Entre Objections et Tentations

Chapitre 16 : Des sentiments impossibles à ignorer

3641 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 06/03/2026 09:23

8 octobre, 12h00

Bureau des procureurs adjoints - Salle n°1202


La lumière pâle de l’automne traversait les grandes fenêtres du douzième étage et baignait le bureau d’une clarté douce. Les rayons du soleil glissaient sur les surfaces, dessinant des rectangles lumineux sur le sol et la surface du bureau. Assis derrière ce dernier, Miles Edgeworth révisait lentement les derniers dossiers en cours. Du moins, il tentait. Depuis plusieurs minutes, ses yeux parcouraient les mêmes lignes sans réellement en comprendre le sens. Les mots se brouillaient devant lui, comme si son esprit refusait obstinément de s’y attarder. Il n’était même pas supposé être ici. Officiellement, il devait se trouver en Europe afin d’étudier les systèmes judiciaires étrangers. Pourtant, il était assis dans son bureau de Los Angeles, entouré de piles de dossiers familiers avec l'incapacité de travailler. Depuis la révélation de la veille, ses pensées refusaient de lui obéir. Un nom lui revenait en tête constamment : Phoenix Wright. Son nom traversait son esprit comme une étincelle persistante. Plus il essayait de l’ignorer, plus ce sentiment étrange grandissait dans sa poitrine. Une tension sourde se formait dans son ventre, une sorte de chaleur nerveuse qui montait lentement, comme une musique atteignant un crescendo.


Miles relut une phrase. Puis une deuxième fois. Puis une troisième. L’irritation monta immédiatement. Une distraction pareille était inhabituelle chez lui et profondément agaçante. Il soupira doucement et poussa son ordinateur portable du bout des doigts, comme si l’objet lui-même était responsable de son incapacité à se concentrer. Sa main remonta jusqu’à son front et il passa lentement ses doigts dans ses cheveux, massant son cuir chevelu dans un geste presque fatigué, comme pour chasser ces pensées intrusives. Mais elles revenaient toujours. Phoenix. Il repensa à ces années où il avait réussi à étouffer les sentiments qu’il éprouvait pour lui. À l’époque, il s’était persuadé qu’ils n’étaient rien d’autre qu’une faiblesse passagère. Il n’en avait jamais parlé à personne. Pas par honte mais simplement parce qu’il estimait cela inutile. Miles Edgeworth ne croyait pas vraiment en l’amour. Du moins… pas pour lui. Il s’était toujours considéré trop absorbé par sa carrière, trop déterminé à poursuivre la justice pour permettre à quelqu’un d’entrer dans sa vie. Une relation signifiait du temps, des émotions et des concessions. C'était des choses qu’il n’avait jamais cru pouvoir offrir. Il bascula lentement sa tête contre le dossier de sa chaise et fixa le plafond. Ses mèches grises tombèrent sur chaque côté de sa tête. Dans sa poitrine, deux voix semblaient s’affronter. D'abord, il y avait la logique et quelque chose d’autre. Quelque chose de beaucoup plus dangereux.


On frappa soudainement à la porte. Miles sursauta légèrement. Il redressa immédiatement sa posture, retrouvant l’attitude droite et digne qu’on lui connaissait, puis ajusta son jabot avant de répondre :


— Entrez.


La grande porte en bois s’ouvrit dans un léger grincement, laissant passer une silhouette familière. Franziska von Karma entra dans la pièce avec l’assurance qui la caractérisait.


— Oh, Franziska.

— Bonjour, Miles Edgeworth.


