L'homme choisit, l'esclave obéit par

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Side Story / Drame / Action

21 Epilogue

Catégorie: T
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Ryan se força à dissiper ses souvenirs de son esprit. Il n'avait plus le temps de penser à cela. Il n'avait pas le droit de se réfugier dans le passé. Il n'était pas un lâche. Il devait faire face à sa fin avec honneur. Il n'était pas un parasite, qui s'accrochait à la vie comme une sangsue, pleurant et suppliant qu'on lui laisse encore quelques minutes de vie. Il était Andrew Ryan. Et comme il l'avait dit avant de programmer la fin de Rapture, il y avait un temps pour chaque chose. Il avait bien vécu, il ne pouvait pas le nier. Même s'il aurait préféré que les dernières années de sa vie se passent autrement, il avait tout de même bien profité de l'existence. Mais il était temps.

Il n'avait jamais vraiment songé à sa mort. C'était abstrait et flou. Mais il savait une chose : il voulait partir dignement. Non pas pour laisser une impression favorable au monde mais pour qu'il meure en conservant intact son amour-propre. On pouvait bien cracher sur l'orgueil, en arguant qu'il s'agissait d'un péché capital ou affirmer qu'il ne fallait pas se comparer aux autres, le fait était là : l'homme était orgueilleux par nature. C'était naturel de se sentir plus important et plus méritant que les autres. De penser de ne rien devoir au monde. Dans sa jeunesse, Ryan avait compulsé le Hakakure, un guide pratique et spirituel japonais. Une citation lui revint en mémoire. L'auteur affirmait que l'orgueil devait être régulièrement utilisé, comme un sabre pour éviter qu'il ne rouille. Et Ryan était parfaitement en accord avec cela.

Il se concentra sur sa partie de golf. Il ne se souciait pas du noir dans lequel son bureau se retrouvait plongé ou des explosions qui faisaient trembler tout Rapture, faisant tomber ici et là de la poussière et des gravats. Il ne voyait que son jeu. Son jeu et son fils, bien évidemment.

Ce dernier ne se trouvait qu'à quelques pas de Ryan, derrière la grande vitre qui séparait son bureau même du reste des locaux. Ryan ne le regardait pas. Il commenca à parler, aussi facilement qu'il le faisait du temps de sa splendeur, peut-être encore plus.

_L'assassin a déjoué mes dernières défenses et il vient me chercher. En fin de compte, qu'est-ce qui distingue l'homme de l'esclave ?

Il fit quelques pas sur le côté et estima la trajectoire que prendrait la balle, tout en parlant :

_L'argent ? Le pouvoir ? Non ! L'homme choisit alors que l'esclave obéit.

Ryan se rapprocha de sa balle et pour la première fois depuis qu'il était entré, il regarda son fils dans les yeux. Il voyait ce jeune homme, cet adolescent aux cheveux bruns et aux yeux sombres, portant ce jean sale et ce gros pull de laine blanc. Il voyait son fils.

Il ne l'avait jamais imaginé comme ça. Il avait toujours pensé que ses enfants auraient les cheveux aussi noirs que lui. Étrangement, en observant bien son visage, Ryan s'y retrouvait un peu. Mais il avait du mal à admettre que derrière cette vitre, se tenait son enfant. Il n'avait pas été un père exemplaire. Mais Ryan comptait bien rattraper son retard en quelques minutes :

_Vous pensez avoir des souvenirs : une ferme, une famille, un avion, un accident et puis cet endroit.

Il frappa doucement la balle et fit un trou en un. Il sourit intérieurement, satisfait d'avoir bien joué au golf pour la dernière fois de sa vie.

_Avez-vous vraiment une famille ? L'avion s'est-il écrasé ou à t-il été détourné ?

Ryan fouilla dans sa poche et en tira une nouvelle balle de golf avec laquelle in joua un moment à la faire tourner entre ses doigts :

_Il a été irrépressiblement attiré par une chose inférieure à l'homme. Une chose conçue pour rester en sommeil, jusqu'à ce qu'une simple phrase de son maître la réveille.

