Entre Objections et Tentations
Chapitre 15 : Les sentiments germent et s’enracinent
3910 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 26/02/2026 14:26
7 octobre, 9h45
Tribunal fédéral
Entrée
Phoenix franchit les portes massives du tribunal et, immédiatement, une vague de stress et d’angoisse s’abattit sur lui comme une pluie froide. Devant lui, l’escalier monumental en bois sombre semblait à la fois majestueux et intimidant. Il inspira profondément, sentant le parfum de cirage mêlé à celui du vieux bois, et posa son premier pied sur la marche. Puis le second. Il portait son costume bleu habituel et ses cheveux, impeccables malgré les heures de sommeil perdues, renforçaient l’impression de contrôle mais sous cette façade, une détermination farouche brûlait. (Aujourd’hui, tout va enfin s’achever.) La lumière du matin, filtrant à travers les grandes vitres, frappait son visage, le rendant presque aveugle. Il cligna des yeux et poursuivit son ascension, les mains crispées sur la rampe, chaque pas faisant résonner le bois dans le hall silencieux. Arrivé en haut, il se retourna un instant, comme pour graver le moment dans sa mémoire. (Lorsque je redescendrai cet escalier plus tard, ce sera avec Maya… innocentée.) Un frisson de détermination le traversa et il se dirigea vers la salle des accusés, le cœur battant mais l’esprit clair.
7 octobre, 9h47
Tribunal fédéral
Salle des accusés n° 2
La porte s’ouvrit dans un grondement sourd. Deux paires d’yeux se tournèrent simultanément vers lui : Maya et Miles, assis côte à côte sur un canapé.
— Nick ! s’exclama Maya en bondissant presque de sur le coussin.
Son sourire illuminait la pièce et son énergie contagieuse fit naître un léger sourire sur les lèvres de Phoenix malgré la tension qui l’habitait.
— M. Edgeworth m’a parlé de votre enquête ! Avec ces nouvelles preuves, vous allez gagner, pas vrai ?
Ses yeux brillaient d’une confiance naïve mais sincère. Miles, derrière elle, soupira, se levant pour saluer Phoenix avec son sérieux habituel.
— Maya, dit-il sèchement, ne nous emballons pas trop vite. Souviens-toi de qui est au banc de l’accusation.
— Franziska… murmura-t-elle, le regard fuyant vers le sol.
(Bien joué, Edgeworth. Tu as le tour pour rassurer les gens !) Voyant qu'elle était triste, Miles se racla la gorge pour tempérer sa réprimande.
— Nous ne te laisserons pas être accusée à tort, précisa-t-il. Nous avons la situation sous contrôle. Il nous manque juste encore quelques pièces du puzzle.
Leurs regards se croisèrent, un échange silencieux chargé de promesses et de confiance. Il tenta d'adouçir les traits de son visage pour se montrer moins intimidant et Maya hocha la tête. Phoenix posa doucement sa main sur la tête de la médium pour caresser sa chevelure sombre.
— Avec le meilleur allié du monde, dit-il en regardant Miles, je ne peux pas perdre cette affaire.
Elle hocha la tête de nouveau, un sourire timide éclairant ses traits, tandis que Miles détournait légèrement la tête, comme pour masquer l’effet que cette phrase avait sur lui.
— Avocat de la défense, annonça le huissier, il est temps de rejoindre la salle d’audience.
7 octobre, 10h00
Tribunal fédéral
Salle d'audience n° 2
La salle était plongée dans un bourdonnement de murmures anxieux. Les rayons du soleil jouaient sur le marbre brillant et les boiseries anciennes, créant des motifs changeants sur les murs. Phoenix disposait méthodiquement ses documents, chaque feuille soigneusement classée au préalable par Miles. À l’autre extrémité, Franziska von Karma se tenait droite, le fouet dans les mains, prête à frapper l’air d’un geste qui imposait la crainte. Maya, silencieuse, se tint sur sa chaise, respirant par petits coups, le corps tendu par l’anticipation.