Elle referma la porte derrière elle d’un geste précis et s’avança vers le bureau de son frère. Son regard gris parcourut immédiatement la pièce avec l’attention méthodique d’un procureur examinant une scène de crime. Le bureau de Miles était, comme toujours, impeccablement ordonné. Un mur entier était couvert d’étagères remplies de centaines de dossiers soigneusement classés, alignés du plancher jusqu’au plafond. Une échelle coulissante permettait d’atteindre les plus hauts rayonnages. Sur le mur opposé, un canapé rouge tranchait avec la sobriété de la pièce. Au-dessus de celui-ci, encadré avec une précision presque cérémonielle, se trouvait le premier costume que Miles avait porté lors de ses débuts en tant que procureur. Un souvenir discret de ses premières victoires sous la rigidité de Manfred von Karma. Un échiquier personnalisé aux couleurs rouge et bleu se tenait presqu'au milieu de la pièce. Une partie qui ne semblait pas terminée révélait un pion bleu entouré de pièces rouges. Sur le bureau reposaient une plume élégante dans son pot d’encre, son ordinateur portable et quelques feuilles parfaitement alignées. Derrière lui, une immense fenêtre occupait presque tout le mur. Du douzième étage, la vue sur Los Angeles était spectaculaire : les immeubles étincelaient sous le soleil de midi et les rues grouillaient d’activité. Sur le rebord de la fenêtre, quelques objets rompaient la rigueur du décor : une grande figurine du Steel Samurai, un vase contenant des fleurs fraîches et un service à thé délicat. Chaque objet semblait placé avec une précision presque maniaque.


— J’ai vu ta voiture dans le stationnement souterrain, dit Franziska.


Miles leva légèrement les yeux.


— Oh ? En effet, je suis venu en voiture.

— Je croyais que tu ne travaillais pas.


Il tira son ordinateur portable vers lui et posa les yeux sur l’écran, feignant de lire.


— Je voulais me tenir informé des affaires récentes.


Franziska resta silencieuse. Une main posée sur sa hanche, elle le fixait. Son regard était lourd et perçant. Miles le sentit immédiatement. Cette sensation familière, celle d’être examiné, analysé, presque disséqué qui lui donna un léger frisson d’agacement. Il releva finalement les yeux pour croiser les siens.


— Puis-je t’aider avec quelque chose, Franziska ?


Elle resta silencieuse encore quelques secondes, comme si elle n'avait pas terminé de l'analyser. Puis, elle croisa les bras.


— Nous n’avons pas eu l’occasion de nous voir, depuis notre retour d’Europe. C’est la pause déjeuner et je me demandais si tu voulais sortir manger quelque chose avec moi.


Miles cligna des yeux, légèrement surpris. Son instinct professionnel lui soufflait de continuer à travailler. Pourtant… elle avait raison. Depuis leur retour, ils n’avaient presque pas pris le temps de se voir autrement que dans un contexte professionnel. Il referma doucement son ordinateur portable et se leva.


— Bien sûr. As-tu un endroit en tête ?


Il prit son veston rouge accroché au dossier de sa chaise et l’enfila avec soin, ajustant les épaules et lissant les plis du tissu avec un geste presque automatique.


— Pas particulièrement, répondit Franziska. Nous pourrions simplement marcher et regarder les options autour.

— Il y a effectivement beaucoup de commerces dans les environs.


Il esquissa un léger sourire.


— Allons-y.


Miles passa devant elle pour ouvrir la porte et l’invita à sortir d’un geste élégant. Ils traversèrent le corridor silencieux du bâtiment, leurs pas résonnant doucement sur le sol. Lorsqu’ils arrivèrent devant l’ascenseur, aucun ne posa son regard sur ce dernier. Ils poursuivirent leur route vers la cage d’escalier. Franziska aurait, évidemment, préféré l’ascenseur. Descendre douze étages à pied n’était pas exactement son idée d’une pause déjeuner efficace mais elle connaissait la phobie de son frère. Sans dire un mot, elle le suivit. Il s'agissait d'un accord silencieux entre eux. Leur pas résonnait dans la cage d’escalier tandis qu’ils descendaient étage après étage.


8 octobre, 12h15

Rues de Los Angeles


Los Angeles vibrait d’une énergie constante : moteurs de voitures, conversations animées, musique s’échappant d’une boutique ouverte et le bruit lointain d’un bus freinant à un arrêt. Vêtus de leurs manteaux, ils marchèrent côte à côte sur le trottoir animé. Ils passaient devant des vitrines de boutiques, librairies, cafés, magasins d’objets anciens et s’arrêtaient parfois pour observer les articles exposés derrière les vitres brillantes. Officiellement, ils cherchaient un endroit où manger mais la promenade semblait être davantage une excuse pour passer un peu de temps ensemble. Depuis l’arrestation de Manfred von Karma, leur monde avait changé. Ce qui aurait pu les déchirer les avait, au contraire, rapprochés. Ils étaient désormais presque seuls et, d’une certaine manière, ils n’avaient plus que l’un l’autre. Franziska n’en voulait pas à Miles pour l’arrestation de son père. Elle savait que la justice devait être rendue et qu'il devait payer pour les crimes qu'il avait commis. Malgré cette pensée rationnelle, la blessure était réelle et profonde. Même si elle ne l’avait jamais exprimé à voix haute. Miles, lui, l’avait compris. Il n’avait jamais eu besoin de mots. Durant cette période, il l’avait appelée plus souvent. Il passait la voir lorsqu’il en avait l’occasion, parfois sans raison particulière. Juste pour s’assurer qu’elle allait bien. Elle ne l’admettrait jamais… mais sa présence avait été un soutien silencieux dont elle avait profondément eu besoin.


