La fillette de Zaun
Jayce fit signe à Lucy qu’elle pouvait descendre de l’établi.
— Le mieux serait de l’emmener voir un vrai médecin, poursuivit-il. Il pourra poser un diagnostic bien plus fiable que moi.
Lucy ne se fit pas prier et sauta aussitôt au sol.
Viktor acquiesça lentement. L’idée lui semblait évidente : un médecin pourrait évaluer l’état de la fillette et, avec un peu de chance, lui apporter l’aide dont elle avait besoin.
— Oui… c’est sans doute la meilleure solution, répondit-il.
Son regard suivit Lucy qui venait de rejoindre le sol. Un pincement d’inquiétude lui serra brièvement la poitrine, mais il s’efforça de garder un ton calme.
— J’espère seulement… qu’un médecin pourra l’aider, ajouta-t-il dans un murmure presque inaudible.
Jayce s’approcha, désormais pleinement investi dans la situation. Derrière eux, Lucy commençait déjà à se déplacer dans le laboratoire, observant les instruments et les plans étalés avec une curiosité prudente.
— Et il va aussi falloir trouver qui lui a fait prendre cette substance, dit Jayce d’un ton plus grave. Donner une drogue comme le Shimmer à une enfant… c’est criminel.
Viktor serra les dents. Une colère froide monta en lui à cette idée. Quelqu’un avait volontairement administré cette drogue à une enfant. À elle. C’était révoltant.
Il lança un bref regard vers Lucy, qui examinait maintenant un outil posé sur une table, fascinée.
— Tu as raison, répondit-il d’une voix tendue. Celui qui a fait ça devra répondre de ses actes. Donner du Shimmer à un enfant, c’est… impardonnable.
Jayce hocha la tête et tourna lui aussi les yeux vers la fillette.
Lucy observait chaque objet avec une curiosité presque émerveillée, comme si elle découvrait un monde entièrement nouveau. Malgré la gravité de la situation, la scène avait quelque chose de touchant : une innocence fragile qui persistait au milieu de circonstances bien trop sombres.
Viktor la regarda un long moment avant de laisser échapper un soupir discret.
— Elle est si jeune… murmura-t-il, la voix teintée de tristesse et d’un instinct protecteur grandissant.
Jayce acquiesça, puis posa une main sur le dossier d’une chaise.
— Allons l’emmener voir un médecin.
Viktor acquiesça doucement, son regard quittant un instant la fillette pour croiser celui de Jayce. Désormais, la priorité était claire : Lucy devait être examinée par quelqu’un de compétent.
— Bien. Allons-y tout de suite, répondit-il avec une détermination renouvelée.
Il reporta alors son attention sur la petite fille et l’appela d’une voix douce.
— Viens, Lucy. On va aller voir un médecin.
Il lui tendit la main.
Lucy détourna son regard de l’objet qu’elle observait et regarda Viktor. Après avoir soigneusement reposé l’instrument à sa place, elle trottina jusqu’à lui et glissa sa petite main dans la sienne.
Viktor sentit une chaleur inattendue l’envahir. Les doigts minuscules de l’enfant s’enroulaient autour des siens avec une confiance fragile. Son contact était léger, presque hésitant, mais profondément sincère.
Il serra doucement sa petite main dans la sienne, conscient du contraste entre ses doigts fins et sa paume calleuse. Une vague d’émotions l’envahit — un instinct protecteur puissant, mêlé d’inquiétude… et d’une affection naissante qu’il ne s’expliquait pas encore.
Il lança un bref regard à Jayce, puis reporta son attention sur Lucy. Un léger sourire adoucit ses traits.
— C’est bien. Reste près de moi, d’accord ?
Lucy acquiesça simplement, le regard toujours posé sur Viktor.
Jayce observa la scène en silence, une pointe d’affection dans les yeux. La douceur dont Viktor faisait preuve envers cette petite inconnue était touchante — presque surprenante venant de lui.
Puis il reprit la parole.
— Il faudrait aussi prévenir Heimerdinger et Mel de sa présence. Je préférerais éviter que quelqu’un la mette dehors simplement parce qu’elle vient de Zaun.
Viktor hocha lentement la tête. Son esprit quitta un instant la tendresse du moment pour revenir à des considérations plus pragmatiques. Jayce avait raison. Dans un lieu comme l’Académie — et plus encore à Piltover — la présence d’une enfant venue de Zaun pourrait facilement provoquer des réactions hostiles.
— Tu as raison. Nous ne pouvons pas nous permettre le moindre malentendu.
Il baissa les yeux vers Lucy. Sa petite main était toujours serrée dans la sienne, le contraste entre leurs doigts étant frappant. Il lui adressa une légère pression rassurante.
Jayce poursuivit :
— Emmène-la voir le médecin. Moi, je vais prévenir le Conseil.
Viktor acquiesça d’un léger signe de tête, reconnaissant silencieusement l’initiative de son ami.
— Très bien. On se retrouve ici après.
Jayce hocha la tête et se dirigea vers la sortie du laboratoire.
— D’accord. À tout à l’heure, Vik.
Il disparut dans le couloir, laissant Viktor et Lucy seuls dans le laboratoire désormais silencieux.
Viktor serra doucement la main de la petite fille et posa les yeux sur elle.
— Allons-y.
Il la guida vers la sortie du laboratoire. Lucy s’adapta naturellement à sa démarche, ralentissant légèrement pour rester à son rythme.
De temps à autre, Viktor baissait les yeux vers leurs mains toujours jointes, comme pour s’assurer qu’elle était bien là.
