Shinigamis et Shinas, la nouvelle histoire

Chapitre 16 : Hampo, la cité des jeunes Shinas

6530 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 11/05/2026 13:48

Il fallut six longues journées à Roka et ses compagnons pour arriver aux portes d’Hampo. Six journées à travers les forêts, contournant les villes et les villages, franchissant les rivières, affrontant parfois les pluies battantes de l’automne. Ils dormaient à la belle étoile, se réveillaient avec le soleil, voyageaient tout le jour et s’endormaient tôt le soir tant ils étaient fatigués.

Quand ils arrivèrent enfin en vue de la ville, au soir du sixième jour, aucun ne dissimula son enthousiaste à l’idée de retrouver un peu de confort.

-C’est magnifique ! lâcha Rukia en admirant la silhouette crénelée de la ville.

-Oui, c’est une belle vue. Allons-y ! les encouragea Ichigo.

-Cette foix-ci, glissa Roka, je crois que je vais porter une capuche et me faire discret. Je préférerais qu’on ne me reconnaisse pas...

-De toute façon, je ne suis pas sûr que nous pourrons rester longtemps anonymes, se moqua Taro.

C’était une grande cité fortifiée perchée sur un éperon calcaire, entre deux bras de rivière. Des rues zigzaguaient entre les maisons pour relier la partie haute et la partie basse de la ville. Des faubourgs déjà denses s’étendaient vers la vallée depuis les grandes portes fortifiées.

Roka et ses compagnons passèrent sous la grande porte sud. Le soleil était en train de disparaître à l’horizon. Un voile orangé recouvrait la ville tout entière. Les pas claquèrent sur les pavés de l’enceinte, puis s’étouffèrent sur la terre marron et la paille qui parsemait la chaussée. Il y avait tant de passage sous la grande porte que personne ne fit attention à eux. Ils entrèrent dans Hampo comme des dizaines d’autres et suivirent le flot de l’avenue vers les hauts quartiers. 

La rue était saturé par les drogues des épiciers et des apothicaires, quand elles parvenaient à couvrir l’odeur nauséabonde des déchets qui s’écoulaient au milieu de la rue. Quelques bêtes ici et là traînaient sur la chaussée, des cochons reniflant les détritus, des biques devant un chevrier, des chiens jouant avec les enfants... Il y avait encore de nombreux commerçants malgré la venue du soir ; ils profitaient des tout derniers rayons du soleil pour essayer de vendre encore leurs marchandises. Certains rangeaient leurs tentes, repliaient les éventaires, d’autres continuaient de haranguer les passants. 

Il régnait dans la ville un esprit singulier, sensiblement différent de celui que Roka avait découvert à la Soul Society. Il suffisait de traverser quelques rues pour comprendre qu’Hampo appartenait aux maîtres et aux élèves. C’était une ville de savoir et de jeunesse à la fois. De nombreux maîtres y tenaient école et université et les étudiants logeaient dans des dortoirs dispersés dans le centre de la cité. Izuru Kira avait sans doute vu juste : le prince des Shinas avait des chances de trouver dans ce haut-lieu de la connaissance les réponses à ses questions.

Roka et ses amis arrivèrent bientôt au cœur de la cité, sur la grande place pavée. Roka vit alors que les gens commençaient à les regarder et peut-être à les reconnaître. Il fit signe à ses compagnons de se dépêcher avant qu’une nouvelle foule ne se forme !

-Kurosaki, dit le prince des Shinas en se tournant vers Ichigo, nous te faisons confiance pour le choix d’une auberge. Ne restons pas trop longtemps dans la rue !

Le Shinigami remplaçant fit un geste de la tête vers Roka pour le remercier. Et il indiqua un établissement que, sans doute, il avait déjà repéré.

C’était une auberge à plusieurs étages, haute et étroite, coincée entre une taverne et la boutique d’un commerçant. Sa façade en colombages était décorée de fleurs, d’enseignes multiples, pendues les unes en dessous des autres sur deux chaînettes noires, et d’un grand panneau peint où l’on pouvait lire le nom de l’endroit : Keen Shark.

Ils traversèrent la place et se rendirent devant l’établissement. Puis ils entrèrent à l’intérieur pour souper au moment même où le soleil disparut complètement derrière les remparts d’Hampo.


L’équipée de Tôshirô Hitsugaya et de Demoto Kusashi les mena de ville en ville guidés par la rumeur de l’avancée de Roka et poussés par la menace des Shinigamis renégats qui remontaient rapidement leur piste.

La veille, Hitsugaya et Kusashi leur avait échappé de peu: les Shinigamis renégats étaient arrivés au milieu de la nuit dans la ville même où tous deux s’étaient arrêtés. Ils avaient dû fuir au petit matin sans faire de bruit et avaient couru tout le jour sans oser regarder derrière eux.

