Le roulis régulier de la frégate berçait la cellule en fond de cale depuis des heures ou des siècles, Mulder n'aurait su le dire exactement. La lumière qui filtrait par les minces interstices de la coque était passée de l'éblouissant au jaune doré puis au rougeoyant, ce qui indiquait que le soleil descendait maintenant bas vers l'horizon.
Le grand brun était adossé à la paroi de la geôle, les genoux relevés contre sa poitrine. Face à lui, Jack Sparrow dormait paisiblement en laissant parfois échapper un petit ronflement, son tricorne posé de travers sur son visage.
Mais l'Agent du FBI lui, n'arrivait pas à fermer l'œil. À chaque fois qu'il essayait, il revoyait le visage de Scully, ou plutôt de cette jeune femme qui lui ressemblait tant, et de son regard courroucé, presque effrayé, lorsqu'il s'était approché d'elle.
Fox avait bien conscience qu'elle n'était pas vraiment Scully, mais l'apparition de la demoiselle quelques heures plus tôt sur le pont de la frégate l'avait bouleversé au plus haut point.
Et Mulder se demandait à présent ce que ces rencontres successives pouvaient bien signifier : les trois bandits solitaires sur le Old Seaturtle, Skinner en Second sur le navire de la marine royal et enfin, Scully et son père couronnant le tout. Était-ce un hasard ? Des anomalies provoquées par son voyage dans le temps ? Des sortes d'échos, le reflet des âmes qu'il côtoyait au vingt et unième siècle ?
Ou bien était-ce autre chose ?
Fox avait passé sa vie à chercher des réponses là où les autres ne voyaient que des coïncidences absurdes. Et, pour la première fois depuis longtemps, le grand brun se demanda s'il n'aurait pas préféré ne rien trouver du tout.
Peut être aurait-il mieux valu qu'il ne parvienne jamais jusqu'au vortex de brume.
Peut être aurait-il mieux valu qu'il revienne bredouille de sa chasse insensée pour retrouver le Queen Anne aux abords du triangle des Bermudes.
Peut être aurait-il mieux valu qu'il retrouve simplement sa partenaire à Washington, partenaire dont les yeux bleu glacier se seraient levés au ciel, exaspérés devant l'improbabilité de sa dernière quête et l'inévitable évidence de son échec.
Le jeune homme se passait une main sur le visage, essayant de faire fi des morsures brûlantes qui striaient cruellement son avant-bras gauche, quand un bruit de pas résonna soudain dans l'escalier. L'Agent du FBI se redressa, aux aguets : pas de doute, quelqu'un descendait vers les cellules d'une démarche lente et assurée. Le bois craqua ensuite de plus en plus proche, les foulées semblèrent ralentirent, puis se fut le silence. Une haute silhouette, dont le visage était indiscernable dans la pénombre, s'était en effet arrêtée devant la grille de la geôle. Mulder retint son souffle, le cœur battant.
Un craquement sec retentit alors, et une petite braise illumina rapidement le nouveau venu de l'autre côté des barreaux. Ce dernier avait un visage émacié et vieillissant, encadré par des cheveux sombres tirant déjà sur le gris. Son regard froid et calculateur fixait Fox avec une attention intense, presque dérangeante. Puis très lentement, l'individu porta à ses lèvres la feuille de tabac roulée qu'il venait d'allumer et en tira une longue bouffée.
-Vous... s'exclama brusquement Mulder en se levant d'un bond.
-Nous sommes-nous déjà rencontrés, demanda l'inconnu d'une voix nasillarde qui fit frissonner le grand brun.
-De là où je viens, oui, cracha Mulder avec dégoût.
-Vous m'en direz tant. Et de là où vous venez, sommes-nous alliés ou ennemis ?
-Je vous tuerais de mes propres mains si je le pouvais, affirma Mulder en saisissant brutalement les barreaux.
-Voilà qui est spectaculaire... et fort regrettable, monsieur Mulder.