— Miles, est-ce que tu m’écoutes ?


La voix de Franziska coupa net le fil de ses pensées. Agacée, elle serra les dents. Ses talons claquaient sèchement contre le trottoir tandis qu’ils continuaient d’avancer dans la rue animée. Des voitures passaient à toute vitesse, des conversations se mêlaient aux bruits de circulation et une légère brise faisait voler quelques papiers abandonnés au bord du trottoir. Miles tourna enfin la tête vers elle, l’air légèrement pris au dépourvu. Franziska roula les yeux et croisa les bras.


— Idiot de petit frère perdu dans ses idiotes de pensées !

— Pardonne-moi, Franziska. Que disais-tu ?

— Je te demandais quand était prévu ton retour en Europe pour étudier le système juridique là-bas. C’était bien pour cela que tu étais parti d’ici au départ.

— Oh… oui. Tu as raison.


Miles passa distraitement une main dans ses cheveux. Il avait été tellement absorbé par l’affaire impliquant Maya qu’il en avait presque oublié son projet de départ. Pourtant, ce voyage comptait beaucoup pour lui. Comprendre comment fonctionnaient les systèmes judiciaires d’autres pays avait toujours été une ambition personnelle.


— Je comptais partir dès que cette affaire sera terminée.

— Donc tu vas rester encore quelques jours, répondit Franziska. Le procès a été repoussé au douze octobre.


Miles ralentit légèrement le pas.


— Si tard ?


La nouvelle semblait l’avoir pris par surprise. Franziska arqua un sourcil.


— Tu n’étais pas au courant ?


Il secoua la tête.


— Non. Wright ne m’en a pas encore parlé.

— Pas étonnant, hmph ! Cet idiot d’avocat n’est pas le plus organisé.


Un léger rire échappa à Miles. Il ne pouvait pas vraiment contester ce point. Lorsqu’il avait visité le cabinet de Phoenix l’autre jour, les dossiers s’empilaient en piles instables sur le bureau, les feuilles dépassaient dans tous les sens et il était difficile de trier les nombreuses informations recueillies. Phoenix Wright n’était définitivement pas un modèle d’organisation. Franziska observa le sourire qui apparaissait sur le visage de son frère à la simple mention de Phoenix. Il s'agissait d'un sourire sincère. À son tour, un léger sourire se dessina sur ses lèvres. Elle connaissait Miles mieux que quiconque. Ils avaient grandi ensemble. Elle savait à quel point il avait toujours été réservé et distant. Enfant, on le considérait comme étant un solitaire. Particularité de l'homme qui n'avait pas réellement changée avec le temps. Alors, quelque part au fond d’elle, elle était contente de le voir enfin entretenir une véritable amitié. Ils passèrent devant un poteau électrique couvert d’affiches colorées, certaines déchirées par le vent, d’autres superposées les unes aux autres dans un chaos de publicités et d’annonces locales. Soudain, Miles ralentit, puis il s’arrêta complètement. Franziska fit encore quelques pas avant de remarquer qu’il ne la suivait plus. Elle se retourna. Son frère observait attentivement le poteau, les yeux fixés sur une affiche en particulier. Intriguée, elle revint sur ses pas et s’approcha de lui. Les affiches annonçaient toutes sortes d’événements : concerts, spectacles, ventes communautaires… Mais l’une d’elles attirait le regard de son frère. Miles leva la main et désigna une affiche aux lettres élégantes :


« Pièce de théâtre - William Shakespeare - La Tragédie de Roméo Et Juliette »


— Tiens… il y a une pièce de théâtre qui se déroulera d’ici peu.


