La culpabilité du survivant

Chapitre 1 : La culpabilité du survivant

Chapitre final

1851 mots, Catégorie: K+

Dernière mise à jour 04/03/2026 09:52

Cette fanfiction participe au Défi d’écriture du forum de fanfictions[.]fr de mars - avril 2026 « La Réparation »



Une pluie épaisse roulait lentement sur la surface de la vitre, lourde et froide comme la nuit au-dehors.

L'averse ne frappait pas le verre, elle se contentait d'en toucher la surface en une caresse malsaine, y allongeant l'emprise de ses doigts visqueux. Semblable à une créature à la recherche d'une faille, d'une ouverture, afin de passer entièrement au-delà de cette piètre protection.


Les gouttes tombaient une à une sur les genoux du garçon, traversant le tissu du bandeau qui lui cerclait le crâne. Il n'aurait su dire s'il pleurait toujours ou si le tissu finissait de rendre ce qu'il avait absorbé. Le bandeau n'était pour ainsi dire d'aucune utilité. Seules ses paupières closes empêchaient ses yeux de hurler.


C'était le mot le plus juste: "hurler". Depuis maintenant près d'un mois, Scott passait son temps les yeux fermés, afin d'empêcher son regard de hurler.

Hurler qu'il était seul. Hurler que la perte de ses parents, de son frère, lui avait déchiré l'âme. Hurler comme un écho au dernier souvenir qu'il lui restait des siens. Hurler que lui aussi aurait dû périr dans cette accident d'avion.

Hurler sans prêter attention à quoi que ce soit d'autre. Quiconque se trouvait face à ses paupières ouvertes en faisait les frais, balayé par le faisceau d'énergie aux éclats écarlate que ses yeux lançaient, incontrôlable, inarrêtable.


La lumière qui filtrait sous la porte venait se mêler à celle de l'affichage LCD du radio réveil trônant sur la table de nuit, découpant les ombres de la chambre spartiate. Scott n'avait que faire du décor qui l'entourait, il ne le voyait pas.

Il avait peu à peu dépouillés son environnement, en partie par colère, en partie pour sa sécurité de non-voyants malgré lui.


Passer tant de temps les paupières closes lui avait permis d'affiner son ouïe. Aussi Scott entendait sans peine la discussion qui se tenait au bout du couloir, au-delà des portes de chambres alignées.

S'imaginant entouraient d'oreilles endormies, le Dr Milbury, le directeur, tentait de raisonner l'infirmière de l'orphelinat.

-Vous savez parfaitement que les personnes dans sa condition n'ont aucun contrôle sur leurs "habilités".

La voix féminine s'emporta :

-"Sa condition"?! "Habilités"?! Il s'agit tout simplement d'un monstre, Nathaniel ! Allez expliquer au gosse qu'il a blessé que Summers ne se contrôle pas ! Le gosse a un traumatisme crânien, Nathaniel ! Nous n'en sommes plus au stade de vos petites expérimentations !


Assis dans ses ténèbres, Scott frissonna. Lors de ses "séances" avec Milbury, il sentait, ressentait, l'avidité dans la voix du médecin, ainsi que l'attente et l'impatience derrière les exercices auquel l'adolescent refusait désormais de se plier.

L'altercation du jour n'était pas la première. Ce n'était pas non plus la première fois qu'il lui arrivait blesser un camarade. Le dernier en date avait voulu lui retirer son bandeau, espérant, à son tour, voir le phénomène de foire en action. Il en avait eu pour son argent.


Le silence se fit soudain complet. Le ruissellement de l'eau, le chant de l'écoulement des gouttières, la dispute au bout du couloir avaient disparu.

Le ronflement, qui provenait de la chambre voisine, celui qui résonnaient durant les nuits calmes, était également absent.


C'était un silence cotonneux, doux et serein qui enveloppait désormais l'adolescent.

Puis, de partout, de nulle part, vint la voix :

-Bonjour, Scott.

La voix masculine était chaude, calme et rassurante. Le garçon l'accueillit avec sérénité, comprennant que cette voix venait de faire taire les intempéries et les reproches.

-Je m'appelle Charles, repris la voix. Et je suis comme toi. Comme toi, je me suis senti perdu. Comme toi, j'ai eu peur de mes dons, Scott.

L'adolescent aux yeux bandés voulu ouvrir la bouche pour répondre, mais ses propres mots résonnèrent à leur tour dans son crâne.

-Vous voulez quoi ?

S'entendre de la sorte lui provoqua un mouvement de recul. Son dos rencontra la tête de lit. Dans la panique, ses mains cherchèrent le bord du lit, pour s'assurer qu'il n'allait pas tomber.

-Je comprends tes craintes, Scott. Je veux simplement t'apporter l'aide que je n'ai pas eu lorsque j'avais ton âge.

-Où êtes-vous ? Vous n'êtes pas ici ?

-Non, Scott, en effet. Je me trouve à plusieurs centaines de kilomètres de toi. J'ai la faculté de projeter mes pensées, comprends-tu ? Je suis, comme toi, un mutant. Et nous ne sommes pas seuls, Scott. D'autres que nous possèdent des capacités défiant l'entendement. Mon but est de les aider.

Les mots se précipitaient, remontant à la surface de sa pensée, semblables a de véritables bulles d'air.

-Comment ? Comment pourriez-vous m'aidez ?

-Je peux t'offrir un toit, ainsi qu'une famille, Scott. Peut-être même te rendre la vue. Mais plus que tout, je peux t'offrir un sanctuaire, Scott. Tu n'aurais plus à subir ni les craintes et les moqueries de tes camarades, encore moins les expérimentations du Dr Milbury.

Le garçon n'était pas habitué à cette communication en direct. Impossible de tourner sept fois la langue dans sa bouche, lorsque la discussion se passe en amont.

