Recueil sur le thème d'arcane

Chapitre 16 : On se voit au fond de la bouteille

2086 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 16/12/2025 00:35

Bourrée? Encore? Ouais. Et alors? Dans le fond je n’ai plus personne à protéger. Je n’ai plus aucune attache. Donc ouais! Je me bousille le foie pour voir le fond de ma bouteille. Je me bats pour oublier encore et toujours. Les jours passent, ils se ressemblent tous. Réveil avec la gueule de bois, je mange, je me maquille et c’est l’heure de faire tomber les gens qui osent encore m’affronter.


Je suis à moitié sur le lit et à moitié par terre, la bouteille posée sur le lit. Encore une. Encore une bouteille vidée. Bue à même le goulot. Cul sec. Parce que ouais c’est ça d’être accroc à l’alcool, on ne savoure plus ce que l’on boit. On boit parce que… Parce que c’est devenu un besoin, tout simplement. Comment ai-je pu devenir ainsi? Ah. Oui. Je sais. Non il ne faut pas que je repense à tout ce beau monde. Il me fait souffrir, mais je l’aime quand même. Mon appart’ si on peut appeler ça comme ça, est un foutoir sans nom. On y trouve quoi? Des bouteilles jonchant le sol et des cartons de pizza empilés les uns sur les autres. Les bouteilles? Il y en a même sur mon lit. Et alors? Qu’est ce que ça peut bien vous foutre hein? Vous m’affrontez pour ma force, pas pour me sortir de mon cauchemar. Ça? Vous n’en avez bien évidemment rien à foutre. J’ai Loris dans ma vie qui est un bon ami, un ancien pacifieur avec qui j’ai sympathisé. Il est cool et nos soirées sont géniales. On boit jusqu’à n’en plus pouvoir et il me ramène chez moi quand je ne tiens plus debout.


MERCI MEC!


Je rentre chez moi et l’enfer recommence. Dois-je encore boire? Pourquoi pas? J’en ai rien à foutre des conséquences! J’en ai.. J’m’en fiche, j’ai plus personne… Je suis seule, je ne pensais pas perdre autant un jour alors… Merde... C’est tout… Je me battrai à en perdre la raison. À y  laisser mon sang, couler goutte par goutte sur le sol sableux déjà couvert de ce liquide poisseux et de sueur de cette arène. Je mourrai, non, je suis déjà morte alors à quoi bon au final. 


Boire. Je recrache ce que j’ai dans la bouche, je dégueule à cause du trop plein d’alcool dans mon corps. Je titube entre les gens dont l’un fait tomber ma bouteille qui se brise en mille éclats. J’attrape le type par le col  et le pousse en arrière commençant à l’insulter. C’est pas assez! Faut que je cogne! J’suis la Hound, l’invaincue de l’arène pour qui tout le monde vote. C’est alors que je la vois. Mon amour, Cait… Que fait-elle à cet instant? L’embrasser… Je veux le goût de ses lèvres sur les miennes, souillées de bile. Je veux leur goût, si doux, si… Enivrant. Pas la même satisfaction ni le même plaisir. 


Mes larmes commencent à couler alors que j'entreprends de bousculer les gens de plus en plus, ou peut être est-ce eux parce qu’ils voient simplement une femme dégeulasse marchant et pliée en deux. Qu’est ce que je peux faire hein? J’en sais rien, elle me regarde toujours avec son sourire doux, ses yeux remplis d’affection et de tendresse. Je l’aime tellement et là… Elle hurle. Elle hurle? Pourquoi? Je pars en courant et rentre dans tous les gens sur ma route. CAIT! Elle disparaît. Ne t’en va pas! ET BOUM! Lorsque j’arrive il est trop tard. Une hallucination hein. Ok. Je sais comment soigner ça. Le whisky, cet élixir de vie. J'arrive chez moi, ça sent le renfermé et cette odeur me fait retrousser le nez alors que je ferme la porte derrière moi. 


