Shinigamis et Shinas, la nouvelle histoire

Chapitre 15 : Hampo

7142 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 11/05/2026 13:39

-Vous m’aviez promis que vous pourriez me ramener le prince des Shinas, cher membre du Conseil... Or, vous n’y êtes pas parvenu. Pourquoi continuerais-je de vous faire confiance, et à quoi pourriez-vous me servir aujourd’hui ?

Le visage de Mizuchi était plongé dans l’ombre, caché par la gueule de loup qu’il portait sur la tête. Ses yeux de rapace scintillaient dans la pénombre orangée.

-Vous pensiez que vos démons pourraient y parvenir, répondit Arata, debout au centre de la pièce, et ils ont échoué eux aussi. Nous avons, vous et moi, sous-estimé notre ennemi, parce qu’il a su réunir autour de lui beaucoup plus d’alliés que nous ne pouvions l’imaginer. Il ne faudrait pas le sous-estimer une seconde fois : vous aurez besoin de tous les soutiens possibles pour arriver à vos fins.

Mizuchi éclata d’un rire presque dément. Il fit signe au Shinas de s’asseoir.

-Prenez place, Arata, prenez place. J’aime parler avec vous. Les Shinas ont cette formidable habitude de vouloir faire passer les mauvaises nouvelles pour des bonnes ! Et pour cela avec un aplomb admirable ! Je ne sais pas comment vous faites. Des années de pratique en manipulation politique, je suppose...

-Mizuchi, n’étiez-vous pas vous-même comme un Shinas jadis ? Et de toute façon, il ne s’agit pas de politique, aujourd’hui.

-Mais alors de quoi s’agit-il ? demanda Mizuchi, moqueur.

-De survie. Avez-vous regardé la terre qui entoure l’If ?

Le sourire s’effaça lentement du visage de Mizuchi.

-Quelqu’un comme moi ne regarde pas la terre, il regarde les étoiles, Shinas.

-Votre contrée se meurt, Mizuchi. Il n’y a plus un seul arbre debout tout autour de vous. Votre monde disparaît lentement. Seul le pouvoir du prince Roka pourra sauver votre vie.

-Certes, mais pourquoi devrais-je le partager avec vous ?

-Parce que vous aurez besoin de moi pour capturer le prince Roka.

-Vous ne vous en êtes pas montré capable. Les Shinas ont toujours fini par me tromper. Me trahir. J’y arriverai seul.

-Peut-être. Mais en me gardant à vos côtés, vous aurez plus de chances. Je sais d’où il vient. Je sais ce dont il est le fruit. Je connais son pouvoir, son instinct, j’en connais sur lui bien plus qu’il n’en sait lui-même. J’ai combattu sa mère et son père avant lui.

-Vous les avez combattus, mais vous n’êtes pas parvenu à les empêcher de mettre au monde un bâtard...

-Oui, c’est vrai. Mais c’est moi qui ai mis fin à leurs jours. Je les ai battus en restant dans l’ombre. Je saurai le battre lui aussi.

Mizuchi leva un sourcil et avança lentement la tête vers son interlocuteur. Il voulait voir si le Shinas disait vrai. Lire au fond de ses yeux. Il n’avait jamais vraiment su comment le futur Grand Prêtre et la reine des démons, les parents de Roka, étaient morts. Mizuchi n’aurait jamais imaginé qu’Arata en fût la cause. Or, si les Bando est le maître de la manipulation, en revanche il ne ment pas. Si Arata disait avoir tué Sei et Hachiro, cela devrait être vrai.

Mizuchi se leva et s’approcha du vieux Shinas. Il le regarda droit dans les yeux, resta silencieux un long moment, puis de sa voix caverneuse dit enfin :

-Vous serez à mes côtés, Arata, à mes cotés, pendant la nuit de Xorena, et nous tuerons le prince Roka. Dites à vos hommes et aux démons d’installer leur campement au pied de l’If. Et, en attendant ce jour glorieux, j’ai moi-même à faire quelque chose qui devrait augmenter nos chances de réussite. Un petit atout bienvenu.


Tôshirô Hitsugaya était assis à une table, seul, dans une petite auberge de Hampo. Demoto Kusashi, l’homme qui l’avait sauvé, dormait déjà dans la chambre qu’ils occupaient tous deux à l’étage. Il devait être épuisé. C’était au péril de sa vie que Demmoto avait pénétré le bâtiment le jour même où Histugaya devait être exécuté. Au moment où les Shinigamis étaient occupés à préparer les préparatifs d’exécution et alors que Gaku Koike lui-même s’était enfermé dans la bibliothèque de l’édifice, il était parvenu à voler les clefs de la cellule du jeune capitaine et était venu le délivrer. Cela faisait plusieurs jours que le jeune homme surveillait, depuis une cachette dans la grange, les allées et venues des Shinigamis renégats, et il avait tenté sa chance avant qu’il ne soit trop tard. Sans lui, Tôshirô Hitsugaya aurait été exécuté le jour même à Yedo. Il s’en était fallu de peu.

Sans perdre de temps, les deux jeunes hommes s’étaient enfuis, aussi vite que le leur permettait l’état de santé du capitaine de la dixième division. Ils avaient rejoint Hampo où ils espéraient que les hommes de Gaku Koike ne viendraient point les chercher.