La veille, Phoenix et Miles avaient travaillé tard après un dîner tranquille mais studieux. Ils avaient bu de l'alcool mais pas assez pour les empêcher de réfléchir ensemble à comment innocenter Maya. Lors de la soirée, Miles avait reçu des nouvelles, par appel téléphonique, de l'analyse de l'étoffe trouvée dans l'incinérateur ainsi que du collier. Les résultats des analyses étaient prometteurs : le sang sur le tissu trouvé dans l’incinérateur correspondait à celui de la victime Otto Luck et les empreintes et la sueur retrouvées sur le collier étaient anciennes, démontrant qu'il avait été manipulé après le crime, signe d’une tentative de dissimulation. Les pièces commençaient à se mettre en place.
Le juge frappa son maillet, imposant un silence immédiat et tous les regards sur lui.
— Nous reprenons le procès de Maya Fey, suspectée du meurtre d’Otto Luck. L’accusation et la défense sont-elles prêtes ?
— Évidemment, Votre Honneur, répondit Franziska.
— La défense est prête, Votre Honneur.
— Très bien. Mlle Von Karma, vous pouvez commencer.
Elle leva ses bras avec une solennité théâtrale, le fouet prêt, et déclara d’une voix tranchante :
— Avec plaisir, Votre Honneur.
Elle brandit un journal froissé. Une simple page sur laquelle s'étalait un titre provocateur : « Kurain : Une héritière trop faible pour porter le nom Fey ? »
— Cet article a été rédigé par la victime. Il s’agit d’une version brouillon, déjà montrée à l’accusée. Je demande à ce qu’il soit reçu comme pièce à conviction, déclara Franziska d’une voix tranchante.
— Oui, je suis tout à fait d’accord avec vous, Mlle Von Karma, confirma le juge, d’un ton grave mais mesuré.
Le huissier s’avança, portant le papier vers Phoenix et Miles. Tous deux le prirent en même temps, leurs regards se croisant, conscients qu’ils découvraient ce document pour la première fois. Maya, à côté, clignait des yeux, visiblement confuse. Elle n'avait jamais vu cet article. Les lignes du journal hurlaient une accusation silencieuse :
« Kurain : Une héritière trop faible pour porter le nom Fey ?
Par Otto Luck, journaliste pour le L.A Times
Le prestigieux clan Fey s’apprête à confier son avenir à Maya Fey. Mais au sein même du village, certains s’interrogent : la jeune médium possède-t-elle réellement la puissance spirituelle et la maturité nécessaires pour diriger ?
Plusieurs sources internes décrivent Maya Fey comme étant une médium amateure, dont les capacités de canalisation seraient instables et encore loin du niveau attendu d’une future Maîtresse de le technique Kurain. Un membre anonyme confie : « La fonction exige une maîtrise exceptionnelle. Ce n’est pas un rôle d’apprentissage. »
À ces doutes s’ajoute une inquiétude plus profonde : le tempérament de Maya, jugé impulsif et émotionnel, contraste avec la rigueur traditionnellement associée à la lignée principale.
L’ombre de sa mère, Misty Fey, plane également sur cette succession. Disparitions, scandales judiciaires et controverses publiques ont durablement terni le nom Fey. Pour certains habitants, confier le titre à sa fille reviendrait à prolonger une ère d’instabilité dont le village peine encore à se remettre.
Kurain cherche à préserver son honneur ancestral. La question demeure : élire Maya Fey à sa tête serait-ce un nouveau départ… ou la répétition des erreurs du passé ? »
Phoenix serra les dents. Chaque mot semblait peser une tonne sur sa conscience. Maya, la jeune femme la plus persévérante qu’il connaissait, celle qui n’abandonnait jamais, se voyait ainsi bafouée par des paroles écrites. La colère monta dans sa poitrine, un feu qu’il peina à contenir. Miles remarqua son regard teinté de colère et frappa subtilement son pied contre celui de Phoenix, un signal silencieux. L'avocat de la défense rencontra son regard et comprit le message. Phoenix inspira profondément pour calmer la tempête intérieure et posa finalement le journal devant lui.
