Entre Objections et Tentations
3 octobre, 15h40
Village Kurain
(Me voilà de retour au village… Le même endroit où j'ai accompagné Maya il y a à peine quelques jours. Je n’aurais jamais cru revenir si vite, encore moins dans de telles circonstances. Mais la situation ne me laisse pas le choix : un meurtre a été commis et Maya est accusée. Maya n’est pas une meurtrière. Je le sais. Et je vais le prouver. Après l’avoir interrogée, j’ai compris qu’il restait encore beaucoup trop de zones grises et de questions sans réponse. Mon plan est simple : examiner la scène du crime par moi-même. Les policiers doivent avoir terminé leur travail pour aujourd’hui, je devrais donc pouvoir circuler librement. ... Malgré tout, ce silence me pèse. Sans Maya à mes côtés, je me sens étrangement vide. D’habitude, elle est toujours là pour faire des propositions et partager ses théories même si, je dois l’admettre, ses idées ne sont pas toujours les plus utiles.)
— Ah ! M. Nick !
(Cette voix.) Phoenix, encore à l’entrée du village, tourna la tête en direction de l’appel. Devant lui se tenait Pearl Fey, figée un instant entre la surprise et la joie avant de se précipiter vers lui. Elle s’accrocha à sa veste bleue et fondit en larmes.
— M. Nick ! Mystique Maya est partie !
Phoenix s’agenouilla aussitôt pour se mettre à sa hauteur, posant un genou au sol.
— Pearls… Je suis vraiment désolé pour ce qui est arrivé à Maya, dit-il doucement. Mais pour elle, tu dois rester forte.
À ces mots, la fillette releva la tête. Avec un sérieux presque effrayant, elle retroussa légèrement la manche de son kimono.
— Vous avez raison. Je dois rester forte pour Mystique Maya !
(C’était… étonnamment simple.)
— Dis-moi, Pearls, est-ce que tu pourrais me conduire jusqu'aux lieux du crime ?
— Bien sûr, M. Nick ! Suivez-moi !
La jeune fille de neuf ans prit les devants et s’enfonça dans les rues du village, ses sandales claquant doucement contre le sol de pierre. Phoenix la suivit de près, plongé dans ses pensées. Il repensait à ses propres paroles d’encouragement et réalisait à quel point il avait lui-même du mal à les appliquer. Une lourde fatigue pesait sur ses épaules.
3 octobre, 15h55
Sanctuaire
(Alors… c’est ici que tout s’est passé.) Les portes du sanctuaire étaient grandes ouvertes. Autour, des rubans et barrières installés par la police délimitaient les zones interdites. Phoenix aperçut quelques agents encore présents sur les lieux, ainsi que des membres de la police scientifique.
— Merci, Pearls. Mais je crois que je vais continuer seul, pour cette fois.
Surprise, la fillette porta une main à sa bouche, les yeux écarquillés.
— M-Mais M. Nick… je veux aider Mystique Maya moi aussi !
Phoenix s’agenouilla de nouveau et posa une main rassurante sur sa tête, caressant doucement ses cheveux bruns.
— Je comprends parfaitement ce que tu ressens. Mais cette fois, je dois y aller seul. D’accord ?
Pearl baissa les yeux, luttant pour retenir ses larmes. La déception était visible.
— Ne fais pas cette tête, ajouta-t-il avec un sourire forcé. Promis, je m’en occupe. Et toi, reste loin des ennuis.
Il n’avait pas l’énergie nécessaire pour veiller sur elle. Au fond de lui, la situation l’avait profondément ébranlé. D’un signe de tête, Pearl finit par accepter.
— D’accord, M. Nick… Mais vous devez prouver l’innocence de Mystique Maya à tout prix !
Les poings serrés et les sourcils froncés, elle débordait d’une détermination sincère. Phoenix hocha la tête et lui promit silencieusement de tenir parole. Il pénétra alors dans le sanctuaire.
La vaste salle était illuminée d'une lumière tamisée. Les panneaux de bois et de papier translucide laissaient filtrer une lueur douce et apaisante, presque trompeuse compte tenu des événements. Le sol était couvert de tatamis légèrement usés par des années de prières et, au fond de la pièce, il y avait un autel accompagné du symbole du Magatama. Sur ce dernier, un brûleur d’encens qui ne semblait pas avoir été utilisé depuis quelques temps. Les murs sobres et élégants étaient décorés de parchemins illustrant des symboles spirituels propres au clan Fey. Plus loin, une porte coulissante restée ouverte donnait sur une pièce secondaire. Des marquages numérotés et le tracé d’un corps y étaient encore visibles. (C’est donc ici que le corps a été retrouvé.) Phoenix s’avança. La pièce était plus petite, presque étouffante. Il s’agenouilla immédiatement pour examiner les objets laissés sur place. Dans un sac plastique reposait le collier de Maya, juste à côté du tracé. Un peu plus loin, aussi dans un sac, un couteau à la forme inhabituelle, sa pointe encore tachée de sang. (C’est probablement l’arme du crime.) À côté, une feuille froissée. Phoenix enfila des gants avant de la saisir et de la lire attentivement.