Au fur et à mesure qu’ils avançaient vers le nord du pays, l’humeur de Tôshirô était de plus en plus sombre. Il commençait à douter qu’ils puissent rejoindre Roka à temps, et il était pourtant de plus en plus convaincu que le prince des Shinas était le seul à pouvoir faire quelque chose. Et il ne faisait aucun doute que si les Shinigamis renégats les rattrapaient, Tôshirô et Demoto seraient exécutés sur place et sur-le-champ. Hitsugaya ne pouvait supporter cette idée. Ils avaient traversé tant d’épreuves, échappé de si peu à la mort, par deux fois ! Cela ne pouvait pas se terminer ainsi ! Le capitaine de la dixième divisions ne cessait de penser à ses hommes. Aux flammes qui les avaient emportés. 

Au soir du dixième jour, ils étaient arrivés épuisés. Leurs vêtements étaient de plus en plus sales, leurs visages de plus en plus marqués. L’argent commençait à manquer et ils ne pouvaient plus se payer de belles auberges. Ils devaient se contenter des dortoirs bondés qu’on trouvait dans les petites tavernes.

Or, ce fut justement dans la salle à manger de l’un de ces établissements que Demoto et Tôshirô eurent enfin des nouvelles récentes du jeune homme qu’ils recherchaient. En écoutant discrètement la conversation de leurs voisins de chambrée, ils apprirent que Roka était parti la veille de la Soul Society pour rejoindre Hampo, dans le monde des Shinas. Ils étaient si près du but ! Plutôt que de perdre une nuit sur place, les deux Shinigamis décidèrent de rependre aussitôt la route pour marcher toute la nuit et tenter de rattraper le prince des Shinas.

Pour la seconde fois, mais sans le savoir, ils échappèrent de peu aux Shinigamis de Koike qui arrivèrent dans la ville quelques instants à peine après leur départ précipité.


Tôt le matin, Roka quitta l’auberge Keen Shark pour aller en solitaire dans les ruelles d’Hampo. La veille, il avait prévenu ses amis qu’ils ne devaient pas s’attendre à le voir de la journée, car il avait à faire, et parce qu’il devait être seul. Les autres avaient accueilli la nouvelle avec peu d’enthousiasme, car ils n’aimaient pas le laisser, mais ils s’étaient résolus à visiter la ville de leur côté s’il promettait de donner de ses nouvelles avant le soir.

En arrivant à Hampo, Roka avait remarqué la rue dans laquelle il semblait y avoir le plus grand nombre d’étudiants, un peu plus bas. Sans hésiter, il retrouva son chemin et arriva devant l’une des tavernes où étaient en effet rassemblés de nombreux jeunes gens. Le soleil n’était pas levé depuis longtemps, mais ils étaient déjà nombreux à l’intérieur et devant la taverne, attendant sans doute le cours d’un maître qui enseignait dans le quartier. Roka se demanda même si certains n’avaient pas passé la nuit ici t ne s’étaient pas encore couchés ! L’ambiance était à la plaisanterie, on s’amusait et l’on riait fort.

Le prince des Shinas s’avança parmi eux et entra à l’intérieur de la taverne bruyante en essayant de ne pas se faire remarquer. Il alla s’accouder au haut comptoir de bois où on lui servit du lait chaud au miel, préparation que tous les étudiants semblaient boire à cette heure matinale...

Il resta un moment à écouter les conversations et à regarder les gens tout en buvant sa boisson chaude.

-Vous êtes le prince Roka, n’est-ce pas ?

Le Shinas se retourna, surpris. Il découvrit alors le jeune homme installé derrière lui, accoudé au comptoir, et qui dégustait lui aussi une grande tasse de lait au miel. Il devait avoir à peu près le même âge que lui mais il était beaucoup plus grand, presque aussi grand que Taro, songea Roka. il avait le regard rieur et la mine sympathique.

Roka hésita un moment, embarrassé. Il n’avait vu aucune affiche dans la ville annonçant que Bando Arata le cherchait ici aussi, mais il était tout de même sur ses gardes.

-Oui, c’est moi, avoua-t-il finalement car de toute façon il aurait été vain de le nier. Et vous ?

Le jeune homme sourit et lui tendit la main.

-Je m’appelle Ukino Minji, je suis étudiant... comme tous les gens qui sont présents dans cette pièce... à part vous.

Roka grimaça.

-Si vous espériez passer inaperçu, je pense que c’est raté ! murmura l’étudiant en lui adressant un clin d’oeil.

-En effet... Je suis venu voir des étudiants, au moins, je ne me suis pas trompé d’endroit !

