On revient toujours
La décision ne fut pas prise à la légère.
Judd échangea un regard bref avec le commandant de police, un de ces échanges silencieux où tout se joue en une seconde : risque évalué, options limitées, temps écoulé.
— Intervention conjointe, annonça finalement Judd. Extraction rapide uniquement. Pas de progression offensive. On entre, on localise, on sort. Si ça dégénère vous sortez immédiatement.
À peine l’accord donné, TK se mit en mouvement.
Il sprinta vers l’engin 126 pendant que Paul ouvrait déjà le compartiment équipement. Un bunker était suspendu prêt à être enfilé. TK retira sa veste d’ambulancier d’un geste rapide.
Les automatismes revinrent immédiatement.
Pantalon de feu.
Bretelles ajustées.
Veste ignifuge fermée jusqu’au col.
Cagoule.
Il attrapa un masque, vérifia la pression d’air d’un coup d’œil précis, sangla le harnais sur ses épaules, ouvrit légèrement la valve pour tester le débit, puis referma.
Son souffle avait déjà changé. Plus court. Plus concentré.
Carlos arriva près du camion à son tour et retira sa veste de patrouille. Paul l’aida à enfiler son bunker par-dessus son gilet pare-balles. Les bandes réfléchissantes tranchaient sur l’uniforme bleu encore visible au col. Carlos vérifia instinctivement son arme de service et la glissa dans l’une des poches du manteau.
Carlos comprit qu’il avait sous-estimé une chose dès l’instant où on lui posa l’appareil respiratoire sur le dos.
C’était lourd.
Beaucoup plus lourd que prévu.
La veste ignifuge semblait rigide, étrangère, et les gants épais réduisaient chacun de ses gestes à quelque chose de maladroit. Quand on abaissa son masque, le monde se transforma aussitôt en une bulle étroite et bruyante.
Sa propre respiration explosa dans ses oreilles.
Inspire.
Expire.
Inspire.
Trop fort.
Trop rapide.
— Respire lentement.
La voix de TK, calme, parfaitement maîtrisée.
Carlos tourna la tête. Derrière la visière, TK avait déjà changé.
Sa posture n’était plus la même. Plus basse. Plus ancrée. Chaque mouvement semblait calculé sans effort.
Comme si son corps se souvenait avant même qu’il n’ait besoin d’y penser.
— Première fois ? le taquina TK.
Carlos tenta un sourire.
— Ça se voit tant que ça ?
— Tu es en train d'hyperventiler.
Carlos força un rythme plus lent.
— Comment tu fais pour rester aussi calme ?
Même à travers le masque, TK esquissa ce demi-sourire que Carlos connaissait par cœur.
— Parce que pendant des années… cet équipement, c’était ma peau.
Il ajusta une sangle sur l’épaule de Carlos avec une rapidité experte.
— Reste près de moi, lança TK dans un clin d’œil. Si ta respiration s’emballe, concentre-toi sur le son de la mienne.