Protocole Rapatriement - An Alien Story

Chapitre 8 : PART//008 - Renaissance

3065 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 18/12/2025 15:26

Saldano regardait à travers la vitre du sas. CJ avait disparu dans l’obscurité. Lewis se détourna du panneau de commande qui grésillait. Ses yeux fixaient le scientifique.


« Agent Saldano, vous avez entravé la procédure. » La voix était dénuée d’émotion.


Lewis saisit le bras de Saldano. Sa poigne était forte, presque brutale. Il l’entraîna vers le couloir, direction le bloc de détention. Saldano n’opposa pas de résistance. Il se laissa guider.


Ils marchèrent en silence. Saldano s’attendait à chaque instant de voir d’autres agents surgir. Mais la colonie semblait déserte.


Soudain Lewis s’arrêta net. Sa main lâcha le bras du scientifique.


Son dispositif auditif clignotait.


Il restait figé, le regard vide. Puis, sans un mot, sans même un regard, il tourna les talons.


Lewis repartit dans le sens inverse. Il s’éloignait vers la zone Nord, laissant Saldano seul au milieu du couloir.


Le scientifique resta immobile, le souffle court. Il observait l’agent disparaître à l’autre bout du couloir.


Il était libre.



CJ n’avait pas bougé.


La créature commença à se redresser, jusqu’à atteindre le plafond. Elle semblait démesurée par rapport à son environnement.


Adossée au mur, la résine qui couvrait une partie de son corps lui servait de support. Les parois étaient courbées. La structure tout entière craquait sous son poids.


Les yeux de CJ s’écarquillaient au fur et à mesure qu’elle découvrait la crête qui couvrait son dos. Des tubes semblables à des tentacules recouvraient toute la surface.


La tête noire, allongée, était granuleuse. Elle était surplombée par une plaque cornée semblable à un bouclier. Son souffle projetait une odeur de soufre et de putréfaction. Deux bras sortaient sur les côtés de son thorax, immobiles le long de son buste. Deux bras supplémentaires, semblant pouvoir broyer n’importe quel ennemi sans effort, prolongeaient de larges épaules.


À l’arrière, une queue se balançait lentement. Au bout, une pointe d’au moins cinquante centimètres bougeait de droite à gauche, marquant sur le sol de griffures profondes.


Une sorte de poche était attachée à son abdomen. Longue, visqueuse et translucide, elle était suspendue au plafond par des sangles en résine blanche.


CJ comprit, à la forme, qu’elle devait contenir des œufs en gestation. Elle ne savait pas combien, mais était sûre qu’en peu de temps il y en aurait une dizaine supplémentaire.


Sa bouche s’assécha. Un goût de fer monta. Son doigt commença à trembler, proche de la gâchette, elle dut réprimer le mouvement.


Une chaleur moite émanait du cocon. Des gouttes de condensation ruisselaient le long de l’épiderme avant de tomber au sol. 


Prudemment, elle leva le pied et recula. Le posant sans bruit, elle s’éloignait. Elle ne pouvait pas courir, pas maintenant, tout mouvement brusque pouvait déclencher une attaque.


Les muscles de ses mollets tiraient, ceux de ses épaules étaient contractés. Elle serra son arme contre elle.


Elle essuya la sueur qui lui piquait les yeux et à reculons, commença à s’approcher de la sortie. Elle n’était plus qu’à quelques mètres. Son pied heurta un débris. Un bruit métallique retentit.


Le monstre se raidit, tourna la tête et poussa un cri strident qui pétrifia CJ. Elle faillit vaciller mais se ressaisit. De la sueur perlait sur son front mais ses pas restaient assurés.


« Un cri de rappel » pensa CJ. Dans quelques secondes, les deux xénomorphes débarqueraient et elle n’avait aucune chance face à eux.


Elle pensa courir mais se ravisa, la queue de la reine s’était rapprochée.


Elle bifurqua dans l’angle qui débouchait sur la sortie. Enfin hors de vue, elle tourna les talons et se mit à sprinter dans les méandres des couloirs de la zone Nord.


Son cœur battait plus fort que le claquement de ses bottes.


L’adrénaline lui permettait de passer au dessus de la douleur qui gagnait son corps, conséquence de tout ce qu’elle lui avait fait subir ces dernières heures. 


Elle s’arrêta. Elle atteignit un cul-de-sac. Elle se retourna, porta la main au visage et frotta. Elle était épuisée. Son corps lui faisait mal. Son esprit était embrumé.