-C’est certain ! Mais que nous vaut l’honneur ?

Roka fronça les sourcils. L’étudiant se moquait-il de lui ou était-il sérieux ? Entendait-il vraiment que c’était pour eux un honneur de voir Roka ? Les habitants d’Hampo faisaient-ils courir à son sujet les mêmes légendes que dans les terres de la Soul Society ? De toute façon, il était trop tard pour se méfier. De plus en plus d’étudiants à l’intérieur de la taverne le dévisageaient.

-Je cherche à rencontrer le maître Tano Nimio...

-Ah ! Je vois ! Alors, en effet, vous êtes venu au bon endroit. Je dois pouvoir vous mener jusqu’à lui. Il dispute ce matin même près de la fontaine centrale sur l’enseignement du pouvoir de l’eau. Je pense qu’il sera heureux de vous rencontrer...

-Vous croyez qu’il me connaît ? s’étonna Roka.

-Si je le crois ? répliqua l’étudiant. Mais j’en suis sûr ! Prince Roka, tout le monde vous connaît ! Vous êtes notre prince ! Et, si je peux me permettre, vous devriez faire plus attention, d’ailleurs, car certains vous tiennent pour responsable du conflit entre les membres du Conseil et la royauté...

-Comment pourrais-je être responsable d’un conflit auquel je ne participe pas ? s’offusqua Roka. Les seuls responsables d’un conflit ne sont-ils pas ceux qui, justement, s’affrontent ?

-Rassurez-vous ! s’exclama le jeune homme en prenant Roka par le bras. Nous autres, étudiants, nous savons bien que vous n’y êtes pour rien. Et vous êtes en sécurité dans cette taverne. Mais je n’en dirais pas autant pour toute la ville... Où êtes-vous installé ?

-Mes amis et moi avons dormi à l’auberge du Keen Shark...

-C’est une très bonne auberge, et les patrons sont de braves gens, mais vous pouvez difficilement vous exposer davantage ! Vous êtes en plein centre d’Hampo ! Si vous voulez mon avis, vous devriez chercher asile ailleurs... Un endroit plus discret. Et si vous ne trouvez pas, vous pouvez toujours venir dans notre dortoir, prince Roka. Vous y serez plus tranquille, et nous pourrons échanger nos idées ! Votre histoire nous passionne !

Roka leva les yeux au plafond.

-Je vois, reprit l’étudiant. Vous devez en avoir assez que les gens vous parlent de tout cela... Je suis désolé. Je ne voulais pas vous importuner. Allons, le maître Tano va bientôt arriver à la fontaine, et nous ferions bien de nous mettre en route si nous ne voulons pas le rater.

-Cela ne vous dérange pas de me conduire jusqu’à lui ?

-Pas la moindre du monde, Roka. Et je suis sûr que la plupart de mes collègues ici présents sont morts de jalousie ! Alons-y ! l’invita l’étudiant en payant leurs deux boissons.

Roka le suivit en évitant de croiser le regard des autres clients de la taverne.


-Je vous remercie de votre disponibilité, maître.

Dès qu’il avait compris à qui il avait affaire, Tano Nimio avait annoncé aux étudiants rassemblés sur la petite place que le cours était annulée et, sous le regard envieux de ses élèves, il avait emmené Roka chez lui afin qu’ils puissent s’entretenir au calme.

Le vieux maître habitait une maison étroite près de l’ancienne enceinte, dans la partie haute de la ville. Le maître Tano jouissait d’une exceptionnelle longévité et, du haut de ses neuf-cent-soixante-quatorze ans, il était sans doute l’une des plus anciennes figures du quartier. Pourtant il était encore en parfaite santé et montait sans difficulté le petit escalier qui menait à ses appartements.

Installés dans une grande pièce du haut, au milieu des livres et des parchemins, Roka et le vieux maître discutaient à l’abri des regards.

-C’est un plaisir, prince Roka, que de pouvoir confronter la réalité aux légendes qui courent sur votre si jeune personne...

-Je doute qu’il y ait beaucoup de vérités dans tout ce que vous pouvez avoir entendu à mon sujet, maître. Je suis très étonné de la vitesse à laquelle ces légendes se sont répandues...

-C’est le propre des légendes, mon prince.

-Cela me met très mal à l’aise...

-Allons, ne soyez pas trop modeste ! se moqua le vieil homme en allumant une pipe.

Enfoncé dans un large fauteuil, fumant avec désinvolture, on voyait qu’il avait l’habitude de passer de longues heures ici, assis au milieu de ses nombreux ouvrages. Son vieux corps épousait parfaitement la forme du fauteuil et il y avait sur des petites tables autour de lui toutes les choses dont il pouvait avoir besoin pendant ses longues après-midi de lecture. Les chaises ici et là indiquaient que quelques étudiants devaient venir parfois pour l’écouter sans doute, ou pour profiter de sa riche bibliothèque.

