Entre Objections et Tentations

Chapitre 5 : Le retour de Miles Edgeworth

2734 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 07/01/2026 20:45

3 octobre, 17h22

Village Kurain


Toujours au village, Phoenix avait passé les dernières heures à interroger les habitants afin de récolter un maximum d’informations. Le moindre détail pouvait s’avérer crucial pour prouver l’innocence de Maya. Il interrogeait la gardienne de nuit principale au nom d'Hana Fey. La gardienne était âgée de 36 ans et elle portait une longue robe noire assortie d’un capuchon de la même couleur. Ses cheveux bruns, longs et soignés, retombaient le long de son corps, encadrant son visage. Ses yeux étaient d'un gris foncé, presque noir, et des cernes pouvaient se voir sous ceux-ci. Les événements ne devaient pas être de tout repos pour elle non plus. Les deux individus se tenaient à l’extérieur, devant les portes d’une petite bâtisse servant de dortoir aux gardiennes de nuit. En plein jour, certaines dormaient encore avant leur quart de travail, ce qui expliquait pourquoi la discussion avait lieu dehors. Le ciel était orangé par le coucher du soleil ce qui avait pour effet de plonger le village dans une atmosphère étonnamment paisible. Une sérénité bienvenue pour Phoenix, encore secoué par les événements récents. Cette affaire de meurtre le rendait nerveux et, pour couronner le tout, Miles Edgeworth lui avait annoncé lors de leur appel téléphonique qu’il ne pourrait pas l’aider puisqu’il se trouvait en Europe pour des raisons personnelles et professionnelles. L’avocat au costume bleu se sentait terriblement seul, mais sa détermination à défendre Maya demeurait intacte. Papier et crayon en main, il avait noirci des pages entières de témoignages. Hana Fey était la dernière personne qu’il interrogeait ce jour-là.


— Donc, Mme Fey, vous affirmez qu’il y avait un orage hier soir ? confirma Phoenix.

— C’est exact, M. l’Avocat, répondit-elle en agrippant machinalement une mèche de cheveux. Nous avons été privés de courant pendant plusieurs heures. Heureusement, tout le monde dormait, à l’exception des gardiennes de nuit, donc la situation n'était pas bien grave.

— Malgré les conditions, vous êtes tout de même sortie faire votre ronde dans le village ?

— Exactement. Beau temps ou mauvais temps, nous devons veiller à ce que le village reste un endroit sûr et paisible.


À ces mots, Hana baissa les yeux. Une expression mêlant culpabilité et tristesse assombrit son visage.


— Du moins… murmura-t-elle. C’est ce que nous pensions…

— Que voulez-vous dire ? demanda Phoenix, attentif.

— Il y a eu un meurtre… donc nous avons échoué à notre devoir.


Elle croisa les bras et agrippa ses manches, fixant le sol à ses pieds.


— Je n’arrête pas de me sentir coupable, continua-t-elle d’une voix tremblante. Le village nous fait confiance et, malgré tout, une chose aussi terrible est arrivée. J’ai peur que les habitants ne nous fassent plus confiance…

— Ce qui s’est produit n’est en aucun cas de votre faute, la rassura Phoenix avec douceur.


Elle releva la tête et lui adressa un sourire démontrant qu'elle se sentait réconfortée par ses mots.


— Vous êtes très gentil. J’espère sincèrement que vous parviendrez à prouver l’innocence de Mystique Maya. Elle est la future Maîtresse de l'école des Techniques Kurain, après tout. Si elle est reconnue coupable, j’ai peur pour l’avenir du clan Fey.

— Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir, répondit-il avec sérieux. Merci pour votre témoignage. Je vais retourner à mon cabinet afin d’analyser l’ensemble des informations et préparer la séance de demain.

— Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n’hésitez pas, M. Wright. Tout ce qui peut aider Mystique Maya.

— Je vous en suis profondément reconnaissant.


Sur ces paroles, Phoenix salua la gardienne et se dirigea vers la sortie du village. Le prochain train pour Los Angeles ne tarderait pas à partir et il ne pouvait se permettre de le manquer. Une longue soirée l'attendait et il lui faudrait revoir chaque détail pour bâtir un dossier solide pour aider Maya.


