Shinigamis et Shinas, la nouvelle histoire

Chapitre 20 : L'histoire du temple Kyu-Sento-Ji

4339 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 08/06/2026 10:30

Je suis derrière toi, Roka. Je t’ai suivi toute la journée, je te vois, là, marcher. Tu as même croisé mon regard, dans cette taverne. Mais tu ne peux pas me reconnaître.

Moi, oui.

Je connais tes yeux, je connais ton regard, je te connais si bien. Je savais que tu serais là. Que tu viendrais à moi. J’aurais pu te tuer mille fois, déjà. Dans les rues de Rewantis, dans cette taverne, sur l’île de la ville ou même chez tes jeunes Shinas. Mais je veux te voir encore un peu. Et te tuer en face. Quand tu ne t’y attendras pas.

Je sais ce que tu cherches. Et je te laisserai le trouver. Je veux te tuer après. Seulement quand tu croiras que tu as réussi. Quand tu croiras que tout est fini. Que tu as gagné.

Je te tuerai, Roka, les yeux droit dans les yeux.

Et voir ton corps idiot, allongé dans la terre, la peur dans ton regard partie depuis longtemps. La mort, la mort, que rien ne peut changer.


Il fallut deux jours à Gaku Koike et ses hommes pour rattraper Hachi, le Shinigami qui avait poursuivi les fuyards après l’affaire d’Hampo. Deux jours de courses intenses, à braver la pluie en courant, à foncer vers la ville à travers champs et forêts.

A la fin du deuxième jour, ils trouvèrent le Shinigami assis près d’un feu, qui semblait les attendre et qui se précipita à leur rencontre en les apercevant.

-Capitaine, dit le jeune homme en arrivant devant Koike, il s’agissait bien de ce fameux Roka ! J’ai pu les épier hier soir, et je vous confirme qu’il s’agit bien du prince des Shinas et de ses amis.

-J’en étais certain ! s’exclama le capitaine.

-Mais ils se sont séparés cette nuit, expliqua le Shinigami renégat.

-Comment ça, il se sont séparés ?

-La jeune fille qui les accompagnait...

-Rukia Kuchiki ?

Hachi acquiesça.

-Elle a disparu pendant la nuit.

-Disparu ?

-Oui. Je ne sais pas comment. Peut-être a-t-elle fui. Je n’en ai aucune idée. Mais le capitaine Hitsugaya et le Shinas qui les accompagnait semblent être partis vers le sud, à sa recherche. Quant au prince Roka, il est parti avec le Shinigami remplaçant en direction de Rewantis. J’ai préféré vous attendre ici, ne sachant s’il fallait suivre les uns ou les autres. J’espère avoir bien fait.

-Oui, vous avez bien fait, Hachi, très bien fait.

Le capitaine Koike se retourna vers ses hommes, le poing fermé sur le pommeau de son sabre, et s’adressa à eux d’une voix forte et autoritaire.

-Vous avez entendu ? Nous allons nous séparer, nous aussi ! expliqua-t-il. La moitié d’entre nous ira avec Genji à la poursuite du capitaine Hitsugaya. Quand vous trouverez cet incapable, vous l’exécuterez sur place. Si Kuchiki est avec lui, en revanche, ne lui faites aucun mal. Faites-là prisonnière et emmenez-la à la prison de Rewantis où nous nous retrouverons plus tard. Les autres, vous venez avec moi. Nous partons dès maintenant pour la ville. A Rewantis, ce satané prince Roka ne pourra pas nous échapper. Cette ville nous appartient !

Sans plus attendre, Gaku Koike se mit en route avec la moitié de ses hommes, certain qu’il allait enfin mettre la main sur ce sombre Shinas.

Les Shinigamis foncèrent vers la ville comme une armée au pas de charge. Quand ils arrivèrent au soir aux abords de la grande ville, les gens s’écartèrent pour laisser passer ce bataillon menaçant.


Mon âme.

Tout est vide autour de moi. Aucune âme n’erre dans ce grand monde blanc. Je suis seul, noyé dans le néant, comme une fleur au milieu du désert.