Je me laisse tomber sur le lit, bras sur le visage, yeux fermés et bouteille en main. Lorsque je suis calmée et que mon cœur ne tambourine plus dans mes tempes, je me redresse doucement en faisant une grimace, posant la bouteille sur le rebord de la fenêtre derrière la tête du lit. Je regarde ensuite le mur, puis le couteau derrière moi, au niveau de la fenêtre, je le prends et regarde la lame ainsi que le mur, une énième fois, où on peut voir des barres gravées dans le béton. Incapable de me lever plus j’essaie de trouver un endroit que je n’ai pas encore ébréché. Combien de barres y a -t-il? Je les regarde et n’arrive même plus à les compter, il y en a bien trop. Bordel mais depuis combien de temps je suis dans cet état? Depuis combien de temps je me laisse mourir comme ça? 


Seulement, je veux pas arrêter, même si ça me détruit et que je le sais. J'ai besoin d'oublier... mais aussi de les voir... il n'y a qu'au fond d'une bouteille que je peux entendre le rire de ma soeur, que je peux sentir la chaleur des bras de celle que je croyais et crois toujours être la femme de ma vie. Ces deux femmes qui m'ont fait souffrir et que pourtant j'aime à m'en arracher le cœur. Je suis recroquevillée sur mon lit me tournant encore et encore alors que mon  ventre et mes ecchymoses me font atrocement souffrir. Vais-je mourir? Non ce serait trop beau ou.. Trop laid? Je n’ai plus grand chose à prouver. J’ai mal, psychologiquement et physiquement, je vais me tuer par-ci et par-là, une vraie nulle, après tout personne ne voit ma chute. Pas les personnes que je veux. Une chance en soi. S’en soucieraient-elles au moins? Je me tourne et me retourne sur mon matelas dur comme du béton, aucune chance d’avoir un sommeil réparateur avec ça, mais, en ai-je réellement besoin? J’en sais foutrement rien!


J’ouvre les yeux avec difficulté, les rayons de soleil venant directement dans mes pupilles pour les agresser. Un nouveau jour s'est levé. Un nouveau jour à affronter, à s’enfoncer dans ce tunnel sans fin. Une nouvelle journée qui se dessine comme celle d’hier, comme celle d’avant-hier et toutes les autres, passées et futures. Je n’en peux plus. Je fais un arrêt rapide chez Jericho pour avoir quelque chose dans l’estomac. Avant un combat c’est important pour que je ne me fasse pas démonter. Je bois toujours après m’être battue, enfin… Je crois? Mon esprit est immergé dans l’alcool qui ne cesse de s’accumuler dans la bulle psychologique que je me suis créée pour ne pas me noyer, et au final c’est cette bulle qui se remplit. BORDEL! J’arrive plus à respirer. Je suis à l’intérieur!


Un nouvel adversaire se trouve devant moi, tout le monde scande mon nom, mon pseudonyme, pour eux je ne suis pas Vi, je suis suis la Hound. Je fais signe à ma nouvelle victime pour qu’elle m’attaque, ce type doit faire deux têtes de plus que moi, mais je m’en fous, je le provoque. Je  veux du sang, encore, encore, toujours plus. Et puis… Après un dernier uppercut le décollant du sol, il retombe lourdement sur le sable de l’arène. Je suis une fois de plus la vainqueur de l’arène. Je lève mon poing dans les airs et pousse un cri rauque. Que ferait Cait et Jinx si elles me voyaient ainsi? Plus rien.. Elles n’en ont plus rien à foutre de moi, de ma descente aux enfers, de ma mort psychologique et, peut-être que moi aussi dans le fond? Ou, peut-être que je me suis tellement rabâchée ça que j’y crois à présent? Bordel c’est la merde dans ma tête.