Dégutant un bouillon délicieux, le jeune capitaine se remettait lentement de ses blessures nombreuses et essayait d’oublier la peine qui le hantait. Les clients de l’auberge l’avait longuement dévisagé pendant le début de la soirée tant son visage était marqué par les coups qu’il avait reçus, mais ils avaient fini par l’oublier et à présent plus personne ne faisait attention à lui. Hitsugaya se délectait tout en écoutant discrètement la conversation d’un groupe de voyageurs attablés derrière lui.

Ils parlaient du prince Roka. Ce qu’on disait de lui variait tellement d’un village à l’autre que tout ne pouvait être vrai. Mais partout on s’entendait au moins sur un point : il était l’ennemi d’Arata Bando et de Gaku Koike, il leur avait échappé et continuait de les défier. Et c’était cela qui avait éveillé l’intérêt d’Histugaya. Le jour du massacre de Yedo, Tôshirô enquêtait parmi les Shinas pour trouver des informations sur le pourquoi Arata Bando s’attaquait à la famille royale.

Qui mieux que ce jeune prince pourrait défendre le peuple Shinas et Shinigamis ? Lui qui avait les mêmes ennemis, lui qui était toute indépendance, toute liberté ? Qu’importaient les choses étranges qu’on racontait à son sujet ? On disait que son pouvoir était démoniaque, qu’il était l’ami de Mizuchi, selon les uns, ou son ennemi, selon les autres. Certains pensaient qu’il était peut-être Mizuchi lui-même. Et tant d’autres choses encore, plus contradictoires les unes que les autres...

Mais ce n’était pas ce qui comptait. Ce qui importait, aux yeux d’Hitsugaya, c’était que ce jeune homme semblait assez puissant pour défier Bando Arata et vouloir créer une nouvelle alliance entre Shinas et Shinigamis. 

Le prince Roka était en ce moment même à la Soul Society. Demain, Hitsugaya se remettrait en route pour le monde des Shinigamis, avec son nouveau compagnon de route, Demoto.

A la fin de la soirée, Tôshirô se rendit soudain compte qu’il était le dernier client dans la grande salle de l’auberge. Tous les autres étaient partis se coucher. Le regard perdu dans le vide, il était resté plongé dans ses pensées sans se rendre compte des bruits et des mouvements autour de lui.

Il croisa le regard bienveillant de l’aubergiste qui n’avait pas jugé utile de lui demander de partir et qui attendait patiemment, de l’autre côté du comptoir. Hitsugaya s’excusa et partit se coucher à l’étage.


Le soleil ne s’était pas encore levé sur la Soul Society. Ils étaient tous les quatre réunis dans la cour de la première division. Roka, Rukia, Ichigo et Taro. Le prince des Shinas était allé réveiller ses compagnons au milieu de la nuit. Il leur avait dit qu’il partait. Aucun des trois n’avait hésité. Ils voulaient l’accompagner. Où qu’il aille. Et cela ne l’étonnait pas vraiment.

Ils n’avaient pris le temps de prévenir personne. Pas même la Grande Prêtresse. De toute façon, elle se doutait depuis longtemps qu’un jour où l’autre ils seraient partis. C’était dans l’ordre des choses, comme on dit. Sauf que Roka, lui, était là pour le bousculer, cet ordre trop ancien de choses trop anciennes.

Dans le silence froid du petit matin, ils s’étaient mis en route.

-Il est un peu tôt tout de même ! grogna Ichigo.

Roka ne put s’empêcher de sourire. Il commençait à s’habituer au caractère d’Ichigo.

-Toi ? De méchante humeur ? Je refuse d’y croire ! se moqua le jeune homme.

Roka vérifia une dernière fois ses affaires, glissa la main sous sa chemise pour s’assurer que la petite pochette, celle qui contenait la bague et la fleur que lui avait données Urahara, était toujours autour de son cou. Puis il se retourna vers ses amis.

-Attendez-moi ici, et tenez-vous prêts à partir. J’ai une dernière chose à faire.

Il se mit en route vers les logements de la deuxième division, sous le regard inquiet de Taro. Il traversa la cour en essayant de ne pas faire trop de bruit. Inutile d’attirer l’attention. Les gardes à l’entrée les entendraient bien assez tôt. En marchant, il laissa son regard se poser sur les différents bâtiments. C’était peut-être la dernière fois qu’il les voyait, et, bizarrement, cela le rendait triste. Lui, qui ne s’était jamais senti vraiment à sa place ici, y avait pourtant vécu des heures inoubliables. C’était ici qu’il avait rencontré pour la première fois le Commandant Yamamoto il y a des années. Et après le massacre de la capitale d’Erèbe, la Soul Society était ce qui ressemblait le plus à son domicile. Un asile familier, en tout cas. Rassurant malgré tout.

Il ouvrit la porte des logements annexes et entra à l’intérieur du petit bâtiment. Il longea le couloir, tourna à droite puis s’arrêta devant une chambre. Il n’y avait pas un seul bruit à l’intérieur. Il hésita, puis il frappa contre la porte. Rien. Il frappa à nouveau, un peu plus fort. Il entendit alors du bruit à l’intérieur. La porte s’ouvrit.

-Bonjour, Wamura.

Le jeune homme, encore à moitié endormi, fit une grimace perplexe.

-Bonjour, prince Roka, balbutia-t-il en se frottant les yeux. Que se passe-t-il ?

