On revient toujours

Chapitre 5 : Zone non sécurisée

917 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 16/02/2026 18:23

La radio de la caserne 126 crépita brusquement, coupant court aux conversations et aux rires qui flottaient dans le garage.

— Alarmes multiples. Feu de structure. Fumée noire visible au 1947 Westbrook, immeuble résidentiel de trois étages. Appels 9-1-1 en cours. Déploiement immédiat. Engin pompe 126. Ambulance 126. Possible victimes.

Le ton du répartiteur ne laissait aucun doute : ce n’était pas une simple alarme déclenchée par erreur.

TK releva la tête avant même la fin de la transmission. Son corps réagit avant son esprit. L’adrénaline, rapide. Froide. Contrôlée.

— C’est pour nous, lança Judd en se levant d’un bond.

Les chaises raclèrent le sol. La 126 passa de l’état de pause à celui d’intervention en une fraction de seconde Les portes du garage s’ouvrirent dans un grondement métallique. Le camion incendie sortit en premier. L’ambulance suivit, gyrophares éclaboussant les façades.

À l’intérieur du module de soins, TK s’installa face à la civière et boucla sa ceinture.

Au bout de quelques minutes l’ambulance ralentit brusquement.

Par la vitre arrière, TK aperçut la colonne de fumée sombre qui s’élevait au-dessus de l’immeuble.

— Ça brûle pour vrai… marmonna Marjan dans la radio.

Mais ce qui frappa TK en premier, ce ne furent pas les flammes.

C’étaient les voitures de police.

Beaucoup trop de voitures de police.

Ce n’était pas standard pour un simple feu de structure.

L’ambulance se gara et TK descendit avec son sac médical. Des résidents évacués étaient regroupés derrière le ruban de sécurité, certains en pleurs, d’autres toussant violemment.

Il repéra Carlos près de la ligne de contrôle, en discussion avec un sergent. Sa posture était rigide, l’attention tournée vers l’immeuble, main proche de son étui sans même y penser.

TK sentit immédiatement son estomac se nouer.

Quelque chose n’allait pas.

Il s’approcha.

Carlos leva les yeux vers lui.

— Qu’est-ce qui se passe ? demanda TK.

Carlos passa une main nerveuse à l’arrière de sa nuque.

— Dispute domestique confirmée au troisième. Le mari aurait empêché l’évacuation quand l’alarme incendie s’est déclenchée. Les voisins ont entendu un coup de feu. On considère la scène non sécurisée.

Le mot tomba comme un couperet.

Non sécurisée.

Ça signifiait : aucun pompier ne monte tant que la menace armée n’est pas neutralisée.

Le regard de TK se leva instinctivement vers le troisième étage. Des flammes commençaient à percer derrière une fenêtre fissurée. La fumée s’épaississait.

— On ignore l’état de la victime ? demanda-t-il.

— Aucune confirmation visuelle, répondit Carlos. On attend le SWAT pour une entrée tactique.

Comme pour appuyer ses mots, une détonation sourde éclata quelque part à l’intérieur du bâtiment.

Plusieurs pompiers se figèrent.

— C’était un coup de feu ? souffla Paul.

Carlos hocha la tête.

TK serra la mâchoire.

Chaque minute supplémentaire augmentait le risque d’hypoxie sévère… ou pire.

— Elle ne tiendra pas longtemps dans cette charge de fumée, dit-il, plus pour lui-même que pour les autres.

Tommy posa une main ferme sur son avant-bras.

— On a déjà deux intoxications au monoxyde ici. Priorité aux vivants accessibles.

Nancy procédait au triage, masque à oxygène sur une adolescente en état de détresse respiratoire.

Dans un soupir, TK se dirigea vers Nancy.

Mais, un mouvement attira son attention.

Le commandant de Carlos revenait en marchant vite, téléphone encore à la main, mâchoire crispée. Son regard balaya la façade embrasée.

Ce n’était pas un bon signe.

— Mise à jour, lança-t-il d’une voix forte. Le SWAT est déjà engagé sur une autre intervention armée à l’autre bout de la ville. Ils sont coincés. Temps d’arrivée estimé… minimum vingt minutes.

Un silence lourd s’abattit.

Vingt minutes.

TK leva les yeux vers le troisième étage. La fumée avait changé de couleur, plus dense, plus noire

Une idée commençait à se former. Irrationnelle. Dangereuse.

Il se tourna vers Judd.

Tommy suivit son regard.

Elle connaissait cette expression.

Celle qui apparaissait quand, pour TK, sauver quelqu’un cessait d’être un devoir professionnel et devenait une nécessité viscérale.

— Je peux entrer par l’escalier arrière avant l’équipe tactique, dit-il.

Judd le fixa, incrédule.

— Absolument pas. Scène active avec tireur potentiel. On n’envoie personne sans couverture.

— Judd, j’ai été pompier. Je connais les protocoles. Je peux atteindre l’appartement, stabiliser la victime et ressortir rapidement.

— Et si le suspect est toujours armé ? Tu feras quoi avec ton masque et ton sac médical ?

Le silence pesa une seconde.

Puis une voix intervint derrière eux.

Calme. Décidée.

— Il ne sera pas seul.

Ils se retournèrent.

Carlos.

Son regard n’était plus celui d’un officier au milieu d’une opération.

C’était celui d’un mari qui venait de comprendre exactement ce que TK s’apprêtait à faire.

— N’y pense même pas, lâcha Judd.

Carlos soutint son regard.

— Je peux intégrer une équipe de pompier. Masque, équipement par-dessus le gilet. Si on doit monter avant le SWAT, je couvre.

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