Σ symptômes ≠ diagnostic
Il est plus important de connaître le malade que la maladie dont il souffre
— Hippocrate
Le trajet jusqu’à l’infirmerie fut court, mais chargé d’une certaine appréhension. Viktor tenait toujours la main de Lucy, la guidant à travers les couloirs familiers de l’Académie. Les étudiants et membres du personnel qu’ils croisaient leur lançaient des regards curieux, intrigués par la présence de l’enfant. Viktor n’y prêta aucune attention. Toute sa concentration était tournée vers un seul objectif : faire examiner la fillette.
Au bout de quelques minutes, ils atteignirent enfin la porte de l’infirmerie. Viktor la poussa doucement et entra avec Lucy.
L’infirmerie se composait de plusieurs pièces : une petite salle d’attente avec un bureau d’accueil, puis le cabinet du médecin situé plus loin. Une infirmière était assise derrière le bureau, penchée sur un dossier dans lequel elle écrivait.
Viktor pressa légèrement la main de Lucy avant de s’avancer vers elle.
— Excusez-moi. Nous avons besoin de voir un médecin, et assez rapidement.
L’infirmière releva les yeux vers lui.
— Bonjour. Pour quelle raison ? C’est pour vous ?
Viktor secoua brièvement la tête.
— Non. C’est pour elle.
Il désigna doucement Lucy à ses côtés.
L’infirmière suivit son geste du regard. Ce n’est qu’à cet instant qu’elle remarqua vraiment la petite fille — et surtout ses vêtements usés, qui tranchaient brutalement avec la propreté et l’élégance habituelles de Piltover.
Son expression se crispa légèrement.
— Je ne sais pas si le médecin acceptera de la recevoir…
Viktor remarqua immédiatement le changement dans son attitude. Le regard qu’elle posait sur Lucy ne laissait guère de doute sur ce qu’elle pensait. Les vêtements abîmés de l’enfant avaient suffi à trahir ses origines.
Il inspira lentement pour contenir l’agacement qui montait en lui. Sa main se resserra un peu autour de celle de Lucy.
— Et pourquoi cela, exactement ? demanda-t-il d’un ton calme, mais nettement plus froid.
L’infirmière haussa légèrement les épaules.
— Nous n’avons pas le temps de soigner des Zauniens. Allez voir quelqu’un d’autre.
Sans attendre de réponse, elle se rassit et replongea dans son dossier comme si la conversation était terminée.
La frustration de Viktor monta d’un cran face à la réaction de l’infirmière. La discrimination flagrante dans ses propos attisait une colère qu’il peinait à contenir. Il inspira profondément pour garder le contrôle.
— Écoutez… il s’agit d’une enfant. Peu importe son origine ou l’endroit d’où elle vient. Allez-vous réellement lui refuser des soins parce qu’elle est de Zaun ?
Sa voix demeurait calme, mais ferme. Son regard ne quittait pas celui de la femme, chargé d’incrédulité et d’un défi à peine dissimulé.
L’infirmière ne répondit pas. Elle continua simplement d’écrire dans son dossier, comme si Viktor n’existait pas.
La mâchoire de Viktor se crispa.
— C’est inacceptable, lâcha-t-il entre ses dents.
Il baissa un instant les yeux vers Lucy. L’enfant se tenait toujours à ses côtés, sa petite main serrée dans la sienne. Un instinct protecteur presque viscéral monta en lui.
— Puis-je au moins parler moi-même au médecin ?
L’infirmière ne releva même pas la tête.
— Il est actuellement avec un patient, monsieur, répondit-elle d’un ton détaché en continuant d’écrire.
L’irritation de Viktor atteignit un nouveau seuil. L’indifférence de la femme lui donnait l’impression de parler à un mur. Il inspira une nouvelle fois, luttant pour garder son sang-froid.
— Très bien. Puis-je lui parler lorsqu’il sera disponible ? C’est urgent, bon sang. Il s’agit de la santé d’une enfant.
L’atmosphère tendue commença à effrayer Lucy. Elle se glissa lentement derrière les jambes de Viktor, s’accrochant à lui pour se cacher.
L’infirmière releva enfin les yeux.
— Baissez le ton, monsieur. Vous êtes dans une salle d’attente.
Viktor sentit immédiatement la petite bouger derrière lui. Lorsqu’il baissa les yeux, il vit la peur sur son visage. Cela raviva sa colère, mais il se força à respirer profondément avant de répondre d’une voix plus basse, toujours ferme.
— Très bien. Mais dès que le médecin sera disponible, je dois lui parler. C’est non négociable.
L’infirmière fit simplement un vague geste de la main en direction des chaises de la salle d’attente avant de replonger dans ses papiers.
Viktor laissa échapper un soupir discret. L’attitude désinvolte de la femme continuait de l’irriter. Il jeta un bref regard vers la rangée de sièges, remarquant les quelques patients déjà installés. Certains levèrent les yeux vers eux avec curiosité.
Puis il reporta son attention sur Lucy.
— Bien… marmonna-t-il.
La résignation perçait dans sa voix, mêlée à une frustration qu’il peinait à dissimuler. Il guida doucement la fillette jusqu’aux chaises et s’assit, son regard revenant presque aussitôt se fixer sur la porte du cabinet médical. L’attente lui paraissait déjà interminable.
Lucy grimpa à son tour sur l’une des chaises. Elle resta assise bien droite, les mains posées sur ses genoux, essayant d’attendre patiemment.
Mais les regards que certains patients lui lançaient la rendaient nerveuse. Elle se tassa légèrement sur son siège, jetant de temps à autre un coup d’œil inquiet autour d’elle.