-Mes compagnons et moi allons devoir partir...

Wamura eut un geste de recul. Même s’il avait eu le temps de mieux connaître les Shinas depuis leur rencontre étrange dans la forêt Céleste, le Shinigami était encore assez mal à l’aise et ne savait pas sur quel pied danser.

-Vous partez maintenant ? Mais... Moi ? Je vous accompagne, n’est-ce pas ?

-Non, non, Wamura...

-Mais enfin, prince Roka ! Que voulez-vous que je fasse ici ?

-J’ai une mission pour vous.

-Une mission ?

-Oui. Souvenez-vous. Quand je vous ai demandé de rester avec nous, dans la forêt Céleste, je vous ai dit que vous pourriez un jour m’être utile.

-Oui...

-Eh bien, voilà, c’est ce que nous allons faire, et j’ai besoin de vous pour cela. Vous êtes parmi nous depuis plusieurs semaines, maintenant, vous savez que mes intentions sont bonnes...

-Je le crois, affirma le Shinigami.

-Beaucoup de monde vous as trompé.

-Je ne peux pas dire cela...

-Mais vous avez vu Zenkichi Yu. Vous a-t-il attaqué quand vous l’avez attaqué ?

-Non.

-Aidez-moi, Wamura. Participez à mon combat. J’ai décidé de sauver Zenkichi Yu, les Yokai et les démons. Mais je ne pourrai pas le faire seul. Et vous pouvez m’aider.

-Vous aider à sauver des démons et des Yokai alors que j’ai passé ma vie à les tuer ?

-Je vous offre l’opportunité de vous racheter, Wamura. Il est encore temps.

-Moi ?

-Vous, et tous les Shinigamis qui voudront se joindre à nous. Voici votre mission Wamura. Je vous demande de parcourir les mondes pour réunir tous les Shinigamis exilés de bonne volonté. Les rallier à mon camp.

-Mais... Mais comment les convaincre ?

-Vous saurez les convaincre. En outre, vous êtes le meilleur Shinigami de la deuxième division. Si vous n’y parvenez pas, alors personne ne pourra le faire. Je compte sur vous, Wamura. J’aurais pu vous tuer, le soir où vous avez attaqué Yu. Je ne l’ai pas fait, pour deux raisons. D’abord parce qu’il y avait eu assez de morts ce jour-là et que je ne crois pas que tuer son ennemi soit la meilleure solution. Ensuite parce que je sais qu’au fond de vous, il y a ce jeune homme, ce Shinigami qui pourrait changer les choses... donner un nouveau sens...

-Je ferais de mon mieux. Je vous le promets.

-Alors, ne perdez pas de temps. Et retrouvez-moi avec tous les Shinigamis exilés que vous aurez réunis trois jours avant la nuit la plus longue, au cœur de la forêt Céleste, là où nous avons vu Yu.

-Nous y serons, promit Wamura.

-Bonne chance !

Roka lui serra une dernière fois la main vigoureusement et fit demi-tour pour retrouver ses compagnons dans le cour de la première division.

Mais alors qu’il allait ouvrir la porte du bâtiment pour en sortir, il entendit une voix à l’autre bout du couloir.

-Roka !

Le jeune homme sursauta. Il avait cru reconnaître cette voix. Il se retourna. Oui, c’était bien elle. Elle avançait vers lui en silence.

-Grand-mère ! Que fais-tu ici ?

-Sanada m’a prévenu que vous risquiez de partir aujourd’hui. Je voulais te saluer avant ton départ.

-Il est très tôt !

La Grande Prêtresse Eria ne put s’empêcher de sourire.

-Soit prudent, Roka. Et prends soin de toi. Tu vous me manquer.

-Tu me manqueras aussi, répliqua le jeune Shinas.

La Grande Prêtresse s’approcha de lui et l’embrassa tendrement sur le front, comme on embrasse un enfant. Puis elle plongea son regard dans le sien, lui fit un dernier sourire et s’en retourna de l’autre côté du couloir, sans rien ajouter.

Roka, la gorge nouée, sortit dans la cour de la première division. Les autres le regardèrent avec insistance, se demandant ce qu’il était parti faire, mais il ne leur donna aucune explication. Le sourire aux lèvres, il les rejoignit.

-Alors ? demanda Ichigo. Où allons-nous ?

-A Hampo, et le plus vite possible.


-Capitaine Hitsugaya ! Levez-vous ! Les Shinigamis renégats sont encore à notre recherche, ils sont en train de fouiller toute la ville !

Tôshirô Hitsugaya sortit rapidement de son lit et s’habilla en vitesse. Il s’était couché tard et il n’avait même pas entendu son compagnon se lever.

-Jusqu’ici ? s’exclama-t-il, furieux. Ils nous pourchassent jusqu’ici ?

-Oui ! répliqua Demoto Kusashi, qui était paniqué. C’est l’aubergiste qui m’a prévenu ! Il m’a dit qu’il y avait une porte à l’arrière de l’auberge pour que nous puissions partir sans passer par la grande rue.

-Espérons qu’il est encore temps !

-Espérons surtout que ce n’est pas un piège de l’aubergiste...

-Je ne pense pas, il s’est montré très amical hier soir. Nous devons lui faire confiance.

