Les mers de glace et de sang

Chapitre 2 : Cinq ans.

3192 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 08/11/2016 23:18

 

CHAPITRE 1

Cinq ans.

 

Cela fait maintenant cinq longues années que Keirs prit Ed sous son aile, pourtant ce souvenir hante toujours ses rêves. En cinq années seulement Ed montra l'étendue de ses compétences et développa celle d'un véritable leader au sein de la piraterie. Celui qui fut surnommé "l'oiseau de Keirs", dû à sa protection, c'est vite vu attribuer une place d'honneur dans les rangs de la piraterie, il dirigeait son propre navire depuis un an lorsque Keirs revint vers son fidel allié et désormais amis.

 

Nous sommes dans les îles des Bahamas, pas très loin de Nassau, célèbre île de la piraterie. Ed est assis à un bar, il porte la tenue d'un Capitaine de pirate, du chapeau aux bottes tout inspire le pirate, il aime à exhiber sa vie et son rang. Il attend la venue de son mentor sur l'île. Buvant sa bouteille de rhum, il ne fit pas attention à la lame qui se posa sur son épaule, il ne s'en redit compte qu'en entendant une voix derrière lui, une voix froide et cruelle.

— Ed le nègre je présume ?

Sans se retourner Ed porta la main à son épée.

— Il n'y a qu'un homme sur cette terre qui me donna jadis ce nom.

Sa voix est maintenue dure et rauque, l'âge et l'alcool en son les deux raisons.

— Cet homme, continua-t-il, cet homme est en retard !

D'un geste vive, il dégaina et éjecta l'épée de la main de son adversaire. Se retournant, il vit le visage quelque peu vieillit de son ami.

— Tu perd de l'usage de tes mains Keirs, l'âge ne réussit à personne.

— Je manque de pratique rien de plus, il y a bien longtemps que je n'ai eu le plaisir du combat.

Les deux hommes rangèrent leurs sabres et se donnèrent une accolade chaleureuse. Keirs porte son éternel manteau ténébreux, le même singe dans les mêmes habits, la seule différence est son visage. Celui-ci, entre autres d'être marqué par l'âge, porte de nouvel cicatrice et arbore fièrement un cache œil du côté gauche.

— Il y a bien longtemps que tu n'étais pas revenue Keirs.

— Les derniers agissement de la Compagnie m'ont beaucoup occupé sur l'ancien continent.

La traite des esclaves faisait rage en Europe, et la Compagnie ne se cacher pas de ce commerce, ni du massacre de nombreux villages nord-africain. Cela Keirs ne pouvait pas le tolérer, son code lui dictait que tout homme devait naître vivre et mourir libre. La liberté était son credo, et ses navires étaient les fiers garants de cette valeur.

— Si je suis revenue, dit Keirs en prenant un verre du comptoir, c'est pour te parler d'une affaire.

— Alors tu connais la règle, aucun homme ne peux parler affaire si sa gorge est sèche et son verre est vide.

Sur ces mots tout deux prirent place à une table éloignée du monde, emmenant verres et bouteilles avec eux.

— Alors mon ami, parle-moi de cette affaire.

— Notre ordre a intercepté un message. Une cargaison de nègre va arriver sous quelques jours, de jeunes enfants destinés à un commerce... Particulier.

Ed laissa tomber son verre sur la table, il comprend qu'il s'agit d'un commerce sexuel, les ventes de ce genre étaient rares, mais malheureusement elles n'étaient pas inexistantes.

— Ed, je connais ton passé, tu as fait face à ce sujet. Mais toi mieux qu'un autre peut comprendre pourquoi ces enfants ne doivent pas arriver à destination.

— Je le comprend... Je prie tous les soirs pour que notre ordre puisse changer les choses horribles de ce monde. Peu importe ce que tu me demandes, le Royal Ranger est à ta disposition. Après tout nous l'avons pris ensemble aux Français, il est autant tien que mien.

— Je te remercie mon jeune ami. L'officier Clark naviguera avec toi, il te conduira à bon port, dans trois jours nous attaquerons ce navire.