— L’accusation appelle un nouveau témoin, annonça Franziska, rompant le silence.
Tous les regards se tournèrent vers la nouvelle personne qui s'avançait à la barre. Le cœur de Phoenix se contracta. Une jeune adolescente qu'il reconnut arriva timidement. Il s'agissait d'Olivia Fey, apprentie gardienne de nuit. La nervosité suintait de sa posture, ses mains crispées sur ses vêtements noirs. Ses longs cheveux bruns tombaient sur sa poitrine, légèrement emmêlés, donnant à son visage une fragilité touchante.
— Témoin, veuillez décliner votre nom et votre profession devant la cour, demanda Franziska.
Olivia déglutit, ses yeux cherchant un point imaginaire sur le sol de marbre poli.
— Olivia Fey… Je suis gardienne de nuit en formation.
— Dites-nous ce que vous avez vu la nuit du meurtre, insista la procureure.
La jeune fille serra ses poings, ses jointures devenant blanches sous la pression. Phoenix fronça les sourcils, il était intrigué. Ce témoin n’allait pas accuser Maya et il le savait. (À quoi joue Franziska ?) pensa-t-il, scrutant le visage impassible de la procureure devant lui. De son côté, Miles se posait la même question.
— Il faisait orage et une panne de courant m’empêchait de voir clairement, expliqua-t-elle d’une voix tremblante. Je me suis réfugiée dans un sanctuaire qui est toujours ouvert pour me réchauffer un moment.
— Hold it ! s’exclama Phoenix. Vous n’aviez donc pas les yeux sur le lieu du meurtre tout le temps ?
— Non, répondit Olivia. Je suis restée un moment dans l’autre sanctuaire et c’est là que j’ai vu quelqu’un.
— Qui était-ce ?
— C’était… Mystique Maya.
— Hold it ! Olivia, en êtes-vous certaine ? Était-ce vraiment ma cliente que vous avez vue dans cet autre sanctuaire ?
La jeune fille leva ses yeux vers Franziska, qui, impassible, gardait les yeux fermés, ses doigts crispés sur ses manches. Finalement, Olivia hocha la tête, d’une certitude timide :
— Je suis presque certaine. Elle était de dos, mais je sais que c’était elle.
Les muscles tendus de Phoenix se détendirent légèrement. Il ne comprenait pas Franziska. Pourquoi appeler un témoin favorable à la défense ? Peu importe, il devait profiter de cette généreuse occasion.
— Témoin, quelle heure était-il ? demanda la procureure, brisant le silence.
— Hum… une heure et demie du matin.
Franziska posa son regard perçant sur le dossier, ses yeux d’acier s’attardant sur l’autopsie. Heure approximative du décès : entre une et trois heures du matin. Le silence pesant de la salle semblait amplifier chaque respiration. Elle releva lentement son regard vers les deux avocats, tranchant l’air comme une lame froide.
— Hmph ! fit-elle avec une rigidité glaciale. Continuez votre déposition, témoin. Que s’est-il passé ensuite ?
Olivia Fey trembla légèrement. Ses mains crispées sur l’estrade, elle semblait lutter pour ne pas s’effondrer.
— Je suis sortie et j’ai continué de patrouiller dans les zones du village... Je suis arrivée au sanctuaire où le meurtre avait été commis et je n’ai rien vu. Puis j’ai continué plus loin et… là…
Elle s’interrompit, incapable de continuer, comme si chaque mot pesait sur ses épaules comme une pierre. Phoenix et Miles, eux, comprenaient déjà la suite.
— Ensuite ? pressa Franziska, impatiente.
— Je… j’ai…
— Olivia.
La jeune fille leva timidement les yeux vers Phoenix qui l'interpellait. Son visage pâle et ses lèvres tremblantes trahissaient l’anxiété qui l’habitait.
