Entre Objections et Tentations
4 octobre, 11h20
Tribunal fédéral
Salle d'audience n° 2
Une femme s'avança pour prendre la parole à la barre des témoins. Phoenix fronça des sourcils, aussitôt. Il la reconnaissait sans l'ombre d'un doute. C'était la gardienne de nuit principale, Hana Fey. Il l'avait interrogée la veille, juste avant de quitter le village pour retourner au cabinet. Il se demandait ce qu'elle faisait ici en tant que témoin. Lorsqu'il l'interrogeait, elle ne lui avait pas mentionné d'éléments pouvant accabler Maya, pourtant. La gardienne, toujours vêtue de son vêtement habituel de couleur noire, était maintenant prête à parler. Franziska prit d'abord la parole.
— Vos nom et profession, je vous prie.
— Hana Fey. Je suis la gardienne de nuit principale au Village Kurain.
Sa voix était calme et posée. La procureure ne perdit pas de temps et enchaîna avec son prochain ordre.
— Expliquez à la cour ce que vous avez vu durant la nuit du crime.
Elle hocha lentement la tête et commença son récit.
— J'ai entamé ma ronde au village vers 1h du matin, expliqua-t-elle. Il faisait mauvais temps et nous avons été frappés par une panne de courant.
— Hold it! s'écria l'avocat. Cette panne de courant est-elle survenue avant ou après le début de votre ronde ?
— À peu près au même moment, répondit-elle après réflexion. Je marchais près du sanctuaire vers 1h30 du matin et j'ai vu Mystique Maya entrer seule dans le sanctuaire.
(Elle a vu Maya entrer dans le sanctuaire ?)
— Je ne me suis pas attardée sur ce détail et j'ai poursuivi mon travail.
— Hold it! En tant que gardienne de nuit, cela ne vous a pas semblé étrange de voir Maya se promener seule à une heure aussi tardive ?
— ... Je me suis posée la question, admit-elle. Mais puisqu’il s’agissait de Mystique Maya, je n’ai pas jugé nécessaire de l’interpeller. Nous avons tous confiance en elle.
Phoenix se frotta le menton. Il relut rapidement certaines notes prises par Edgeworth, mais préféra attendre la fin du témoignage avant d'énoncer une objection.
— Avec l’orage, je n’ai rien entendu ni vu de particulier par la suite. J’ai simplement croisé une autre gardienne vers 2h30.
— Hold it! Cette gardienne, l'avez-vous reconnue immédiatement ? demanda Phoenix.
Hana secoua sa tête de gauche à droite.
— Non, pas de loin. Il faisait nuit et nos lanternes étaient éteintes à cause de la panne. J’ai dû m’approcher pour être certaine de son identité.
Son témoignage s’acheva sur ces mots. Edgeworth se pencha légèrement vers Phoenix pour lui chuchoter son avis.
— Wright... Penses-tu la même chose que moi ?
— Absolument, Edgeworth.
Phoenix posa brutalement ses deux mains sur le pupitre et s'exclama :
— Objection !
Les murmures parcoururent la salle. Les spectateurs étaient fébriles, prêts à entendre ce qu'allait dire l'avocat de la défense. De son côté, Franziska serrait ses manches avec les yeux fermés. Elle aussi semblait avoir compris la contradiction dans le témoignage. Une expression de surprise était dressée sur le visage d'Hana, curieuse d'entendre ce qu'allait dire Phoenix.
— Mme Fey, reprit l'avocat, il y a une inconhérence flagrante dans votre déposition.
— Vraiment ? répondit-elle surprise. Quoi donc, M. Wright ?
D'une main, il brandit une feuille et la tapa du revers de son autre main.
— Vous affirmez avoir vu Maya Fey entrer dans le sanctuaire. Pourtant, vous avez précisé à plusieurs reprises que la panne de courant et l'orage rendaient la visibilité très mauvaise. Vous avez même déclaré ne pas avoir reconnu une autre gardienne sans être proche d’elle. Sous ces conditions, Mme Fey, vous n'avez pas du tout vu Maya entrer dans le sanctuaire ! finit-il en pointant du doigt.
Le visage d’Hana se crispa. Elle passa nerveusement une mèche de cheveux entre ses doigts.
— … C’est possible, admit-elle. Il est vrai que je n’ai peut-être vu qu’une silhouette.
Phoenix tapa de nouveau ses deux mains contre le bureau.
— On ne peut donc pas confirmer qu’il s’agissait de Maya ! conclut Phoenix.
— Objection ! cria Franziska. Le témoin a vu quelqu’un entrer dans le sanctuaire où le meurtre a eu lieu. Et dans ce même sanctuaire, l’arme du crime, portant les empreintes de l’accusée, a été retrouvée.
— Objection ! Elle n’a jamais vu ma cliente ! Quelqu’un d’autre aurait très bien pu profiter de cette confusion pour piéger Maya, en lui faisant manipuler l’arme avant de la déposer près du corps !
La procureure s'élança avec son fouet et le fit claquer dans l'air en direction des deux hommes qui reculèrent à ce geste.