— Les enfants pourraient être blessés durant l'assaut, voir pire.

— Alors que suggères-tu ?

— Le mode furtif.

Ils trinquèrent ensemble et restèrent là le temps de vider trois bouteilles. La nuit tomba sur l'île. Nos deux capitaines décidèrent de repartir vers leurs navires respectifs. Demain à l'aube, l'officier Clark sera sur le pont et les navires seront en route.

 

Le soleil se leva doucement à l'horizon, Ed était, comme à son habitude, perché au plus haut de son navire, dans le nid-de-pie, Ed adressa ses prières à son dieu. Le peu d'éducation chrétienne qu'il avait reçu sur le vieux continent était capital à ses yeux. Très jeune, il avait trouvé le réconfort auprès de son dieu, et maintenant encore il ne peut passer une journée sans prier pour ses proches, pour les femmes qu'il rencontrait et les hommes qu'il menait. Comme bien souvent avant de quitter un port il demanda la protection de ses hommes durant la mission, mais jamais il ne demanda la sienne.

Le port se réveille et les hommes gagnèrent leurs postes, le navire était prêt au départ. À quelques mètres du Royal Ranger se trouvait le navire de Keirs, le Revenge, l'une des plus puissantes frégates jamais conçue, la fierté de la flotte de la piraterie. L'officier Clark en descendit et vint s'installer près du quartier-maître, sur la dunette, à la droite de la barre. Le Capitaine redescendit à la barre et fut saluer par tout son équipage, pas loin de cent hommes sont présent sur le navire. Ed appréciait le respect qu'il y a au sein de la piraterie, un homme est un homme, sa couleur ou ses croyances n'en font pas un être supérieur ou inférieur, contrairement à ce que sa vie d'esclave lui avait enseigné.

— Messieurs, je m'adresse à vous pour notre prochaine mission !

Le silence se fut aux mots du Capitaine. Bien qu'il ait toute autorité, Ed annonçait toujours les éléments de mission à son équipage.

— Durant ces trois prochains jours, il n'y aura ni or ni femme. La piraterie inspire la liberté ! Et c'est ce don il sera question ! Nous avons appris qu'un convoi d'enfants nord-africain va arriver prochainement dans les îles, pour y être vendu à un usage si ignoble que ma langue n'ose le dire. Le convoi de la Compagnie sera certainement bien gardé, mais il est de notre devoir de sauver ces vies. Me suivrez-vous ?

En signe d'approbation, les pirates levèrent leurs sabres et crièrent tous d'une même voix. Ed savait que son équipage le suivrait.

— Très bien ! Officier Clark, merci de nous indiquer la destination.

— Great Inagua Capitaine !

— Messieurs, nous sommes attendus ! Monsieur Timy donnez les ordres !

Et sur ces mots les ordres furent donnés. Monsieur Timy, le quartier-maître, fit mettre les voiles en position. Bien que son apparence fébrile et maigrichonne puisse en faire rire certains, Timy était un navigateur hors pair et un bon combattant. Apprenti sur le navire du Capitaine Keirs, celui-ci décida d'accompagner son ami Ed lors de la remise du Royal Ranger entre ses mains, il y a de cela un an.

Profitant des vents, ils mirent toutes voiles dehors et prirent une vitesse considérable, il ne leur faudra pas longtemps pour atteindre leur destination. Les armes furent nettoyées et misent près à servir pour le combat qui s'annonce. L'abordage est risqué, certains pourraient y perdre un membre ou même la vie.

