L’Archer de Cuir : Abdominaux et Incohérences
Chapitre 2 : La comptable, la blonde et le disque dur fondu
2912 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 31/03/2026 07:09
Le soleil se levait sur Starling City, ou du moins, il essayait de percer un dôme de nuages couleur plomb. À Starling, le soleil n’est pas un astre, c’est une rumeur lointaine, une légende urbaine étouffée par une couche de pollution si épaisse qu’on pourrait y sculpter des statues et les exposer dans un musée de l'asthme. L'air sentait le pneu brûlé et le café bon marché, un mélange qui, pour Oliver, commençait à ressembler à la liberté. Dans sa chambre de milliardaire, une pièce si vaste qu'elle possédait son propre écho et probablement son propre micro-climat, Oliver Queen ne s’était pas réveillé. Pour se réveiller, il aurait fallu dormir. Et Oliver ne dormait plus depuis qu'il avait compris, sur les rivages tranchants de Lian Yu, que les paupières fermées étaient une invitation ouverte pour les scorpions de mer, les mercenaires russes et les moustiques de la taille d'un petit drone. Il était là, debout devant son miroir psyché au cadre doré, à contempler ses cicatrices sous la lumière crue de l'aube. Il en avait partout. C'était une carte routière de la souffrance écrite en relief sur sa peau. Des cicatrices de flèches en forme d'étoiles, des sillons de balles, et une marque particulièrement étrange sur le coude qui ressemblait étrangement au logo d’une célèbre marque de yaourt grec.
« L’île m’a marqué, » murmura-t-il à son reflet, qui fixait le vide avec l'intensité d'un prédateur en cage. « Chaque marque est une leçon. »
Il effleura une boursouflure sur son épaule. La leçon ? "Ne pas courir avec des ciseaux". Une trace rouge sur son flanc ? "Les chèvres sauvages sont plus rancunières qu'elles n'en l'air". Il enfila une chemise en coton égyptien à 800 dollars, un tissu si fin qu'il semblait fait de soie de fée. Mais dès qu'il ferma les boutons, le coton poussa un cri de douleur silencieux en essayant de contenir des trapèzes qui avaient désormais la densité du béton armé. Oliver soupira. Il devait maintenir les apparences, jouer le rôle du playboy inutile dont le seul talent était de dépenser le PIB d'un petit pays en champagne tiède, alors qu'en réalité, il ne pensait qu'à une seule chose. La structure comptable de Martine.
Le siège de Queen Consolidated était un monolithe de verre et d’acier noir qui dominait la skyline comme un majeur dressé vers le ciel. Le hall d'entrée était un temple du vide. Du marbre blanc, des écrans géants diffusant des graphiques boursiers et des réceptionnistes qui semblaient avoir été créées dans un incubateur de perfection. Oliver traversa l'espace avec la démarche d’un homme qui s'attend à ce que chaque dalle du sol cache une mine antipersonnel. Les employés s'écartaient, non par respect, mais parce que son charisme était devenu une masse physique si lourde qu'il modifiait la pression atmosphérique et faisait grésiller les téléphones portables aux alentours. Il ignora l'ascenseur privé menant aux sushis et aux synergies de la direction. Il descendit. Plus bas que le parking VIP, plus bas que la chaufferie où les tuyaux grognaient comme des bêtes blessées. Il s'enfonça dans le département des "Services Informatiques Secondaires", un endroit où la lumière du jour était un concept abstrait et où le café était la seule monnaie d'échange reconnue. C’est là qu’il la vit. Felicity Smoak. Elle était nichée dans un box qui faisait la taille d'un placard à balais de luxe, mais un placard très high-tech. Elle était littéralement barricadée derrière quatre écrans géants dont le rayonnement bleu donnait à sa peau une teinte de fantôme cybernétique. Des tasses à café vides s'empilaient comme une partie de Tetris ratée, et des câbles Ethernet serpentaient au sol comme des serpents noirs prêts à mordre. Elle portait des lunettes à monture rose bonbon et un haut aux motifs colorés qui hurlait : "Je suis le seul personnage avec une personnalité dans ce sous-sol". Oliver s'approcha, le cuir de ses chaussures crissant sur le linoléum. Felicity sursauta avec une telle violence qu'elle manqua d'avaler son stylo quatre couleurs.