Demoto acquiesça, mais l’inquiétude se lisait dans son regard. Hitsugaya rassembla toutes ses affaires et, sans traîner, ils descendirent le petit escalier. L’aubergiste les attendait en bas des marches, il leur fit signe de se dépêcher et les guida vers la porte dérobée. Ils sortirent dehors, dans une petite ruelle calme.

-Voici Eli, mon fils, expliqua l’homme en leur présentant un jeune garçon. Il va vous guider jusqu’à la rivière. Vous pourrez vous échapper par là...

-Merci ! Mais pourquoi faites-vous tout cela pour nous ? s’étonna Hitsugaya en serrant la main de leur bienfaiteur.

-Vous êtes du côté du prince Roka, n’est-ce pas ?

-Oui, en effet.

-Le prince Roka est quelqu’un de bon. C’est notre prince ! Je veux vous aider, à mon tour. Les ennemis de mes ennemis sont mes amis, comme on dit...

-Merci.

-Ne perdez pas de temps. Les Shinigamis renégats sont partout. Bonne chance. Je suis solidaire de votre combat...

Tôshirô hocha lentement la tête. Ils le saluèrent une dernière fois et suivirent le jeune garçon dans la ruelle.

Le dos courbé, prudents, ils traversèrent le quartier Nord de la ville en suivant des passages étroits entre les maisons, par des petits escaliers... Le fils de l’aubergiste semblait connaître la ville comme sa poche, et il était visiblement très fier de les aider à s’enfuir. Par deux fois ils virent au loin l’uniforme des Shinigamirs renégats, au coin d’une rue, mais grâce à l’aide du jeune garçon, ils purent rejoindre la rivière sans se faire repérer.

Le jeune Eli les aida à monter dans une petite barque, les salua et poussa l’embarcation vers le milieu de la rivière en leur souhaitant bonne chance à son tour.

Hitsugaya et Kusashi le saluèrent, et ils se mirent à ramer de toutes leurs forces, longtemps, sans se parler ni se retourner, craignant sans doute de découvrir les ennemis dans leur dos. Mais au milieu de la matinée, la ville avait depuis longtemps disparu derrière eux et il n’y avait toujours aucun signe des Shinigamis. Ils s’arrêtèrent de ramener pour souffler un peu.

-Nous rejoignons la berge ? demanda Kusashi quand ils eurent tout deux repris leur souffle.

-Pourquoi ? Tant que la rivière continue vers le nord, autant continuer. Nous ne laissons pas de trace, ici.

Kusashi acquiesça. Ils se remirent à ramer, mais plus lentement cette fois.


-Pourquoi Hampo ? demanda Taro en s’approchant de Roka.

Le prince des Shinas sourit. Depuis leur départ, il se demandait au bout de combien de temps son bras droit viendrait lui poser la question. Taro le regardait d’un air innocent, ses joues rougies par le vent matinal.

-Il y a là-bas un Shinas que Kira Izuru m’a recommandé d’aller voir, et qui aura peut-être une réponse à ma question. Il y a aussi, paraît-il, des bibliothèques plus riche que celle de la Soul Society. Ichigo et Rukia pourront aider à trouver peut-être quelque chose dans l’un de leurs nombreux volumes.

-C’est tout ?

-Que veux-tu dire ?

-C’est la seule raison pour laquelle nous allons à Hampo ? insista le Shinas albinos.

-Comment ça ?

-Allons, Roka, tu sais bien qu’Hampo est l’une des principales villes des Shinas, non ?

Roka sourit à nouveau.

-Bien sûr.

-Alors ? Pourquoi ne le dis-tu pas ?

-Je voulais te faire la surprise... Je me suis dit que cela te ferait plaisir ! De revoir des connaissances Shinas.

-Evidemment, ça me fait plaisir !

-J’envisage d’aller voir ces jeunes Shinas. Je veux les remercier pour le rôle décisif qu’ils ont joué en retardant les Shinigamis renégats quand nous nous dirigions vers Céleste. Beaucoup d’entre eux sont morts pour me protéger. Je veux aller leur rendre hommage.

-C’est une bonne idée, répondit Taro. Tu leur dois bien ça, en effet !

-Oui, et ce n’est pas tout. Je pense que leur rôle ne s’arrêtera pas là, Taro, je le sens.

-N’en fais pas trop, Roka !

-Non, tu sais très bien que c’est plus profond que cela.

-Si tu veux.

Le prince des Shinas acquiesça, un sourire aux lèvres. Il fit un clin d’oeil à son ami, puis il se retourna. Ichigo et Rukia discutaient un peu plus loin derrière eux. Roka n’entendait pas leurs paroles, mais il devinait qu’il était question des Shinigamis.

La nuit commençait à tomber et l’on voyait déjà quelques colonnes de fumée s’échapper des cheminées.

-Ah ! s’exclama Ichigo.

-Est-ce bien prudent de nous montrer ainsi en ville ? demanda Rukia. Prince Roka, tu as encore beaucoup d’ennemis dans le monde des Shinigamis.

-Tu as raison, restons tout de même sur nos gardes.

-Sur nos gardes, certes, sur nos gardes, mais dans une auberge ! insista Ichigo en fronçant les sourcils.

Ils passèrent donc sous les remparts en entrèrent dans la petite ville. Le soir était tombé, et les activités de la journée se terminaient sous leurs yeux. On fermait les échoppes, on rangeait les étals, les commerçants rentraient chez eux.