Ses chaussures noires, parfaitement cirées, claquaient contre le sol de pierre. Les yeux rivés sur son calepin, il relisait pour la énième fois les témoignages, cherchant à établir des liens entre eux. Il devait trouver le vrai coupable pour ce meurtre et trouver les contradictions. Absorbé par ses pensées, il heurta soudainement quelqu’un qui courrait et il s’écria alors que la personne tomba au sol. Gêné, Phoenix se hâta de s’excuser et reconnut Pearl. À côté d’elle, un panier tressé renversé laissait rouler plusieurs pommes rouges sur le sol. Elle se frotta le front avec la paume de sa main.


— Ah Pearls ! Je suis navré !


Il s’agenouilla aussitôt pour l’aider à ramasser les pommes. Une fois le panier rempli, il le tendit à la jeune prodige du clan Fey, qui le saisit à deux mains.


— Désolée, M. Nick… Je courais et je n’ai pas fait attention…

— Non, c’est ma faute, répondit-il avec un sourire. J’étais complètement perdu dans mes pensées.


Pearl lui rendit son sourire, sincère et lumineux. Ce simple geste réchauffa le cœur de Phoenix. Elle débordait d’énergie et de bonne humeur.


— C’est toi qui as cueilli ces pommes ? demanda-t-il.

— Oui ! Je les apporte à la cuisine pour le dessert de ce soir, elle marqua une pause. Vous partez déjà, M. Nick ?

— Je dois retourner au cabinet. J’ai interrogé beaucoup de gens aujourd’hui, il regarda devant lui vers la sortie du village. Le train m'attend. Prends bien soin de toi, Pearls.


Phoenix la contourna doucement pour reprendre sa route, mais elle se retourna brusquement.


— A-Attendez !

— Hm ?


Elle sortit une pomme du panier et la lui tendit.


— Prenez-en une pour la route, dit-elle légèrement gênée.


Les épaules de l’avocat se détendirent aussitôt et son visage se radoucit. Malgré la pression et la fatigue, ce simple geste lui donna une bouffée d’énergie plus que nécessaire. Il revint vers elle et accepta la pomme.


— Merci beaucoup. Maya t’a dit que c’était mon fruit préféré ?


Surprise, Pearl porta une main à sa bouche et secoua la tête.


— Non, je ne savais pas ! Tant mieux alors, si ça vous remonte encore plus le moral !


Elle sautilla sur place, affichant son plus grand sourire. Ils échangèrent un rire complice avant de se saluer. Phoenix reprit ensuite son chemin vers la gare. (Une pomme, hein… Drôle de coïncidence.)


3 octobre, 20h15

Cabinet d'avocats Wright & Co.


Les lumières étaient allumées et les rideaux ouverts, offrant une vue dégagée sur les rues bondées de Los Angeles. Il faisait noir à l'extérieur, un contraste avec l'intérieur du cabinet. L’iconique veste bleue de Phoenix était accrochée au dossier du canapé vide, le même où Maya s’installait habituellement pour regarder, encore et encore, un épisode de Steel Samurai. Les seuls bruits qui pouvaient être entendus étaient ceux des feuilles qui s'agitaient contre le bureau et celui des aiguilles de l'horloge murale.