Sa mémoire avait flanché. Elle avait tourné à droite au dernier carrefour. Ou à gauche ? Elle ne se souvenait plus.


Les jumeaux avaient certainement rejoint la zone Nord. À la moindre erreur, le temps perdu pourrait lui être fatal.


Ce contretemps, son erreur, la fit hésiter un court instant, plongée dans un tourment de pensées négatives.


Elle prit le temps de respirer lentement. Elle devrait remettre ses idées en place. Elle ne pouvait pas flancher. Pas maintenant. Elle tapota sa joue, fit demi-tour et reprit la bonne direction.


Au détour du couloir à sa droite devait se trouver le sas. Un nouveau cri brisa le silence alors qu’elle enclenchait le système de déverrouillage.


Le couloir de la colonie malgré son éclairage froid ne lui avait jamais semblé aussi chaleureux. Ses poumons commençaient à brûler. Elle reprit son souffle un court instant et se remit en route.


Elle s’arrêta devant l’infirmerie. La porte coulissa de son bruit caractéristique qui était maintenant habituel pour CJ.


Elle entra, les battants claquèrent derrière elle.


La petite pièce était vide. Froide, mais après les événements qu’elle venait de traverser, le silence l’apaisa. Elle s’avança jusqu’au lavabo, les jambes lourdes. Posa son arme sur un chariot à proximité, la gardant à portée de main. Prête à la saisir à tout moment. 


Elle appuya tout son poids sur la faïence. Le contact froid sur ses paumes la ramena à la réalité. Elle porta sa main au robinet et fit couler un filet d’eau. 


Elle releva la tête et s’observa dans le miroir. Elle eut du mal à se reconnaître. Sa peau était d’une pâleur maladive. Elle était couverte de sang. Le sang de son père. 


Son souffle se coupa. Elle resta figée, fixant les taches rouges sombres qui formaient des éclaboussures sur son visage. Des images de son enfance lui apparurent sous les yeux. Elle ferma les yeux et s’accorda quelques minutes. Des larmes se mirent à couler le long de ses joues puis finirent dans le réceptacle en émail.


Elle serra les poings et ouvrit à nouveau les yeux. La haine montait en elle alors qu’elle regardait avec attention ses cheveux. Cette nouvelle coupe, symbole d’une nouvelle vie après l’incident. Elle ne pouvait plus la supporter.


Elle saisit une paire de ciseaux dans le nécessaire de soin posé à proximité. Ses doigts tremblants se refermèrent sur la poignée. Elle ne réfléchit pas et se mit à couper. Elle commença par une mèche épaisse collée par le sang séché. Des coups de ciseaux violents, secs mais libérateurs. Les cheveux se mirent à tomber, se mêlant aux taches de sang qui couvraient le sol.


Elle passa son visage sous l’eau. Se redressa. S’observa à nouveau, le regard fixe et concentré.


Le sang était toujours là, séché. L’odeur de fer caractéristique émanait de ses vêtements.


Elle frappa un coup sec sur le rebord du lavabo et se retourna d’un bond.


Un terminal de contrôle était installé dans un coin, elle s’approcha et lança l’affichage des protocoles de sécurisation en cours.


Il était clair que MA// était programmée pour l’efficacité et la protection des actifs. Elle verrouillait les zones non pas pour protéger les colons, mais pour protéger le minerai de toute contamination.


Elle activa un protocole de communication d’urgence avec MA//


« Demande d’assistance d’urgence » dit-elle d’un ton militaire.


« Agent Jones, déconnexion inopinée sans motif, mission non respectée. J’attends votre rapport.

- La colonie est en état d’urgence. Mon dispositif de communication est HS suite à une attaque.

- Le protocole de sécurisation est en cours Agent Jones.

- Ce ne sera pas suffisant, des organismes menacent l’intégrité structurelle de la mine, ainsi que la pureté du minerai. J’ai besoin de ton assistance pour une purge biologique.

- Protocole approuvé Agent Jones. »


CJ ouvrit une armoire de matériel et en sortit un dispositif de communication de secours. Elle le régla sur le canal de MA// et l’accrocha à sa ceinture.


Elle ramassa son arme et quitta l’infirmerie.


Il reprit lentement connaissance. À peine avait-il ouvert les yeux, qu’il ressentit une douleur diffuse sur l’entièreté de son corps. Supportable, mais inhabituelle.


