Protocole Rapatriement - An Alien Story

Chapitre 9 : PART//009 : Extinction

Chapitre final

2986 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 19/12/2025 21:30

Elle entra dans le laboratoire. Saldano était assis à son bureau.


Il se leva d’un bond.


« CJ, tu es vivante !

- Je crois oui, mais je ne suis plus très sûre » essaya-t-elle de plaisanter, encore couverte de sang.


« Et ton père, tu l’as retrouvé ?

- Oui, mais il ne s’en est pas sorti » répondit-elle, ravalant les sanglots qui montaient dans sa gorge.


« Oh… Je suis vraiment désolé CJ. Tu tiens le coup ?

- Pas le choix, c’est notre vie que l’on doit sauver maintenant. »


« Le nid dans la zone Nord, c’est pire qu’on ne le pensait » commença-t-elle, la voix encore un peu instable.


 « Il y a… une reine. Une chose immense. Je pense qu’elle pond. » Elle fit une pause.


Alors qu’elle relatait sa rencontre avec la créature, Saldano devenait livide. 


« Tout n’est pas perdu, j’ai réussi à en attirer un jusqu’au convoyeur. J’ai activé le broyeur de minerai. J’ai entendu la machine le broyer. C’était le seul moyen. » Saldano ne dit rien.


« Et toi, que s’est-il passé, je suis étonnée que Lewis t’ait laissé libre après ce que tu as fait.

- Moi aussi ! Ce n’était pas son intention première, il avait pour ordre de m’arrêter. Alors qu’on marchait vers la salle de détention il s’est passé quelque chose de très étrange. Il s’est figé et a tourné les talons. Il est reparti dans le sens inverse, me laissant seul » expliqua le scientifique.


« Je suis venu directement ici ensuite, je ne l’ai pas revu depuis.

- En effet, c’est très étrange. Si on a encore nos accès d’urgence, on doit pouvoir consulter les rapports d’incidents et voir les protocoles en cours. On devrait y voir plus clair.

- Je me connecte… » Saldano s’était déjà penché sur son écran.


Il passa en revue tous les protocoles actifs, ainsi que les derniers logs d’interventions.


Des dossiers habituellement inaccessibles étaient disponibles.


Il ouvrit le fichier lié au protocole de sauvetage du minerai. Il parcourut les différentes pages de données jusqu’à tomber sur une série de graphiques de consommation d’énergie. Il ne comprenait pas ce qu’il voyait.


« Pourquoi les rapports sur le minerai ne parlent que d’énergie ? » s’interrogea-t-il à voix basse.


CJ se pencha et regarda l’écran avec attention, les sourcils relevés.


« Rapport de consommation des isotopes pour l’alimentation de systèmes de contrôles intelligents autonomes. »


Prononçant le titre à haute voix, ils comprirent en même temps.


CJ resta calme. Saldano, lui, perdit son sang-froid et frappa du poing la surface du bureau.


« Ils laissent les ouvriers crever ! Et pas pour un monde meilleur, mais pour nourrir une machine qui n’hésite pas à les sacrifier comme des bêtes » s’énerva-t-il.


CJ resta un moment silencieuse.


Puis, passant la main dans ses cheveux, elle ajouta « La compagnie fixe des protocoles, on va les utiliser » 


CJ avait pris place devant l’écran. En cherchant dans les nombreux logs elle essayait de comprendre les prochaines étapes de l’état d’urgence mis en place.


Elle parcourut un dossier “Personnel non-humain”, il contenait de nombreux rapports d’incidents. Mais rien sur le protocole.


Elle ne pouvait pas se permettre de tout lire, donc se contentait des titres et des conclusions.


« Là ! » s’écria-t-elle pointant de l’index un paragraphe affiché à l’écran. 


« Le minerai va être évacué. Il est en train d’être chargé dans des astronefs en ce moment même. »


Saldano, qui regardait l’écran de surveillance accroché au mur se retourna.


« Le personnel ne sera jamais autorisé à embarquer. Tu ne penses quand même pas à voler un vaisseau ? »


CJ réfléchissait, des engins allaient bientôt quitter la base, elle ne pouvait pas laisser passer cette occasion.


Mais il avait raison, elle ne pourrait pas prendre le contrôle, MA// ne la laisserait pas faire.


Et il y avait aussi ces créatures, si les ouvriers sortaient de la zone de quarantaine, ils seraient certainement attaqués avant d’atteindre le quai d’évacuation.


