Particuliers
Chapitre 27 : Épilogue : Un nouveau jour
1425 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 06/12/2025 11:02
Une semaine plus tard…
Allongé dans un lit d'enfant trop petit pour lui, Shinddha Kory peinait à émerger de son long sommeil. Un cauchemar l'avait éveillé et il réalisait maintenant que quelque chose d'étrange se passait. Enfermé dans une chambre plongée dans l'obscurité, il ne savait pas du tout où il se trouvait. Des bandages recouvraient la moitié de son corps et il sentait sa gorge piquer.
Légèrement paniqué, il se redressa brusquement sur son lit, pour observer les alentours. Un lit était disposé à côté du sien. Une forme familière s'agitait sous les draps, très caractéristique de la personne qui l'occupait. Balthazar Octavius Barnabé Lennon ne tenait pas en place quand il dormait, et tous avaient compris depuis longtemps qu'il fallait lui laisser le lit de l'auberge s'ils ne voulaient pas se prendre un coup de coude dans les côtes… Ou pire. Le demi-élémentaire se souvenait parfaitement de cette nuit où Théo s'était mis à beugler à deux heures du matin parce que le mage avait donné un coup de genou là où il ne fallait pas.
Rassuré par la présence de son compagnon, il se détendit légèrement. Il passa une main sur son cou, toujours un peu gonflé et tout lui revint en mémoire. Le Collectionneur, le couteau… Est-ce que c'était terminé ? Effrayé à l'idée de se retrouver de nouveau prisonnier, il marcha vers l'unique porte du bâtiment, qu'il ouvrit en grand, comme si sa vie en dépendait. Un rayon de lumière lui brûla les yeux, éveillant par la même occasion Balthazar, qui poussa un grognement plaintif avant de lever sa couverture au-dessus de sa tête.
Dehors, la forêt s'étendait à perte de vue. L'étendue verdoyante, immortelle, presque comme lui, réchauffa un peu son cœur, endolori par tant d'épreuves. De jeunes adolescents se promenaient dans un camp, sécurisé par d'immenses barrières de bois. Des nains se mêlaient à eux, occupés à construire des cabanes et à solidifier les constructions déjà debout. Un vrai petit village se construisait sous ses yeux.
Un visage familier croisa son regard dans le lointain. Renard, qui se trouvait à l'autre bout du camp, accourut vers lui. Shin le réceptionna et le serra dans ses bras, rassuré. Un autre adolescent le suivait de près, plus en retrait, les cheveux noirs en bataille.
— Je suis content que tu ailles mieux ! s'exclama Renard. J'ai vraiment eu peur pour toi.
— Où est-ce qu'on est ? demanda le demi-élémentaire, toujours perdu.
— Chez moi. C'est mon village.
Il recula et pointa l'adolescent derrière lui.
— Je te présente Loup, dit-il en souriant. C'est mon…
— Petit copain, répondit l'adolescent à sa place.
— Oui, voilà.
Shin hocha la tête, assimilant l'information. Feuille ne tarda pas à apparaître à l'horizon, avec Grunlek et Eden. La petite fille courut vers lui, poussant au passage un nain qui portait un escabeau trop lourd pour lui, et se jeta dans ses bras en piaillant son prénom. Shin la serra contre lui, heureuse de la revoir. Son ami au bras mécanique lui offrit également un grand sourire.
— Eh bah c'est pas trop tôt ! J'ai cru que j'allais devoir encore vous materner pendant deux mois !
— J'ai dormi si longtemps que ça ? s'inquiéta le demi-élémentaire.
— Une bonne semaine.
Une main se posa sur l'épaule du demi-élémentaire, qui sursauta. Balthazar, les cheveux dans un état pitoyable et les yeux encore pleins de sommeil, bâilla un « B'jour » à l'attention de ses compagnons. Grunlek lui sourit, toujours un peu inquiet.
— Tu te sens mieux ?
— Ouais, grogna-t-il. Toujours la tête dans l'cul, mais je suppose que c'est normal. Plus de perte de mémoire et pas de griffes.
— J'ai raté quelque chose ? demanda Shin, alerté par la mention des griffes.
— Bob s'est pris pour un dragon et a fait sauter le crâne du Collectionneur, lâcha Renard en riant.
Balthazar, tout comme Shinddha, dévisagea l'adolescent, choqué. Le mage avait un peu oublié tout ça. Il était réveillé depuis plus longtemps que Shin, mais il avait passé la majorité du temps dans son lit.
