Batman - Rouge Gotham
BLEED
Chez Jim Gordon, le soir même…
Gordon se prépare un verre d’eau en ressassant le passé : sa carrière, la perte de sa femme et ce qu’il lui reste maintenant. Ses pensées s’entremêlent. Il s’assoit sur son canapé et se met à penser à voix haute.
— Je suis tellement chanceux, finalement… La vie m’a fait beaucoup de mal et pourtant je tiens encore debout…
Il regarde le cadre à côté de la télévision.
— Toi… Je t’aime encore, tu sais… Tu resteras à jamais dans mon cœur… Je te promets de m’occuper de Barbara comme il se doit. Elle est la seule chose qui me reste de nous…
Il regarde le ciel par sa fenêtre : nuit noire.
— Batman… Tant de risques que j’ai pris pour toi… Je ne sais pas qui tu es, mais je te fais confiance… Je sais que tu as besoin de moi, comme j’ai besoin de toi…
— Papa. Tu parles tout seul ?
— Barbara ! Excuse-moi. Je t’ai réveillée. Je pensais juste très fort, ne t’inquiète pas.
Il la prend dans ses bras et l’amène dans sa chambre.
— Dors tranquillement, chérie.
— D’accord papa. Je t’aime.
Il pose sa main sur le front de sa fille.
— Moi aussi, mon cœur.
Gordon remet la couverture sur Barbara, puis pose un dernier regard sur elle avant de fermer la porte.
Il est temps de se reposer. Il s’installe sur le canapé et met un film des années 70. Le générique commence : des lettres épaisses défilent sur un fond brun, accompagnées d’une douce musique jouée au saxophone et à la flute. Puis un homme fait défiler des photos d’une femme ayant une relation sexuelle avec un autre. Soudainement, il s’énerve. Et Jack Gittes lui propose alors un verre d’alcool :
— Cul sec, ordonne-t-il.
L’homme s’exécute.
— C’est une salope, affirme-t-il.
— Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Quand on a raison, on a raison. Et tu as raison.
Gordon s’endort.
*
— J’ai enfin la main sur toi, dit Oswald.
— Pourtant, j’ai un coup d’avance. Tu le sais.
— Pourquoi t’en prendre à moi ?
— C’est simple. J’ai une dent contre toi. Tu m’as ôté ma vie… sans me tuer.
— De quoi tu parles ? Je ne te connais même pas.
— Tu te trompes, Oz.
Bleed s’avance pas à pas vers Oswald, pataugeant dans l’essence, la main dissimulée dans son veston.
— Ne t’approche pas où je tire, menace Cobblepot.
L’homme masqué pousse un léger rire.
— Tu veux vraiment tuer quelqu’un alors qu’il te manque déjà une bonne partie de tes hommes ?
Le Pingouin reste figé, incapable de répondre.
*
Deux mois avant les élections…
— Lester, suspends-la au plafond.
— De suite, Oz.
Boone s’empresse de récupérer une corde dans son véhicule, puis revient dans la pièce pour attacher la jeune femme au plafond. Elle est nue, les pieds liés, la tête en bas, inconsciente. Oz entre dans la pièce et se frotte les mains.
— Du bon boulot, dit-il en tapotant l’épaule de Lester.
Le plan d’Oswald se déroule à merveille. Il ne manque plus que la personne concernée.
— Il est encore dans le véhicule ? demande Lester.
— Oui. Ramène-le. Et s’il se débat, sois violent.
— D’accord.
Lester sort de la pièce sombre, close entre quatre murs, et rejoint la voiture de Cobblepot.
*
— Je sais que t’en meurs d’envie parce que c’est typique d’un enfoiré comme toi. Le genre à tuer sans vergogne, sans se soucier de rien. Tu ne sais même plus qui tu tues. Et tu sais pourquoi, Oz ? Tu sais pourquoi ?
Toujours pas de réponse. Bleed est à deux centimètres de Cobblepot.
— Parce que tu t’en fous complètement ! Ta seule raison de tuer, c’est pour flatter ton petit égo de connard. Tu as peur qu’on te vole la vedette, qu’on soit plus fort ou plus reconnu que toi. Voilà pourquoi tu tues ! Alors que moi, s’écrie-t-il, les bras grands ouverts, plein de fierté… je tue pour rendre justice !
— La justice ? De quelle justice tu parles ? Tu fais partie des mêmes vermines que moi. La seule différence, c’est que tu t’attaques à du très lourd, mon gars.
— Pourtant, je ne me suis jamais senti en danger. J’ai toujours pu tuer tes hommes sans me soucier de quoi que ce soit. La police et le Batman sont sûrement de mon côté, car je rétablis la justice. Qu’est-ce qui pourrait m’arrêter ?
