L’Archer de Cuir : Abdominaux et Incohérences
Chapitre 1 : Le retour du naufragé (et de ses abdos)
2891 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 24/03/2026 11:13
L’histoire commence comme toutes les mauvaises idées de justicier masqué. Avec beaucoup trop de pluie tropicale qui fouettait la jungle comme une punition divine, et un homme qui refusait catégoriquement d'utiliser un peigne, ou une brosse, ou tout instrument civilisé de démêlage.
Sur une île perdue au milieu de la mer de Chine, une île que les cartographes, s'ils osaient s'y aventurer, appelleraient "Lian Yu", et que les producteurs, bien plus pragmatiques, appellent "le parc derrière le studio à Vancouver avec un budget effets spéciaux post-pluie", un homme courait. Cet homme, c’était Oliver Queen. Mais pas l’Oliver Queen que vous connaissiez, celui qui ne savait pas distinguer un cocktail d’un autre s’ils n’avaient pas tous les deux un parapluie en papier rose et une tranche d'ananas dedans. Non, celui-ci était "sombre". Tellement sombre qu'il aurait pu absorber toute la lumière d'une pièce et la recracher sous forme d'angoisse existentielle. Oliver courait à travers des fougères géantes et luxuriantes qui semblaient avoir été minutieusement placées là par un paysagiste maniaque sous stéroïdes, chaque feuille plus verte que la précédente. La boue gluante et rougeâtre claquait sous ses pieds nus, mais il ignorait le désagrément. Il portait une perruque si dense et si emmêlée qu'un écosystème entier de rongeurs menacés d'extinction, accompagnés de quelques espèces de champignons rares, aurait pu y trouver refuge et y fonder une colonie prospère. Sa barbe, en revanche, était une énigme de la nature et un défi à la logique. Malgré cinq ans de vie sauvage sans électricité ni miroir, ses contours étaient aussi nets que s'il venait de sortir d'un salon de barbier « hipster » du Marais, complet avec serviette chaude et huile d'argan. Apparemment, l’instinct de survie inclut le maniement précis du tesson de bouteille sur la ligne des joues et l'art du fade. Il s'arrêta brusquement au bord d'une falaise vertigineuse, les rochers humides et moussus glissants sous ses pieds. L'océan, en contrebas, mugissait avec la force d'un millier de monstres marins affamés. Il ne haletait pas. Les héros de son calibre ne respirent pas comme le commun des mortels ; ils absorbent l’oxygène par pure volonté de fer, et probablement par osmose à travers leurs pores musclés. Il fixa l’horizon infini et brumeux, ses yeux d'un bleu d'acier perçant la grisaille. Il attendait un signe. Un bateau ? Un avion ? Un livreur Uber Eats égaré, risquant sa vie pour un poké bowl au thon ? Soudain, il aperçut une petite coque de noix flottante au loin, à peine visible à travers la brume marine. Le temps était venu. Oliver ne sortit pas un miroir de signalisation, ce serait trop simple, trop... civilisé. Il préféra courir avec une détermination féroce vers un tas de bois stratégiquement empilé en forme de bûcher funéraire viking, comme si quelqu'un avait prévu sa sortie théâtrale cinq ans à l'avance. Il banda son arc, un arc fabriqué à partir de bois flotté et probablement de tendons de dragons, vu la tension de la corde qui chantait sous ses doigts, et décocha une flèche enflammée. Le tas de bois s'embrasa instantanément dans une explosion digne d'un film de Michael Bay, projetant des flammes orange et des étincelles vers le ciel plombé. Oliver ne recula pas d'un millimètre face à la chaleur intense. Il resta là, impassible, le regard fixe, ses pectoraux ciselés se contractant avec une telle force qu'on aurait pu y casser des noix de coco sans effort.
« Ils arrivent, » murmura-t-il, sa voix caverneuse semblant sortir d'un broyeur à gravats en fin de vie.
C’était la première fois qu’il parlait depuis trois semaines. Sa propre voix lui fit l’effet d’un violoncelle qu’on aurait traîné sur une autoroute à 130 km/h sans ménagement. C'était parfait. C'était dramatique. C'était le début du calvaire pour les spectateurs, et le signal que les choses sérieuses (et très, très sombres) allaient enfin commencer.