La lecture d’une consigne du protocole d’évacuation du minerai illumina son visage « Embarquement restreint au personnel essentiel au transport. »


« Il faut du personnel pour piloter, il y a 12 personnes autorisées… »


Saldano écoutait attentivement, mais ne voyait pas où elle voulait en venir.


« Avec nos accès, si on classe tous les survivants en “personnel essentiel au transport”, ils seront autorisés à embarquer.

- Ils sont trop nombreux, MA// va s’en rendre compte et annulera le classement.

- Pas si on ne lui en laisse pas le temps. On passe l’ordre quelques secondes avant le départ » répondit-elle.


« Ça peut marcher. Mais on n’arrivera pas à les protéger tous d’une attaque.

- On ne devra pas les protéger, j’occuperai la menace ailleurs. »


Ils arrivèrent dans la zone de quarantaine. Il fallait passer 3 sas sécurisés. Chaque porte devait être fermée hermétiquement pour pouvoir ouvrir la suivante.


Les ouvriers semblaient paniqués mais restaient relativement calmes.


Les visages étaient fermés, gagnés par le stress.


Certains relataient les attaques, les horreurs qu’ils avaient vues. D’autres étaient hagards, comme déconnectés de la réalité.


CJ se fraya un passage et s’arrêta au niveau d’un petit interphone accroché au mur du fond.


Lorsqu’elle appuya sur le bouton d’activation du microphone, une série de bips retentirent.


Le silence qui s’était installé fut de courte durée. CJ n’avait pas encore prononcé le moindre mot que des cris s’élevèrent de la foule.


Ils réclamaient l’ouverture, frappant sur les parois. Ils se sentaient prisonniers. Une partie pensait que la quarantaine était la seule protection possible. Des bousculades résultèrent de toute cette incompréhension.


Alors que les esprits s’échauffaient, CJ prit la parole.


« La situation est sous contrôle. Veuillez rester groupé par unité. Attendez les instructions. Aucun déplacement sans autorisation préalable d’une agent de sécurité. » dit-elle d’un ton autoritaire.


L’accalmie fut de courte durée. De nombreuses questions créaient une cacophonie difficilement supportable.


CJ reprit alors la parole.


« Gardez votre calme. Ouvrir maintenant vous mettrait en danger. Attendez les instructions. »


Un groupe fit quelques pas en avant. Les yeux rouges de colère.


C’est alors que Lewis surgit de nulle part.


Il s’avança et d’un geste de la main écarta CJ pour prendre la parole.


« Toute personne menaçant le déroulement du protocole sera immédiatement mise en détention. Je suis la seule autorité accréditée pour démarrer l’ouverture de la zone. Votre survie dépend de votre totale collaboration. »


La masse recula de quelques mètres. Seuls des chuchotements rompaient le silence.


CJ se dirigea vers la sortie mais fut rattrapée alors qu’elle accédait au couloir.


« Agent Jones, je ne vous autorise pas à quitter la quarantaine. »


Elle le dévisagea. 


« Laisse-moi, j’ai tous les accès nécessaires. J’agis pour la sécurité de la colonie » répondit-elle.


« Négatif, malgré votre niveau d’accès, je ne peux pas vous laisser quitter la zone. »


CJ ne le quittait pas des yeux.


Face à son immobilité glaciale, elle comprit qu’il ne servait à rien de discuter. Il appliquerait ses directives quoi qu’il arrive.


Elle se rappela les rapports d’incidents.


Il avança d’un pas. Elle pivota légèrement sur sa gauche.


Elle porta la main dans son dos et saisit le pistolet .45 glissé dans sa ceinture.


Elle ne visa pas la tête, mais pointa l’arme en direction du genou droit.


Elle pressa la détente. La balle broya l’articulation.


Lewis vacilla, sa jambe se déroba sous lui.


Il tendit la main et tenta de l’agripper. De son autre main elle appliqua une forte pression entre ses omoplates. Elle redirigea le canon à la base du crâne et tira à nouveau.


La cartouche se logea à la jointure avec le cou. 


Il tourna la tête, la main toujours tendue. Elle envoya une nouvelle balle, un peu plus haut.


Lewis ne poussa aucun cri et s’effondra contre la paroi.


De la plaie de sa nuque coulait un liquide blanc visqueux, semblable à du lait.


Ses doigts et ses jambes sursautèrent une dernière fois, frottant le sol frénétiquement, puis s’immobilisèrent. 


CJ rangea son arme, le regard fixé sur cette substance artificielle.