« Oh ! Monsieur Queen ! Vous êtes... ici. Dans cette pièce. Qui est soudainement très petite. Je parle trop ? Oui. C'est mon super-pouvoir. Je pourrais arrêter une invasion extraterrestre juste en expliquant les paramètres de mon routeur jusqu'à ce que l'ennemi s'autodétruise par ennui. »
Oliver posa sur le bureau un objet qui ressemblait à un morceau de charbon de bois ayant survécu à une rentrée atmosphérique sans bouclier thermique.
« J’ai besoin que tu analyses ce disque dur, Felicity. »
« Monsieur Queen... ceci n'est plus un disque dur. C'est un fossile technologique. On dirait qu'il a été mâché par un tyrannosaure en colère, puis utilisé comme palet de hockey dans une fonderie. »
« J’ai renversé du café dessus, » affirma Oliver, sa voix étant aussi expressive qu'un bloc de granit.
« Du café ? À quel degré ? 5000 degrés ? Il y a des impacts de balles de calibre .45 dans le boîtier, Monsieur Queen. C'est du café balistique ? »
« C'était du café très fort. Très serré. Très italien. »
De retour dans sa planque, Oliver entama son rituel. À Starling City, on ne part pas en mission sans une séance de musculation gratuite pour le spectateur. Il s'attaqua à "L'échelle à Saumon". Sous la lumière vacillante d'un néon jaune, Oliver saisit la barre de fer. Ses muscles se gonflèrent, chaque fibre de son dos se dessinant comme une carte topographique des Alpes. Un. Deux. Trois. Il se propulsait vers le haut avec une explosion de puissance brute, la barre claquant contre les supports métalliques dans un bruit de tonnerre. La sueur coulait le long de ses tempes, s'écrasant sur le béton froid. Chaque mouvement était une prière à la vengeance. Il pensait à l'île, à l'odeur de la jungle après la pluie, et à la fois où il avait dû étrangler un requin avec une sangle de sac à dos. Une fois trempé comme s'il sortait d'un naufrage, il passa au matériel. Le son de la pierre à affûter contre le métal des flèches était hypnotique. Crish. Crish. Crish. Il vérifia sa corde d'arc, une merveille en polymère de carbone capable de découper un tronc d'arbre. Il ouvrit son armoire à gadgets. Des pointes explosives, des flèches grappins, et la fameuse flèche "Coup de Poing" (parce que parfois, la subtilité demande un gant de boxe miniature lancé à 200 km/h). Il enfila son cuir vert. Le vêtement semblait fusionner avec lui. Il étala le maquillage noir autour de ses yeux avec la solennité d'un prêtre guerrier. Il ne restait plus rien du riche héritier.
« Martine », murmura-t-il, l'ombre de sa capuche dévorant son visage. « Ton bilan comptable arrive à échéance. »
Oliver s'élança de sa planque après trois heures de tractions torse nu sous une cascade d'eau froide, une installation artisanale qui fuyait légèrement, mais l'eau chaude est une faiblesse que les hommes avec des listes de vengeance ne peuvent se permettre. Il ignora sa voiture garée dans un coin, préférant courir sur les toits de la banlieue résidentielle. C’est un choix logistique discutable qui demande un cardio de divinité grecque, mais qui offre l'avantage inestimable de pouvoir faire des poses héroïques sur les cheminées des gens, les cheveux au vent, en surplombant des piscines gonflables et des barbecues Weber. Il arriva enfin devant la demeure de Martine. C’était une villa d’architecte, un hymne au bon goût bourgeois avec une pelouse tondue si ras qu'on aurait pu y pratiquer une opération à cœur ouvert. Une haie de troènes, taillée avec une rigueur militaire, encadrait la propriété comme un rempart de verdure pacifique. Oliver s'accroupit sur une branche de chêne centenaire. Sa silhouette, enveloppée dans un cuir vert forêt, essayait de se fondre dans le feuillage, un exercice de camouflage périlleux quand on pèse 95 kilos de muscles saillants et qu'on transporte un arc composite de deux mètres qui accroche chaque branche. À l'intérieur, l'ambiance était aux antipodes de la fureur de l'archer. Le bureau de Martine était un cocon de luxe silencieux, sentant le papier de haute qualité et la cire d'abeille. Des plantes vertes aux feuilles luisantes apportaient une touche de vie à cette pièce remplie de dossiers suspendus, classés avec une maniaquerie effrayante. Martine de la Compta, une femme dont le charisme s'arrêtait à la bordure de son sous-main, terminait sa journée. Elle ajusta ses cheveux avec la satisfaction d'un devoir accompli, ses yeux brillant d'un éclat cupide alors qu'elle faisait défiler ses relevés bancaires sur un écran 4K. Fracass ! La baie vitrée, qui offrait une vue imprenable sur les hortensias, explosa en une pluie de diamants mortels. Les éclats de verre volèrent dans la pièce, brillant comme des étoiles sous les spots halogènes. Oliver atterrit dans une roulade parfaite, exécutée avec une fluidité de félin, écrasant au passage un bégonia de collection primé au concours régional. Il se redressa d'un bloc, tel un spectre émeraude surgi d'un cauchemar sylvestre.