Assis à son bureau, Phoenix passait en revue les documents étalés devant lui afin de monter un dossier capable de sauver son amie. Les feuilles blanches s’entassaient dans un apparent désordre, mais il savait exactement où se trouvait chaque information. La pomme offerte par Pearl reposait sur un coin du bureau, intacte. Il ne ressentait pas la faim, dans son état actuel. Il leva les yeux vers l’horloge murale et soupira. (Déjà cette heure...) Le procès se tiendrait dès le lendemain matin. Épuisé par cette longue journée, il sentait le sommeil le gagner, mais il ne pouvait se permettre de céder. Son adversaire n'était nulle autre que Franziska von Karma. Une procureure prodige qui exerçait son métier depuis ses treize ans. Alors que les adolescents de cet âge vivaient leurs premiers amours, Franziska condamnait déjà des criminels à la prison. Cette femme n'était pas à prendre à la légère. Son père, Manfred von Karma, était un procureur légendaire. Aucune défaite en quarante ans de carrière et, malheureusement, Franziska avait hérité de son obsession pour la perfection en partie parce que c'était une mentalité qui lui avait été imposée dès son plus jeune âge. Manfred avait pourtant bâti sa réputation sur des pratiques ignobles : falsification de preuves, manipulation de témoins, dissimulation d’éléments cruciaux... Son record parfait avait donné naissance à ces rumeurs, qui s'étaient avérées à être vraies, et l'avaient suivi toute sa carrière. Jusqu'au jour où la vérité a éclatée. Et où il a tout perdu. Franziska, elle, malgré cette obession pour la perfection, ne trichait pas comme lui, mais elle était reconnue pour sa capacité à manipuler les témoins et à dissimuler des pièces à conviction sous prétexte qu'elles n'étaient pas importantes pour l'affaire. Malgré ses pratiques peu éthiques, Phoenix ne l’avait jamais laissée gagner et il n’avait aucune intention de commencer maintenant. Il continua d’analyser preuves et témoignages jusqu’à ce que, contre toute attente, ses paupières se ferment.


4 octobre, 3h47

Cabinet d'avocats Wright & Co.


On frappa trois coups contre la porte. Plongé dans un sommeil profond, Phoenix ne se réveilla pas. La tête reposant sur ses bras, il s’était endormi sur son bureau, les lumières encore allumées. N’obtenant aucune réponse, la personne à l’extérieur tourna doucement la poignée.


— Je rentre, annonça une voix.


Un homme vêtu de rouge entra dans la pièce et s’immobilisa en apercevant l’avocat endormi. Il soupira, referma la porte derrière lui et s’avança, mallette à la main. Le bruit de ses pas résonna dans le silence du cabinet. Il s’arrêta devant le bureau et observa Phoenix, une expression mêlant découragement et amusement sur le visage.


— Wright, dit-il.


Aucune réponse. L'homme prit un air plus sévère.


— Wright.


L'homme en bleu ne broncha pas. Sur le point de perdre patience, l'interlocuteur pointa son index à son front.


— Tss tss tss... Tu l'auras cherché.


Brusquement, il frappa avec force sa main contre le bureau et s'exclama :


— Wright !


D'un coup, les feuilles sursautèrent à l'impact et Phoenix se redressa subitement avec peur.


— Ah ! s'écria-t-il.


Surpris et apeuré, Phoenix observa son interlocuteur. Il se figea sur sa chaise et écarquilla les yeux. Après une seconde à traîter l'information, il comprit qui était l'homme devant lui.


— Edge...worth...


Un large sourire illumina aussitôt son visage. Il se leva et contourna son bureau pour s’approcher du procureur, qui recula instinctivement d’un pas.


— Edgeworth ! Si tu savais comme je suis content de te voir !

— Je ne pensais pas susciter un tel enthousiasme, répondit-il, légèrement surpris.


Devant lui se tenait Miles Edgeworth. Autrefois rivaux acharnés, ils étaient désormais des amis de confiance. Et même s’ils s’opposaient encore parfois au tribunal, Miles n’était plus l’homme qu’il avait été.


Élevé dès l'âge de neuf ans par le légendaire Von Karma, suite au meurtre de son père biologique, Miles avait grandi sous l'influence de Manfred. Tout comme Franziska, il était obsédé par la perfection. Du moins, jusqu'à un certain procès. Il y a deux ans, Miles s'était retrouvé au tribunal non pas en tant que procureur mais en tant que suspect dans un meurtre. Le procureur à ce moment était nulle autre que Manfred von Karma. Malgré qu'il avait adopté et élevé le jeune garçon, il était prêt à tout pour qu'Edgeworth soit reconnu coupable. Il avait même truqué et dissimulé des preuves pour y parvenir. Cependant, Phoenix avait pris l'affaire en mains et s'était imposé pour défendre Miles, même si ce dernier ne voulait pas qu'il s'y mêle. Contre toute attente, Phoenix avait réussi à prouver l'innocence de son ami en plus de démontrer que Von Karma était responsable pour le meurtre de son père Gregory Edgeworth dans l'affaire DL-6, infligeant ainsi la première défaite à Von Karma de toute sa carrière. Une dure réalité qui avait complètement chamboulé Franziska et Miles. Reconnu coupable, Manfred avait été condamné à la peine de mort. Cette affaire avait été grandement médiatisée et Miles avait remis en question tout ce qu'il avait appris de son mentor. Aujourd'hui, il ne cherchait plus la perfection et la victoire. Il cherchait la vérité, qu'il soit perdant ou non.