Loris vient me voir à la fin du combat et nous allons au Last Drop bras dessus, bras dessous comme souvent après chaque sortie d’arène. Je sens mon sang sur mes plaies ouvertes commencer à sécher. Le liquide poisseux commence à faire office de croûte et colle à mes vêtements. Bah! Qu’importe! J’ai soif! Nous nous asseyons sur nos tabourets attitrés depuis quelques semaines à présent. On trinque, on boit. On trinque, on boit, encore et encore. Malheureusement ma dépravation me fait tout perdre, encore et encore. De quoi je parle? Loris… L’ancien pacifieur, le grand nounours qui me servait de pilier, qui me rappelait encore que j’étais vivante m’a bien fait comprendre que stop, j’étais allée trop loin. Cependant, est-ce que c’est moi qui l’ai repoussé ou inversement? Je ne sais plus, je suis totalement perdue. L’alcool sûrement? En attendant je reste assise là où Loris m’a laissée. Sur les marches près de mon taudis, une bouteille à la main, réfléchissant. Réfléchir? Vraiment? En suis-je encore capable au moins? 


Je me lève grâce à la rampe, mes pas sont mal assurés, mais je descends malgré tout. Pourquoi? Pfff… Peut être pour ne pas rester seule avec ma déchéance, mon auto-destruction. Malheureusement, je passe sur un morceau de marche ébréchée et glisse, aussi lentement que rapidement. Je vois le paysage défiler de bas en haut, doucement, alors que du liquide ambré s’échappe de la bouteille. Elle tourne sur elle-même avant de finalement s’exploser par terre en mille morceaux. Et lorsqu’on entend le bruit strident du verre se briser on peut également entendre un son lourd sur le béton sale et poussiéreux. Oui… Je me suis bien évanouie, mais après tout ce n’était qu’une question de temps. Je respire bruyamment et avec difficulté. J’ai  mal, même si ma tête est dure, j’ai mal… Je ne suis donc pas morte… Pourquoi! Pourquoi cette chute n’a-t-elle pas été fatale? Peut être que…. Non impossible!


Des gouttes commencent à tomber en cascade sur moi. J'ai froid et ouvre un peu les yeux, j'ai toujours aussi froid, mais cela fait baisser mon taux d'alcoolémie. Je referme les yeux et soupire puis, je sursaute légèrement.  Quelque chose de glacé s'est posé sur ma joue. Une main? J'ouvre avec difficulté les yeux une nouvelle fois. Des pieds, je remonte mon regard.  Caitlyn ! Elle se tient accroupie, là, ses longs doigts fins mouillés par la pluie, ce toucher devient même grisant bien qu’il soit froid. Ma vue pourtant floutée voit ses lèvres qui allaient s’ouvrir. Malgré la douleur qui irradie dans mes muscles j’arrive à lever le bras pour poser mes doigts sur sa bouche. Elle n’a rien besoin de dire, elle est là, c’est tout ce qui compte. Elle est là pour moi…

La pluie nettoie ma peau et nos larmes, oui, nous pleurons, comme si la distance nous avait arraché le cœur, c’est ce qu’elle a fait, n’est-ce pas?


Nous nous embrassons encore et encore jusqu’à ce que sa main vienne toucher l’arrière de ma tête. Ça fait mal putain! Cait passe tendrement ses doigts derrière mon crâne et écarquille les yeux en voyant le sang qui s’écoule entre ses phalanges. M’étant redressée, assise par terre, je me contente de hausser les épaules et de faire un geste de la main pour lui faire comprendre qu’on peut là où j’habite. Je titube en me remettant sur mes jambes alors qu’elle me soutient à mon premier vacillement. Une fois là-bas je la vois subjuguée par la crasse et le bordel de mon taudis. Au final je lui donne le nécessaire de soin, n’ayant pas la force de parler, mais je vois un petit sourire sur son visage, elle en a tellement eu l’habitude... Et je me demande, peut-être m'a-t-elle cherché durant tout ce temps? Ce temps où je ne faisais que tomber dans mon trou?

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