« Martine de la Compta ! » rugit-il, sa voix vibrant d'un écho caverneux qui fit osciller le lustre en cristal.
Le comptable sursauta, son agrafeuse lui échappant des mains pour finir sa course, avec un bruit étouffé, dans l'épais tapis en laine de mouton de Nouvelle-Zélande.
« Qui êtes-vous ? Un livreur Deliveroo très en colère ? Ou le mec de l'élagage ? J'avais dit jeudi pour les thuyas ! Et on ne rentre pas par la vitre ! »
« Je suis celui qui vient réclamer les intérêts de ta trahison ! Tu as pris l'argent des nids-de-poule pour te payer un abonnement à "Jardin Magazine" et une villa avec chauffage au sol ! Tu as trahi cette ville ! »
Oliver arma son arc. Le bois et la corde produisirent un craquement sinistre, un son qui annonçait généralement une fin de contrat immédiate. Le vent de la nuit s'engouffrait désormais par la brèche béante, faisant claquer la capuche d'Oliver de façon si dramatique qu'on aurait pu croire à la présence d'un ventilateur de studio caché sous le bureau. Martine, blême, son teint devenant aussi blanc que sa chemise empesée, recula jusqu'à s'écraser contre son classeur métallique.
« Je vais tout rendre ! Je n'ai même pas encore lu le dossier central sur les nouvelles tondeuses à gazon avec leurs motorisations sans fil à batterie haute performance ! C'était juste pour le prestige !
« Trop tard ! La facture est arrivée, et elle est impayable ! »
Oliver ne la tua pas. Ce serait trop simple, et cela tacherait inutilement le tapis. Il décocha une flèche. Le sifflement de la pointe fendant l'air fut le dernier son que Martine entendit avant de sentir un souffle chaud contre sa tempe, le projectile lui coupant au passage une mèche de cheveux gris avec précision, pour aller se planter directement au cœur de l'unité centrale de son ordinateur. Une étincelle bleue jaillit du processeur, un cri électronique agonisant résonna dans la pièce, et une légère odeur de plastique brûlé envahit l'espace. En un éclair, tout l'historique de recherche de Martine, ses favoris sur les timbres de collection de la période pré-postale et ses techniques secrètes de tondre le gazon, disparut dans le néant numérique.
« Demain, le procureur recevra tes dossiers financiers sur son bureau. Repose-toi bien, Martine. La prison n'accepte pas les abonnements magazines, et les tondeuses à gazon y sont interdites pour des raisons de sécurité évidentes. »
Oliver lança une bombe fumigène au sol. C'était un geste totalement inutile puisqu'il n'avait qu'à faire trois pas pour ressortir par le trou de la vitre, mais c'était primordial pour l'esthétique "vigilante" et pour ruiner définitivement les rideaux en lin. Il se fondit dans l'obscurité du jardin, laissant Martine seule au milieu de ses remords, de sa fumée épaisse et de ses vitres brisées.
Au manoir des Queen, le silence était plus lourd que dans une crypte. Oliver essayait de regagner son aile quand une voix pointue l'arrêta net. Thea. Sa sœur, portant un bonnet trois fois trop grand pour sa tête, le regardait avec une suspicion non dissimulée.