— Nous vous écoutons, dit Phoenix d’une voix douce et calme, mais ferme.
— J’ai… vu quelqu’un utiliser l’incinérateur.
— L’incinérateur ? répéta le juge, la surprise se lisant sur ses traits.
— Je n’ai pas vu qui c’était…
— Que brûlait cet individu ? demanda Phoenix, les paumes contre le bois du bureau.
— Je… je n’en ai aucune idée, murmura Olivia, la voix presque brisée.
Phoenix savait qu’elle disait la vérité. Il était l'heure de montrer cette pièce à conviction. Il enfila des gants blancs et sortit alors un sac plastique contenant un morceau de tissu brûlé à l'intérieur. Avant d’arriver au tribunal, Miles avait récupéré cette pièce auprès du détective Gumshoe au département des affaires criminelles, suite aux résultats reçus la veille.
— La défense souhaite présenter ce bout de tissu.
L’huissier s’avança pour prendre le sac et marcha à l'opposé pour le tendre à Franziska qui l’examina avec minutie. Phoenix, lui, poursuivit :
— Cette étoffe a été retrouvée dans l’incinérateur mentionné par Olivia Fey. On en déduit que le meurtrier a tenté d’effacer les preuves. Une analyse en laboratoire révèle que le sang appartient à Otto Luck. La couleur correspond également aux vêtements portés par les gardiennes de nuit.
Franziska leva un sourcil glacé, ses yeux d’acier transperçant l’air oppressant de la salle d’audience.
— Oh ? Analyse en laboratoire ? Dites-moi, M. Phoenix Wright, auprès de qui avez-vous obtenu une telle information ?
Phoenix porta nerveusement sa main à la nuque, un tic révélateur de son embarras. (Oups… désolé, détective Gumshoe…)
— Nous avons fait appel… à la police.
Son sourire maladroit trahissait sa culpabilité. Franziska, impassible, ne se laissa pas duper. D’un geste vif, elle fouetta l’air d’un coup sec qui fit résonner un claquement métallique dans la salle, glaçant l’atmosphère.
— Dites à cette « police » de bien prendre note d’un futur ajustement de salaire.
(Aïe !) Le pauvre détective, quelque part dans la salle, se figea à cette menace implicite.
— Ne t’en fais pas, Wright, murmura une voix grave derrière lui. Je récompenserai le détective pour son travail.
Miles esquissa un sourire confiant. L’assurance qu’il dégageait calma légèrement Phoenix qui sentit ses épaules se détendre.
— Quoi d’autre me cachez-vous, défense de pacotille ? tonna Franziska, sa voix tranchante comme un couperet.
Elle était définitivement fâchée.
Tout à coup, une vibration sourde parcourut le sol de la salle. D’abord timide, presque imperceptible, elle se transforma rapidement en une secousse violente. Les lustres oscillèrent au-dessus de leurs têtes. (Un… tremblement de terre ?!) Phoenix s’appuya contre le banc, cherchant désespérément son équilibre, tandis que les spectateurs entraient dans une panique incontrôlable. Des cris perçaient l’air et des gens se jetaient au sol ou se réfugiaient sous les bancs. Instinctivement, Phoenix pensa à Miles et à sa phobie.
— Edge…
L’homme en rouge devint pâle comme la craie. Sa posture parfaite et rigide se désintégra, remplacée par une panique pure. Maya, comprenant la gravité de la situation, bondit de sa chaise et courut à leur rencontre.
— M. Edgeworth !
Elle s’agrippa à son bras, tentant de le rassurer, tandis que Phoenix se jeta pour le soutenir alors qu’il tombait. Les trois s’écrasèrent au sol mais Phoenix réussit à amortir la chute de Miles de justesse. Le procureur avait perdu connaissance. Phoenix l’entoura de ses bras au niveau de son ventre, pressant son corps contre le sien comme pour le protéger de la secousse, comme si sa force était tout ce qui pouvait arrêter le tremblement. Franziska, alarmée, tenta de traverser la distance qui la séparait d’eux. Ses talons claquaient sur le marbre, la faisant vaciller. Finalement, elle perdit l'équilibre.