Saldano sortit à son tour dans le couloir alerté par les coups de feu.


Il regarda un instant le corps de Lewis, allongé sur le sol. Il ne fit aucun commentaire et porta son attention sur CJ.


« Le départ est imminent je dois me rendre dans la zone nord. » Saldano l’écoutait sans répondre.


« Dans 10 minutes, tu libères la quarantaine et guides les ouvriers à l’entrée du quai d’évacuation. Ensuite tu rejoins le centre de contrôle et tu attends mon signal. » CJ exposait le plan sans la moindre émotion.


« Tu m’enfermes. Ensuite programme l’ouverture de l’accès au quai et le passage de toute la population en “personnel indispensable au transport” quelques minutes avant le départ. » ajouta-t-elle.


« Ensuite tu fonces pour évacuer avec les autres. Ne traîne pas.

- Ok mais toi, comment tu vas faire, tu as besoin de …

- Je me charge de contenir la reine, je ne serai pas seule, j’utiliserai MA//. » le coupa-t-elle.


« Mais CJ, tu n’auras jamais le temps de nous rejoindre. » s’exclama-t-il.


« Ne t’inquiète pas pour moi, je sais ce que j’ai à faire. On n’a pas de temps à perdre. On reste en contact, branche toi sur le canal de MA// » finit-elle alors qu’elle s’éloignait déjà.


CJ entra. L’odeur la prit instantanément à la gorge. L’atmosphère avait encore évolué, à la limite du supportable.


Elle progressait vers son destin. Elle se retrouva vite à l’entrée du nid. Avant de passer la porte, elle eut un moment d’hésitation.


La pièce était toujours plongée dans la pénombre, mais elle savait que le corps de son père était là.


Elle restait immobile, le dos plaqué contre la porte du sas. Il fallait qu’elle patiente, qu’elle soit sûre que la créature était bien présente.


Un fracas métallique fit vibrer le sol sous ses pieds. Elle vit une ombre se dresser à l’autre bout de la pièce.


Elle appuya frénétiquement sur un bouton du talkie-walkie attaché à sa ceinture. Saldano entendant le signal activa l’alerte maximum.


CJ entendit au loin les sirènes se déclencher.


Elle commença à reculer lentement, quittant le nid. Le monstre avançait, mais pas comme l’autre. Il gardait ses distances, reproduisant la même prudence que son jumeau face au feu.


Le vrombissement du système de ventilation de la zone était de plus en plus fort au fur et à mesure qu’elle s’approchait des turbines.


CJ tourna légèrement la tête. La créature bondit vers elle avec une agilité féroce. Elle déclencha son lance-flammes qui le projeta en arrière.


Il se releva, indemne. Sa peau plus luisante que jamais.


CJ plaqua son dos sur la paroi vibrante et déclencha son talkie.


« Ralentissement du système de ventilation demandé » dit-elle, gardant son regard droit devant.


« Refusé. Cela pourrait créer une dépressurisation. Un déséquilibre pourrait compromettre l’évacuation du minerai. » dit la voix.


« Bordel, arrête la ventilation ! » cria CJ.


« Demande non pertinente » se contenta de répondre la voix.


Saldano, qui était toujours branché sur la même fréquence, suivait la conversation.


Il était en route vers le quai, alors que le compte à rebours de l’évacuation était en cours.


Il se figea quand il entendit CJ s’emporter. Il rebroussa chemin et retourna au centre de contrôle.


« CJ, donne-moi le numéro d’identification sur le panneau »


Surprise d’entendre la voix de Saldano, elle hésita un instant puis s’exécuta.


« Agent Saldano, vous n’êtes pas autorisé à outrepasser mes décisions. Désactivation de tous vos accès. » Pour la première fois, MA// semblait s’énerver.


« Éloigne-toi ! » cria-t-il


Elle fit deux pas en avant. Une série d’étincelles jaillirent et la cloison de protection se désolidarisa de ses attaches.


MA// avait fait une erreur, Saldano n’avait pas besoin d’accès privilégiés, il avait créé un court-circuit en détournant une partie de la puissance du système électrique vers le verrouillage des protections.


« Les pales devraient ralentir, mais le système secondaire va prendre le relais » précisa-t-il.


CJ n’attendit pas, elle appuya sur la gâchette pour gagner un peu de temps puis s’élança.


Elle enjamba la balustrade et se retrouva nez-à-nez avec les hélices. Leurs mouvements étaient irréguliers. Il fallait qu’elle traverse au bon moment.