Roka, en retrait, ne put s’empêcher de ressentir quelque émotion en s’engageant dans la rue principale. Cette ville lui rappelait un peu Erèbe. Il ne pouvait s’empêcher de penser à Emi, sa bien-aimée. Il y avait là, devant les portes des maisons, des enfants qui jouaient en riant.

Soudain, il se rendit compte que le groupe d’enfants qu’il regardait s’était arrêté de jouer et qu’ils le dévisageaient à leur tour. Ils s’étaient rassemblés, les uns contre les autres, et ils murmuraient en le regardant avec insistance. Puis, l’une des petites filles disparut dans la maison derrière elle et en ressortit l’instant d’après en tirant sa mère par la main. La jeune femme dévisagea Roka en fronçant les sourcils. Le Shinas détourna les yeux. Mais il entendit cette fois les paroles de la jeune mère sortie sur le pas de sa porte.

-Oui, tu as raison, c’est lui ! C’est le prince Roka !

Rukia s’approcha du prince.

-Tu as entendu ? demanda-t-elle.

-Oui, murmura Roka, embarrassé.

-Ils te reconnaissent ! les gens te reconnaissent !

Le Shinas acquiesça lentement.

-Tu crois que nous ferions mieux de partir ? demanda-t-il, d’une voix pleine d’inquiétude.

-Non, c’est trop tard de toute façon...

Alors qu’ils continuaient à marcher à travers la grande rue, Roka jeta à nouveau un coup d’oeil vers l’arrière. Il vit alors que le groupe d’enfants le suivait. Ils marchaient derrière eux, un peu en retrait, et d’autres se joignirent à eux. A mesure qu’ils s’enfonçaient dans le coeur de la ville, les rangs de leur suite ne cessaient de grossir.

-Je ne m’attendais pas à un tel comité d’accueil, glissa Ichigo tout sourire.

La plupart des gens dans ce cortège imprévu étaient des enfants et des adolescents, mais les adultes, eux non plus, ne cachaient pas leur intérêt depuis le bord de la rue. Certains montraient le prince des Shinas du doigt sans hésiter. Roka se demanda si c’était bon signe ou si cela signifiait que, sa tête était mise à prix. Mais, petit à petit, en jetant des coups d’oeil de droite et de gauche, il vit des sourires se dessiner sur les visages. Des regards bienveillants, accueillants presque. Et il entendit à nouveau son nom, plus fort cette fois, comme une acclamation.

-C’est le Prince Roka !

Le Shinas n’en revenait pas. Il était un peu rassuré, certes, certain à présent que ces regards curieux n’étaient pas des regards ennemis, mais il était surtout très mal à l’aise. Et surpris qu’on le reconnaisse si facilement. Ce devait être les vert émeraude de ses yeux.

Roka commençait à comprendre comment les choses en étaient arrivées là. Les gens de la région devaient parler de lui, son histoire était peut-être connue jusqu’ici, transformée, embellie ou exagérée. 

Le jeune homme poussa un soupir puis regarda devant lui en faisant mine de ne pas prêter attention à ses nombreux observateurs. Taro, en tête du convoi, semblait trouver cela amusant et ne se départait pas de son large sourire. Mais les deux autres semblaient tout aussi embarrassés que Roka.

Soudain, Taro aperçut une auberge dans une rue perpendiculaire à la leur et, sans hésiter, il marcha dans cette direction. Les autres le suivirent, et bientôt s’arrêtèrent devant l’établissement. La foule, car c’était bien une foule à présent, s’était arrêtée derrière eux, gardant un peu de distance comme si elle n’osait pas approcher cette étrange compagnie.

Un jeune homme sortit de l’auberge, parut surpris en voyant tous les gens massés au bout de la rue, puis sans poser de question il salua les nouveaux venus, les invita à entrer.

Taro se frotta les mains et ouvrit la petite porte de l’auberge. Les clients étaient déjà à table pour la plupart, et le doux fumet qui se dégageait de la pièce ne fit qu’agrandir le sourire de l’albinos... Les voyageurs attablés étaient trop occupés par leur repas pour prêter attention au petit groupe qui venait d’entrer, et Roka, la tête enfoncée dans les épaules, essayait de rester dans l’ombre d’Ichigo pour éviter d’attirer à nouveau tous les regards. Il referma rapidement la porte derrière lui comme pour chasser le souvenir de la foule qui les épiait au dehors.

C’était une grande salle, au plafond bas, où s’alignaient de longues poutres irrégulières de bois noirci. Les murs de chaux blanche étaient couverts de décors multiples, outils de bois, trophées, bougeoirs, assiettes peintes ou vieilles tapisseries délavées. Les nombreuses bougies allumées dans des vasques de verre orangé plongeaient l’auberge tout entière dans une ambiance douce et chaleureuse. Mais on parlait fort et on riait beaucoup, entre ces murs. Près du comptoir, un groupe de jeunes gens jouait aux dés en poussant des cris soudains. Et en bas de l’escalier qui menait aux chambres, on chantait sans vergogne.

Une petite femme arriva enfin vers les nouveaux venus, les mains plongées dans son tabliers gris.

-Bonjour, chers messieurs, et bonjour, madame ! C’est pour le souper ou le coucher ?

-Les deux, madame, répondit Ichigo.

-Mais le souper avant tout, insista Taro, le souper avant tout ! Nous mourons de faim !

