblement en coupant Mulder dans son élan. Puis il s'avança derechef vers les trois trafiquants avec une déconcertante désinvolture, apparemment peu inquiet d'être dans le viseur de leurs armes à feu :



-Personne, c'est personne, déclara le forban d'un ton assuré. Un simple cousin éloigné du côté de mon père. Le pauvre est un peu simple d'esprit... Il s'est cogné la tête un peu trop fort contre un rocher quand il était petit et depuis, il se prend pour un Renard, le malheu...



-Assez !



La voix du presque-Fohike avait tonné sur le pont, ramenant le pirate au silence.



-Peu importe qui il est, reprit le bandit armé. S'il appartient à ta famille, Sparrow, c'est qu'il ne vaut pas mieux que toi : un voleur sans considération aucune pour les personnes qui tentent de gagner honnêtement leur vie...



-Enfin cette fois, je n'y suis pour rien, plaida Jack. Votre réserve était déjà vide quand on m'a abandonné ici... Il ne restait qu'une seule bouteille...



-Que tu as sans doute pris la peine de boire sans la payer, n'est-ce pas, interrogea le quasi-Langly, son canon de pistolet frôlant presque la joue de Jack.



-Eh bien, oui c'est possible, à vrai dire je ne m'en souviens plus très bien. Avez-vous des preuves ou quelque chose d'autre à avancer...?



-Cette fois c'est la bouteille de rhum de trop, Sparrow, ragea le double-Byers. Vous allez payer pour tous tes actes de piraterie !



Et en quelques secondes, Mulder et Jack se retrouvèrent assis sur le pont, ficelés dos à dos à un énorme tonneau vide.

Les trois bandits s'affairèrent ensuite autour d'eux et bientôt, The Old Seaturtle quitta la rive de l'îlot solitaire pour la mer et le grand large.

Mulder tenta de trouver une position moins inconfortable en tirant sur les cordes qui retenaient ses bras et ses poignets, mais en vain : les liens mordaient déjà sa chair, quoi qu'il essaya. Le grand brun finit par s'avouer vaincu et il s'affala contre le baril :



-Nous étions peut être mieux sur cette île, finalement, soupira l'Agent du FBI en se demandant vers quel horizon il s'embarquait à nouveau. Savez-vous quel sort peuvent-ils bien nous réserver, Jack ?



Fox sentit le pirate se trémousser à son tour derrière lui puis, après quelques secondes de silence, Sparrow lui répondit d'une voix réjouie :



-Aucune idée !




Publié sur Fanfictions.fr.
Voir les autres chapitres.

Les univers et personnages des différentes oeuvres sont la propriété de leurs créateurset producteurs respectifs.
Ils sont utilisés ici uniquement à des fins de divertissement etles auteurs des fanfictions n'en retirent aucun profit.

2026 © Fanfiction.fr - Tous droits réservés