— Stupides... talons !
Grogna-t-elle. Résolue, elle rampa à quatre pattes pour atteindre son frère.
— Miles ! Miles !
Sa voix trahissait la peur, non pas pour elle-même, mais pour lui. Elle connaissait l’intensité de sa terreur, depuis cet événement qui l’avait marqué à jamais. Elle rejoignit Phoenix et Maya, plaçant une main ferme sur le visage de Miles, tandis que Phoenix le tenait avec toute la délicatesse de ses bras. Maya, elle, maintenait son bras contre sa poitrine avec un regard débordant de compassion.
— Miles !
Aucune réponse. Les lumières continuaient de se balancer, projetant des ombres vacillantes sur les visages terrorisés. Le juge, lui, s’agrippait au bois de son bureau comme si sa vie en dépendait. Olivia restait immobile, les yeux fixés sur le sol, attendant la fin de l’onde de choc. Franziska posa doucement ses pouces sur les paupières de son frère. Aucune résistance de leur part. Elle ouvrit ses yeux pour vérifier et jura en voyant ses iris immobiles aux mouvements de ses doigts. Il était véritablement inconscient. Puis, le tremblement s’acheva. Un silence presque irréel s’installa, comme si chacun craignait que la moindre respiration ne déclenche une nouvelle catastrophe. Phoenix serrait Miles si fort que leurs vêtements se froissaient sous la pression. Franziska, dans un geste rare de douceur, déplaça une mèche de cheveux de son frère pour observer son visage. Phoenix observa ce moment : un mélange de force et de tendresse, une empathie muette, qui rendait l’atmosphère presque sacrée. Cette même douceur dont lui avait fait mention Miles. Les quatre restèrent figés, attentifs à chaque souffle, chaque frémissement. Enfin, Edgeworth ouvrit lentement les yeux. Sa vision était floue, mais son regard rencontra celui de sa sœur assise en face de lui au sol.
— Fran…ziska ?
Elle soupira, soulagée, et serra instinctivement son fouet entre ses mains.
— Miles Edgeworth… Tu oses m’obliger à montrer mon inquiétude devant cet avocat idiot ! Et à ramper jusqu'à toi !
Il cligna des yeux, tentant de comprendre. Sa conscience réalisa alors la présence des bras de Phoenix entourant sa taille, si puissants qu’ils l’empêchaient presque de respirer. Il leva le menton jusqu'à ce que le dos de sa tête rentre en contact avec le corps de celui qui le tenait. À ce moment, il croisa le bleu foncé des yeux de Phoenix. Ce regard, sincère et inquiet, le désarma plus qu’il ne l’aurait admis. Il aurait pu se redresser, ajuster ses vêtements, se lever comme si de rien n’était… mais il resta là. Vulnérable et adossé au torse de Phoenix, sentant la chaleur humaine et le rythme rapide de son cœur. Et puis, il réalisa qu’une autre paire de bras l’enveloppait : celle de Maya. Son regard débordait de tendresse et de compassion, pressant son bras contre sa poitrine avec une fermeté douce. Il tremblait encore légèrement après ce choc émotionnel. Il sentit les bras autour de sa taille se serrer un peu plus.
— Inspire… et expire… murmura Phoenix.
Ce geste lui faisait un bien énorme. Il ressentait un sentiment de sécurité et de confiance. Ils synchronisèrent leur respiration, laissant les battements de cœur ralentir et la tension se dissiper.
Le procès fut suspendu pour une durée indéterminée, offrant un répit nécessaire à tous pour retrouver leur souffle et leur esprit.