Fox frémit : ce simple "monsieur Mulder" venait de lui glacer le sang. Bien que l'homme à la feuille de tabac ressemblait en tout point à son double du futur, cet individu ne pouvait pas savoir qui il était, c'était impossible. D'autant que l'Agent du FBI n'avait à aucun moment décliné son identité depuis son arrivée à bord de la frégate.
-Ah, murmura le visiteur en esquissant un sourire satisfait. Cela vous perturbe que je vous appelle par votre nom. Eh bien sachez que j'ai nombre d'espions travaillant à ma solde dans tout le royaume britannique, et un Renard des mers remontant des abysses ne passe pas inaperçu, même lorsque cette fable est colportée à Tortuga par la bouche d'un équipage de pirates ivres...
-Êtes-vous au service du Roi et de l'Angleterre ?
-Voilà une question que vous devriez apprendre à ne pas poser, ricana l'homme aux cheveux gris.
-Pouvez-vous nous faire sortir d'ici, hasarda alors Mulder après un bref silence.
La braise rougeoyante brilla à nouveau dans la pénombre tandis que l'individu inspirait une nouvelle bouffée de fumée.
-Je ne pense pas, non, ironisa le vieil homme. La vérité ne vous sauvera pas cette fois, bien au contraire : elle devra mourir avec vous, la corde au cou à Port Royal. Au revoir, Monsieur Mulder.
-Attendez..., hurla Fox.
Mais le visiteur avait déjà tourné les talons et, avec la même nonchalante désinvolture, il atteignit l'escalier qu'il remonta ensuite vers l'air libre du pont.
-Tout à fait charmant, cet homme, murmura Sparrow en se redressant dans un concert de breloques cliquetantes. Encore un ami à vous ? Dommage qu'il n'ait pas apporté de rhum : sa conversation était tout à fait assommante.
Mulder ne répondit pas tout de suite. Il était loin de chez lui, loin des siens, à près de trois siècles de distance pour être exact et pourtant, ce défilé de personnages familiers ne faisait que lui rappeler son existence dans sa propre temporalité. Toutes les quêtes de sa vie avaient-elles été vaines, inutiles, risibles, pour qu'il atterrisse finalement ici avec pour seule compagnie un pirate douteux et pour unique avenir une condamnation à la corde dans une colonie britannique en pleine mer des Caraïbes ?
-Nous allons bientôt mourir, Jack, murmura finalement Fox en retournant s'asseoir au fond de la cellule, accablé.
-Non, je ne pense pas.
-Vous avez entendu ce que cet homme a dit...
-Tout à fait. Ou pas tout à fait. Mais si la vérité doit vous tuer, peut être qu'il suffit simplement d'en trouver une autre.
-Que voulez-vous dire ?
-Que la vérité est peut-être ailleurs, Maître Renard.
***
Le silence qui suivit le départ de l’homme à la feuille de tabac parut s’étirer à l’infini.
Mulder resta un long moment face aux barreaux de la cellule, comme s’il espérait voir réapparaître la silhouette inquiétante de l'autre côté. Mais les bruits de pas s’étaient évanouis depuis longtemps, avalés par le grondement de la mer et le craquement régulier de la coque autour de la petite geôle.
Le grand brun finit par se rasseoir, désormais tenté de sombrer lui aussi dans le sommeil pour échapper ne serait-ce que quelques instants à toutes les menaces qui planaient au dessus de lui.
Port Royal.
La corde.
Et la vérité qui devait mourir avec lui.
Fox avait connu bien des situations désespérées, des affaires qui paraissaient sans issue, des ennemis invisibles, et des conspirations dont il ne possédait que la moitié des pièces. Mais cette fois-ci, il n’avait ni arme, ni badge, ni téléphone et par dessus tout, sa partenaire n'était pas à ses côtés pour le ramener à la raison.
Pour le ramener chez lui.
Un rapide coup d'œil vers Sparrow indiqua à l'Agent du FBI que son compagnon d'infortune s'était rendormi, apparemment peu inquiet de la périlleuse tournure que semblait prendre les événements.
Le furieux tourbillon de pensées qui malmenait le grand brun faillit le faire basculer dans un sommeil agité quand un nouveau bruit retentit dans la cale.
Mulder sursauta et releva la tête.
