BATMAN : Les ailes coupées

Chapitre 8 : L'antre de la folie

3523 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 08/11/2016 21:18

CHAPITRE 8

 

Le Joker s'arrêta enfin dans le quartier industriel d'Otisburg, prenant le soin de dissimuler son véhicule dans une impasse. Une fois le moteur coupé, il se tourna vers la banquette arrière pour constater l'état du chevalier noir. Ce dernier qui était resté allongé tout le trajet, se redressa doucement sans jamais lâcher son flan recouvert d'un bandage de fortune : une serviette blanche grossièrement attachée avec du scotch.

 

Sans dire un mot, le clown sortit de la voiture et se dirigea vers le coffre, il récupéra un sac à dos ainsi que la lourde cape. Il déposa cette dernière sur le toit de la berline, le temps d'ouvrir la portière arrière et d'aider le justicier à s'extraire.

 

Debout dans le froid, Batman sentit la douleur le tarauder avec plus d'insistance. Il accusa un vent glacial, tandis que l'aube émergeait à travers la brume matinale. Malgré celle-ci, il ne lui fallut pas longtemps pour reconnaitre le lieu.

 

L'usine chimique Ace.

 

Cet endroit aurait dû être rasé depuis des années déjà, pensa intérieurement Bruce en fixant l'immense enseigne aux néons verts et les hautes cheminées d'évacuation.

 

« Je sais, c'est génial non ? Deux vieux copains qui se retrouvent sur le lieu de leur première rencontre... on dirait presque un soap opéra ! Tu ne trouves pas ? » Ricana le criminel en dépliant l'accessoire de la chauve-souris.

 

Ce quartier autrefois prospère, était devenu sale et miteux, faute à une impitoyable crise industrielle.

 

Jadis, les bâtiments qui jouxtaient l'usine offraient des logements agréables destinés aux ouvriers. A présent, il n'en restait que des taudis abandonnés. Souvenir d'une ancienne vie communautaire, les boutiques avaient été converties en appartements bon marché ou en squats pour sans-abris.

 

Avec un sourire enthousiaste, le Joker déposa la cape sur les épaules du justicier afin de lui offrir un mince rempart au froid ainsi qu'un peu de décence face à son manque de vêtements.

 

« Tiens, je ne voudrais pas tu chopes la mort, du moins pas tout de suite » railla le clown en regardant son Némésis s'emmitoufler dans le tissu en kevlar pour se protéger « Bon, te sens-tu capable de marcher où dois-je… »

 

« Pose encore ta main sur moi et je te brise le poignet ! » avertit amèrement Bruce sans lui laisser le temps de finir sa phrase.

 

« Oh Batou… » Se lamenta le bouffon en feignant un visage boudeur « tu m'en veux encore pour mon petit ménage de tout à l'heure ? »

 

« Tu le paieras Joker… » Grogna le justicier en le foudroyant du regard.

 

« Bla… bla… bla… toujours la même rengaine… c'est dingue ce que tu peux radoter ! » S'exclama le bouffon en se fendant d'un sourire. « Allez quoi… tu ne vas pas me faire la gueule pour ça ? Surtout qu'on risque de passer encore du temps ensembles… »

 

« Il faut que cette comédie s'arrête ! Laisse-moi partir ! »

 

« Hum... » Le clown sortit son Beretta et avec l'aide du canon, se gratta le cuir chevelu tout en adoptant un air réfléchi « Non… » Finit-il par lâcher en pointant ensuite l'arme sur Batman. « Je m'amuse trop avec toi… et j'ai encore cette petite affaire à régler… »

 

« Quelle affaire ? » Demanda Bruce avec un regard méfiant.

 

« Voyons, il va bien falloir s'occuper du type qui t'a foutu cette mémorable raclée ! J'imagine que tu souhaites aussi savoir qui c'est… ? »

 

« Ne t'en mêle pas ! Ca ne te concerne pas Joker ! »

 

« Oh que si, ça me concerne ! J'ai bien l'intention d'expliquer à ce crétin qu'on ne touche pas les jouets d'autrui comme ça ! » Le Joker passa derrière Batman et lui pressa l'arme entre les omoplates pour lui ordonner d'avancer. « Mais on reparlera de tout ça, une fois que nous serons installés dans ma résidence secondaire… Maintenant bouge, Monsieur Je-peux-me-débrouiller-tout-seul… »

 

Les deux hommes empruntèrent un vieil entrepôt de stockage adjacent à l'usine Ace. Le Joker indiqua une trappe. Elle était dissimulée sous des palettes et s'ouvrait dans un coin du bâtiment, dont le sol semblait pourtant ne former qu'une surface uniforme de béton.