Une dernière bulle remonta à la surface :

-Aidez-moi.

La pluie repris son chant lugubre, la nuit sa symphonie, le temps son cours.



Les jours suivants s'écoulèrent avec la même désagréable régularité que les précédents. Scott avait fini par se persuader avoir rêvé cette discussion nocturne.

Puis, le samedi suivant, la voix s'apprêtait à se faire entendre à nouveau.

Assis sur un banc de béton, ses yeux toujours cachés sous le bandeau blanc, il écoutait les autres mômes jouer au ballon, a la course ou à la corde à sauter.


Le soleil tombait presque a la verticale au-dessus de la cour cerclée des bâtiments ternes de l'orphelinat, réchauffant agréablement son visage.

Scott fixait son attention sur le bruissement du vent dans les branches fournies du seul arbre de la cour, profitant de la douce chaleur du soleil sur son visage.

Les autres le laissaient en paix aujourd'hui, lui octroyant l'un des rares instants de sérénité de la semaine.

Les gravillons de la cour émirent un chant inhabituel, ceux de deux fines roues s'approchant, accompagné des pas de deux personnes.

La voix du Docteur Milbury était coupante, celle d'un mauvais joueur se faisant damner le pion.

-Scott, je te présente le Professeur Xavier, accompagné de l'une de ses élèves. Il souhaite te rencontrer pour te proposer de rejoindre une école adaptée à ta... condition. Je lui ai bien évidemment opposé quelques réserves...

Les critiques de Nathaniel furent interrompues par ce qui semblait être un mal de tête fulgurant. Charles Xavier pris le relais, alors que l'adolescent sur le banc tentait d'identifier l'origine du parfum qui flottait dans l'air.

-Bonjour, Scott, comme vient de le signifier le Dr Milbury, je suis le professeur Xavier, et je suis à la tête d'une école répondant exactement au profil decrit par ton dossier...

Tandis, que l'homme usait de sa voix, celle-ci se dédoubla, raisonnant à nouveau dans le crâne du garçon. Le décor autour de lui parut s'illuminer alors qu'il gardait pourtant les yeux clos sous le bandeau.

Il fut soudainement capable de contempler mentalement le ciel bleu, les jeux de ses camarades, le visage émacié de Nathaniel Milbury ainsi que Charles Xavier, assis dans son fin fauteuil roulant. Le regard franc et chaleureux du professeur avait une aura sans commune avec celle du directeur de l'orphelinat. Mais l'attention de Scott fut attirée au-delà du crâne glabre de Xavier.

Ses fines mains sur les poignées du fauteuil, pas plus vieille que Scott lui-même, elle était là. La grande rousse ressentit immédiatement le trouble que son apparition venait de provoquer.

La voix de Xavier réapparue à la surface de la conscience de Scott, couvrant le discours qu'il déclamait de vive voix.

-Je te présente Jean, mon élève. Ma première élève. Et si tu le veux bien, tu seras le second.

-Élève?

-Je possède une école. Outre le cursus classique, tu pourrais y apprendre à contrôler et maitriser ton don. Si tu acceptes évidemment de quitter ce terne endroit pour nous suivre. Je peux te proposer une période d'essai...

-Non, coupa en pensée le garçon. Je crois que la période d'essai ne sera pas nécessaire, professeur. J'accepte.

Malgré lui, d'autres bulles remontèrent de ses pensées, ajoutant :

-Je n'espère que ça depuis notre dernière discussion...

Le discours de Xavier cessa verbalement et mentalement. Le professeur maintenait la vision du monde dans l'esprit de son nouveau protégé.

Scott réaffirma de vive voix sont désir de suivre l'homme au fauteuil roulant puis celui-ci s'éloigna en compagnie d'un docteur Milbury taciturne. L'échange qui allait avoir lieu dans la discrétion du bureau du directeur s'annonçait comme une simple formalité.

Le tortionnaire n'aurait aucune chance face aux capacités du télépathe.

À mesure que les deux hommes s'éloignaient la réalité de la cour s'estompait à nouveau.

Seuls subsistaient Scott et Jean, qui venait de s'assoir sur le banc.

Maladroitement, le garçon hasarda :

-Toi aussi alors, t'es ... comme moi ?

-Oui.

Il n'aurait su dire s'il s'agissait là d'un effet de la vision mentale, mais la ravissante rouquine lui sembla rayonner.

Jean précisa :

-Comment toi, je suis une mutante. Et ça ne fait pas de nous des monstres, ajouta-t-elle, radieuse.

Le monde s'estompa complètement.

-Je... Je ne vois plus rien...

-Oui, le professeur doit porter toute sa concentration sur le docteur Milbury... Attend.

Elle saisit délicatement la main de Scott, dont le cœur s'emballa, pour y déposer un objet fin et léger. Du bout des doigts, il devina les contours d'une paire de lunettes. Son pouce glissa sur l'une des branches, sur la forme rugueuse du logo "stark" qu'il ne peut pour autant déchiffrer.

-Le professeur les a fait faire pour toi. Prends ça comme un cadeau. Attend, ferme les yeux...

Scott senti le bandeau qui l'entravait se retirer, puis posa les lunettes sur son nez, avant d'ouvrir à nouveau les paupières.

Le monde autour de lui s'illumina une fois de plus, mais de rouge cette fois-ci. Il avait recouvré la vue, et n'avait d'yeux que pour Jean.


Pour Scott le monde des mutants se résuma ce jour-là à cette fille qu'il venait de rencontrer, qui lui tenait compagnie sur le banc, ainsi qu'au professeur qu'il s'apprêtait à suivre.


Il ne se doutait pas que son tour viendrait de tendre la main à ceux qui comme lui en ont auront un jour besoin.

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