Ce n’était pas le pas lourd d’un soldat, ni le craquement caractéristique des marches de l'escalier. Il s’agissait plutôt d’un son irrégulier comme un frottement, accompagné de petits cliquetis et de grattements secs.
Les étranges bruissements se rapprochèrent encore plus près, ralentirent, puis ils s’arrêtèrent juste devant la cellule.
Fox se redressa lentement et s'avança vers la grille qui le retenait prisonnier. Il plissa les yeux, désormais accoutumés à la pénombre, mais il ne distingua rien d'autre que le néant et l'obscurité : personne ne le toisait derrière les barreaux de métal cette fois-ci.
De nouveaux grattements, plus insistants, résonnèrent cependant à ses pieds.
-Tiens… Tu es venu me narguer, toi aussi, demanda le grand brun en s'agenouillant au sol. Ou tu veux juste me mordre l'autre bras pour savoir lequel des deux a meilleur goût ?
Crapule le raton-laveur le fixait en effet avec une expression attentive de l'autre côté de la grille, et Mulder eut la surprenante sensation qu'il l'écoutait, comme s'il pouvait saisir le sens de ses paroles. La bestiole se redressa d'ailleurs sur ses pattes arrières, son petit museau allongé reniflant fébrilement l'air autour d'elle. Apparemment fort satisfaite, la boule de poil se mit ensuite à couiner doucement à l'attention du captif.
Mulder soupira :
-Voilà que je parle aux animaux maintenant. Si Scully pouvait me voir, elle me ferait sans doute interner... À supposer que je rentre un jour chez moi.
Le regard de Fox fut alors attiré par quelque chose d'étrange et il s'aperçut alors que le raton portait un collier qu'il n'avait pas remarqué lors de leur première rencontre sur le pont. Il s'agissait d'un ruban de satin agrémenté d'un drôle de pendentif qui luisait faiblement dans la pénombre.
Un pendentif long et étroit, qui avait décidément l'air bien imposant pour un si petit animal.
Un pendentif long et étroit qui semblait fait de métal, et qui pouvait bien avoir la forme d'une clé.
Les couinements du raton-laveur redoublèrent, comme pour manifester son exaspération face à la lenteur de réflexion de son interlocuteur humain.
-Dites-moi que je rêve..., finit par murmurer Mulder.
D'un geste précautionneux (par peur de se faire mordre à nouveau), le grand brun passa son bras à travers les barreaux et ses doigts se refermèrent autour de la tige de fer, le même fer qui avait sans aucun doute forgé les grilles de la geôle. Le satin glissa doucement autour du cou de l'animal et Mulder contempla la clé qu'il tenait désormais en main.
-Hey, petite Crapule, murmura l'Agent du FBI qui n'en croyait pas ses yeux. Tu veux m'aider à me libérer ? Serions-nous amis, maintenant ?
Après quelques couinements et grattements de contentement, le raton-laveur rebroussa chemin et disparut rapidement vers l'escalier, laissant Fox seul mais à nouveau plein d'espoir. Le jeune homme ne perdit pas un instant : il introduisit la clé dans la serrure, le cœur battant, et le cliquetis qu'elle produisit fut le son le plus satisfaisant qu'il ait entendu depuis longtemps. La grille grinça à nouveau lorsque Mulder l'entrouvit, faisant sursauter son acolyte qui ronflait toujours à même le sol :
-...Non merci, je ne veux plus manger de saucisse volante maintenant..., marmonna le forban encore à demi empêtré dans son rêve. Mais resservez-moi donc encore des graines de tournesol flottantes, s'il vous plaît...
-Jack, la porte de la cellule est ouverte !
À ces mots, Sparrow se redressa immédiatement, comme s'il était monté sur des ressorts, dans un tourbillon de dreadlocks brunes :
-Vous ne pouviez pas attendre encore cinq petites minutes ? J'étais en train de conclure avec une sublime sirène... Elle était aussi poilue qu'une noix de coco, et elle m'aimait...
-Jack...!
-Bien, bien, d'accord. Une évasion dans les règles de l'art semble effectivement une raison suffisante pour se lever...