 

Un passage souterrain obscur qui sentait la moisissure et le solvant, se révéla.

 

« Après toi mon cher ! » invita le clown « Voici l'entrée des artistes… »

 

Difficilement Batman progressa dans l'étroit passage, s'appuyant sur les parois de briques rouges. Au bout de quelques mètres, il ne put lutter contre un soudain vertige et trébucha sur le sol, plongeant ses mains et ses genoux, dans un liquide visqueux particulièrement glacial et nauséabond. L'homme masqué essaya de plaquer son bras gauche contre son flanc et de progresser sur trois membres jusqu'au mur mais échoua dans sa tentative à se relever, glissant une nouvelle fois.

 

Le Joker vint le rejoindre, dévoilant son sourire terrible et dramatique que Batman avait envie d'arracher de ce visage, et de jeter au loin.

 

« Décidément tu es le patient le plus pénible qui soit… » Souffla le criminel en saisissant le justicier en étau sous les bras. Il l'obligea à prendre appui sur son épaule d'une prise ferme « Allez nous ne sommes plus très loin, tu vas bien encore tenir le coup ? Hein Batsy… ? »

 

Pour unique réponse, le justicier libéra un râle doublé d'une forte réaction épidermique face à la proximité du clown.

 

Les deux hommes continuèrent leur marche pendant une centaine de pas, tournèrent à droite et firent halte devant une grille partiellement détruite, créant un passage vers une nouvelle pièce. A l'intérieur de celle-ci, l'atmosphère calfeutrée imposait un contraste assez saisissant avec l'air du tunnel. La pièce avait été réaménagée dans les grandes lignes afin de pouvoir s'apparenter à un ancien repaire de gang.

 

Des fauteuils et sièges usés, des tables ainsi que tout un tas d'objets, principalement des clopes, des cadavres de bières, ou cartes à jouer éparpillées sur le sol crasseux habillaient le décor. Il était facile pour Batman d'imaginer une bande de voyous sans ambitions traînant ici à l'affût d'un mauvais coup.

 

Le Joker désigna un escalier en métal qui conduisait à l'étage et entreprit de le gravir avec son acolyte dans les bras. Pendant, la montée délicate des marches, le clown ne cessa de bassiner Batman avec des plaisanteries improvisées, riant tout seul aux chutes plus glauques que drôles.

 

« Et celle du type qui n'arrive pas à se souvenir d'une blague, tu la connais ? »

 

En réponse, la chauve-souris leva les yeux au ciel.

 

« Normal ! Car j'ai réussi depuis à la lui enfoncer dans le crâne ! » S'esclaffa le clown de sa voix nasillarde. « C'était avec une clé à molette ! Ah ah ah »

 

« Tu es immonde Joker ! » Gronda le chevalier noir, répugné par la barbarie du bouffon.

 

« Oh ca va… souris Batou ! Ce n'est que de l'humour… »

 

Arrivés en haut, les deux hommes progressèrent dans un couloir et parvinrent enfin à une porte à poignée poussoir sous laquelle passait une bande bleue. Le Joker appuya sur la longue barre grise qui traversait l'issue et attendit le léger déclic pour ouvrir.

 

Une forte odeur d'ammoniaque assaillie immédiatement l'atmosphère.

 

La lumière qui filtrait à travers la verrière crasseuse laissa découvrir d'immenses cuves scellées. Tout autour de la pièce, de longs et hauts étalages métalliques rouillés étaient vissés sur un sol entièrement jaune. Des rayonnages laiteux de barils et de palettes de produits chimiques étaient couverts de panneaux frappés de tête de mort. Le temps avait figé l'horloge de la salle, gigantesque structure de rouages et d'engrenages noirs qui s'imbriquaient dans une perfection toute mécanique.

 

Ne laissant que le silence...

 

Cet abominable silence que les appareils de recyclage d'air peinaient à meubler.