— Où sont les autres ? les interrogea Shin. Aldo, Mani, Théo ?
— Aldo se repose toujours, répondit Grunlek. Il est très secoué, mais il a pas mal de compagnie.
— Rivière et Saphir, ajouta Renard, dans un clin d'œil. Elles sont tombées sous le charme de ses poésies, on entend plus que ça.
— Théo est parti chasser, il ne devrait pas tarder à arriver. Et Mani… Eh bien… Il va bien physiquement.
— Physiquement ? répéta l'archer.
— Oui… Tesla est en route pour voir ce qu'on peut faire pour sa télékinésie. Et je crois qu'il flippe à l'idée qu'on s'en aille sans lui. Tu devrais aller lui parler. Il est sur les remparts.
Le demi-élémentaire hocha la tête et laissa ses amis se retrouver. Il avança dans le camp et ne tarda pas à tomber sur Théo, en train d'accrocher des lapins sur des crochets. Dès qu'il le vit, ses joues virèrent au cramoisi, comme s'il attendait la question de Shinddha.
— C'est toi qui m'as sauvé, pas vrai ? demanda-t-il.
— J'ai juste fait les soins, grogna le paladin.
— Merci, Théo.
— Ouais, c'est ça.
Shin sourit et s'apprêta à reprendre sa route. Le paladin lui attrapa le bras.
— Eh, Shin, je… Tu m'as fait vraiment peur. Fais attention à toi, s'il te plaît.
Touché par cette phrase un peu maladroite, mais tellement rare de la bouche du guerrier, Shin se laissa emporter par l'émotion et serra Théo un bref instant dans ses bras. Il partit ensuite en courant, abandonnant un paladin au bord du malaise cardiaque.
Il rejoignit ensuite les remparts. Il chercha longtemps après l'elfe, réfugié dans une tour d'observation, à l'écart des ouvriers. Shin croisa son regard un bref instant, et monta le rejoindre. Il s'installa à côté de lui. Un moment de quiétude passa. Ils restèrent tous les deux à écouter la nature, apaisante, bruyante, loin des tracas du camp. Mani n'avait jamais été très doué pour les dialogues, le demi-élémentaire fit le premier pas.
— Comment va ton épaule ?
L'elfe, surpris par sa prise de parole, tourna la tête vers lui.
— Mieux. Victoria m'a fait quelques sorts de soin, je n'ai plus mal. Et ta gorge ?
— Mieux aussi.
Il y eut un nouveau silence, pesant. Shinddha poussa un soupir.
— Et si on arrêtait de faire semblant que tout va bien ? Mani… De quoi est-ce que tu as peur ?
— Je ne sais pas trop, répondit l'elfe. J'ai peur de… De ne plus jamais pouvoir refaire de magie. De ne plus jamais pouvoir dormir sans voir les visages de toutes les personnes que j'ai conduits à la mort également. Je… Je n'arrive pas à croire que c'est terminé.
— Je fais aussi des cauchemars, murmura l'archer. Je le revois m'égorger, encore et encore. Mais… J'ai déjà vécu ça. Il y a très longtemps. On ne peut pas vivre dans le passé, Mani. Le passé, ça nous tue, à chaque fois qu'on y repense. Il faut qu'on passe à autre chose. Toi et moi.
L'elfe fronça les sourcils.
— Reviens voyager avec nous. Voir un peu le monde te fera du bien. Et comme ça, si on fait des cauchemars, on pourra se rassurer tous les deux. Je pourrais pas garder tout ça pour moi, et je ne veux pas que les autres soient tristes ou s'apitoient sur mon sort. Et en échange, je serais là pour toi, si tu as besoin de parler.
Les yeux de Mani brillaient d'envie.
— Tu es sûr que je peux venir ?
— Bien sûr. Tu fais toujours partie de la famille, Mani, tu le sais bien.
Mani se jeta dans les bras de Shin, qui, les joues rougissantes, lui tapota gentiment le dos. Ils restèrent là toute la soirée, à parler de leurs particularités, de leurs rêves, de leurs projets.
L'aube nouvelle signa l'arrivée de l'hiver. Mais pas un hiver froid et rude, comme on a l'habitude de voir dans le Cratère, non. C'était le début d'un hiver chaleureux, le genre que l'on partage autour d'un feu de bois et où l'on apprécie qui l'on est et l'où on va, aussi long que soit le chemin qui nous reconduit à la maison.
FIN.