Le pirate se remit prestement sur ses pieds et s'apprêtait à franchir le seuil de la geôle en bondissant quand Mulder l'arrêta, soudain conscient de l'énorme problème qui se dressait devant eux :
-Jack...
-Renard ?
-Un attroupement de soldats et de marins se tient entre nous et la liberté. Nous ne passerons jamais inaperçu là-haut, et même si nous y parvenions, nous sommes en pleine mer, seuls et sans moyen de communication... Notre fuite me semble... impossible !
-Improbable serait plus exacte, rétorqua Jack en souriant dans la pénombre. Mais vous oubliez également une chose essentielle.
-Laquelle ?
-Enfin fiston, je suis le Capitaine Jack Sparrow !
Et sur cette explication d'une logique imparable et d'une rassurante évidence , l'homme au tricorne tourna les talons et s'engagea dans l'escalier qu'il remonta quatre à quatre en sautillant tel un poulet prit de convulsions.
Mulder hésita, pesa le pour et le contre puis il s'élança à son tour. Quitte à périr, autant que ce soit en tentant de s'échapper. L'Agent du FBI rejoignit donc son compagnon en haut des marches, au moment précis où le bruit d'une cloche retentit sur le pont.
Ding Ding
Ding Ding
Ding Ding
Ding Ding
-Que se passe-t-il, interrogea Mulder dont l'inquiétude redoubla après ce signal d'alarme menaçant.
-C'est le changement de quart et notre chance ! Cela signifie que tous les officiers et leurs hommes seront occupés à se relayer, et que personne ne regardera vraiment où il faut pendant cinq minutes, approximativement...
-Approximativement ??
Le forban haussa les épaules :
-Nous ne sommes tout de même pas à deux ou trois minutes près !
Et sur ces mots, Sparrow sortit discrètement sur le pont en longeant le couvert de la passerelle de commandement.
C'est du suicide..., pensa Mulder tout en lui emboîtant le pas. Ou bien de la folie, ou encore du génie.
Mais comme le pirate l'avait prédit, cette partie du navire était belle et bien déserte, leur laissant le champ libre pour progresser sous le couvert de l'obscurité. L'air frais et les embruns nocturnes firent frissonner Fox mais c'était presque un soulagement après l'atmosphère confiné de la cale du Starbuck.
L'improbable duo atteignit sans encombre le bastingage, duquel pendait vers l'extérieur une armada de chaloupes plus accueillantes les unes que les autres. En dessous, la mer d'encre étirait ses vagues contre le ventre de la frégate dans un murmure régulier.
-Notre carrosse vers la liberté, s'exclama Jack avec ravissement devant la barque la plus proche.
Mais à peine ce dernier eut-il saisit le cordage pour en défaire l'attache qu'une voix les stoppa net :
-Arrêtez !
Le ton impérieux les cloua littéralement sur place et, lorsqu'il se retourna, Mulder sentit un frisson lui parcourir l’échine.
Le double parfait de Scully se tenait à quelques pas d’eux, sous la pâle lumière de la lune décroissante.
Elle ne portait plus sa longue robe émeraude mais une simple tenue de matelot et un tricorne qui dissimulait en grande partie son épaisse chevelure rousse. Ce déguisement ne trompa cependant pas Mulder qui aurait reconnu ce visage entre mille, d'autant que confortablement installée sur l'épaule de la jeune femme, Crapule observait la scène de ses petits yeux noirs et brillants.
-Je… Nous nous échappons, avoua inutilement Mulder comme un enfant pris la main dans le sac. Votre raton m’a apporté la clé de la cellule et nous avons pu en sortir, poursuivit-il en essayant de trouver une justification assez valable aux yeux de la Scully du dix-huitième siècle. Je vous en prie, ne criez pas.
-Je n’en avais pas l’intention, murmura la demoiselle en tournant la tête vers son animal. Crapule est très intelligente. Je l'ai élevée et dressée moi-même, rajouta-t-elle avec un léger sourire en coin.