Le voyage de retour ne fut pas montré à l'écran, probablement parce que voir Oliver Queen remplir des formulaires de douane avec une barbe de trois mètres de long et un regard hanté par l'enfer aurait cassé le mythe de l'intouchable super-héros et aurait surtout été incroyablement ennuyeux. On le retrouve donc directement à Starling City, une métropole charmante où le taux de criminalité est seulement surpassé par le taux d'humidité ambiant, et où les pigeons sont les seuls êtres vivants à ne pas avoir l'air désespéré. La ville avait une particularité technologique fascinante. Elle semblait être la seule ville au monde équipée d’un filtre "Instagram Dépression" permanent. Le ciel était d'un gris anthracite, les bâtiments art déco étaient gris, les voitures grises se fondaient dans le décor, et même les habitants semblaient avoir une légère teinte de béton frais sur le visage, comme s'ils avaient tous renoncé à l'espoir en même temps. Le convoi de voitures noires rutilantes arriva devant le manoir des Queen, une forteresse de pierre grise cachée derrière de lourdes grilles en fer forgé. C’était une demeure si vaste et si labyrinthique qu’on soupçonnait les domestiques d’utiliser des GPS et des balises pour trouver la cuisine ou la salle de bain la plus proche. À l’entrée, sur les larges marches de pierre, l’attendaient les deux personnes les plus importantes de sa vie, ou du moins les deux personnes dont le contrat stipulait qu'elles devaient être là pour cette scène. Moira Queen se tenait en haut des marches, figée comme une statue de cire coûteuse. Elle portait un ensemble Chanel gris perle qui coûtait probablement le prix d'un hôpital de campagne dans un pays en développement. Son visage était un chef-d'œuvre de la science moderne. Entre le Botox impitoyable et le stoïcisme aristocratique, son seul moyen d'exprimer une émotion aussi intense que la joie du retour de son fils était de hausser un sourcil d'environ deux minuscules millimètres.
« Oliver... » murmura-t-elle d'une voix qui trahissait un choc presque imperceptible.
Elle ne courut pas vers lui. Les Queen ne courent pas. Ils glissent avec dignité sur le malheur des autres, ou se déplacent en lévitation discrète. Oliver descendit de la voiture, son corps musclé bougeant avec rigidité. Il ne portait plus sa perruque de Robinson (dommage pour les rongeurs délogés), mais il arborait un costume noir flambant neuf, qui était malheureusement devenu beaucoup trop petit, comme si ses nouveaux muscles surdéveloppés essayaient activement de s'échapper du tissu trop étroit.
- Mère, » répondit Oliver, sa voix désormais si basse qu'elle se situait dans une fréquence uniquement audible par les baleines, les infrasons sismiques et les caissons de basse de tuning de voiture.
Il s’approcha pour une étreinte. Ce fut un moment de pure gêne cinématique. En entrant en contact avec son fils, Moira eut l'impression de serrer un sac de boulets de canon enveloppé dans du papier de verre rugueux. Elle n'avait jamais connu son fils aussi... solide, aussi dépourvu de toute tendresse.
« Tu es... changé, Oliver. Tu es si... solide. »
« L'île m'a forgé, mère. J'ai appris que la tendresse est une faille dans l'armure et que les câlins ralentissent le temps de réaction face à un prédateur affamé. »
C'est alors que surgit Tommy Merlyn, dévalant les marches avec l'enthousiasme d'un chiot incontrôlable. Tommy, c’était l’antithèse d’Oliver. Il était le genre de type qui pensait qu'un "arc" était juste une marque de chaussures de luxe italienne et que "survivre" signifiait attendre plus de dix minutes que son latte végétalien soit prêt sans s'énerver. Ses vêtements étaient impeccables, son sourire éclatant et ses cheveux, dieu merci, parfaitement coiffés.
« MEC ! » hurla Tommy, en lui frappant l'épaule avec une force désastreuse.
Il manqua de se briser le métatarse sur le deltoïde d'Oliver, qui resta de marbre.
« Regarde-toi ! Tu es passé de "fils à papa qui vomit sur des yachts avec trop de prosecco" à "G.I. Joe sous stéroïdes et thé vert" ! Qu'est-ce qu'ils t'ont donné à manger là-bas, des rochers ? »
Oliver fixa Tommy avec l'intensité d'un laser industriel, ses yeux scrutant l'âme de son ami d'enfance, à la recherche de fissures.