 

Great Inagua était l'une des nombreuses îles arborant le pavillon noir, repaire de nombreux pirates et surtout l'un des quartiers généraux les plus actifs, chaque homme rêvant d'aventure sous la bannière de la liberté savait qu'il trouverait là son bonheur. Keirs était dans une petite maison, la sienne. On aurait pu croire que le légendaire pirate aurait pris une maison immense et imposante. Pourtant, la simplicité étant ce qu'il préfère, il prit une petite maisonnette à deux étages, situé près de la place et à porté de vue du port. Ed et son quartier-maître s'y rendirent, ils furent accueillis par une bonne, ancienne nègre désormais libre grâce à Keirs. Celle-ci les conduisit tout deux dans le salon principale. La pièce occupait une bonne partie du rez-de-chaussée, elle est seulement décoré de quelques tableaux célébrant les plus grandes batailles de Keirs. Une grande table est installée en son centre, son contenue est pauvre, une carte des îles l'orne de bout en bout, quelques bouteilles de rhum y sont posées ainsi qu'un petit cochon cuisiné pour l'occasion. Keirs se tenait devant une fenêtre surveillant son navire dans le port.

— Personne n'oserait réquisitionner nos navires Keirs, l'âge te rendrait-il paranoïaque ?

— Si seulement mon ami.

Il se détourna et vint saluer ses deux invités, ils prirent place à la table et se virent servir un verre de rhum.

— Quand je vois cette île, ce navire, je me rends compte combien le temps à passé depuis mes débuts. Une éternité à vogué sur les mers, pourtant cette maison est vide de toute âme et de toute chaleur.

— Pourtant la bonne semble très chaleureuse, plaisanta Ed.

— Tu sais de quoi je te parle, de femme et d'enfants. Parfois je pense que l'heure de ma retraite approche, mais je ne sais si je la vivrais en ce monde.

— Ne vois pas les choses de ce point de vue mon ami. Nos maisons sont remplies de personnes et de chaleurs. Regarde ce que tu as inspiré en ce monde, voit les personnes qui te doivent la vie. Combien d'âmes sur cette île prononcent cette même phrase : le Capitaine Keirs m'a sauvé la vie.

— Tu as raison Ed, mais toi tu as la jeunesse, le monde et la vie s'ouvrent à peine devant toi, et quand je ne serais plus de la partie ou plus de ce monde, je compte sur toi pour continuer à tracer cette voie.

— L'ordre restera.

— L'ordre restera, répéta d'un ton solennel Keirs.

Ils burent leurs verres au nom de l'amitié et de la vie. Puis trois coups raisonnèrent à la porte. Ils furent rejoints par une femme, une corsaire, vêtu d'un sublime corset et d'un pantalon collant au corps, cette rouquine au allure démoniaque fit battre le cœur de tous les hommes à l'unisson. Tout trois se levèrent simultanément.

— Alors voici le jeune Capitaine dont tu parles constamment Keirs ?

Sa voix était douce mais forte, elle s'approcha d'Ed, snobant complétement son quartier-maître.

— Eddy Haaris, l'héritier de ce vieux Keirs.

— À ce que l'on dit oui, et vous êtes ?

Ed pris la main de cette femme mystérieuse et y déposa un doux baiser. Ces joues rougir un court instant

— Ed, je te présente Margaret Teach, capitaine du Margaret Imperator.

— J'ai entendu de nombreuses histoires sur ce navire, mais aucune ne révélait la beauté de son capitaine.

— Je comprend comment il a gagné ton estime cher Keirs.

Elle lui fit une accolade chaleureuse. Ed sentis que tout deux se connaissaient de longues dates. Étaient-il parents ou amants ? Keirs n'avait jamais mentionné ce lien...

— Mes chers convives, nous sommes tous réunis alors mangeons !

Le repas se passa de manière conviviale et chaleureuse. La boisson coula à flot et le petit cochon n'avait plus grand chose sur les os. La soirée fut ensuite plus sérieuse, l'opération devait être préparée. Keirs, en chef d'orchestre, pris la parole.

— Nous partirons demain à l'aube, de ce que nous savons il y aura trois navires. Celui transportant les enfants ne possède que peu de canons, la priorité sont les deux gros bricks qui l'accompagneront. Nos actions en France et en Angleterre les ont pas mal contrariés, ils ne se laisseront pas aborder facilement.

— Alors n'abordons pas, dit Ed.

— Tu proposes de couler directement les navires ? questionna Margaret. Ces navires pourraient nous être d'une grande utilité !