— Toujours aussi prévisible, Phoenix Wright. J’anticipais cette objection. Fort heureusement pour l’accusation, ce témoin peut expliquer comment Maya Fey a pu être en possession de l’arme du crime.
(Elle... elle peut le justifier ? J'ai bien hâte d'entendre son histoire.)
— Wright, chuchota Miles, Franziska ne lâchera pas le morceau, tu peux en être certain.
— Évidemment, mais je suis habitué avec toi, alors...
— Hmph... Élevés sous le même mentor, là où l'échec n'est pas permis. Seulement, je ne suis plus obsédé par la victoire, comme auparavant.
— Pas comme Franziska...
L'assisstant improvisé hocha la tête et esquissa un sourire discret en coin. Il connaissait bien sa sœur et ses techniques. Il n'était pas du tout surpris de la voir se battre jusqu'au bout. Le juge frappa son bureau avec son maillet pour avoir l'attention de tous.
— Témoin, veuillez nous expliquer comment l'accusée a pu obtenir l'arme du crime.
— Très bien, Votre Honneur, dit-elle.
Le regard de Phoenix croisa celui de son adversaire. La fille de Manfred von Karma avait ce regard perçant et effrayant, lorsqu'elle était sérieuse. L'avocat était prêt à l'affronter avec tout ce qu'il avait.
— L'arme du crime est, en faite, un couteau utilisé pour des rituels. Ce genre d'objet sacré est conservé en exposition dans une salle inaccessible au public.
— Hold it! Inacessible, vous dîtes ?
— Oui, elle hocha de la tête, nous gardons les objets sacrés dans un autre sanctuaire fermé à clef.
Phoenix, le dos bien droit, posa une autre question :
— Comme l'Urne Sacrée qui garde l'âme d'Ami Fey ?
— Oh ! Je suis surprise, M. l'Avocat, dit-elle les yeux grands ouverts. Vous êtes bien informé de nos trésors sacrés !
Légèrement gêné, Phoenix porta une main derrière sa tête et fit un sourire niais.
— Disons que j’ai déjà été mêlé à des affaires concernant cet objet...
— Vous avez tout à fait raison, continua-t-elle. L'urne et d'autres trésors de notre patrimoine sont gardés dans une pièce fermée.
(Un sanctuaire fermé à clef qu'elle dit... C'est bizarre, comment Maya aurait pu y accéder ?)
— Objection ! MmeFey, si cette pièce est fermée à clef, Maya n'aurait pas pu mettre la main sur le couteau.
Encore une fois, la gardienne écarquilla les yeux.
— Rien ne vous échappe, M. l'Avocat.
— Qui a accès à cette pièce ?
— ... Les gardiennes de nuit sont celles qui possèdent la clef pour entrer dans cette salle d'exposition.
L'homme aux cheveux noirs déposa ses deux mains contre le pupitre.
— Votre Honneur, ma cliente n'avait pas accès à cette clef. Je demande à ce qu'on écarte la possibilité qu'elle soit la meurtrière !
— Objection ! s'écria Franziska. Pas si vite, Phoenix Wright. Tu sembles oublier que les empreintes de ta cliente sont celles qui ont été retrouvées sur l'arme du crime.
(Franziska... Elle ne lâchera pas l'affaire. Ces preuves ne sont pas suffisantes pour elle.)
— D'ailleurs, continua-t-elle, notre témoin ici n'a toujours pas expliqué la raison pour laquelle l'accusée possédait l'arme. Sois patient et cesse d'interrompre les gens.
Elle termina sa phrase en reposant sa tête contre son poing, coude sur le bureau, et en agitant son index en l'air. Les épaules de Phoenix s'affaissèrent.
— Ne t'en fais pas, Wright.
Il tourna sa tête vers Edgeworth qui regardait intensément la gardienne de nuit.
— Un mensonge est toujours suivi d'un autre. Tu ne devrais pas avoir de mal à trouver la prochaine contradiction dans le témoignage suivant.
(Edgeworth... Merci de me rassurer. J'ai l'impression de livrer une bataille sans fin mais tu as raison. Je dois garder la tête haute et y aller une contradiction à la fois.) Le juge frappa son maillet et prit la parole.
— Écoutons la prochaine déposition du témoin, si vous le voulez bien Mme Hana Fey.
Hésitante, elle tira nerveusement sur l'une de ses mèches de cheveux.
— ... Comme vous le voulez, Votre Honneur.
Tout le monde était attentif à la suite de l'histoire et un lourd silence pesait dans l'air.
— Plus tôt dans la journée, j'avais envie de passer du temps avec Mystique Maya, comme je ne la vois pas souvent.
— Hold it! Quel est votre lien avec ma cliente ?
— Mystique Maya et moi sommes de la même famille, comme vous vous en doutiez sûrement déjà. Cependant, je fais partie de la famille collatérale. Vous pouvez dire que nous sommes des cousines éloignées.
(Hana Fey fait partie d'une branche secondaire de la famille Fey, alors.)
