Shinigamis et Shinas, la nouvelle histoire
Le cœur de la forêt d’or avait plusieurs centaines de siècles. Certains arbres ici étaient bien plus que millénaires. Ils avaient traversé les âges, survécu aux folies des hommes et aux affres du temps. Mais dans son histoire, jamais cette forêt n’avait vu pareille bataille en son sein. Là où nul homme ne venait jamais. Là où le temps, lui-même, semblait s’écouler avec une lenteur discrète.
La bataille qui fut livrée au milieu des arbres fut d’une violence rare. D’un côté, près de centaines de Shinas et de Shinigamis. En face, des sorciers exilés. Et parmi eux, des démons de bas niveau. Les démons de haut niveau, quant à eux, restaient en retrait. Ils se battraient, sans doute, mais pas dès le premier assaut.
Le choc fut frontal et furieux. Le sang giclait, sur le visage, au creux des mains. Les os se brisaient. Les corps tombaient, ne se relevaient pas toujours. Ils furent nombreux à tomber dès la première passe.
Les deux rangées se reformèrent et donnèrent un second assaut, toujours de face, avec un dernier semblant d’alignement. Puis ce fut le chaos total, l’horreur absolue. Au sol, les corps à corps redoublaient de violence dans des nuages de poussière. Des Shinas et Shinigamis mourants, continuaient à se battre. On voyait les groupes se dissoudre, les Shinas renégats se séparer, fondre sur l’ennemi, se replier, attaquer à nouveau... des démons tombaient, des Shinas et Shinigamis alliés aussi, plus nombreux encore, les cadavres s’amoncelaient comme de vulgaires morceaux de viande.
Hachiro Chosokabe, le fils de la Grande Prêtresse d’Erèbe, qui s’était retrouvé en retrait lors de la première salve, était à présent au cœur même du combat. Au cœur du massacre. Il hurlait. Abattant des Saï avec une frénésie qu’il ne contrôlait plus, il se frayait un chemin parmi les cadavres pour pourfendre toujours plus d’ennemis. Les yeux emplis de haine, il se jetait sur les démons, comme possédé, et rien ne semblait pouvoir l’arrêter. Chaque nouvelle explosion de sangle rendait plus fou encore. Bientôt, il eût l’impression d’avoir perdu la raison. Il en avait conscience mais ne pouvait rien faire, et assistait à sa propre folie comme un spectateur horrifié. Il n’esquivait même plus, cherchait presque les coups. Fonçait sur les Shinas traites comme pour les défier tous. Son corps était couvert de sang. Son sang à lui ou celui des autres peut-être, comment savoir ? Il ne ressentait rien. Aucune douleur, aucune peur, juste la soif de vengeance et une délivrance terrible qui le transformait en monstre. Il ne faisait qu’un, à nouveau. Qu’un avec ses Saï, avec la force qui soulevait les lames, avec la rage qui l’abattait.
Soudain, sa tête se mit à tourner. Il ne comprenait plus vraiment ce qu’il se passait autour de lui. Des hommes fuyaient en hurlant. Le monde semblait s’éteindre lentement, les sons se mélanger. Plaintes, cris de douleurs, râles, sanglots... le chaos s’élevait comme un opéra de pleurs dissonants. Mais il continuait d’avancer. Il croisa un autre ennemi. Esquiva à peine son attaque, contre-attaqua, plus fort, sans s’arrêter, sans reculer, marchant toujours sur l’adversaire.
Il ne sentait même pas qu’il n’avait plus de force. Ses jambes cédèrent sous lui, et il s’écroula à genoux, le buste droit, comme une marionnette qu’on lâche. Du sang, ou de la sueur peut-être, coulait sur son front, dans ses yeux, et brouillait sa vue. Il s’appuya sur ses Saï pour se relever. Comme enivré par la folie du combat. Il tourna la tête. Il n’y avait plus personne à côté de lui. Il fit volte-face. Personne derrière non plus. Et il s’écroula à nouveau, en hurlant, les yeux clos.
-Comment ai-je pu faire ça ? Comment ? Ce n’est pas possible ! Ce n’est pas moi !
-Hachiro !
L’homme releva lentement la tête. Il vit le visage de Yoruichi Shihoin se dessiner sur le fond verdoyant des arbres ancestraux.
Il essaya de se relever, péniblement. Elle se précipita vers lui pour lui tenir le bras. Il vit alors qu’il n’y avait que Soi Fon et Kisuke Urahara derrière la jeune femme. Et tous ces cadavres autour d’eux.
-Ils... Ils sont tous morts ? bredouilla Hachiro incrédule.