« Oliver ? Pourquoi tu es habillé comme si tu sortais d'une convention de jeux de rôles qui aurait mal tourné dans une forêt humide ? Et c'est quoi ce noir sur ta figure ? »
« C'est... une nouvelle tendance à Hong Kong, Thea. Le look "Charbon Chic". Ça purifie les pores et ça camoufle les regrets. »
« Tu es bizarre. Depuis que tu es revenu, tu ne manges plus de pain et tu fixes les ventilateurs de plafond comme s'ils allaient t'attaquer. »
« Le gluten est une distraction, Thea. Va dormir. Demain, j'achèterai un nouveau club de nuit pour prouver que je suis toujours un raté superficiel. »
Il monta dans sa chambre, retira ses bottes de cuir avec un soupir de soulagement et s'allongea sur son lit King Size. Il fixa le plafond, ses yeux bleus ne trouvant aucun repos. Martine n'était que le premier nom. Il restait des milliers de banquiers, de notaires et de promoteurs immobiliers véreux à traquer. Le cuir allait encore souffrir.
Pendant qu’Oliver s’échinait à traumatiser des comptables, la véritable menace se tapissait sur le toit d’un gratte-ciel voisin, là où le vent siffle de manière menaçante entre les gargouilles de béton. L'homme en costume sombre n'était pas un simple sbire ; il était l'incarnation du "professionnalisme maléfique". Son costume, un trois-pièces noir si parfaitement coupé qu'il semblait avoir été sculpté à même son corps, ne présentait pas un seul pli, malgré les rafales de vent qui balayaient la terrasse. Il tenait un téléphone crypté, un bloc de titane noir dont la diode clignotait d'un rouge sanglant. À ses pieds, la ville de Starling City s'étalait comme un tapis de circuits imprimés, scintillante et inconsciente du drame capillaire qui se jouait.
« Le fils Queen est revenu, » dit-il, sa voix restant stable malgré le chaos urbain en contrebas. « Et il a un arc. »
À l'autre bout du fil, le silence qui suivit fut plus lourd qu'un secret de famille. On pouvait presque entendre le bruit d'un cigare coûteux que l'on coupe ou le tintement d'un glaçon dans un verre de cristal. La voix qui répondit était celle de Malcolm Merlyn, un homme dont le charisme était si tranchant qu'il aurait pu ouvrir des huîtres à distance.
« Un arc ? » répondit la voix mystérieuse, teintée d'un amusement aristocratique. « En 2026 ? À l'ère des drones tactiques et de l'intelligence artificielle générative ? C'est audacieux. C'est... rétro-chic. »
Merlyn fit une pause, sans doute pour ajuster sa propre cravate devant un miroir sans tain dans son bureau baigné d'une lumière ambrée de fin du monde.
« Dites-moi l'essentiel, » poursuivit-il. « Est-ce qu'il a aussi un pantalon en cuir ? »
Le sbire plissa les yeux, ajustant ses jumelles thermiques pour zoomer sur la silhouette verte qui bondissait entre deux conduits d'aération avec une agilité de gymnaste olympique en pleine crise identitaire.
« Oui, seigneur Merlyn. Un pantalon très serré. En cuir véritable. Vert forêt. On dirait qu'il a été cousu directement sur ses muscles. »
On entendit un soupir de satisfaction, presque un frisson de plaisir compétitif. Malcolm Merlyn se leva de son fauteuil en cuir de buffle. Il se tourna vers une vitrine secrète qui s'ouvrit dans un sifflement hydraulique, révélant une panoplie de justicier sombre qui ferait passer une boutique de luxe pour un rayon de supermarché.
« Parfait, » murmura Merlyn avec un sourire de prédateur. « Préparez mon propre pantalon en cuir. Le noir, celui avec les coutures renforcées qui met en valeur ma détermination. »
Il raccrocha, le regard fixé sur la lune qui se reflétait dans ses yeux sombres.
« Si Oliver Queen pense qu'il est le seul à pouvoir faire du parkour dans une tenue qui coupe la circulation sanguine, il se trompe lourdement. La bataille des fessiers peut commencer. Starling City n'est pas assez grande pour deux archers en cuir. »
Voilà, Oliver a trouvé sa hackeuse attitrée, capable de briser n'importe quel pare-feu avec un sourire gêné, et il a terrassé une comptable avec la subtilité d'un Boeing dans un magasin de porcelaine. On avance à grands pas vers l'absurde, et honnêtement, je commence à me demander si le vrai super-pouvoir d'Oliver, ce n'est pas simplement de ne jamais avoir d'irritations cutanées avec tout ce cuir.