Sa gorge était sèche. En essayant de déglutir, sa salive, acide, lui brûla la gorge. Il inspira profondément et grimaça. L’odeur de putréfaction le fit tousser. Ses poumons, remplis de poussière, le faisaient souffrir.


Il était allongé dans le noir. Clignant des yeux dans le vide, il essayait de se souvenir de ce qu’il s’était passé.


Péniblement, il commença à se redresser. Le changement de position lui donna la nausée. Il posa une main au sol pour ne pas basculer.


Une fois le buste droit, il tourna la tête mais sa vision, encore floue, et l’obscurité l’empêchait de distinguer quoi que ce soit.


« Qu’est-ce que… » murmura-t-il.


Impossible de se souvenir de la façon dont il était arrivé là. Il passa ses mains un peu partout sur sa tête, son buste, ses jambes à la recherche de blessures.


Il était indemne. Pas de plaie, pas de sang. Pourtant il se sentait extrêmement faible.


Il se redressa en s’aidant du mur. Quand il fit un pas, son appui glissa légèrement. Il s’immobilisa, attendit que la douleur se calme. Il repartit, une de ses jambes droite traînant en arrière.


Il avançait difficilement, sans savoir où il se trouvait ni où il allait.


Il aperçut une faible lueur. Il ne savait si c’était la réalité ou les conséquences du choc, mais décida de suivre cette direction.


Régulièrement, il devait faire une pause pour reprendre son souffle.


Il arriva enfin à un sas, et déboucha dans un corridor. Au fur et à mesure qu’il avançait le décor lui semblait de plus en plus familier. Il retrouvait des zones qu’il avait déjà visitées.


Tout semblait normal. Aucune alarme. Aucun message d’urgence.


Son pas était hésitant mais il tenait bon. Il n’était plus très loin d’une zone habitée.


Au détour d’un couloir, un bruit derrière lui le fit sursauter.


Il se retourna brusquement mais ne vit rien.


Tout était désert aux alentours. Il resta immobile quelque temps, se frotta la tête, puis reprit sa marche. Il ne devait pas avoir les idées claires.


À nouveau, un bruit se fit entendre. Cette fois il en était sûr, il n’avait pas rêvé.


Il n’eut pas le temps d’esquisser le moindre geste qu’une chose surgit de l’ombre. Un déplacement rapide. Très rapide.


Elle se dressa devant lui. Il fit un pas en arrière et heurta le mur. Son cerveau n’arrivait pas à comprendre ce qu’il voyait. Ça lui semblait irréel.


Une tête noire, allongée, luisait sous l’éclairage chirurgical de la colonie.


Il ouvrit la bouche pour crier mais n’y parvint pas, tétanisé par la peur.


La créature s’approcha, dans un déplacement fluide, semblant flotter dans l’air.


Son estomac se noua. Ses membres se mirent à trembler. Sa peau devint pâle.


Il ferma les yeux.


La créature était encore plus proche. Ses quatre membres supérieurs disposés de chaque côté de sa proie. Impossible de fuir.


Elle ouvrit la bouche. D’épais filaments de salive s’étiraient de part et d’autre, dégoulinant de ses énormes dents en acier.


Du fond de sa gorge, une seconde mâchoire jaillit.


Elle s’arrêta à quelques centimètres de son visage. Il sentait son souffle froid contre sa joue. Il était paralysé, incapable de bouger.


Le monstre ne bougeait pas, semblant jauger sa cible.


Elle recula d’un pas, rétractant sa seconde mâchoire qui disparut dans sa gorge.


Les jambes de l’homme cédèrent et il tomba au sol.


La créature fit un pas supplémentaire et s’élança au plafond, se mit à courir dans la direction opposée et disparut. 


Son cœur battait très fort dans sa poitrine, il avait encore du mal à respirer.


Il resta là, recroquevillé. Incapable de comprendre ce qu’il venait de se passer. 


Après de longues minutes, il se força à reprendre sa route.


Revenue à nouveau dans la zone Nord, CJ entra sans la moindre hésitation. Une fois passé le sas elle chercha la bouche d’aération qu’elle avait tenté d’emprunter auparavant.


La ventilation de la zone Nord fonctionnait à plein régime, transformant le conduit en passage instable. Elle entendait au loin les grosses pales tourner frénétiquement.


Maintenant fracturée par l’une des créatures, elle put s’y hisser assez facilement. Une fois installée et prête à ramper, elle frappa la tôle de la main puis commença son déplacement.


Un cri lointain résonna instantanément. Ils savaient qu’elle était là.