7 octobre, 22h45
Résidence Edgeworth
Cette nuit-là, dans le silence de sa chambre, Miles se retrouva seul dans son lit, fixant un point imaginaire au plafond. L’obscurité avait envahi chaque recoin, enveloppant la pièce d’un voile sombre. Une fenêtre laissait filtrer quelques rayons argentés de la lune qui se faufilaient à travers les rideaux comme des doigts lumineux, mais la clarté était trop faible pour percer complètement la pénombre. Son esprit, lui, refusait la tranquillité. Il repensait à la scène du tribunal, à ce moment de vulnérabilité extrême où le tremblement de terre avait surpris tout le monde. Tout s’était déroulé à une vitesse vertigineuse : les cris étouffés, les secousses sous ses pieds, la panique des spectateurs et puis... ce noir soudain, complet, qui l’avait englouti. Il avait perdu connaissance avant même de pouvoir se tourner vers Phoenix ou quiconque. Le souvenir de son réveil, enveloppé dans les bras de Phoenix, le frappa encore. Les bras solides, chauds et protecteurs, la pression douce mais ferme, la sensation d’être maintenu en sécurité dans un monde où tout s’était effondré... et la voix de Phoenix, calme et douce, qui avait traversé le chaos pour l’apaiser. Miles sentit son cœur s’accélérer rien qu’en revivant ce moment. Il avait été contre cet homme, protégé, presque choyé, dans une intimité qu’il n’avait jamais connue. Il aurait pu se lever dès qu’il avait retrouvé conscience, mais il ne l’avait pas fait. Pourquoi ? Cette question tournait en boucle dans sa tête, lui coupant le sommeil. Pourquoi était-il resté si longtemps contre lui ? Était-ce par peur, par confort… ou quelque chose de plus profond ? Une main passa sur ses yeux, ses dents se serrèrent. Il se maudissait de comprendre lentement ce qui naissait en lui : un sentiment qu’il avait longtemps refoulé. Une émotion à laquelle sa raison et sa discipline avaient toujours résisté. Miles, homme de logique et de structure, avait toujours cherché à dominer ses émotions. Et pourtant… il ne pouvait plus les nier. Lentement, il devait affronter la vérité : il était en train de tomber amoureux.
— Ridicule !
Sa voix résonna dans la chambre vide, tranchante comme un coup d’épée. Il porta une main à son bras et le serra, comme s’il pouvait ainsi défier l’inévitable, alors que, dans le silence de la nuit, il n’y avait personne pour le contredire. Miles voulait repousser cette direction de pensée, mais tout en lui le trahissait. Les preuves étaient là, irréfutables, étalées devant son esprit. Il enfouit son visage dans ses mains, rougissant à l’idée de cette réalité qu’il refusait d’accepter. (Phoenix Wright… vraiment ?) Depuis cette affaire où il avait été suspecté de meurtre et sauvé par Phoenix, ses sentiments avaient germé et pris racine. Pourtant, il les avait niés, les avait mis de côté, les avait combattus avec toute la rigueur de sa volonté. Embarassé de vivre une telle chose pourtant si humaine. Le départ pour l’Europe, le voyage d’un an, n’avait eu qu’un seul but : comprendre ce que signifiait être procureur après la chute de Manfred von Karma. Il avait voulu réévaluer sa vision de la justice, se recentrer, se purifier de tout ce qui pouvait l’empêcher de poursuivre son idéal. Il voulait changer le système de justice. Éliminer toute corruption. Les sentiments avaient toujours été, à ses yeux, des obstacles, des faiblesses dont il ne pouvait se permettre de se charger. Il ne voulait pas perdre de vue son objectif. Mais malgré sa discipline, malgré son objectif clair et sa détermination, penser à Phoenix Wright lui procurait un réconfort inattendu, presque interdit. Il n’avait jamais pensé que ces émotions refleuriraient ainsi, presque trois ans plus tard. Il ne s’attendait pas à se retrouver pris dans ce filet invisible, comme une proie dans la toile d’une araignée qu’il croyait avoir évitée.
Finalement, épuisé par cette journée de révélations et de turbulence émotionnelle, Miles laissa le sommeil l’emporter, emportant avec lui ses pensées tourbillonnantes et ses sentiments naissants.