-Vous savez, reprit le maître Tano en pointant sa pipe vers Roka, les légendes se nourrissent toujours d’un fond de vérité. C’est pour cela que j’aime les étudier car elles sont souvent le reflet d’une vérité passée. Ce qu’on dit de vous ne peut donc pas être complètement faux... Je suis sûr qu’il y a du vrai dans tout cela...

Roka haussa les épaules.

-Il semble notamment que vos liens avec certains maîtres de Léthé soient bien réels.

-Ils m’ont aidé plusieurs fois, et l’un de mes amis est un membre des forces spéciales des régiments de Léthé. Je suis assez sensible à sa façon de voir les choses...

Le vieil homme hocha lentement la tête, comme s’il approuvait lui aussi.

-Je travaille souvent avec certains maîtres de Léthé, vous savez. Nous échangeons quelques points de vue. Nous ne sommes pas toujours d’accord, mais nous partageons des valeurs essentielles.

-Vous allez dans les régiments ?

-Oui. Certains maîtres m’invitent de temps en temps dans leurs régiments... Et nous parlions de vous !

-Vraiment ? s’étonna le prince des Shinas.

-Bien sûr ! Et ce qu’on dit de vous là-bas est certes moins farfelu que ce que l’on entend dans les tavernes. Ce sont ces anecdotes-là qui me donnaient envie de vous rencontrer, et c’est pour cela que je suis bien heureux de vous recevoir ici, même si, vous vous en doutez, cela risque d’être assez mal perçu par certains Shinas.

-Je ne voudrais pas vous causer le moindre ennui...

Tano fit un geste de la main pour rassurer Roka.

-Ne vous inquiétez pas. Mais vous ne m’avez pas dit la raison de votre visite. Vous allez m’expliquer tout cela, mais avant tout, voulez-vous boire quelque chose ?

-Non, je vous remercie... Je viens de le faire avec l’étudiant qui m’a conduit jusqu’à vous.

-Entendu. Peut-être voulez-vous fumer, vous aussi ? J’ai de nombreuses pipes qui viennent des quatre coins de Léthé...

-Non, non, sans façon.

Le vieil homme se fendit d’un rire profond.

-Je vois. Alors, dites-moi, prince Roka, quel bon vent vous amène ?

-C’est le vice-capitaine Kira de la troisième division de la Soul Society qui m’a conseillé de venir vous voir, maître.

-Kira ? Ah, oui, un brillant jeune homme. Un Shinigami brillant. Mais il est plus épris de combat que d’intellectuel... C’est dommage. Et pourquoi vous a-t-il conseillé de venir me voir, ce brave garçon ?

-Maître, vous allez me prendre pour un fou et croire peut-être que les légendes qui courent à mon sujet sont plus réelles que vous ne le pensiez, mais je chercher une chose au sujet de laquelle nous n’avons trouvé aucun écrit, et qui n’est mentionnée que dans des textes très anciens...

-Mais les textes anciens me passionne, prince Roka, n’ayez crainte ! Le savoir des anciens est un promontoire du savoir de demain, prince Roka. Alors n’ayez aucune crainte... Quelle est cette chose que vous cherchez ?

-Avez-vous déjà entendu parler des portes menant au monde de Wapix ?

Tano Nimio hocha lentement la tête.

-Oui, cela me dit quelque chose... Ce sont des portes qui, selon la légende, donneraient accès au monde des morts, n’est-ce pas ?

Roka acquiesça, impressionné.

-Savez-vous où elles se trouvent ?

-Où elles se trouvent ? s’étonna la vieil homme. Allons, je ne sais pas si elles existent, prince Roka ! Je connais la légende de la fête de Xorena, où il est question de ces portes, mais je ne pense pas que ces portes existent vraiment ! Je ne connais personne qui les ait observées, en tout cas...

Roka poussa un soupir. Il avait espéré un instant que le maître connaissait la réponse à cette question. Et il se demandait à présent comment il pourrait faire, car ce Tano était sans doute l’un des hommes les plus instruits de Léthé, et si lui ne connaissait pas la réponse, qui donc pourrait l’aider ?

-Comme je vous le disais, prince Roka, c’est une légende venue des Enfers. N’est-ce pas le monde de vos ancêtres ? Vous êtes le fils de Sei, reine des démons... Est-ce vrai ?

-Oui.

Le vieil homme resta silencieux un moment. Il observait Roka tout en tirant sur sa pipe.

-Je suis désolé, prince Roka, dit-il finalement, je vous vois bien déçu... Mais vous ne devez pas vous décourager si vite. Vous n’êtes semble-t-il qu’au tout début de vos recherches.