« Des écorces, Tommy. Et des racines de lotus fermentées dans la sueur de mes ennemis. J'ai dû apprendre à sculpter mes abdos avec des pierres tranchantes parce que le sable était trop mou pour mes pompes quotidiennes. J'ai vu des hommes mourir pour une gorgée d'eau tiède. J'ai vu l'obscurité derrière l'obscurité. Et elle m'a regardé en retour. »
Il y eut un long silence, pesant et gênant. Un oiseau qui gazouillait joyeusement au-dessus d'eux s'arrêta brusquement de chanter. Un voiturier, qui s'apprêtait à prendre les clés d'une Bentley, les laissa tomber avec un bruit métallique assourdissant.
« Euh... d'accord, » répondit Tommy en reculant prudemment, une expression de léger malaise sur le visage. « Sinon, j'ai organisé une fête avec des mannequins polonaises et de la tequila artisanale. Ça te dit ? On pourra faire des jeux à boire ! »
« La tequila est un solvant qui affaiblit la coordination œil-main et diminue la vigilance, Tommy. Mais je viendrai. Pour observer. Dans un coin sombre. Sans cligner des yeux. Et peut-être pour m'assurer qu'aucun mannequin polonais ne devienne une victime de la criminalité locale. »
Plus tard cette nuit-là, alors que les lumières scintillantes de Starling City s'étiraient à l'horizon, Oliver décida qu'il était temps de commencer son vrai travail. Il ne pouvait pas juste s'asseoir et regarder des épisodes de Friends pour rattraper cinq ans de retard, ou naviguer sur YouTube à la recherche de tutoriels pour maîtriser la méditation transcendantale. Non, il avait une liste. Une liste de noms, écrite par son père. Il s'éclipsa silencieusement du manoir et descendit dans les sous-sols d'une ancienne usine sidérurgique désaffectée lui appartenant. L'endroit était parfait pour un justicier. Il y avait de la rouille, de l'eau stagnante (probablement radioactive, ce qui ajoutait à l'ambiance), des ombres dansantes projetées par les rares néons clignotants et suffisamment d'espace sombre pour cacher une armée de ninjas entraînés au parkour. C’était officiellement sa "Planque de la Douleur", son "Repaire de la Vengeance" et son "Centre de Fitness pour Traumatismes". Il posa sur une table en métal froid et taché d'huile le carnet de son père. Ce carnet était une merveille technologique défiant toute logique. Malgré le naufrage du yacht familial, l'humidité suffocante de la jungle, les combats à l'épée, les diverses fois où Oliver s'en était probablement servi comme dessous de plat improvisé ou comme arme contondante, le papier était blanc immaculé, les coins restaient nets et l'encre ne présentait aucune bavure. C’était sans doute du papier fabriqué à partir de peaux de licornes sacrées imprégnées d'un sort d'imperméabilité antique, la seule explication rationnelle possible. Oliver ouvrit le carnet. Chaque page contenait un nom de riche citoyen de Starling City ayant commis des actes atroces, comme détourner des fonds de pension, exploiter des enfants dans des mines de diamants ou, pire encore, ne pas laisser de pourboire au restaurant chic du quartier. Il pointa son doigt sur un nom encadré d'un cercle rageur. Martine de la Compta. Martine n'était pas une femme dangereuse, mais bien pire. Elle était une comptable dangereuse. Elle avait falsifié les comptes de l'assurance maladie pour s'acheter une collection de timbres rares (surtout des timbres allemands du début du XXe siècle) et une tondeuse à gazon silencieuse, dont le crime ultime était d'être trop silencieuse, permettant à Martine d'espionner ses voisins. Pour Oliver, c'était le crime ultime, une trahison de la confiance civique et de l'honneur des tondeuses à gazon.