Il lâcha la balle et s'appuya négligemment contre le club de golf :

_A t-on envoyé un homme pour me tuer ou un esclave ?

Il quitta sa postion pour aller ouvrir la porte :

_L'homme choisit, l'esclave obéit.

Il fit coulisser la porte d'un simple bouton. Son fils s'avnaça jusqu'à lui, à le toucher mais :

_Arrêtez-vous, je vous prie.

Le jeune homme stoppa net. Une moue de dégout barra le visage du vieil homme. C'était vraiment aussi simple que ça ?

_"Je vous prie". Une phrase puissante. Famillière, peut-être ?

Il vit clairement le regard de son enfant se perdre dans le lointain. Son fils comprenait enfin qu'il avait été dupé par Atlas. Mais la leçon n'était pas finie :

_Asseyez-vous, je vous prie. Debout, je vous prie.

Pareil à un chien, son fils se plia à ses ordres. Le dégoût de Ryan allait croissant. Ils avaient fait de son enfant une marionnette.

_Courrez ! Stop ! Tournez-vous !

Son fils obéit. Ryan comprit qu'il devait aller jusqu'au bout. Il brandit son club de golf en vociférant :

_L'homme choisit, l'esclave obéit !

Il lui tendit son club de golf :

_Tuez.

Son enfant le frappa en plein sur la tempe gauche. Ryan sentit une vive douleur et des os craquer. Il trébucha en arrière et porta la main à sa blessure. Quand il la retira, elle était rouge de sang. Il fit quelques pas vers son fils :

_L'homme choisit...

Nouveau coup, même endroit. La douleur alla croissante. Ryan bascula à terre. Il avait tellement mal qu'il ne désirait que mourir. Pourtant, il devait encore tenir bon. A genoux, il continua de parler :

_L'esclave obéit.

Le club le frappa en pleine joue, lui brisant la mâchoire. Ryan manqua de s'étouffer dans son propre sang. Il cracha pour se libérer la bouche et fixant son fils d'un air aussi autoritaire que son visage défiguré lui permettait, il le saisit par les pans de ses habits :

_Et bien, OBEISSEZ !

Ryan vit venir le coup au ralenti. Il vit la tête du club se diriger vers sa tempe gauche et la heurter avec une violence inouïe. Il la sentit se détacher du corps du club pour se ficher dans son crâne, lui frappant le cerveau. Il se sentit glisser à terre, les nerfs trop brisés pour transmettre la moindre information. Il saignait en abondance et perdait déja un à un ses cinq sens. Il perdit d'abord l'ouïe et l'horrible fracais que faisait les explosions dans Rapture s'en alla. Il sentit ensuite sa langue gonfler et s'anesthésier. Son nez ne sentait plus l'odeur de sang frais qui s'échappait de son corps. Puis, son corps lui-même ne sentit même plus qu'il était allongé sur le plancher.

Il aurait pu jouer autrement. Utiliser le "je vous prie" pour renvoyer son fils tuer Atlas. Mais il ne manipulerait pas son enfant comme son ennemi. Il nétait pas un parasite, à utiliser les autres.

Peut-être aurait-il du écouter MacDonagh plutôt que Suchong ? Ne jamais durcir Rapture. Mais même si Atlas faisait main basse sur sa ville maintenant, Ryan ne lui laissait plus rien. A croire que tous les russes utilisaient la tactique de la terre brûlée contre leurs ennemis.

Ryan portait un grand espoir en son fils. Ce dernier avait enfin compris qu'il était manipulé. Il pourrait maintenant se retourner contre Atlas, le tuer et sauver les Petites Soeurs de cet enfer. Ou bien il pouvait au contraire chercher encore plus de puissance dans les plasmides, tuer les fillettes et devenir l'être le plus puissant de tout Rapture avant de partir à la conquête du monde. Alors qu'il fermait les yeux et qu'il sentait les ténèbres l'emporter, Ryan savait que le choix était entre les mains de son fils.

Car en définitive, c'était toujours pareil :

L'homme choisit.

L'esclave obéit.

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