-Je vous remercie, maître. Je ne sais simplement plus trop où chercher.

-Puis-je vous demander pourquoi vous cherchez ces portes, prince Roka, ou bien suis-je trop indiscret ? Cela a un rapport avec votre mère ?

Le prince des Shinas hésita. Tano avait beau faire preuve d’une grande curiosité et d’une belle ouverture d’esprit, il n’en restait pas moins un Shinas intellectuel et maître. Pouvait-il comprendre la mission de Roka ? Ne risquait-il pas de s’y opposer ? De le dénoncer à Bando Arata ? 

-Je ne suis pas là pour vous juger, ajouta le vieil homme en voyant que le Shinas hésitait, mais seulement pour vous comprendre. Vous savez, j’ai moi-même plusieurs fois cherché des choses qu’on ne voulait pas que je trouve... Je sais qu’on vous a déclaré hors la loi, prince Roka, et que le chef du Conseil Arata vous recherche, mais je suis un maître, moi, vivant pour la famille royale. Je me suis plus d’une fois trouvé dans la même situation que vous. Vous pouvez parler sans crainte.

Roka se redressa dans son fauteuil. Tano Nimio lui inspirait confiance.

-Je cherche les portes menant au monde de Wapix, parce que c’est là que je veux guider les Yokai et démons...

Le maître hocha la tête.

-Je vois. Ce que vous faites est bien, prince Roka. J’admire votre courage. Sachez que nous ne sommes pas si éloignés que vous pourriez le croire.

Le vieil homme s’avança sur son fauteuil, s’approcha de Roka et lui prit la main en un geste paternel.

-Vous êtes beaucoup plus que cela, prince Roka. Vous représentez déjà quelque chose pour des milliers de Shinas. Et, si je peux me permettre de vous donner un conseil, vous devriez y réfléchir.

-Que voulez-vous dire ?

-Pour le moment, vous n’agissez que par instinct. Mais vous devriez essayer de formuler cette certitude qui vous habite. De comprendre votre motivation, votre instinct justement. Quelles sont les valeurs qui vous poussent à agir ? Les réponses sont au fond de vous. Il faut simplement que vous les formuliez. Vous qui avez déjà le goût de ne pas croire aveuglément. Il faut que vous compreniez par vous-même ce en quoi vous croyez.

-Comment cela ?

-Vous devez construire votre pensée, prince Roka. Formuler vos propres valeurs. Vous devez pouvoir dire au monde ce en quoi vous croyez.

-Ce n’est pas si simple que cela. Je n’ai que des émotions, des envies... Et vous, maître Tano, en quoi croyez-vous ?

Tano se renfonça dans son fauteuil en souriant.

-Vous seriez surpris, prince Roka, si j’avais le temps de vous dire out ce en quoi je crois ! Car, je vous l’ai dit, je crois que nous sommes plus proches que vous ne pouvez l’imaginer.

-Mais, alors, dites-moi ce en quoi vous croyez, maître ! Peut-être cela pourrait-il m’aider...

-Je crois en la toute-puissance de la nature, prince Roka. Notre âme en fait partie.

-C’est... Oui. C’est proche de ce en quoi je crois également, balbutia Roka.

-Vous voyez ! Vous savez donc déjà un peu ce en quoi vous croyez ! Nous avons le même défi, prince Roka.

-Je comprends, affirma le jeune homme en fronçant les sourcils. Je vais réfléchir à tout cela...

-Prince Roka, continuez vos recherches. Si vraiment elles existent, vous finirez par trouver les portes du monde de Wapix. Si elles n’existent pas, vous finirez par l’apprendre également. Mais ne vous arrêtez pas là. Vous devez aller plus loin, mon prince. Ne vous abritez pas derrière cette simple quête. Ne devenez pas l’esclave de votre mission, aussi noble soit-elle. Car, même quand vous aurez trouvé vos fameuses portes, vous devrez continuer votre œuvre...

-J’aimerais prendre le temps de réfléchir à tout cela, maître, et je vous remercie de vos conseils, mais, malheureusement, il ne me reste que peu de temps.

-Je comprends. Je ne vous retiens pas, prince Roka, continuez vos recherches, mais n’oubliez pas ce que je vous ai dit. Vous devez vous comprendre vous-même, trouver vos propres valeurs, et ensuite les défendre au-dehors, les faire vivre et les confronter aux valeurs des autres.

-Je... Je n’oublierai pas, conclut Roka.