La voix de Miles se perdit légèrement dans le brouhaha de la rue. Autour d’eux, les voitures passaient en grondant et le vent d’automne faisait frissonner les affiches agrafées au poteau électrique. Franziska alterna son regard entre l’affiche et son frère. Elle ne se souvenait pas l’avoir déjà vu s’intéresser au théâtre. Miles sortit son téléphone et nota rapidement les informations : le nom de la pièce, la date et l’adresse du théâtre.


— J’ignorais que tu avais un intérêt pour le théâtre.


Miles se figea au commentaire de sa sœur. Il rangea presque aussitôt son téléphone dans la poche de son manteau, comme s’il venait de commettre une maladresse. Son pouls accéléra légèrement et une chaleur inattendue monta à ses joues. Il avait l’étrange sensation d’avoir été pris sur le fait, alors qu’il n’avait fait que noter une simple information.


— Eh bien…


Il hésita. Les mots restaient coincés dans sa gorge. Cette hésitation l’irritait intérieurement. Ce n’était rien d’important et, pourtant, son corps réagissait comme s’il s’agissait d’un secret embarrassant. Franziska attendait en silence la suite de la phrase qui ne vint pas.


— Miles.


Il ouvrit la bouche puis la referma sans prononcer un mot. Franziska plissa légèrement les yeux.


— Tu n’es pas comme d’habitude.


Sa remarque était directe et tranchante. Elle sentait que quelque chose clochait, même si elle ne parvenait pas encore à identifier quoi. Miles connaissait trop bien les talents d’observation de sa sœur. Lui cacher quelque chose relevait presque de l’impossible. Il avait donc deux options : être honnête ou couper court à la conversation. Il inspira discrètement.


— J’ai promis à Maya de trouver un cadeau pour l’anniversaire de Wright.

— Oh ?


Franziska leva un sourcil.


— Comme elle est incarcérée pour le moment, elle n’a pas la liberté d’aller lui chercher quelque chose.

— Je vois…


Miles la regarda attentivement.


— Tu doutes de ce que je dis ?

— … Non, répondit-elle calmement. Je me demande simplement pourquoi le théâtre.


Miles détourna brièvement les yeux vers l’affiche qui flottait doucement au vent.


— Avant d’étudier le droit, Wright étudiait les arts. Plus précisément le théâtre dont Shakespeare.

— Ah bon ? Il voulait devenir acteur ?

— C’est ce que j’en comprends aussi.


Il haussa légèrement les épaules.


— Je réfléchissais à ce que je pourrais lui offrir. Cette pièce tombe plutôt bien.


Un court silence s’installa entre eux. Les voitures continuaient de défiler dans la rue et des passants marchèrent derrière eux. Finalement, Franziska prit la parole.


— Je concède que c’est une idée de cadeau plutôt élégante pour eux.


Miles sentit une légère tension se nouer dans son ventre. Dans l’esprit de Franziska, ce cadeau semblait être destiné à Maya et Phoenix et, techniquement, ce n’était pas entièrement faux. Il ne corrigea pas son interprétation mais contre toute attente, Franziska poursuivit :


— Une sortie au théâtre est une bonne idée pour un couple.


Miles se raidit immédiatement.


— E-En fait… Maya et Wright ne sont pas en couple.


Franziska soupira avec agacement.


— Miles, inutile de jouer sur les mots. Futur couple, alors.

— Leur relation est entièrement platonique, Franziska.

— Vraiment ?


Il hocha la tête, un sourire amusé apparaissant sur ses lèvres.


— Pour être honnête, j’ai cru la même chose au début. Mais Wright m’a expliqué qu’ils se considéraient plutôt comme frère et sœur.

— Oh.


La célèbre procureure prodige venait de se tromper. Une situation suffisamment rare pour la déstabiliser légèrement. Elle détourna le regard avec une petite moue contrariée.


— Peu importe. Nous n’avons pas le temps de nous attarder sur d’idiots petits détails concernant d’idiots petits individus.


Elle désigna la rue d’un geste impatient.


— Allons manger.


Miles laissa échapper un petit rire face à ce changement brutal de sujet.


— Je suis tout à fait d’accord. Allons à ce petit restaurant là-bas.


Il pointa un petit bistrot à l’angle de la rue. Les fenêtres étaient embuées par la chaleur de l’intérieur et une ardoise posée devant la porte annonçait les spécialités du jour.