CJ avait toujours en tête le chemin le plus court pour atteindre la zone de forage. Elle progressait rapidement.


Un son retentit, les parois vibrèrent. Ils avaient mordu à l’hameçon, elle était suivie.


Cette fois, elle ne se trompa pas, faisant les bons choix à chaque bifurcation.


Elle avança le plus rapidement possible, tournant à gauche ou à droite sans réfléchir jusqu’à atteindre le bout. Elle s’extirpa du conduit avec aisance et jeta un coup d’œil derrière elle, le noir total. Un bruit de glissement se rapprochait, rapidement. Elle ramassa la grille et la replaça sur l’embouchure.


Elle traversa à la hâte la zone de forage, contournant les imposantes machines qui encombraient la zone. 


Elle arriva au circuit de convoyage. Un long tapis roulant devant servir à acheminer le minerai vers le broyeur traversait le secteur de part en part.


Un fracas métallique fit sursauter CJ. Le monstre avait fait sauter la grille, il n’était plus très loin.


« Détection d’organisme biologique non répertorié dans le circuit de convoyage primaire » dit-elle, actionnant le bouton push-to-talk de l’appareil à sa ceinture.


CJ s’approcha du poste de pilotage du convoyeur, tenta de libérer les commandes. Elle poussa pour faire coulisser le panneau mais il ne bougeait pas. Elle concentra ses forces et appuya de nouveau, ce n’était pas suffisant. Derrière elle, un cliquetis se faisait de plus en plus présent. Elle farfouilla dans sa poche et en tira une petite lame. Elle l’inséra dans une fente entre la plaque et la tranche, fit levier et réussit à la faire basculer.


Les commandes étaient inertes, les boutons ne répondaient pas.


« Risque critique de contamination du minerai. Demande d’autorisation pour le protocole de quarantaine, et activation du broyeur en mode décontamination »


L’écran s’alluma et elle actionna le bouton de démarrage. La machine se mit en marche dans un brouhaha mécanique.


Elle pivota, levant son arme vers la pénombre qui l’entourait. Elle scruta les alentours.


Elle vit une masse sombre embusquée derrière une colonne. Sans la quitter du regard, elle fit quelques pas vers le convoyeur. Une fois à proximité, elle entreprit de monter dessus, toujours sans perdre de vue la silhouette.


Alors qu’elle reculait, portée par les mouvements du tapis sous ses pieds, la bête se catapulta d’un seul bond à l’extrémité du transporteur. Elle s’était déplacée de plusieurs mètres avec une rapidité hors norme, comme téléporté.


CJ n’eut qu’une fraction de seconde pour réagir, son assaillant était maintenant à distance d’attaque. Elle porta son doigt sur la gâchette. Des flammes jaillirent. Il poussa un cri assourdissant, fit quelques pas en arrière qui le mirent hors de portée.


Elle était emmenée vers l’entrée du broyeur, alors qu’un mur de flammes la protégeait d’une attaque frontale. 


Soudain, les flammes disparurent. La créature sauta vers l’avant, alors que CJ se jeta sur la droite.


Elle actionna à nouveau le lance-flamme en direction de la chose, ce qui la fit basculer.


« Maintenant. Verrouille. » s’écria-t-elle.


Deux lourds panneaux en fonte se rabattirent. Alors qu’ils allaient se rejoindre, une phalange bloqua la fermeture complète. Le prédateur commença à asséner de violents coups de tête dans les parois.


CJ ramassa une barre de fer et frappa de toutes ses forces à plusieurs reprises.


Le verrou hydraulique réussit à s’actionner. L’accès était scellé.


Un vacarme infernal s’éleva du broyeur. Pendant plusieurs minutes, CJ attendit, l’arme toujours pointée en direction du bruit.


Puis le silence revint. La meule tournait toujours, mais n’avait plus rien à concasser.


CJ était immobile, fixant le convoyeur qui ralentissait. Son souffle était régulier mais son corps tout entier tremblait légèrement.


Un bip la sortit de sa torpeur.


« Agent Jones, veuillez confirmer l’élimination de la menace. »


Elle porta la main à sa ceinture mais ne répondit pas.


« Agent Jones, rapport immédiat demandé. Le minerai est-il en sécurité ? »


Elle appuya sur le bouton et se contenta d’un « Affirmatif. »


CJ n’était pas apaisée pour autant. Le risque n’était pas écarté. Il fallait qu’elle se remette rapidement en action.


Elle tourna le dos au convoyeur et marcha d’un pas décidé vers les couloirs.

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