-Très bien ! répliqua la petite femme en souriant. Je vais vous trouver une table un peu en retrait, dans l’alcôve là-bas, ainsi, monsieur ne sera pas dérangé par ses admirateurs aux fenêtres...

Elle tendit le doigt vers les vitres de l’auberge. Roka écarquilla les yeux et tourna la tête. Les gens s’étaient en effet massés devant l’auberge et regardaient à l’intérieur à travers les carreaux. Il soupira. L’aubergiste lui fit un clin d’oeil compréhensif et les amena vers une petite table ronde qui était en effet nichée dans un renfoncement, à l’abri des regards.

Ils s’assirent en la remerciant.

-Il ne faut pas leur en vouloir, murmura-t-elle, les gens ici n’ont pas l’habitude de voir des personnalités... Installez-vous tranquillement pendant que nous préparons votre repas.

Puis elle s’éloigna toute réjouie.

-Des personnalités ? s’étonna Roka, incrédule. C’est donc cela que nous sommes devenus ?

-Parle pour toi, lâcha Taro.

-Eh bien, tant pis pour notre anonymat ! grimaça Rukia.

-Allons, c’est plutôt sympathique, ils ont l’air contents de te voir, prince Roka, tous ces gens !

-Peut-être, mais si les Shinigamis renégats ou Shinas nous cherchent toujours, ils ne vont pas avoir beaucoup de peine à retrouver notre trace ! répliqua Taro qui était inquiet lui aussi.

-Je ne pensais pas que tu étais déjà aussi connu ! reprit Rukia.

-Mais, c’est sans doute que les actions du prince Roka rencontrent un écho favorable par ici.

-Je n’ai rien fait pour mériter leur admiration, et j’avoue que je m’en passerais bien.

-Ce n’est pas tous les jours qu’un Shinas est fait prisonnier par des Shinigamis puis s’échappe, avant de rencontrer Zenkichi Yu ! fit remarquer Taro. Je crois, moi, au contraire, qu’il n’y a rien d’étonnant à ce que tu éveilles tant de curiosité. Nous aurions dû le prévoir...

-Les légendes naissent vite, affirma le rouquin. Ce que tu fais répond peut-être aussi à une attente... un besoin.

-Je crois néanmoins qu’il serait préférable que nous évitions les villes à l’avenir, proposa Taro.

-J’allais le suggérer, répliqua Roka en souriant.

Ichigo poussa un soupir.

-Le seul intérêt que je vois à tout cela, reprit Roka, c’est que cela aidera peut-être Wamura à rassembler le plus de Shinas exilés possible...

-Que veux-tu dire ? s’étonna Rukia.

-Ce matin, avant que nous partions, je suis allé demander à Wamura de réunir tous les Shinigamis exilés qui voudront bien s’allier à nous... pour nous aider.

-C’est ça que tu es allé faire quand nous étions dans la cour ?

-Oui.

-Pourquoi ne nous l’as-tu pas dit ? POurquoi fais-tu tant de mystère ? s’emporta Taro. Tu ne peux pas nous dire tout simplement ce que tu fais, quand tu disparais comme ça ?

Roka sourit.

-Eh bien, il faut bien que je garde quelques petites choses de côté pour que nous ayons de quoi parler le soir...

-C’est malin ! soupira Taro en levant les yeux vers e plafond. Tu t’étonnes après que les gens te regardent bizarrement...

-Allons, assez, voici qu’on nous apporte notre repas ! coupa Ichigo en souriant.

En effet, l’aubergiste était en train d’apporter les plats, accompagnée d’un homme tout aussi rondelet qu’elle, son mari sans doute. Ils posèrent sur la table les quatre assiettes fumantes puis repartirent vers la cuisine.

Taro ne perdit pas un seul instant et commença à manger avant même que les autres aient eu le temps d’attraper leurs couverts.

Quand ils se décidèrent enfin à monter se coucher, ils étaient tous épuisés. Partageant tous les quatre une grand chambre, ils n’eurent aucune peine à trouver le sommeil.


Je reconnais les ombres vacillantes de mon âme.

Je reconnais son silence, son infini, la liberté de chacun de mes gestes. Cette impression de flotter dans une mer de souvenirs.

J’entends la voix de King of the Underworld. C’est mon guide.

Je ne peux m’empêcher de revenir sur ces rives tranquilles. Je ne sais pas ce que je viens chercher ici. Est-ce l’habitude qui me pousse ?

Ou bien est-ce lui qui m’attire ?

Peut-être pas. Il y a une autre raison. Les portes menant à Wapix. Mon âme et le monde de Wapix sont liés. ces portes mènent à l’un comme à l’autre. Elles sont un pont entre les mondes. Si je ne les trouve pas dans le monde, peut-être les trouverai-je ici. Mais je ne sais pas où chercher.

Ma vie n’est qu’une forêt de questions sans réponses. Je me laisse bercer par le flot de ces interrogations qui m’échappent. Je dois me laisser faire. Je ne suis pas une victime, je suis un acteur. La vie n’est qu’une forêt de questions sans réponses, oui, parce que tout doit changer et rien n’est écrit. Parce que c’est à nous d’écrire les réponses. 

Un mouvement. Une ombre. Je tourne la tête.

Il y a un arbre à côté de moi. Un grand arbre sans feuille, seul, au milieu d’une plaine dévastée. Sur une branche basse, un merle blanc. C’est lui qui a bougé.