Le jeune Shinas était ému. Il n’aurait su dire quoi, mais il s’était passé quelque chose pendant cette courte entrevue. Une complicité pleine de respect s’était installée entre le vieil homme et lui. Il avait l’impression de ne pas avoir encore les moyens de comprendre tout ce qu’avait dit Tano, mais il sentait au fond de lui que c’était important. Que ce dont avait parlé le maître était au cœur de sa vie. Que cela touchait même peut-être sa raison de vivre.

Il allait lui falloir du temps. Et le temps lui manquait.

Roka se leva et serra vigoureusement la main du vieil homme.

-J’ai été très heureux de vous voir, prince Roka. Allons, au revoir, et bonne route ! 


Piko Wamura avait décidé d’un parcours dont il savait qu’il lui prendrait moins d’un mois, afin de pouvoir arriver dans la forêt Céleste le jour où Roka lui avait donné rendez-vous, tout en passant par le plus grand nombre de villes possible.

Les deux premiers jours de son voyage il ne croisa personne, progressant rapidement vers l’est. Il profita de sa solitude et de la monotonie du trajet pour méditer. Il en avait grand besoin. Le choix qu’il avait fait d’aider le prince des Shinas était un changement radical dans sa vie et il ressentait le besoin de se convaincre qu’il avait bien fait. Mais avait-il vraiment le choix ?

Quoi qu’il en fût, il avait fait son choix aujourd’hui. Ému par la générosité du prince Roka et de ses compagnons, Wamura était décidé à aider les Shinas.

Le soir du deuxième jour, Wamura arriva en vue d’une auberge. C’était une belle demeure en pierre isolée à l’orée d’un grand bois. Une lumière dorée brillait à l’intérieur. Wamura observa pendant quelques instants le bâtiment et ses alentours. Tout était calme.

Un Shinas apparut à la porte, tenant dans la main une aile de poulet cuite qu’il avait déjà bien entamée.

Wamura entra dans l’auberge. Il vit trois jeunes hommes à l’intérieur, attablés près d’une cheminée où brûlait le feu sur lequel ils avaient cuit leur dîner.

-Bonjour, dit-il en prenant place à leur table, je suis Wamura Piko, membre de la deuxième division de la Soul Society.

-Wamura ! s’exclama l’un des convives ! J’ai déjà entendu parler de toi ! N’es-tu pas celui qui le plus grand nombre de Yokai à son actif ?

-C’est ce que l’on dit, oui, répondit Wamura qui aurai préféré sans doute que ce détail ne fût pas connu de ses hôtes.

-Vas-y, sers-toi, il y a à boire et à manger ; et du poulet plus qu’il n’en faut !

-Merci.

Mais Wamura attendit avant de se servir. Il était mal à l’aise parmi les Shinas, car ceux-ci ne savaient pas encore la raison de sa présence et il ne voulait pas avoir l’impression de leur jouer un tour. Les Shinas exilés dans le monde des Shinigamis devaient accueillir toute personne passante.

-Merci de votre accueil, mais je dois vous prévenir que je ne suis pas là en tant que Shinigami de la deuxième division, et je ne mérite pas votre hospitalité...

Les quatre hommes levèrent les yeux vers lui et l’interrogèrent du regard. Wamura poussa un soupir. A présent qu’il devait vraiment relever son défi, il se rendait vraiment compte de la difficulté de sa tâche, et du peu de chance qu’il avait de convaincre ses auditeurs. Il était tellement angoissé à l’idée non seulement d’échouer, mais en plus de passer pour un fou dangereux, qu’il n’osait se lancer. Mais il faudrait bien qu’il commence un jour. Et il n’avait que peu de temps. Le prince Roka comptait sur lui. Il se lança enfin :

-Eh bien, je vais d’auberge en auberge pour essayer de convaincre les Shinas exilés de rejoindre le prince Roka et de collaborer avec lui pour aider les Yokai et les démons...

-Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? répliqua celui qui était venu l’accueillir à la porte. 

Son voisin de droite prit la parole à son tour :

-Je ne comprends rien à ce que vous dites.

Wamura, comprenant qu’il s’y prenait mal. J’ai... J’ai rencontre Zenkichi Yu.

Les Shinas redressèrent la tête et dévisagèrent Wamura, perplexe.

-Pardon ?

-J’ai rencontré Zenkichi Yu, et je connais à présent la vérité sur la tragédie d’Erèbe.

Il y eut un court silence et les Shinas se lancèrent des regards gênés. Ils commençaient à se demander s’ils n’avaient pas accueilli un fou à leur table.

-Quelle vérité ?

-Vous connaissez le prince des Shinas ?

L’un d’eux acquiesça.

-Bien entendu. C’était notre prince avant que l’on s’exile dans le monde des Shinigamis !

-Alors il a découvert, tout comme moi, la vérité sur la tragédie d’Erèbe.