— Si nous les laissons manœuvrer, ils nous abattrons comme des chiens. Je sais que ces bâtiments pourraient être utiles, mais nous ne devrons pas prendre de risque.

— Vos deux avis sont juste, intervient Keirs, si nous en coulons un le deuxième pourrait prendre peur et se rendre. C'est ici que ça se passera.

Keirs indiqua du doigt une zone proche de Porto Rico, à 300 miles de la côte.

— Le convoi passera par ici, le point d'arriver sera Haïti, on aura qu'une seule chance.

— Quel est la stratégie ? demanda Margaret.

— Interception, on bloque les navires, détruit les mâts s'il le faut. On coule l'un, voit si l'autre capitule, si il ne le fait pas, on le coule aussi. On récupérera le troisième, aucun boulet dans la cale, on vise que le haut du navire pour ne pas risquer la vie des enfants.

— Très bien, dit Ed, je ne vois rien à y redire. On emmène tout ce monde ici ?

— Pour le moment oui, confirma Keirs, nous devons renvoyer un navire vers l'Afrique dans les prochaines semaines, ils repartiront chez eux à cet instant.

Une fois les actions coordonnées, ils décidèrent de rejoindre la fête qui faisait rage dehors.

 

Ed était au bar, il gardait un œil sur cette nouvelle rencontre, Margaret, jamais auparavant il n'avait rencontré pareil femme. Celle-ci danse avec quelques hommes qui gravitent autour, chacun d'entre eux se pendrait sur son ordre... Timy remarqua l'étincelle dans les yeux d'Ed.

— Attention à vous capitaine, les femmes sont une distraction dangereuse.

— Ne t'en fais pas Timy, je sais ce qu'il en est, mais je ne peux détacher mon regard de cette femme.

— Je le comprend que trop bien, elle semble forte, j'ai hâte de voir si elle est à la hauteur face à sa légende.

— Moi aussi mon ami, nous le saurons demain. Pourtant je ne suis pas totalement serein...

— Un de tes pressentiments ?

— Peut-être...

Ed termina sa pinte, depuis ses débuts dans la piraterie son instinct ne l'avait jamais trompé. À plusieurs reprises, il avait pu flairer de mauvaises affaires et se tirer de mauvais pas avant un drame. Certains attribuaient ça à son intuition, d'autre à un pouvoir plus grand que les Hommes...

— Je retourne à ma cabine, bonne soirée Timy.

— Bonne soirée capitaine.

Ed quitta discrètement la soirée, il ne prêta pas attention au regard qui le suivit, celui d'un homme dissimulé dans la pénombre...

 

Le soleil se leva. Ed comme à son habitude était déjà en haut pour ses prières.

— Dieu, si tu m'entends, accordes ta protection à nos affaires, aide nous à sauver les vies de tes innocentes créatures. Tu nous as créés pour une raison, tu nous as réunis ici pour accomplir tes desseins. Accorde la vie à mes hommes, et si l'un d'eux devait périr, je te demande de me prendre à sa place.

— Ce sont de sage paroles.

Ed sursauta au son d'une autre voix, il n'avait pas entendu Margaret monter sur le nid-de-pie.

— Je ne m'attendais pas à te voir à mon bord.

— Je ne m'attendais pas à te voir prier.

— Il faut croire que nous avons chacun des surprises pour l'autre.

— En effet. As-tu confiance en cette entreprise ?

Voici une bonne question, son instinct fut perturbé toute la nuit...

— Je ne pense pas qu'on devrait les laisser s'en sortir. Je crains une embuscade si nous laissons un navire...

— Ils ne pourront rien faire. Nous avons trois des navires les plus puissants des Caraïbes.

— Aucun n'est infaillible...

Malgré les ressentis d'Ed, le convoi parti en destination du point de rencontre. Tous les canons sont prêts à l'emploi. Le quartier-maître donna ces directives les voiles dehors et le pavillon flottant, les trois navires quittèrent le port, sans réelle assurance d'y revenir... 

 

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