-Non ! répondit Yoruichi. Non. Les démons de niveau supérieur et certains Shinas renégats se sont enfouis, les Shinas d’Erèbe et les Shinigamis sont à leurs trousses.
Hachiro secoua la tête, puis il avança avec Yoruichi vers les deux autres. Il avala sa salive. Il regarda ses bras, ses jambes, son torse, passa une main sur son crâne. Il n’était pas blessé.
-Je... Je crois que j’ai perdu le contrôle de moi-même.
-Ça, c’est le moins qu’on puisse dire.
Hachiro hocha la tête. Il avait envie de vomir. Il ne pouvait plus regarder par terre. Les corps ensanglantés se chevauchaient, déchiquetés, dans un amas répugnant.
-Et vous... Vous n’avez rien ? demanda l’homme.
-Kisuke s’est blessé le bras, Soi Fon semble s’être abîmé l’épaule, et moi je n’ai rien.
-On pourrait aller un peu à l’écart ? demanda Hachiro qui était de plus en plus pâle.
-Avec plaisir, répondit Yoruichi en souriant. J’aimerais mieux moi aussi.
Ils traversèrent le champ de cadavres et s’éloignèrent jusqu’à ce qu’il n’y ait plus un seul corps au pied des arbres immenses.
Mais Hachiro était encore bouleversé. Il aurait voulu exprimer sa reconnaissance, mais il se sentait trop mal. Son corps entier n’était que douleur, et il était couvert de sang.
-Jamais je n’aurai cru... Jamais je ne me serais cru capable d’une telle...
Yoruichi était étendu dans le magasin d’Urahara. Ses pupilles or se rétractaient vu la luminosité qui pénétrait dans la pièce. Voilà bien longtemps qu’elle n’avait pas rêvé d’Hachiro Chocokabe, le futur Grande Prêtre d’Erèbe. Même des Shinas d’ailleurs. Elle s’étira de tout son long tel un félin en poussant un petit soupir. Des voix s’élevaient dans la pièce d’à côté. Elle reconnue immédiatement celle de Kisuke Urahara, d’Ichigo Kurosaki et de Orihime Inoue. La jeune femme se leva, s’étira de nouveau avant d’ouvrir la fine porte et de s’asseoir près des invités du propriétaire du magasin. Urahara avait eu vent de la visite des Shinigamis dans le monde des Shinas et était en train d’expliquer à Ichigo qui était les Shinas.
-Attends une seconde, fit le rouquin en direction de l’homme au bob, tu dis que les Shinas étaient des sorciers alliés aux Shinigamis ! Pourquoi je n’en ai jamais entendu parler ni même vu ?
-Ils se font plutôt discrets, précisa Urahara. Ce sont des sorciers qui ont une grande histoire avec les Shinigamis.
-Je n’en ai jamais croisé, précisa le rouquin.
-Ils se fondent parfaitement dans le décor des humains quand ils viennent dans ce monde, lui répondit Yoruichi.
Orihime haussa un sourcil.
-Quand ils viennent dans ce monde ? Répéta la jeune fille. Ça veut dire qu’ils ne vivent pas ici ?
-Non, souriait Urahara. Leur monde est protégé par des sortilèges et autres moyens de protections. Personne ne peut entrer dans leur monde hormis s’ils sont invités !
-Tu as déjà visité leur monde ? Demanda Ichigo, intrigué.
Kisuke Urahara se mit aussi à courir. Il aperçut devant lui la faible lumière de la crypte. Il lâcha sa torche et courut de toute ses forces. La voix de Maika Ozora, maître du 10eme régiment d’Erèbe et télépathe s’était soudain éteinte dans sa tête. Elle résonnait comme un cri dans un vaste clairière obscure.
Il franchit les derniers pas en hurlant le nom de la femme et il plongea dans la lumière tamisée de la petite pièce. Quand il fut à l’intérieur, il comprit aussitôt que Maika n’était plus.
il était trop tard. Déjà trop tard.
Sadao Rokujô, a ce moment Général de la garde royal, se tenait debout face à elle et, dans la main droite, il tenait un poignard ensanglanté. Derrière lui, Urahara vit le corps sans vie de Maika, étendu par terre dans une mare écarlate.
Le Shinigami sentit son cœur défaillir. Non. Pas Maika ! Pas cette Shinas ! Pas celle qui lui lui avait tendu la main quand il avait déserté la Soul Society avec ses compagnons. Celle qui lui avait tant appris du monde des Shinas. Celle qui lui avait avoué ses sentiments, même si le Shinigami n’avait pas pu lui retourner.