Il est là qui me surveille. L’être suprême.

Chaque fois je ressens sa présence, comme un nuage qui me suit.

Je ne veux plus me cacher. Je sais qu’il est là, je sais qu’il me voit, et je ne veux plus me cacher. Mais je ne veux pas l’affronter, non plus. Il doit y avoir un autre moyen. Me laissera-t-il le choix ? Et si je trouve les portes menant à Wapix, va-t-il les découvrir lui aussi, à cause de moi ? Je sais qu’il les cherche. Qu’il sera là. Que je n’aurai pas le choix.

Mizuchi. Je sais que tu m’entends. Tu es ici. Oui. Je sais que tu me suis, et que tu me suivras toujours. Tu connais le passé et l’avenir, et pourtant tu me surveilles. Pourquoi ? Suis-je une menace dans ton futur ? Dans ton passé ?

Je t’entends aussi, Mizuchi. Je sais aussi que tu te meurs. Chaque jour qui passe, tu meurs un peu plus, et ta haine pour moi grandit tout autant.

J’ai besoin de comprendre. Le lien entre les Yokai et toi. Mes parents. Le sens de tes mots. Tu dis que tu veux me tuer. Prendre ma vie pour sauver la tienne parce que je suis le fils de la reine des démons, Sei. Crois-tu vraiment qu’en me tuant tu trouveras la vie ? Est-ce cela que tu as vu dans le futur ? Ou bien ne vois-tu plus l’avenir ? As-tu perdu tes dons de devin ? Mais alors, comment peux-tu être sûr que tu pourras me tuer ?

Il y a sûrement une autre solution. Un autre moyen. Toit et moi. Nous pouvons trouver un autre moyen.

je ne te tuerai pas.

Je suis là pour sauver les Yokai. Mais je peux te sauver toi aussi, n’est-ce pas ?


Roka, malgré l’heure tardive à laquelle ils s’étaient couchés, réveilla ses compagnons avant le lever du soleil. Ils quittèrent la ville rapidement pour éviter la foule curieuse de la veille. A part Ichigo, qui faisait preuve d’une insouciance joyeuse, ils étaient tous encore fort mal à l’aise face à la notoriété surprenante du prince des Shinas. Ils étaient convaincus qu’elle ne pouvait leur attirer que des ennuis et ne parvenaient pas à s’expliquer vraiment la vitesse avec laquelle son histoire s’était transformée en légende. Ayant décidé la veille qu’ils ne s’arrêteraient plus le soir dans les villes, ils avaient acheté des vivres à l’aubergiste pour remplir leurs sacs de voyage.

Ils marchèrent toute la matinée en direction de la ville d’Hampo. Quand le soleil fut au zénith, ils s’arrêtèrent pour déjeuner à quelques pas de la route.

Roka s’assit un moment pendant que ses compagnons préparaient le repas, et il sourit. Il n’aurait su dire vraiment pourquoi ; il était simplement heureux d’être à nouveau sur les routes avec eux. Il pensa au chemin qu’ils avaient déjà parcouru avec Taro. Aux tensions, aux courses folles, aux retrouvailles, aux combats... Mais aussi à tous ces moments simples, libres comme des feuilles portées par le vent, partageant le bonheur fondamental d’être ensemble, juste ensemble.

Rukia dut remarquer son sourire car elle se redressa et l’interrogea du regard.

-Eh bien ? Tu ne nous aides pas ? glissa Taro en se relevant lui aussi.

-Si, si, j’arrive, excusez-moi. J’étais un peu perdu dans mes pensées...

-Comme d’habitude ! répliqua le Shinas albinos d’un air désabusé.

-Et à quoi pensais-tu, pour sourire comme ça ? demanda Rukia.

Roka haussa les épaules.

-Je pensais simplement que j’étais heureux de reprendre la route, avec vous.

-Tu ne supportes vraiment pas la vie à la Soul Society, n’est-ce pas ?

-Ce n’est pas seulement ça... C’est le plaisir de partager avec vous ces choses simples. Le voyage, ces repas que nous préparons ensemble...

-Pour le moment, c’est surtout nous qui le préparons, le repas ! se moqua Taro.

Roka s’agenouilla aussitôt et l’aida à faire le feu.

Ils s’assirent en rond autour du feu et commencèrent leur repas en silence, chacun perdu dans ses pensées. La viande que leur avait vendue l’aubergiste était excellente et ils se concentrèrent sur leur déjeuner. Mais soudain, il y eut un craquement derrière eux, sur la petite butte d’herbe qui surplombait le chemin où ils s’étaient installés.

Roka tourna rapidement la tête, surpris. Il aperçut un homme, armée d’un sabre et le visage couvert d’un foulard noir, qui les observait, debout en haut du tertre.

-Eh bien ! lança l’inconnu à travers son foulard. Ne serait-ce pas là Roka dont tout le monde parle ? Le prince des Shinas !

Un deuxième homme apparut derrière lui, le visage caché lui aussi, puis un troisième, un quatrième, et deux autres encore. Les six hommes masqués et armés étaient alignés au-dessus d’eux et semblaient prêts à leur tomber dessus.

Ichigo et Taro furent les deux premiers à se lever. Roka attrapa la main d’Ichigo au moment où celui-ci allait se saisir de son sabre à sa taille.