— Probablement moi. Et si tu ne te sentais pas en danger, tu ne porterais pas ce masque. Tu montrerais ton vrai visage ! Pas vrai ?
*
Lester sort l’homme du véhicule. Ce dernier se débat et tente de hurler malgré le ruban adhésif sur sa bouche.
— Tu vas la fermer, oui ?
L’homme crie encore, étouffé. Boone le frappe une fois, deux fois, puis une troisième. Il est sonné et se tait. Lester le ramène dans la pièce.
— Merci, Lester. Pose-moi ce pauvre type sur cette chaise.
Il obéit. Un certain temps passe avant que l’homme ne reprenne ses esprits. Oz se penche, le visage presque collé au sien.
— Enfin réveillé, dit-il.
*
— Sans le masque, je ne serais plus Bleed.
— Et qui es-tu sous ton masque ?
— Un homme mort… à cause de toi. Un homme détruit, lâchement. Et je vais tout faire disparaître comme tu as effacé ma vie.
— Je suis armé aussi.
— Mais moi, je peux tuer ta nièce, Cobblepot, réplique-t-il en pointant Selina.
Elle tremble, cherchant de l’aide dans le regard du Pingouin. Batman est prêt à surgir. Un long silence… puis un rire. Oswald éclate de rire.
— Pourquoi tu ris, enfoiré ?!
— Tu crois que je me soucie de cette traînée ? Si je suis venu, ce n’est pas pour elle, mais pour toi. Je veux seulement te descendre. Le reste m’importe peu.
Selina passe de la peur à la colère. Bleed, déçu, baisse son arme. Batman est prêt à intervenir.
— Tu n’as même pas de compassion pour les tiens… Tu n’agis vraiment que pour toi… Je ne pourrai donc pas te blesser mentalement…
*
— Tu te sens comment ?… Ah, c’est vrai ! Tu ne peux pas répondre, tu es bâillonné !
Il rit. Puis marche jusqu’au fond de la pièce.
— Lester ! Sors ton couteau. On va jouer avec madame.
Lester obéit. Le corps suspendu pend au-dessus de l’homme assis. Boone se place derrière, caressant le ventre de la femme, remontant jusqu’à sa poitrine. Il presse fermement ses seins et joue avec quelques secondes. Le mari tente de se débattre, mais en vain.
Oswald l’interrompt :
— Dis donc, Lester… la tripoter pendant qu’elle est inconsciente… C’est sale. Et on en a déjà bien profité avant de l’assommer, dit-il avec un sourire.
Le regard du mari s’assombrit. Son cœur et son esprit se brisent en une fraction de seconde.
— Tu comprends où je veux en venir ? On va la tuer. Et tu ne pourras rien faire. Après ça, tu resteras seul, enfermé dans ta misérable demeure, pendant que moi, je serais maire. J’aurai gagné. Et personne ne saura pour elle. Ça restera entre toi… et moi.
*
— Et puisque tuer ta nièce ne t’atteint pas…
Il tourne son regard sur Selina. Mais la chaise est vide, les cordes pendantes, le ruban au sol, trempé d’huile.
— Elle est partie… Mon plan tombe à l’eau… Alors, je vais expédier tout ça et nous faire disparaître tous les deux.
Oswald dégaine, Bleed tire au sol, et Batman surgit pour désarmer le Pingouin.
— Batman ! s’exclame Oswald.
Désarmé, sans défense, Oz s’enfuit. Ne restant plus que Batman et Bleed, dans une pièce gagnée par les flammes.
— Que fais-tu ici, Batman ? Je croyais que tu étais de mon côté, vu que tu n’intervenais pas.
— Ce n’est pas le cas. Je déteste ta manière d’opérer.
— Pourtant, on est pareil. On fait régner la justice.
— Au prix d’autres vies ?
— Il m’a ôté la mienne !
— Il mérite la prison, pas la mort.
— Tu es trop naïf. Tu me déçois, Batman. Alors, je t’emmènerai avec moi dans ma tombe.
— Les flammes ne m’arrêteront pas.
Batman traverse le brasier, attrape Bleed par le col.
— Tu vas payer pour tous ceux que tu as tués.
— Je ne me laisserai pas faire.
Bleed le pousse et tire, mais Batman esquive en s’accrochant à la poutre au plafond. Il retombe, attrape la main armée de Bleed, qui tire en vain. Le Chevalier Noir lui assène un coup de poing à la tête. L’homme titube, le justicier le désarme et jette l’arme au loin.
— Bien joué, Batman… Mais tu mourras avec moi. La fumée aura raison de toi.