Mulder regarda alternativement la boule de poils bicolore puis la jeune femme, hébété :
-Vous voulez dire que…
-Que c’est moi qui lui ai donné la clé afin qu’elle descende vous la remettre juste avant le changement de quart. J'aurais été bien moins discrète qu'elle si j'avais dû descendre en personne vous libérer...
Fox fixa les yeux bleu glacier de la jeune femme, l’ovale délicat de son visage et sa peau de porcelaine, presque lumineuse sous l’astre nocturne. Il n'en revenait pas.
La Scully qui se tenait devant lui venait, contre tout attente, de les aider à s'évader.
-Je ne comprends pas, répondit Mulder. Il y a quelques heures sur le pont, je vous ai effrayée, vous aviez l'air furieuse contre moi...
-Et comment aurais-je dû réagir en présence d'un curieux inconnu qui se jette sur moi en m'appelant par mon nom, lui-même accompagné du pirate le plus repoussant et le plus recherché des Caraïbes ?
-Vous ne parlez pas de moi, j'espère, demanda la voix de Jack quelque part dans le dos de Mulder.
-Mais pourquoi nous aider maintenant alors, insista le grand brun.
-Parce que, avoua la jeune femme dont les pomettes rougirent instantanément, je ne vous ai jamais vu mais j'ai pourtant la folle impression de vous connaître depuis toujours. C'est idiot, n'est-ce pas ?
-Non, bien au contraire, je...
-Oh !..., s'exclama soudain la jolie rousse en apercevant l'avant-bras blessé de l'Agent du FBI. Je suis désolée que Crapule vous ai mordu tout à l'heure. Elle est très protectrice et n'aime pas beaucoup les étrangers...
Et avant que Fox ne put faire le moindre geste, Dana détacha un des rubans qui retenaient sa chevelure puis elle l'enroula avec délicatesse autour de ses plaies. La fraîcheur du satin eut un effet apaisant sur la peau du grand brun, qui frémit à ce simple contact. Son cœur se mit à battre la chamade au rythme des vagues qui berçaient la frégate, et il aurait donné cher pour pouvoir se noyer quelques instants de plus au fond du regard clair de la jeune femme.
Mais des éclats de voix retentirent soudain sur le pont supérieur, annonçant la fin de la relève ainsi que l'arrivée des nouveaux gardes à leur poste. Ce doux moment suspendu éclata alors avec la fragilité d'une bulle de savon, ramenant Mulder à la réalité.
-Nous devons y aller, murmura ce dernier précipitamment. Mille mercis, vraiment.
-Est-ce que... nous nous reverrons un jour, demanda subitement Dana d'une voix tremblante.
Envahi par l'émotion, Fox saisit sa main, si petite et frêle dans la sienne, et lui chuchota :
-J'ignore encore comment va se terminer cette aventure pour moi. Mais sachez que je traverserais des océans d’éternité pour vous retrouver, ma dame.
-Maître Renard, héla Sparrow derrière lui. La chaloupe est à l'eau, il ne faut pas traîner même si, j'en conviens, la demoiselle en vaut la peine...
Le regard bleu glacier de Dana se plongea une dernière fois dans les iris verts de Fox, comme si la jeune femme voulait en graver chacun des détails dans sa mémoire.
Puis sans un mot de plus, Mulder se détourna et descendit dans le canot en compagnie de Jack.
La barque était de bonne taille et possédait deux paires de rames, leur permettant de fendre rapidement les flots et de s'éloigner du Starbuck à un rythme soutenu dans l'obscurité nocturne.
Mais Mulder ne pouvait détacher son regard de la frégate et de son bastingage, d'où il savait qu'une petite silhouette aux cheveux roux l'observait encore au loin. Il avait maintenant le sentiment confus d'avoir reconnu quelqu'un qu'il n'avait pourtant jamais rencontré, et une étrange mélancolie le submergea.
-Vous comptez continuer à la fixer comme ça jusqu'à leur arrivée à Port Royal, demanda soudain le pirate d'un air entendu.
-Je ne fixe personne, balbutia Mulder en détournant la tête, l'air gêné. J'étais simplement en train de réfléchir.
-Réfléchir c'est bien, ramer c'est mieux. En avant toute, Maître Renard !