-Que voulez-vous ? demanda Roka en se levant à son tour.

-C’est bien lui, se contenta de dire l’inconnu. Alors ce doit être la Shinigami Kuchiki... C’est donc vrai, ce que l’on raconte !

-Que voulez-vous ? répéta Roka, d’un ton plus sec.

-Allons, jeune homme, ne vous emportez pas. Des gens comme vous, qui s’en reviennent de la Soul Society, vos sacs doivent être pleins de choses... Vous vous doutez bien que des choses attirent les gens comme nous...

-Et quel gens êtes-vous ? demanda Taro d’une voix menaçante.

-De ceux à qui l’on offre gentiment son argent quand on les croise sur les roues. Des voleurs !

-Eh bien, messieurs, vous tombez mal, répliqua Taro, nous ne sommes pas, nous, de ces gens qui donnent gentiment leur argents aux voleurs...

L’homme qui avait parlé en haut de la butte, et qui semblait être le chef de cette bande de brigands, éclata d’un rire forcé.

-Et ce Roka, là ! Sa tête n’est-elle pas mise à prix ? demanda un autre à côté de lui.

-Allons-nous-en, proposa Roka en attrapant Taro par le bras.

-Vous en aller ? s’exclama le chef en descendant lentement de son promontoire. Pas avant de nous avoir donné quelque chose !

-Un coup de sabre, peut-être ? provoqua Ichigo en tirant sa lame.

-Ichigo, non ! s’exclama Roka furieux. Range ton épée. Ces messieurs vont nous laisser tranquillement partir.

Le prince des Shinas s’avança vers le chef des brigands. Les cinq autres bandits descendirent à leur tour et se regroupèrent derrière lui.

-Monsieur, dit Roka d’une voix grave, nous ne vous donnerons rien, et je vous conseille de rebrousser chemin. Restons-en là.

-Il me conseille de rebrousser chemin ? coupa le brigand, en prenant l’air outré.

Roka soupira. Il fit un pas en arrière, passa derrière Taro et ferma lentement les yeux. 

-Allons, ne faites pas d’histoire, reprit l’inconnu d’une voix suffisante, nous consentons à ne pas vous livrer à vos poursuivants et à ne faire aucun mal à la demoiselle, mais vous devez nous...

Le brigand s’arrêta soudain de parler, les yeux écarquillés. Il eut un geste de recul et s’agrippa à l’un des hommes derrière lui. Les six brigands regardèrent alors dans la même direction, bouche bée.

Taro, qui était le plus près d’eux, se demanda ce qu’il se passait. Il fronça les sourcils, puis voyant que les brigands se mettaient à reculer, il se retourna lentement. Et alors il comprit.

Derrière Roka, comme surgis de nulle part, deux silhouettes étaient apparies. L’une avec des écailles blanches et l’autre noires, la gueule menaçante, les dents aiguisées, deux dragons s’avançaient lentement.

Les compagnons de Roka, tout aussi inquiets que les brigands, s’écartèrent sur la droite et la gauche pour laisser passer les dragons qui arrivèrent à la hauteur du jeune homme. Le prince des Shinas avait toujours les yeux fermés. Mais il souriait à présent. Les dragons passèrent tout contre lui, puis s’arrêtèrent quelques pas plus loin, alignés, prêts à bondir.

Soudain, Roka ouvrit grand les yeux. Il dévisagea les brigands devant lui, de son regard émeraude perçant.

Les six hommes n’attendirent pas un instant de plus. Ils firent volte-face et grimpèrent en courant vers les sommet de la butte. Les deux dragons s’envolèrent aussitôt à leurs trousses en grognant.

Roka se retourna lentement et sourit à ses compagnons.

-Ne vous inquiétez pas, dit-il, ils vont simplement leur faire peur.

-Que... Mais... balbutia Taro, sidéré. Comment ça, simplement leur faire peur ? Mais... Qu’est-ce que tu racontes Roka ? 

-Ils ne vont pas les attaquer.

Les grognements des dragons disparurent bientôt au-delà des collines.

-Mais... Qu’est-ce qu’ils faisaient là, ces dragons ? reprit Taro , toujours aussi perplexe.

-Eh bien, j’ai utilisé King of the Underworld.

-Et alors ? s’exclama Rukia. Cela fait combien de temps qu’ils sont là ?

Roka haussa les épaules.

-Ils sont toujours plus ou moins là. Ils font partis de moi. Il serait peut-être temps que vous preniez l’habitude de les côtoyer...

-Mais tu aurais tout de même pu nous prévenir qu’ils allaient apparaître !

-Le principal, c’est qu’ils nous aient tirés d’affaire, non ?

Ichigo se mit à rire à côté de Rukia.

-Tu es fou !

Taro secoua la tête.

-Eh bien, maintenant, on est prévenus ! Nous ne sommes pas les seuls invités au voyage de monsieur Roka...

-Remettons-nous en route, suggéra Rukia.

Ils rangèrent leurs affaires et se remirent rapidement en route vers le nord sans plus se parler. Taro et Ichigo partageaient sans doute l’inquiétude de Rukia. Ils se demandaient quelles autres surprises Roka allait leur réserver.

En haut d’une colline, au-dessus de leur route, un merle blanc se posa sur la plus haute branche d’un pommier. Il les regarda passer, immobile et silencieux.

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