-Mais quelle vérité ? insista l’un des Shinas, d’une voix exaspérée.

-C’est le chef du Conseil Arata Bando qui est derrière tout ça.

Deux des Shinas éclatèrent de rire. Puis tous les quatre se jetèrent des regards sidérés. Ils devaient se demander si leur invité ne se moquait pas d’eux.

-Mon pauvre fou, tu es complètement insensé ! s’exclama celui qui était venu à la porte, et maintenant, il était debout et il adressait à Wamura un regard menaçant. Moi, j’en ai assez entendu comme ça pour ce soir. Toutefois, je te prie de nous laisser tranquilles à présent. Tu peux aller dormir à l’étage si tu le souhaites, dans le vieux dortoir, mais demain matin, disparais ! Nous n’avons pas besoin de personnages dangereux comme toi dans notre auberge !

Wamura comprit au regard du Shinas qu’il était inutile, voire dangereux, d’insister. Il avait échoué, ce soir. Mais au moins avait-il essayé. Et il se dit qu’il serait mieux préparé la prochaine fois. Il salua les quatre Shinas et monta se coucher à l’étage sans avoir mangé.


-Nous ne pouvons pas rester ce soir dans cette auberge, expliqua Roka en s’asseyant près de ses amis dans la grande salle de Keen Shark. Nous ne sommes pas en sécurité ici. Comme nous le pensions, j’ai beaucoup d’ennemis dans cette ville. Un étudiant m’a proposé de nous héberger dans l’un des dortoirs d’Hampo, mais je ne suis pas certain que cela soit beaucoup plus prudent...

Ichigo, Rukia et Taro avaient profité de la journée pour visiter le centre de la ville, mais ils étaient revenus assez tôt à l’auberge, impatients d’avoir des nouvelles de leur ami. Ils étaient attablés depuis un long moment à l’intérieur et discutaient.

-Nous pourrions aller demander conseil à la chaumière de Loménie, où se trouve des jeunes Shinas, suggéra Taro.

Roka hocha lentement la tête. Il y avait bien sûr pensé lui aussi. La chaumière de Loménie était réputée pour récupérer les jeunes Shinas qui avaient du mal à développer leur pouvoir.

-Oui, je pense que c’est une bonne idée. J’avais de toute façon l’intention d’y aller pour rendre hommage aux Shinas qui nous ont aidés, comme je te l’avais dit. Peut-être pourront-ils nous conseiller. Je n’ai pas trouvé ce que je cherchais, le maître que j’ai rencontré ne connaît pas l’emplacement de ce que nous cherchons, et je pense que nous allons donc devoir rester ici un ou deux jours de plus. Je veux me laisser une chance de trouver quelque chose auprès d’un autre maître. Sais-tu où se trouve la chaumière ?

-Je suis passé devant aujourd’hui, confirma Taro. Je peux vous y emmener.

-Rukia, qu’en penses-tu ?

-Je n’y vois pas d’inconvénient.

-Et toi, Ichigo ?

-Oui, avec plaisir. Je ne connais rien au monde des Shinas et à leur société. Je suis curieux de voir cela.

-Alors, allons-y tout de suite, ne perdons pas de temps. Nous ne sommes pas en sécurité ici.

Roka jeta un coup d’oeil vers les autres tables. Il avait remarqué une ou deux fois que des clients semblaient les observer. Il était grand temps, en effet, de trouver un asile plus discret. Ils se levèrent tous les quatre, Rukia paya l’aubergiste et ils partirent. Puis, suivant Taro, ils s’engagèrent à pied dans la rue qui longeait les remparts.

Taro les guida à travers le labyrinthe des ruelles encombrées, dans le brouhaha de la ville ; ils arrivèrent bientôt devant un grand bâtiment de pierre. Haute de deux étages, la chaumière était une large bâtisse aux proportions harmonieuses qui devait pouvoir loger la plupart des jeunes Shinas de la ville.

Ils s’arrêtèrent tous les quatre à quelques pas de la grande porte d’entrée, et Taro leur fit signe de l’attendre.

Par trois fois, Taro frappa à la grande porte de bois. Après quelques instants, on entendit le claquement sec de la grande serrure, un grincement, puis la porte s’ouvrit et un homme apparut devant l’albinos. Un maître.

-Maître, je suis accompagné de trois amis qui demandent eux aussi l’entrée de la chaumière. Un jeune Shinas ; Ichigo Kurosaki Shinigami suppléant ; et Rukia Kuchiki Shinigami de la treizième division de la Soul Society.

-Très bien. Soyez les bienvenus, mademoiselle, messieurs, vous êtes ici chez vous. Je suis le maître de cette chaumière, et je suis heureux de recevoir votre visite. Entrez, entrez donc !