Il se relève et tente un coup, mais Batman le projette violemment contre un mur. Bleed s’effondre. Le corps est entre les flammes, mais le visage est en plein dedans. Une partie de son masque brûle. Il hurle. Batman, sans réfléchir, le tire hors des flammes.
— Pourquoi ne pas avoir commencé par ça… Trop d’erreurs… pense-t-il.
Il dépose Bleed au sol et découvre son visage à moitié brûlé.
— Alors, c’est maintenant ? Tu vas voir mon visage… Sache que j’ai agi pour la justice.
— Tu as tué d’autres hommes. Tu mérites le même sort que le Pingouin.
*
James Gordon est réveillé dans son sommeil par la sonnerie de son téléphone. Il répond.
— Qui est à l’appareil ?
— C’est Matt. Batman est sur un coup. Des gens l’ont aperçu dans un entrepôt en flammes. Le Pingouin ainsi qu’une jeune femme s’y trouvaient, et le criminel Bleed s’y trouve en ce moment même.
— Donne-moi l’adresse.
— 746 Bowers Avenue, au quartier d’Otisburg, commissaire.
— J’arrive au commissariat. Préparez les véhicules et tout ce qu’il faut.
— Affirmatif !
Gordon coupe l’appel, enfile sa veste et part en direction du commissariat.
À son arrivée, tout le monde est prêt : trois équipes de quatre policiers, chacune dans sa voiture. Tous sont parés à enfin mettre la main sur ce fameux criminel masqué.
*
Le bruit des sirènes retentissent. Batman ôte le masque et son visage se fige : haine et peine se mêlent. Il comprend ce qu’Oswald a pris à Bleed… et qui il est vraiment. Mais ça l’arrache. Il refuse d’y croire. Parce que Bleed… C’est…
— Harvey… Tu es Harvey Dent…
— Oui… Mais j’avais une bonne raison.
— Pourquoi ?
La police arrive.
— Bonjour, Batman. Vous me le laissez ? demande Gordon.
— Je vous le laisse. Tu t’expliqueras avec eux, Harvey.
Reeves le menotte et l’emmène. Avant d’entrer dans le véhicule de police, Harvey lance :
— Nous ne sommes pas les mêmes en apparence… mais au fond, nous le sommes.
C’est alors qu’Harvey est emmené à Arkham.
Gordon reste sur place avec Batman.
— Un sacré choc… Harvey Dent, le Chevalier Blanc, tueur en série…
— Ce n’est pas si simple. Il s’est vengé. Il s’en est pris au Pingouin pour une raison précise. Laissez-moi juste retourner dans les flammes.
— Vous êtes fou ! Vous n’allez tout de même pas faire ça. Vous risquez votre…
Batman est parti. Une fois dans les flammes, il prend avec lui l’ordinateur sur le bureau. Par chance, les flammes ne l’ont pas atteint. Batman sort, inspectant le document présent sur l’écran :
— Oswald l’a tuée.
— Qui ça ?
*
Lester égorge Rachel Dawes. Le sang éclabousse Harvey. Il est terrifié, horrifié, pétrifié. Le corps de sa compagne, égorgé et violé par Boone et Cobblepot, se vide sur lui. Et c’est ainsi que commence l’histoire de Bleed…
*
Trois heures plus tard, à l’asile d’Arkham…
— Pourquoi as-tu assassiné tous ces gens, Harvey ?
— Je voulais qu’ils méritent ce qu’ils m’ont fait.
— J’ai vu ce qu’ils t’ont fait. Je te remercie pour les preuves que tu as laissées pour la police.
— Je l’ai fait aussi pour toi, Batman. Avant que je découvre que tu n’étais pas de mon côté.
— Effectivement. Mais rien n’excuse tes actes. Tu aurais pu t’y prendre autrement.
— Personne ne m’aurait cru. Si je n’avais pas mis la main sur ces précieux documents, rien n’aurait éclaté au grand jour.
— La seule chose qui a éclaté, c’est toi, Harvey ! Tu as terni ton image encore davantage !
— Tu sais très bien ce que la mort fait faire aux gens, Batman. Elle peut changer un homme. Elle m’a changé. Elle m’a détruit.
— Es-tu satisfait d’avoir tué tous ceux qui étaient plus ou moins liés au meurtre de Rachel ?
— Non. Je continuerai de maudire Oswald, jusqu’à sa mort.
— Où est-il passé ? Où est passé Harvey Dent ? Le Chevalier Blanc. L’homme qui ne laissait aucune place à l’injustice. L’homme du peuple.
— Il n’en reste que la moitié.
Harvey sourit, la face à moitié brûlée, le globe oculaire droit ressortant et les racines de ses dents totalement apparentes.