— Je lui ai demandé si elle voulait m'aider à nettoyer les objets sacrés dans la salle d'exposition. Généreuse de son temps, elle a accepté et nous sommes allées ensemble dans la pièce. J'ai déverrouillé la porte et nous avons dépoussiéré les objets, tout en discutant.
— Hold it! De quoi discutiez-vous ?
— Oh mais de tout et de rien. Elle me parlait de ses mésaventures avec un avocat au costume bleu qui finissait toujours par se sortir de certaines situations loufoques en bluffant.
— En... bluffant ? répondit-il, découragé.
(Je vois que ma réputation est ternie par mes techniques de bluff...)
— Qu'avez-vous fait, par la suite ? demanda Franziska pour progresser le témoignage.
— Une fois que nous avions terminé le ménage, nous sommes simplement sorties et nos chemins se sont séparés.
— Hold it! Ça n'explique pas comment ma cliente a pu s'emparer de l'arme pour commettre le meurtre.
— Je dois vous avouer que je n'ai pas fait attention à vérifier si tous les objets étaient encore en place. J'ai demandé à Mystique Maya de nettoyer les objets qui se trouvaient d'un côté de la pièce, alors que je m'occupais de ceux de l'autre moitié.
— Parmi les objets du côté de ma cliente, le couteau s'y trouvait, alors ?
— Tout à fait, M. l'Avocat. Nous avons de nombreux trésors, je n'ai pas remarqué s'il en manquait un.
— Et c'est de cette façon que l'accusée a pu s'emparer de l'arme du crime, précisa la procureure.
— J'ai bien peur que oui... répondit la gardienne. Elle aurait bien pu prendre le couteau et le garder caché dans son kimono jusqu'à... l'acte.
L'avocat réfléchissait. Un dernier élément était manquant et il devait le vérifier.
— Mme Fey, est-ce que ma cliente portait son collier avec le Magatama, à ce moment ?
— Son collier, vous dîtes ? Je ne me souviens pas vraiment... elle tourna son regard vers le sol, pensive. Je crois bien que oui.
(Si Maya portait son collier à ce moment, elle l'aurait donc perdu plus tard. Nous ne savons pas comment elle l'a perdu et ça, c'est un autre mystère à résoudre. Nous nous attarderons sur ce détail plus tard car, pour le moment, l'important est de continuer d'explorer la possibilité que Maya ait été piégée. Selon le témoignage, Hana Fey était la seule à savoir que Maya avait manipulé le couteau.)
— J'aimerais apporté un autre point.
— Nous vous écoutons, M. Wright, répondit le juge surpris.
— Il est possible que les empreintes de ma cliente se soient retrouvées sur l'arme du crime car elle la manipulait pour la nettoyer. Par la suite, quelqu'un aurait bien pu la prendre avec des gants et commettre le meurtre à sa place sans y laisser ses propres traces. Tant que nous n'aurons pas exploré toutes les pistes possibles, un verdict ne peut être rendu.
Phoenix expliqua cela avec une grande confiance. Miles, debout à ses côtés, en était arrivé à la même conclusion. Franziska, devant eux, gardait le silence. Elle-même savait qu'il y avait quelque chose de louche qui se passait. Oui, gagner était important pour elle mais elle tenait à remporter ses victoires seulement lorsqu'il n'y avait plus de doutes dans l'affaire. Elle prit donc la parole.
— L’accusation demande un ajournement pour poursuivre l’enquête.
(Franziska...) Le juge hocha de la tête.
— Les deux parties ont raison : il reste encore des possibilités à explorer. Je suspends donc cette audience pour permettre aux deux parties d'enquêter davantage dans cette affaire.
Un coup de maillet et l'audience était suspendue.
4 octobre, 14h37
Tribunal fédéral
Salle des accusés n° 2
Phoenix faisait les cent pas dans la pièce. Il était pensif, alors que Maya et Miles étaient assis sur le canapé à le regarder tourner en rond.
— Wright, débuta le procureur, je propose que l'on retourne sur les lieux du crime pour enquêter.
— Maya.
Elle le regarda avec une expression de surprise sur son visage. Son ami avait un air sérieux.
— Dis-moi, as-tu pris le couteau avec toi ou tu l'as laissé dans la salle d'exposition ?
— Je l'ai laissé là, Nick. Je suis sortie comme je suis rentrée, c'est-à-dire les mains vides.
— Évidemment... murmura Phoenix à lui même.
(Quelqu'un a profité du fait que Maya ait manipulé l'arme pour la prendre. Ce meurtre avait un but clair : accuser Maya d'un meurtre qu'elle n'a pas commis.)
— Mme Fey, dit le huissier, il est l'heure de retourner au centre de détention.
Elle hocha la tête et s'avança vers l'homme. Elle se retourna une dernière fois vers les deux avocats.
— Nick, M. Edgeworth... Merci et bonne chance dans votre enquête.
Phoenix serra les poings. L'enquête ne faisait que commencer. Avec son ami Miles à ses côtés, il était confiant qu'il allait arriver à la vérité derrière cette affaire.