Elle sentit la bête s’approcher. Elle prit une grosse inspiration et sauta. Elle évita de justesse le métal et atterrit de l’autre côté.


Le xénomorphe voyant sa proie s’éloigner se précipita. La rotation du système avait déjà commencé à accélérer, il n’était plus très loin de sa vitesse initiale.


Il bondit, une aile le frôla, mais traversa.


Maintenant face à son prédateur, CJ déclencha son lance-flammes. Le jet de feu le frappa, et il fit un pas en arrière pour se protéger.


Sa queue se prit dans une pale en pleine accélération.


Pris par le mouvement circulaire, son corps fut emporté et sectionné en deux.


Un flux d’acide gicla sur CJ, la blessant à l’épaule, tandis que le reste du corps de la créature était expulsé dans les conduits.


« CJ si tu pars maintenant, tu peux encore atteindre le quai.

- Je ne peux pas, quand la reine va se rendre compte de ce qu’il se passe, elle attaquera les survivants, je ne peux pas prendre ce risque. Mais toi vas-y maintenant, il est temps !

- CJ… » Il allait ajouter quelque chose mais se ravisa.


« J’y vais. Je coupe la liaison » finit-il par dire après une pause.


Saldano ne se leva pas de sa chaise. Il avait le compte à rebours du départ sous les yeux. Il n’avait plus le temps de rejoindre l’évacuation.


CJ se dirigea vers un conduit d’extraction d’air, s’y hissa et se mit à ramper en direction du nid.


La reine poussait des cris aigus.


Elle avait détaché la poche de son abdomen et s’était libérée de la résine qui la maintenait au mur.


Alors qu’elle se dirigeait vers le sas de sortie, CJ s’extirpa de la bouche de ventilation.


La reine arrêta ses cris, fit volte-face et se redressa lentement. Elle semblait occuper la moitié de la pièce à elle seule. CJ paraissait minuscule.


Les parois latérales se mirent à trembler.


CJ brandit son lance-flammes et fit jaillir du feu en direction de la bête.


La créature se mit à avancer comme insensible à la chaleur. Réduisant l’espace entre elle et sa proie.


CJ regarda les alentours. 


Aucune issue possible.


« Je dois juste tenir quelques minutes. »


CJ visa alors les œufs. La créature poussa un nouveau cri.


L’absence de flamme permit au monstre de lancer une attaque.


Il envoya sa queue dans les airs et percuta CJ de plein fouet.


Elle se releva avec difficulté. Elle utilisa ses deux mains pour relever son arme tant bien que mal.


Vacillante, mais tenant encore debout, elle déroula à nouveau un mur de feu devant elle.


Enfin, le compte à rebours s’éteignit, CJ sut qu’ils étaient partis.


Elle retira le doigt de la gâchette. Puis ferma les yeux.



MA//LOG 072 - Clôture d’incident.

Évacuation : terminée

Menace biologique : contenue

Agent Jones, CJ : non récupérable

Rendement : optimal

Recolonisation : programmée

Reprise de l’exploitation : prioritaire



Épilogue


Le vaisseau avait quitté le quai. Le personnel était agglutiné dans le sas d’amarrage.

Ils ne pouvaient pas encore accéder au module principal. Ils devaient passer un contrôle médical pour éviter toute contamination.

Plusieurs files s’étaient formées devant de grandes machines. Elles permettaient d’examiner la santé des personnes qui y entraient.

L’homme avança difficilement. Il avait du mal à se déplacer. Sa jambe droite traînait en arrière à chaque pas, depuis l’incident.

Il entra dans le caisson, la porte se ferma automatiquement derrière lui. 

Utilisant la poignée pour garder l’équilibre, il se déshabilla.

Une voix lui indiqua où se placer. Une fois au bon endroit, un compte à rebours débuta.

Le décompte arrivé à expiration, un rayon lui parcourut le corps de haut en bas à plusieurs reprises.

Il se retourna, et le processus se répéta une seconde fois dans son dos.

La voix parla à nouveau, cette fois pour annoncer la fin de l’examen.

Il ramassa son pantalon. S’assit sur un petit tabouret et enfila une première jambe. Pour la seconde, il dut la soulever à l’aide de sa main.

Un écran affichait une barre de progression, l’analyse était presque terminée.

Le voyant au-dessus de la porte s’illumina. Une lumière verte éclaira l’environnement.

La porte s’ouvrit et l’homme se dirigea vers le module du personnel.

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