« Martine de la Compta... » souffla Oliver, sa voix faisant vibrer les tuyaux de plomb corrodés de l'usine désaffectée, comme une promesse de malheur. « Tu as trahi cette ville. Tu as choisi le profit plutôt que l'honneur. Tu as choisi le bridge plutôt que la justice. Et pour ça, tu vas payer. »
Il se tourna vers un mannequin d'entraînement usé, suspendu à une chaîne grinçante. Il devait se préparer. Il commença une série de tractions sur une barre de fer rouillée au-dessus de sa tête. Mais attention, pas des tractions normales. Des tractions où il lançait tout son corps en l'air, lâchait la barre, faisait un triple salto carpé avec vrille, rattrapait la barre avec ses dents, et recommençait. Parce que si tu n'as pas l'air d'un athlète olympique sous crack avec une rage incontrôlable, es-tu vraiment un héros de la CW ? Absolument pas.
Il était enfin temps de revêtir l'armure de la nuit. Oliver sortit une malle en bois sombre, frappée de symboles tribaux étranges, comme si elle avait été exhumée d'un temple ancien. À l'intérieur se trouvait son costume. Il faut qu'on parle du costume. C'était un ensemble complet en cuir vert forêt, d'un vert si sombre qu'il en était presque noir. Pourquoi du cuir ? Parce que c'est bien connu, le cuir est la matière la plus silencieuse et la plus respirante au monde pour se faufiler sur des toits en métal par une nuit humide. Ça ne grince absolument pas à chaque mouvement, ça n'émet aucun bruit de frottement, et ça ne vous fait absolument pas transpirer 4 litres d'eau par heure, transformant l'intérieur en une étuve personnelle. Oliver enfila le pantalon (très, très moulant, pour l'aérodynamisme de ses fessiers d'acier) et la veste. Puis, il saisit l'élément crucial. La Capuche. Dans le monde réel, si vous mettez une capuche et que vous parlez à votre mère à deux mètres de distance, elle vous reconnaîtrait à votre nez, à votre bouche, à la forme de vos oreilles, ou au fait que vous mesurez 1m90 et que vous avez la voix de son fils unique. Mais à Starling City, la Capuche possède des propriétés magiques de distorsion de la réalité. Dès qu'Oliver rabattait ce morceau de tissu sur son front, il devenait un étranger total. Il aurait pu s'asseoir à table avec sa famille, commander du sel, et faire des blagues sur la météo, personne n'aurait fait le lien. Il se regarda dans un morceau de verre brisé, fixé au mur, reflétant son visage sous un angle menaçant. Il se trouvait trop "lumineux", trop "reconnaissable". Il prit donc un pot de maquillage noir, probablement du charbon de bois mélangé à de la graisse de moteur récupérée, et s'en étala généreusement autour des yeux, comme un joueur de football américain avant un match décisif.
« Parfait, » dit-il, sa voix résonnant dans la cave. « On dirait que j'ai passé la nuit à pleurer devant un concert de rock gothique de 2003, mais l'effet de peur et d'anonymat est garanti. Personne ne me reconnaîtra sous cet artifice diabolique. »
Il saisit son arc, une pièce d'ingénierie qui ressemblait à une sculpture moderniste. Ce n'était pas un arc de débutant. C'était un arc pliant, capable de se transformer en bâton de combat, en perche de saut, en grappin motorisé, et probablement en antenne satellite capable de capter les signaux extraterrestres si on appuyait sur le bon bouton. Il remplit son carquois de flèches variées. Flèches à pointe explosive, flèches à grappin, flèches qui font de la fumée, et la fameuse flèche "clé USB" qui permet de pirater n'importe quel ordinateur de la NASA juste en la plantant dans l'écran, ou la flèche "téléphone portable" qui permet d'appeler sa mère en cas d'urgence. Il était prêt. Martine de la Compta ne savait pas ce qui allait lui tomber dessus. La comptable était probablement chez elle, en train de remplir sa déclaration d'impôts avec un sourire diabolique, savourant un thé à la camomille, ignorant qu'un milliardaire en cuir vert aux abdos en titane était en train de courir sur son toit. Oliver s'élança dans la nuit, sautant de corniche en corniche avec une agilité qui défiait les lois de la gravité et les limites de son assurance vie, sa silhouette sombre se découpant sur le ciel gris de Starling City.
« La ville va changer, » murmura-t-il alors qu'il manquait de glisser sur une fiente de pigeon particulièrement traître. « Car je suis la Capuche. Et j'ai des abdos en titane. Et une très, très longue liste. »