— J’ai entendu dire qu’ils servaient d’excellents paninis.

— Très bien. Je te suis, Miles.


Ils marchèrent jusqu’à la petite boutique située un peu plus loin d'eux. En s'approchant, ils purent voir à travers la vitrine quelques tables occupées et un comptoir derrière lequel un employé s’affairait à préparer des sandwichs. Lorsque Miles poussa la porte, une petite sonnette tinta au-dessus d’eux. La chaleur de l’intérieur les enveloppa aussitôt et une odeur appétissante de pain grillé, de fromage fondu et de café fraîchement préparé flottait dans l’air. Le bruit discret d’une machine à espresso et le murmure des conversations formaient une ambiance chaleureuse qui contrastait avec l’agitation de la rue. Ils prirent place à une table près de la fenêtre. Le temps leur était compté. La pause déjeuner passerait vite. Franziska devrait retourner au bureau dans peu de temps. Miles, lui, savait déjà qu’il aurait du mal à se concentrer sur quoi que ce soit. Ses pensées revenaient toujours au même endroit. À Phoenix. Les sentiments qu’il éprouvait pour lui ne faisaient que grandir et il ignorait toujours s’il devait les combattre ou les accepter. Il aurait aimé pouvoir en parler à Franziska mais cela signifierait lui révéler deux choses à la fois : son attirance pour Phoenix et son orientation sexuelle. Cela lui semblait trop d'un coup.


Depuis son plus jeune âge, il avait compris qu’il était différent des autres garçons. Les conversations de ses camarades à propos des filles ne l’avaient jamais vraiment intéressées. Là où les autres parlaient avec enthousiasme de leurs coups de cœur, lui restait silencieux, incapable de partager cet engouement. Il n’avait jamais ressenti cette chaleur particulière envers une personne du sexe opposé. Pendant longtemps, il avait cru que quelque chose n’allait pas chez lui. Puis, en grandissant, il avait fini par comprendre. Mettre un mot sur cette différence avait été étrange mais aussi libérateur. Au fond, ce n’était pas dramatique. Il s’acceptait tel qu’il était. Simplement, il n’avait jamais eu l’occasion d’en parler à qui que ce soit. Parce qu’il n’avait jamais vraiment été amoureux. Jusqu’à Phoenix. C’était avec lui qu’il avait enfin compris ce que les autres voulaient dire lorsqu’ils parlaient d'avoir des papillons dans le ventre. Avant cela, cette expression lui avait toujours semblé absurde et trop abstraite, voire impossible à imaginer. Puis, quelques années plus tôt, il avait ressenti cette chaleur étrange pour la première fois. Un frisson dans la poitrine. Une agitation douce mais troublante dans son ventre. Soudain, tout avait pris sens. C’était donc cela, être amoureux. Une sensation à la fois merveilleuse et profondément perturbante. À l’époque, il avait choisi d’étouffer ces sentiments. Les ignorer lui semblait plus simple. Miles avait rapidement conclu qu’être amoureux représentait un obstacle. Une distraction inutile pour la carrière qu’il s’était construite avec tant d’efforts. Alors, il avait enfoui ces émotions. Comme si elles n’avaient jamais existées et pourtant... Le voilà revenu exactement au même point. De nouveau amoureux du même homme qu’il y a presque trois ans. Mais cette fois-ci quelque chose avait changé. Cette fois-ci, il ne ressentait plus le besoin désespéré de tuer ses sentiments. Au contraire, quelque part au fond de lui, une petite étincelle d’espoir était apparue. Un espoir timide et fragile mais bien réel. Un espoir qui voulait comprendre ce qu’était réellement l’amour. Un espoir qu’il se serait formellement interdit d’avoir quelques années plus tôt.


Peut-être était-il enfin prêt. Prêt à avancer et à laisser quelqu’un entrer dans sa vie. Un léger sourire se dessina sur ses lèvres.


— Miles, tu m’écoutes ?


Il sursauta légèrement et releva la tête. Franziska le fixait avec irritation, les poings serrés sur la table.


— Ça fait deux fois que tu te perds dans tes pensées !


Miles soupira doucement et passa une main dans ses cheveux.


— Je suis navré, Franziska… J’ai beaucoup de choses en tête.


Elle leva les yeux au ciel et secoua la tête avec exaspération.


— Idiot.

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