 

 « Tu sais, je n'ai que des détails flous de mon passé, comme si l'acide n'avait pas seulement rongé mon épiderme… » Confia le Joker en regardant la passerelle qui fut, à une époque lointaine, le plongeoir vers sa nouvelle vie.  « Un vieil appartement, une chevelure blonde, un parfum à la camomille, une scène de théâtre… »

 

Le chevalier noir considéra son Némésis qui semblait presque atteint par ce relent de nostalgie. 

 

« C'est dingue pas vrai ? Qu'une seule journée vous fasse perdre la boule ! » S'exclama le criminel avec son sourire retrouvé « Toi ! Tu sais ce que c'est, hein Batsy… ? »

 

« Je ne suis pas devenu fou comme toi ! »

 

« Ce déni est tellement mignon… » Railla le Joker en adoptant une mimique moqueuse « Tu sais ce qu'on dit : qui vit sans folie, n'est pas si sage qu'il croit ! »

 

« Assez ! »

 

« Il suffirait simplement que tu te Laisses aller, devenir foldinguo te rendrait la vie tellement plus simple ! »

 

« Je t'ai dit de la fermer… ! » gronda le justicier en assenant au clown un coup de coude dans les côtes.

 

« Ouch ! » le bouffon lui rendit un sourire machiavélique « Ca va, je n'insiste pas, après tout nous ne sommes qu'au début de la thérapie… »

 

Les deux hommes arrivèrent devant un vieil ascenseur. Le Joker aida Batman à pénétrer dans la cabine qu'il activa grâce à une clé spéciale insérée dans un panneau de contrôle. Après une courte descente, le grésillement d'une voix féminine annonça la destination :

 

« NIVEAU -3 : Salle de maintenance »

 

Les portes s'ouvrirent sur un large hangar dédié à la machinerie et au stockage de produits finis. Il présentait un enchevêtrement complexe de colonne métalliques et de tuyaux avec des jauges et des soupapes de sécurités. L'affreux vrombissement latent de turbines accentuait l'ambiance lourde du lieu.

 

Le justicier fut mené vers une pièce qui semblait être anciennement le vestiaire des employés. Elle contenait huit douches de décontaminations, des casiers de rangement et ainsi que des sanitaires.

 

« Nous y sommes ! Bienvenue chez moi ! » annonça le Joker en activant un dernier sas « Ne fais pas attention au désordre… » Prévint-il avec ironie.

 

Le clown abaissa une manette et activa le courant de ce qui était autrefois une salle de repos.

 

Fidèle à ses habitudes, le criminel avait bien évidement redéfinit le lieu selon ses gouts personnels : Toujours ces insupportables tags et dessins, toujours cette couleur verte en prédominance, toujours ces guirlandes…

 

Sur le côté de la salle se trouvait un poste de contrôle inséré dans une espèce d'armature en forme de tête de clown. Des dizaines d'écrans étaient entreposés les uns à côté des autres, chacun diffusant en continu ce qui se passait dans certains endroits de l'usine. Malgré quelques caméras hors service, l'installation du Joker semblait toujours en fonctionnement.

 

Un lit à Baldaquins au matelas sans drap, ni couverture se trouvait contre un pan du mur, une immense effigie du Prince du crime dessinée juste au dessus, sans doute réalisée par Harley, étant donné que l'œuvre était accompagnée par des déclarations d'amour enflammées et de petits cœurs mal proportionnés.

 

Enfin, une vieille méridienne côtoyait un fauteuil en cuir ainsi qu'un bureau récupéré surement dans l'ancienne partie administrative de l'usine.

 

Le Justicier fut déposé sur le matelas qu'il accueillit avec reconnaissance. Ces efforts avaient eu raison de lui. Il était épuisé…

 

« Allez laisse-moi voir cette vilaine blessure Batou… »

 

Le chevalier noir ne put protester, arrivé à bout de force. Il se laissa ôter sa cape, puis la serviette tachée de sang.

 

« Je sais que tu préfèrerais une jolie infirmière pour s'occuper de toi, mais tu devras te contenter des mains expertes du Joker ! » le criminel rit tout seul à la réaction dégoutée du grand blessé. « Au moins dans ma clinique improvisée, nul besoin de couverture santé, je te demanderai juste de me payer la facture avec un beau grand sourire… et des réponses… »

 

Le justicier roula des yeux tout en basculant la tête sur le côté. Sa position restait la même, il n'avait rien à dire au clown.