Non ! La souffrance était trop grande. L’injustice trop rude. Urahara, les yeux emplis de larmes, le cœur détruit, entra dans une colère folle.
Sans réfléchir, il poussa un cri de haine et se jeta sur le Shinas avec la force d’un fauve. Il essaya de le saisir à la gorge, mais Sadao Rokujô esquiva et pivota sur le côté tout en envoyant un coup de poignard qui effleura le buste de Kisuke. Le Shinigami se retourna, le visage tordu par une rage que plus rien ne pourrait éteindre que la mort.
Il sentit le picotement de l’éraflure à sa poitrine. Il reprit son souffle. Puis, la tête basse, le regard menaçant, il dit d’une voix grave et fulminante :
-Je vengerai le maître Ozora, non pas seulement parce que tu me l’as volée, mais parce que tu lui as volé, à elle, toute sa vie. Et il n’y a rien en moi qui puisse te pardonner.
Le Général Rokujô éclata de rire.
-Pauvre Shinigami. Allons, rends-toi à l’évidence. Ozora est morte, et c’est de ta faute, après tout. C’est toi qui as tout gâché. Je misais beaucoup sur elle. Mais tu l’as pervertie, n’est ce pas ? Tu es responsable de sa mort, Dieu de la mort. Elle n’aurait jamais dû aimé un Shinigami ! Elle aurait dû…
Kisuke Urahara ne le laissa pas finir, et se jeta une nouvelle fois sur le Général, en essayant de le saisir au poignet pour lui enlever son arme. Mais l’homme repoussa sans peine son attaque et lui asséna un nouveau coup de poignard, à l’épaule cette fois.
-Hier encore, tu aurais peut-être eu une chance de me battre, Dieu de la mort. Une infime petite chance. Mais à présent, je sens le pouvoir d’Ozora fusionner avec le mien. Tu ne peux rien contre moi.
Le Shinigami avait le souffle court. Il fallait qu’il trouve une stratégie. Pour passer la barrière entre son monde et celui des Shinas, il avait dû laisser son Zanpakutô. Et le kidô n’avait pas un grand effet sur les Shinas.
Urahara fit un pas de côté.
-Si quelqu’un doit mourir ici, Dieu de la mort, ce sera toi, dit le Shinas d’une voix stridente.
Rokujô dit sentir qu’Urahara préparait quelque chose, car il se jeta précipitamment sur lui et envoya un coup de poignard vers la gorge du Shinigami. Urahara se pencha sur le côté et évita la lame de justesse.
Il s’écarta, mais il vit alors qu’il avait le mur derrière lui qui l’empêchai de se mettre hors de portée.
Le Général se remit en position de combat.
-L’heure de ta fin est venue, Dieu de la mort. Tu aurais dû accepter mon offre et ne plus revoir Ozora. Mais tant pis pour toi. Il est trop tard maintenant. Tu vas rejoindre Maika.
Rokujô avança sur le côté de façon à coincer Urahara dans l’angle de la petite crypte.
Le Shinigami, pas à pas, n’eut d’autre solution que de reculer jusqu’à ce qu’il soit acculé.
Il vit alors le sourire sur le visage du Shinas. Et le battement de cils qui précédait l’attaque. Comme un signe funeste. Un dernier signe avant la mort.
Et aussitôt, le Général lança son ultime assaut.
Urahara ferma les yeux. Et l’instant devint éternité. Il se souvint de ce que lui avait enseigné Maika sur le pouvoir des âmes. Ce n’était pas propre aux Shinas ou même aux Shinigamis. Tout le monde pouvait pendant un fragment de secondes, utiliser le pouvoir de son âme.
Le Shinigami plongea à l’intérieur de lui-même, dans les ténèbres de son esprit troublé. Son âme se mit à flotter dans l’obscurité infinie, dans la douleur, la tristesse, à la recherche de l’étincelle. Une dernière petite étincelle. Mais il ne trouva que le vide et le noir.
Le monde vacilla. Urahara sentit la pointe de métal froid s’enfoncer dans son ventre. La douleur pénétra son âme. Et soudain, dans l’opacité de son esprit, il vit une lumière. Une toute petite lumière. Il avança vers elle, aussi vite qu’il put. La lame pénétrait sous sa peau. Il aperçut alors le visage d’une femme, qui tenait une bougie. Qui l’a tendait vers lui. La flamme vacillait. Elle dessinait sur le sourire de cette femme des motifs harmonieux.
Urahara tendit les mains vers la lueur frémissante et, dans un élan désespéré, toucha cette flamme.