Taro laissa passer ses amis devant lui. Ils entrèrent dans la grande demeure et le maître referma la porte derrière eux.

-Suivez-moi, nous allons rejoindre le Grand Maître qui est dans son bureau, au premier étage. Il veut vous accueillir lui-même, dit le maître en souriant à Roka.

Roka comprit que le maître l’avait reconnu. Les jeunes Shinas savaient qui il était, et ses amis et lui étaient bienvenus ici, et en sécurité.

Ils suivirent le maître vers un grand escalier en bois au bout du couloir, ils montèrent à l’étage et entrèrent dans un grand bureau où était installé un homme. C’était une pièce richement décorée, tout en bois, où de nombreux chefs-d’œuvre étaient exposés çà et là, mais où étaient conservés également des colonnes entières d’archives et de papiers, vieux ou récents, dont certains dépassaient dangereusement des piles vertigineuses.

-Bonjour à vous, chers visiteurs ! s’exclama le Grande Maître en se levant de son fauteuil et en tendant les bras vers les arrivants.

Il traversa le bureau à leur rencontre, et serra chaleureusement la main des quatre arrivants.

-Asseyez-vous, asseyez-vous ! dit-il en leur montrant les chaises installées devant son bureau et en retournant à son large fauteuil.

Ils prirent place tous les quatre, et le maître resta debout auprès d’eux, adossée contre une large commode.

-Je suis désolé, j’étais en pleine écriture, dit-il en rangeant des feuilles dans les tiroirs de son bureau, mais je m’attendais à votre visite ! Ukino Minji m’a expliqué que vous étiez passé le voir ce matin, prince Roka, et je suis sincèrement heureux que vous ayez décidé de venir ici aussi ! 

-Je m’étais promis de passer vous voir, Grand Maître. Nous sommes venus pour remercier les vôtres de l’aide qu’ils nous ont apportée en nous défendant dans la forêt Céleste. Nous voulions exprimer notre profond regret pour tous les jeunes Shinas qui ont perdu la vie en voulant protéger la nôtre.

-Je ne manquerai pas de faire part de tout cela à qui de droit. Les jeunes Shinas qui vous ont aidés venaient d’une petite chaumière de là-bas. Il n’y a eu que très peu de survivants. Mais ceux-là seront heureux de savoir que leur sacrifice n’aura pas été vain.

Roka serra les dents. Il n’avait jamais su, vraiment, combien de Shinas étaient morts ce jour-là. Des hommes si jeunes ne devraient pas avoir à mourir pour moi ! Je ne dois plus jamais laisser cela arriver...

-Ce n’est pas l’unique raison de notre présence, Grand Maître, reprit Taro en voyant que l’émotion empêchait Roka de parler. Nous devons rester quelques jours à Hampo, et nous ne pouvons loger dans une auberge sans nous mettre en danger... Nous avons malheureusement beaucoup d’ennemis...

-Vous resterez ici, répliqua sans hésiter le Grand Maître.

Roka releva la tête.

-Non, dit-il. Je ne veux pas attirer le moindre ennui à votre chaumière.

-Il n’y a aucun risque, mon prince. Nous sommes en sécurité ici, nous n’avons pas à craindre. Et vous non plus. C’est même le seul endroit de la ville où vous serez vraiment en sécurité. De toute façon, je ne permettrais pas à notre prince de loger ailleurs !

-Merci beaucoup...

-Merci, répéta Rukia.

-Nous sommes très touchés par votre hospitalité, ajouta Kurosaki à côté d’elle.

-Allons, allons. Je vous en prie...

Le maître, derrière eux, se frotta les mains et les invita à le suivre.

-Je vais vous montrer vos chambres...

-Grand Maître, j’aimerais discuter encore un peu avec vous, intervint Roka, si ça ne vous dérange pas...

Puis il se tourna vers ses amis d’un air désolé.

-Allez-y sans moi, je vous rejoindrai plus tard...

-Ne vous inquiétez pas ! répliqua le Grand Maître. Vos amis sont entre de bonnes mains. Le maître va leur faire visiter les lieux et leur donner un verre de bienvenue, n’est-ce pas ?

L’homme acquiesça en souriant et entraîna les trois amis de Roka dans le couloir, puis il referma la porte du bureau derrière lui.

-J’ai une question à vous poser, Grand Maître.

-Je vous écoute, mon prince.

Le jeune Shinas se racla la gorge et se redressa sur sa chaise, quelque peu mal à l’aise.

-J’aimerais que vous me parliez des différents clans démoniaque et des Yokai, si vous le voulez bien...

L’homme acquiesça lentement en rapprochant son fauteuil de son bureau. Puis il raconta à Roka l’origine des démons et des Yokai.


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