Je dois trouver Zenkichi Yu. Je veux savoir si c’est lui qui m’a prévenu du danger, qui m’a montré le merle blanc lors de mon dernier passage. Car si c’est lui, peut-être pourra-t-il m’en dire plus. Peut-être sait-il qui a enlevé Rukia. Où elle est maintenant. Si elle est encore en vie.

Je vais fermer les yeux. Quelques instants seulement. Et imaginer la forêt céleste partout autour de moi. Créer la forêt, petit à petit, feuille après feuille, branche après branche. Je veux sentir la terre sous mes pieds. M’asseoir. Plonger mes mains encore dans le cœur de la forêt. Ne faire qu’un avec elle.

J’ouvre les yeux, lentement. Mon cœur y croit. Mon esprit y croit. Les arbres se dessinent autour de moi, un à un, immenses, majestueux et brillants sous un soleil invisible. J’y suis. La forêt céleste. La forêt éternelle m’englobe. Je suis recroquevillé là, dans son ventre, comme l’enfant dans celui de sa mère. J’ai réussi.

J’ai gommé les distances. Mon corps a changé de lieu par la force de ma pensée. 

-Roka.

Je reconnais sa voix. Cette fois, je sais. C’est Yu. Et je sais déjà, sans le lui demander, que ce n’était pas lui la dernière fois. Ce n’était pas cette voix, ce timbre unique, comme mille chœurs harmonieux qui s’accordent.

-Je suis venu vous voir, Yu.

-Oui. Je te vois, moi, et je t’entends, prince Roka. Je suis heureux de voir ton visage. Mais ton cœur semble triste.

-Ruki a disparu.

-Oui. Je le sais.

-Elle a été enlevée, Yu. Enlevée. Je n’ai rien pu faire.

-Tu n’y es pour rien.

-J’aimerais partir à sa recherche, mais je ne peux pas.

-C’est à cause de nous, alors... Je suis désolé...

-Non. C’est un choix que j’ai fait. Je veux d’abord trouver les portes menant à Wapix. Mes amis sont partis à sa recherche. Taro. Vous souvenez-vous de lui ?

-Bien sûr. Ce garçon au grand cœur qui t’accompagnait...

-Il va essayer de la retrouver. Vus devez l’aider, Yu. Si vous le pouvez, vous devez l’aider.

-Je comprends. Je ferais ce que je peux.

Les feuilles s’écartent doucement et il apparaît devant moi.

-Yu, je crois que je vais bientôt trouver les portes. Bientôt. Je le crois. J’ai trouvé un moyen. Il faut que vous commenciez à réunir les Yôkai autour de vous. Que vous commenciez à vous rassembler dans la forêt Céleste. Je viendrai bientôt vous chercher.

-Nous serons dans la forêt Céleste, prince Roka.

Il se retire lentement, disparaît peu à peu parmi les branchages.

-N’oubliez pas Taro, Yu. Vous devez l’aider. A très bientôt !

-A bientôt, prince Roka.

Il se retourne et la forêt tout entière s’éteint autour de moi.


Le lendemain matin, Ichigo et Roka attendirent le Grand Maître dans la bibliothèque de la chaumière de Rewantis. Il y avait là quelques jeunes Shinas, plongés dans leurs travaux théoriques, et une femme, la bibliothécaire, qui accueillait les visiteurs et les guidait dans leurs recherches. Discrète, elle était venue voir si le Shinas et son ami avaient besoin d’aide. Il y avait dans son regard une sagesse et une bienveillance rares. Sa bouche ne souriait pas, mais ses yeux suffisaient.

Roka lui demanda s’il existait des ouvrages sur les reliques des Shinas et, après avoir fouillé aux quatre coins de la bibliothèque, elle lui rapporta trois beaux volumes qui traitaient du sujet plus ou moins directement. Ils s’installèrent sur l’une des grandes tables, et Ichigo lut quelques passages au prince Shins, tout bas, pour ne pas gêner les autres lecteurs. Ils admirèrent ensemble quelques peintures et quelques croquis, mais ils ne trouvèrent aucune représentation du temple de Kyu-Sento-Ji, bien qu’il fût effectivement plusieurs fois mentionné comme l’un des plus vieux temples.