-Je suis ce que tu crains le plus, Rokujô Sadao. Regarde. Je suis le visage de ta mort. Ton pire ennemi.
La crypte explosa soudain sous les rayons aveuglants d’une intense lumière. Ce fut comme une détonation de feu, un incendie immense, comme si la salle toute entière avait été frappée d’un coup par un éclair gigantesque.
Urahara, plaqué contre le mur, vit des rayons phosphorescents sortirent de ses mains. Il entendit alors le hurlement strident du Général Rokujô, tout près de lui. Un hurlement de stupeur et d’effroi. Puis un cri d’agonie, horrible. Urahara regarda. Il vit le corps en feu du Général. Puis la lamentation déchirante s’éteignît lentement dans le crépitement des flammes.
Le Général s’écroula aux pieds du Shinigami, dévoré par le feu.
Urahara se laissa tomber à genoux. Le visage crispé par la brûlure, il enleva lentement le poignard enfoncé dans son ventre. Il n’était entré que jusqu’à mi-lame. Mais tout son corps le faisait souffrir. Son âme lui avait dévorée les veines. Sa bouche était sèche. Des yeux le poquaient et sa vue était brouillée de mille lueurs. Le Shinigami, éreinté, releva lentement les yeux.
Il regarda un instant le corps carbonisé de Rokujô, juste devant lui, qui était encore parcouru par quelques flammes vacillantes.
Il se leva délicatement. Sa peau lui tirait. Il attendit quelques instants, anéanti et hypnotisé par le spectacle terrible de ce corps qui se réduisait déjà en cendres.
Puis, quand il eut repris ses esprits, d’un pas chancelant, il traversa la pièce et s’approcha du corps de Maika. Il s’agenouilla auprès d’elle.
Il caressa lentement les cheveux de la Shinas, posa sa main sur son buste ensanglanté.
Puis il attrapa le corps de Maika, le prit dans ses bras, se releva et partit vers l’escalier qui menait à la sortie.
Il remonta vers la lumière, abandonnant à jamais dans les ténèbres une partie de son âme.
—Tu es toujours avec nous ? Lâcha Ichigo en voyant qu’Urahara ne lui répondait pas.
L’homme au bob afficha un petit sourire avant de prendre un visage plus fermé.
-Maika, murmura le Shinigami.
De ses yeux or, Yoruichi observa son ami. Elle ne connaissait que trop bien l’attache qui avait lié la Shinas et le Shinigami.
-Les Shinigamis et les Shinas se connaissent depuis longtemps, continua la femme à la peau mate. Ils étaient alliés dans le passé.
-Pourquoi dans le passé ? Questionna Kurosaki en regardant de temps en temps le propriétaire du magasin qui était resté silencieux.
-Il y a douze ans de cela, des Shinas traitent à la famille Royal et des Shinigamis se sont alliés et ont assassiné le futur Grande Prêtre, sa femme et ont grièvement blessé leur fils, âgé de cinq ans à ce moment.
-Quoi ? Laissa échapper Orihime. Pourquoi faire une telle chose ?
-Si seulement nous le savions, soupira Yoruichi. Depuis ce moment, la Grande Prêtresse Eria garde ses distances avec la Soul Society. Les Shinas ne côtoient plus les Shinigamis.
-Et qu’est ce que font ces Shinas au juste ? Demanda le rouquin.
-Ils tuent les démons qui s’attaquent aux humains et au Seireitei, reprit Urahara. Tous les Shinas naissent avec un pouvoir enfermé dans leur âme. Au fur et à mesure, ce pouvoir grandit. C’est un peu semblable au Shinigami. Ils prononcent une phrase de libération, et leur pouvoir apparaît selon une forme. Plus ils s’entraînent et deviennent puissants, plus leur pouvoir prends des formes différentes à chaque transformation. Pour ce que je me soucie, continua l’homme au bob, un Shinas peut atteindre 4 transformation.
-Faux, rectifia Yoruichi, le prince d’Erèbe peut atteindre 5 transformations…
-Et c’est beaucoup ? Demanda Ichigo un peu perdu.
-Si le Shinas utilise trop de pouvoir, son âme peut se déchirer et il meurt, lui répondit Urahara. Pour le prince d’Erèbe, c’est différent.
-En quoi c’est différent ?
-Sa mère n’était pas une Shinas, répliqua Yoruichi.
-Une humaine ? Interrogea Orihime, intéressé par les propos des deux Shinigamis.
-Non, rien à voir, souriait Yoruichi. C’était un démon !
Les deux jeunes gens écarquillèrent les yeux. Un démon ?