La Plus Belle des Malédictions
Chapitre 1 : Une étincelle dans la nuit
845 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 04/02/2026 00:00
A journey without cause
A dream that never was
We're a brief shining light in the dark
Dynazty, Paradise of the Architect
D’un claquement de son briquet dans la main gauche, Ekko fit apparaître une petite flamme. Il l’approcha du bout de papier qu’il tenait dans la main droite. Celui-ci s’enflamma, et des cendres incandescentes s’envolèrent au-dessus de Zaun, scintillant un instant, telles des illusions, un rêve éphémère, avant de disparaître. Au loin, une myriade d’autres petites flammes s’éteignaient les unes après les autres dans la nuit naissante. Lentement, la ville basse replongea dans l’obscurité, étouffée sous son éternel brouillard couleur plomb, comme si rien n’avait fondamentalement changé. Elle était loin la Zaun utopique qu'il avait eu la chance de pouvoir explorer. Elle semblait même avoir disparu à jamais.
C’était étrange. Le monde devait changer, c’était inévitable après les récents évènements. Ekko avait d’ailleurs joué un rôle majeur dans la bataille de Piltover qui venait de s’achever. Et pourtant, il sentait un grand vide en lui. Depuis tout petit, il se battait pour les autres, cherchant systématiquement une solution à chaque nouvelle difficulté qui surgissait. Il avait jusqu’à présent vécu sa vie comme si elle était un de ces jeux qu’il partageait, enfant, avec Powder. Elle tirait, il esquivait. Dès qu’il avait évité un premier projectile, il repérait le suivant, et anticipait la meilleure manière de lui échapper. Les tirs n’arrivaient jamais exactement au même endroit, ni avec la même fréquence. Il fallait toujours être en alerte. Et finalement, il avait dû faire appel à beaucoup d'astuces et d’énergie pour avancer en évitant toutes les balles que la vie avait tirées vers lui. Il avait effectué un travail de longue haleine pour essayer de construire un petit paradis dans Zaun, près d’un arbre centenaire qui avait survécu par on ne sait quel miracle. En outre, dans la bataille qu’il venait de mener, il avait vécu un climax de quelques heures seulement, mais à un niveau d’intensité rare, réglant ses trajectoires au millimètre près, avec seulement quatre petites secondes de joker en cas d’erreur d’appréciation. Que les efforts fussent longs ou courts, intenses ou équilibrés, il avait toujours pris sa part. Il n’avait jamais questionné la fatalité et le rôle qu’elle lui avait attribué. Il prenait ses responsabilités, parce que c’était ce qui lui semblait juste.
Mais à présent, il n’y avait plus d’obstacle à franchir, plus de projectile à esquiver. Il pouvait enfin se consacrer à lui-même. Il ne se souvenait plus d’avoir déjà eu des projets qui ne fussent pas des réactions à une difficulté. Il n’avait jamais eu le temps de rêver pour lui-même, et maintenant que c’était là, qu’il pouvait légitimement se le permettre, il s’en sentait bien incapable. En fait, il y avait bien eu une étincelle, un désir qui avait pris forme en lui. Mais ce rêve, telle une étoile filante, s’était déjà éteint. Il avait pourtant lutté pour maintenir Jinx en vie, rembobinant le temps jusqu’à trouver la phrase qui fît mouche. Il avait quitté un paradis pour la sortir de l’enfer. Et il avait presque réussi. Mais elle avait disparu, tel un bout de papier consumé par les flammes, et il était condamné à vivre dans cet enfer où elle n’était plus.
Il regarda en contrebas, et ressentit une étrange sensation de vertige. Il avait l’habitude de l’altitude, l’habitude de se mouvoir sur son hoverboard dans les airs avec une fluidité inégalée. Pourtant, en cet instant, il sentait toute la fragilité de son enveloppe corporelle. S’il basculait, il ne resterait rien de lui : plus de génie, plus de rêves avortés, plus de souffrances. Mais, la souffrance n’était-elle pas mieux que ce rien ? Qui sait, peut-être pourrait-elle servir de fondation à quelque chose de neuf et de beau ?
Il se retourna et s’éloigna de cet endroit qui amenait avec lui trop de mélancolie. Il monta sur son hoverboard, et sans regarder en arrière, s’envola vers le ciel, pour envelopper ses réflections de la texture moelleuse et de la forme éphémère des nuages, masses diffuses qui reflétaient des lueurs diaphanes dans la nuit noire.
Il n’avait pas de destination précise. Il ne regardait même pas ce qu’il y avait autour de lui, trop occupé à scruter les images qui défilaient dans sa tête, fragments du passé, proche ou lointain, qui se chevauchaient et se mélangeaient à ses fantasmes dans un montage duquel il ne parvenait pas à extraire de ligne cohérente.
Il se laissa passivement porter par le vent. Il était fatigué de l’action.