 

« Oh Batou, Batou, Batou… Tu ne devrais pas jouer à ça avec moi » Soupira le Joker « Tu sais déjà ce dont je suis capable lorsque je m'amuse, mais inutile de te faire un dessin sur ce que je peux faire quand l'ennui me guette… »

 

Les lèvres fines du criminel ne cessèrent de s'étirer, entourant deux rangées parfaites de dents, alignées comme des petits soldats prêts à partir au combat.

 

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Au même moment

Dans les couloirs du Manoir Wayne, les pas d'Alfred Pennyworth résonnaient dans un écho lourd. Cette bâtisse déjà terriblement silencieuse, semblait encore plus sinistre qu'à l'accoutumé. Le fidèle Majordome s'était permis une courte pause, le temps d'avaler un café et une tartine au beurre. Ce maigre déjeuner, lui suffisait amplement, l'appétit n'étant plus là depuis la disparition de son maître, d'ailleurs son pantalon resserré de deux crans témoignait d'une perte de poids évidente. Le vieil homme aux cheveux gris et aux traits fatigués traversa un élégant séjour orné d'une majestueuse cheminée en marbre et d'une somptueuse bibliothèque.

 

Il activa le passage secret de la Batcave, en tirant sur le balancier d'une grande horloge anglaise. Un pan du mur coulissa et découvrit l'accès d'un monte charge. Alfred l'emprunta pour rejoindre la grotte lugubre habitée par les chauves-souris et s'installa dans le grand fauteuil noir qui faisait face à plusieurs écrans du Bat-ordinateur. Voilà plusieurs jours qu'il guettait l'activité de Gotham via des caméras disposées dans les points stratégiques de la ville, à la recherche de celui qu'il considérait comme un fils.

 

Le majordome savait à présent l'implication du Joker dans la disparition de Bruce. Dick Grayson lui avait rapporté les derniers éléments en sa possession.

 

L'idée de savoir son maître entre les mains de cet odieux bouffon lui donna un haut le cœur.

 

Ce sang retrouvé dans le Diamond District… les capteurs de sa tenue inactifs… l'impossibilité de le contacter…

 

Tant d'éléments qui contribuaient à renforcer son angoisse.

 

Seigneur, faites qu'il soit vivant...

 

Alfred aurait donné n'importe quoi pour retrouver ses jeunes années. Il serait alors là-bas, à la recherche du membre perdu de la famille. Mais malheureusement, il n'avait pas d'autres choix que de rester confiné ici à scanner les recoins de Gotham et à espérer trouver un élément qui pourrait faire allusion à l'emplacement de Bruce.

 

Le majordome laissa échapper un bâillement doux tandis qu'il voyait défiler inlassablement tous ces anonymes. Certains se rendaient à leur travail, d'autres promenaient leur chien ou menaient leurs enfants à l'école. Un sans-abri finissait sa nuit sur un banc de Park Row, tandis qu'un couple s'embrassait passionnément à la sortie d'un hôtel de l'autre côté de la ville…

 

Il zappa encore et encore pour arriver enfin dans le secteur du Zoo de Gotham. Sur le point de passer à une autre caméra, il se ravisa en assistant à une scène suspecte sur l'écran numéro cinq.

 

En effet, deux grands costauds se tenaient à l'angle du parc, pensant être à l'abri des regards indiscrets. Ils étaient en discussion avec une troisième personne assez petite pour être partiellement dissimulée derrière leur physique musculeux. L'un des types répondit quelque chose, puis haussa des épaules tandis que l'autre secouait négativement la tête.

 

Alfred, intrigué, zooma sur les protagonistes.

 

C'est alors qu'il vit surgir une femme gesticulant comme une furie, sans doute en train de réprimander les deux hommes.

 

Ce visage peinturluré de blanc, cette gestuelle surjouée, ces tresses colorées et cet accoutrement au goût douteux…

 

« Harley QUINN ! »

 

Un regain d'espoir envahit le majordome, alors qu'il ne quittait pas des yeux la jeune femme qui à présent, se séparait de ses compagnons à grandes enjambées pour se diriger dans une voie sans issue dont elle ne ressortit pas.

 

« Monsieur Dick… » Contacta le vieil homme.

 

« Je vous écoute Alfred ! » Répondit Nightwing.

 

« J'ai quelque chose qui peut vous intéresser… ou plutôt, quelqu'un… »

 

A SUIVRE.

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