Le procureur regarda sa montre à son poignet et leva son regard vers son ami.


— Wright, que fais-tu ici encore à cette heure ?

— C-C'est moi qui devrais te poser cette question ! s'exclama-t-il. Tu m'as dit que tu étais en Europe !


L'homme en rouge haussa les épaules en tournant sa tête de gauche à droite tout en arborant un sourire en coin.


— J'ai pris le temps de réfléchir après notre appel et je me suis dit que je te devais bien ça, après tout.

— Que tu me devais... ça ?


Phoenix se gratta nerveusement derrière la tête.


— Ah je vois ! Si tu parles encore de l'affaire DL-6, tu n'as pas à me remercier encore. Je l'ai fait parce que je voulais réellement t'aider. En tant qu'ami et non que client.

— Non, Wright. Ce n'est pas que cela. Tu m'as sauvé et m'a conduit vers la lumière, c'est-à-dire la vérité. Elle est ce qu'il y a de plus précieux à mes yeux. Connaissant Maya, elle est suspectée à tord. Je me dois donc de t'aider à trouver la vérité dans cette histoire de meurtre. Je ne peux pas rester les bras croisés.


Phoenix sourit. (Toujours aussi sérieux.)


— Donc, tu as pris l'avion jusqu'ici ?


Il hocha la tête en signe d'approbation.


— Oh mais ne t'en fais pas, ce n'était pas bien compliqué.


(Évidemment, quand on est riche !) L'avocat de la défense tourna son regard vers l'horloge murale.


— Selon l'heure à laquelle je t'ai appelé, tu as dû prendre l'avion dans les minutes qui ont suivies presque...


Il hocha la tête.


— Je suis passé en voiture devant l'immeuble et j'ai vu les lumières allumées par la fenêtre. J'en ai déduit que tu étais encore au cabinet.

— Ah oui... Je me suis peut-être endormi... dit-il nerveusement en se grattant la tête.

— Trêve de bavardage, Wright. Ton bureau est dans un état inacceptable, remarqua-t-il en désignant les feuilles. Ce sont les informations sur l’affaire ?


L'homme aux cheveux noirs hocha la tête puis rassembla rapidement les nombreux papiers. Il marcha ensuite vers son canapé où il prit place en déposant le paquet de feuilles sur la table basse. Il tourna sa tête vers le procureur et lui fit signe de la main pour venir s'asseoir.


— Viens, je vais te dire tout ce que je sais pour le moment.


Miles prit place à ses côtés et déposa sa malette contre le sol. Il croisa les bras et fronça les sourcils, prêt à analyser les informations.


— Edgeworth.

— Hm ?

— Franziska est la procureure assignée, prévint-il. Elle sera une adversaire redoudable.

— Certes, Franziska peut s'avérer un problème mais à nous deux, on devrait y arriver. Pas vrai, partenaire ? dit-il en appuyant son index sur son front.


Rassuré, Phoenix sourit.


— C'est vrai, on forme une sacrée équipe. On n'a rien à craindre !


D'un coup, l'estomac de Phoenix se mit à gargouiller bruyamment. L'homme en rouge écarquilla les yeux.


— Affamé ?

— Ah ah... Disons que je n'ai rien mangé de la journée...

— Q-Quoi ?!


Choqué, Miles se leva et s'empara de la pomme sur le bureau. Il la tendit à Phoenix.


— Mange, tu dois avoir l'énergie nécessaire pour défendre Maya.


D'abord surpris, l'avocat en bleu observa son ami. Puis, il empoigna la pomme en remerciant d'un geste de tête l'homme devant lui. La faim lui était revenu, tout comme Miles était revenu vers lui pour le sauver à son tour.

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