« Monsieur Luck,
J’ai lu votre article et je ne peux tolérer de tels mensonges sur ma famille.
Nous devons parler seuls, cette nuit à 1h, dans la pièce secondaire du sanctuaire.
Il vaut mieux pour vous que vous veniez.
— Maya Fey »
Phoenix fronça les sourcils. (Ce ton… Ce n’est pas Maya. Elle n’écrirait jamais quelque chose d’aussi agressif.)
— Hé ! Qu’est-ce que tu fais ici ?!
— Wouah !
Phoenix se redressa d’un bond, surpris par la voix grave.
— Oh c’est toi, mon gars !
— D-Détective Gumshoe ? souffla Phoenix, soulagé.
Le détective Dick Gumshoe, reconnaissable à son manteau vert et à sa carrure imposante, travaillait pour la police. Pas le plus futé, mais toujours animé de bonnes intentions. Généralement, un procureur ne se tenait jamais bien loin de lui pour le surveiller.
— Tu arrives au bon moment, détective. J’ai quelques questions concernant le crime.
— Désolé, mon gars… Tu sais bien que je ne peux pas partager ce genre d’infos.
Son regard de chiot démontrait son envie de parler. Phoenix avait l'habitude avec lui. Le détective disait toujours de ne pas pouvoir partager les informations mais il était simple de le convaincre de faire autrement.
— La suspecte principale est mon assistante, Maya Fey, répondit Phoenix. Tout ce que tu sais peut m’aider.
— M-Maya ? Pourquoi tu me ne l’as pas dit plus tôt !
(Un jeu d’enfant.)
— Elle est suspectée du meurtre du journaliste Otto Luck. Qu’est-ce que tu peux me dire ? lui demanda l'avocat.
— Eh bien… disons que ça ne joue pas en sa faveur, mon gars… L’article qu’il a écrit contre elle pourrait être le mobile. Le couteau sacré retrouvé sur place porte ses empreintes.
— Uniquement les siennes ?
— Oui… Et un collier a aussi été trouvé. Il sera analysé pour confirmer s’il lui appartient vraiment.
(Tout semble l’accabler… Mais je refuse d’y croire.)
— Le corps a été retrouvé ce matin ?
— Exact. Une femme de ménage l’a découvert. Elle était sous le choc… Il y a aussi un témoin, continua Gumshoe. Quelqu’un qui a vu Maya se diriger vers le sanctuaire pendant la nuit.
— Un témoin ?
Un claquement sec retentit soudain. Le détective Dick Gumshoe venait de se faire fouetter dans le dos.
— Yeeeeowch !
— Un imbécile incapable d’arrêter de dire des idioties, lança une voix féminine.
— V-Von Karma ! balbutia Gumshoe.
Phoenix se figea. Il reconnaissait bien la jeune femme devant lui. Une procureure prodige qu'il avait déjà affronté dans la salle d'audience à quelques reprises.
— Procureure Franziska von Karma… murmura Phoenix.
Fouet à la main, regard glacial, elle affichait son éternelle arrogance dans toute sa splendeur.
— J’ai appris que mon cher petit frère a encore perdu contre toi, Phoenix Wright. Quelle honte pour la famille Von Karma. Cependant, je compte bien faire honneur à mon nom de famille en te battant, cette fois-ci. Après tout, l'enquête démontre bien que la suspecte principale est la meurtrière.
— Je vais représenter Maya Fey, répondit Phoenix. Et je prouverai son innocence.
Un nouveau coup de fouet fendit l’air mais, cette fois-ci, en direction de Phoenix qui recula d'un pas avec inquiétude.
— Toutes les preuves accablent ta cliente, Phoenix Wright, dit-elle en le pointant du doigt. Demain, je gagnerai dans la perfection. C’est le destin des Von Karma. Je prouverai être meilleur que mon petit frère Miles Edgeworth, par la même occasion.
(Elle ne cherche que la victoire… Pas la vérité.) pensa-t-il avec une marque de sueur au front.
— Donne tout ce que tu as demain, Phoenix Wright. Et toi, Miteux, tu viens avec moi.
— O-Oui, Mme Von Karma…
Ils quittèrent les lieux, laissant Phoenix seul. Un profond sentiment d’impuissance l’envahit d'un coup. Il sortit prendre l’air, le souffle court, la main appuyée contre une poutre en bois. Il se sentait si seul et Franziska von Karma n'était pas à prendre à la légère. Il sortit alors son vieux téléphone et le fixa longuement. Il pensa à toute sa liste de contact. (Et s’il y avait quelqu’un pour m’aider...) Il prit un moment pour réfléchir. Il hésita, puis composa lentement un numéro avec ses doigts tremblants. Le son de la sonnerie lui sembla éternel. Finalement, la personne de l'autre côté décrocha.
— Miles Edgeworth à l’appareil.
— E-Edgeworth… C’est Phoenix Wright.
— Wright ? Je suis surpris de t'entendre.
Phoenix inspira profondément.
— Maya est accusée de meurtre. Edgeworth… j’ai besoin de toi.