La fillette de Zaun

Chapitre 2 : Dans l'ombre d'une ruelle

992 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 19/01/2026 21:47

Viktor était absent de l’académie depuis quelques jours. Les derniers temps avaient été intenses, entièrement consacrés au développement du Noyau Hexadécimal. Cette obsession l’avait privé de repos, et ce matin-là, il avait senti le besoin de respirer autre chose que l’air poussiéreux de son laboratoire. Il décida donc de flâner dans les rues de Piltover.

Il avançait sans but précis, laissant son esprit vagabonder, lorsque quelque chose accrocha soudain son attention. Une fillette surgit en courant à quelques mètres de lui, tête baissée, essoufflée. Menue, petite, ses vêtements trop larges et élimés juraient avec l’élégance piltovienne environnante. Ses cheveux noirs étaient emmêlés, sales, comme si elle avait traversé bien plus que les rues.

Elle disparut dans une ruelle adjacente.

Viktor ralentit, troublé, cette image lui rappelant vaguement quelque chose. Piltover comptait son lot d’enfants livrés à eux-mêmes, mais la précipitation de la petite… c’était autre chose. Une fuite. Une peur. Il sentit cette intuition lui serrer la poitrine.

Il hésita encore quelques secondes, puis rebroussa légèrement chemin pour s’approcher de la ruelle.

Les bruits de la ville — le bourdonnement des machines, les conversations, les pas pressés — s’étiolèrent au fur et à mesure qu’il avançait. Ici, l’air semblait plus froid, chargé d’humidité et d’une odeur métallique. Ses pas se firent silencieux, tandis que ceux de l’enfant résonnaient encore quelque part devant lui.

— Il y a quelqu’un ? appela-t-il doucement.

Aucune réponse, seulement le souffle du vent entre les murs décrépits. Puis un cliquetis soudain : une boîte de conserve roula devant lui, surgissant de l’ombre derrière une caisse en bois.

Viktor s’immobilisa en la regardant rouler. Il approcha prudemment, sa canne frappant la pierre de manière feutrée mais distincte. En contournant la caisse, il distingua une silhouette recroquevillée. La fillette, tapie dans l’ombre, se replia encore davantage contre le mur lorsqu’elle le vit.

— Je sais que tu es là, murmura-t-il avec douceur. Je ne veux pas te faire de mal.

Elle ne répondit pas. Ses épaules minuscules tremblaient. Viktor s’arrêta à trois pas d’elle, laissant une distance rassurante.

— Je veux juste m’assurer que tu vas bien.

Il s’agenouilla lentement, ignorant la protestation de son genou. La fillette leva légèrement la tête, le fixant à travers son bras. Ses yeux verts, d’un éclat presque trop vif, étaient traversés d’un reflet violet… artificiel. Une couleur qu’il connaissait bien.

Le Shimmer.

Le visage de Viktor se ferma, sans perdre sa douceur.

— Tes yeux… Tu as pris du Shimmer, n’est-ce pas ?

Elle hésita, puis hocha la tête. Une honte palpable la traversa. Elle n’avait certainement pas choisi cela.

— Est-ce que quelqu’un t’a forcée ? demanda-t-il, la voix basse, presque un murmure.

La fillette finit par abaisser son bras. Son visage apparaissait entièrement : pâle, marqué par la fatigue et la crasse, trop jeune pour porter une telle détresse. Elle acquiesça de nouveau.

Un mélange sombre de tristesse et de colère monta en Viktor. Qu’on force un enfant à consommer cette substance… c’était insupportable.

Il changea légèrement d’appui ; elle recula aussitôt, comme un animal traqué.

— Non, tout va bien, dit-il en levant les mains pour lui montrer ses paumes. Je ne vais pas t’approcher. Je veux t’aider, c’est tout.

Elle secoua la tête, méfiante, terrorisée.

— Je comprends que tu aies peur. À ta place, je serais effrayé aussi. Mais je te promets que tu peux me faire confiance.

Leur regard se croisa enfin. Un fragile instant de doute chez elle, peut-être un début de confiance. Elle bougea légèrement vers lui…

Mais des ombres se découpèrent soudain derrière Viktor, projetées par la lumière de la rue principale. Des exclamations affolées éclatèrent, suivies de bruits de pas précipités. Quelques habitants fuyaient en sens inverse, terrifiés.

Deux gaillards à l’allure typique de Zaun débouchèrent finalement dans la ruelle. Leur arrivée expliquait parfaitement la panique. L’un d’eux repéra Viktor presque aussitôt et fit un signe à son compagnon, qui se mit à ricaner d’un air mauvais.

Le cœur de Viktor s’accéléra. Seul avec une enfant terrorisée, face à deux hommes dangereux, la situation devenait critique.

En avançant, le second homme aperçut la petite silhouette recroquevillée derrière la caisse.

— La voilà. On l’a enfin retrouvée.

Le premier s’approcha, son regard dur s’allumant d’une lueur sévère.

— Lucy… sors de là. Tu n’aurais pas dû t’enfuir et remonter ici. Le patron ne va pas être content.

L’esprit de Viktor s’emballa. Lucy. Ils connaissaient son nom. Ils la cherchaient. Et ils n’étaient clairement pas là pour lui offrir une aide bienveillante.

Avant qu’il ne puisse réagir, la fillette se jeta soudain vers lui. Terrifiée par les deux Zauniens, bien plus que par lui, elle vint se réfugier derrière sa silhouette, secouant violemment la tête pour refuser de retourner vers eux.

Viktor fut pris de court, sentant ses petits doigts s’agripper à sa jambe au moment où il se releva. Son corps tremblait de peur, une peur brute, presque palpable. Sans même réfléchir, il s’interposa entre elle et les deux hommes. Son instinct protecteur prit le dessus, malgré la douleur lancinante dans son genou, malgré ses propres limites physiques.

Face aux Zauniens, il redressa légèrement les épaules, comme pour leur signifier qu’ils devraient passer sur lui avant d’atteindre l’enfant.

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