A la fin de la matinée, alors qu’ils étaient encore plongés dans ces ouvrages, le Grand Maître vint les chercher dans la bibliothèque.

C’était un homme assez âgé, beaucoup plus âgé en tout cas que le Grand Maître d’Hampo. De petite taille, large d’épaules, les cheveux gris, des sourcils épais, il invita Roka à le suivre dans son bureau. Il avait une voix grave et l’air sérieux. Ils abandonnèrent Ichigo dans la bibliothèque, remontèrent un petit couloir et entrèrent dans le bureau du Grand Maître. Le Shinas s’assit sur une petite chaise en bois.

-On parle beaucoup de vous, dans les chaumières, prince Roka, commença le vieil homme en prenant place en face de Roka. on racontait déjà beaucoup de choses sur le fameux prince Roka, mais nous ignorions ici que vous aviez été reçu... Cela s’est fait très vite !

-Oui, reconnut Roka l’air embarrassé. Après avoir longuement réfléchi, j’ai demandé au Grand Maître d’Hampo si je pouvais rejoindre les jeunes Shinas...

-Longuement réfléchi ?

Roka grimaça.

-Oui, enfin... Toute la nuit.

-Ah ! C’est ce que vous appelez réfléchir longuement ?

-Oui.

-Je vois. Je suppose qu’il a bien fait. Alors, que puis-je pour toi ?

Roka se racla la gorge. Son interlocuteur n’avait pas l’air commode...

-Je cherche l’un des plus vieux temples : le temple de Kyu-Sento-Ji. Le maître de la chaumière d’Hampo m’a dit qu’il était probablement à Rewantis, et, comme je voudrais le voir de près, j’aimerais savoir s’il est bien en votre possession...

-Le temple de Kyu-Senti-Ji n’est pas ce que vous pensez. Il était ici, mais nous ne l’avons plus.

Roba baissa les épaules. Il avait espéré qu’enfin ses recherches pourraient prendre fin. Que le Grand Maître allait lui ouvrir une porte, et que la solution serait là, devant ses yeux. Mais cela ne serait pas aussi simple. Combien de temps encore devrait-il courir après la trace des portes de Wapix ? C’était comme si le sort avait décidé de l’empêcher de trouver les réponses à ses questions. Et il n’en pouvait plus !

-Savez-vous où il est à présent ? demanda-t-il en essayant de masquer sa déception tant bien que mal.

-Oui. Nous l’avons offert au capitaine Koike Gaku il y a plusieurs décennies quand il faisait encore partie de la Soul Society.

-A Koike ? s’exclama Roka. Mais... Pourquoi ?

Le Grand Maître parut choqué.

-Comment ça, pourquoi ?

-Je... Je ne sais pas, je suis étonné, simplement... les rapports entre Koike et les jeunes Shinas m’ont paru très tendus. Je ne savais pas que...

-Il y a beaucoup de choses qu’on ne sait pas quand on a ton âge.

Roka écarquilla les yeux. Il ne s’était pas attendu à une réponse aussi sèche. Il avait de plus en plus l’impression que le Grand Maître ne l’appréciait guère...

-Ecoutez, Grand Maître, reprit-il en se rapprochant du bureau, j’ai bien compris que ma réception à Hampo vous semble un peu rapide, je comprends qu’elle vous dérange, mais...

-Votre réception ne me dérange pas le moins du monde, prince Roka. Mais j’ai bien peur que tu te fasses beaucoup d’idées fausses.

-Que voulez-vous dire ?

-Eh bien, commençons par les jeunes Shinas. L’image qu’on vous a donnée des jeunes Shinas, visiblement, n’est pas forcément la plus juste. Entrer chez les jeunes Shinas, ce n’est pas seulement un honneur, une... mondanité. Le seul et unique but de notre institution, c’est l’apprentissage des pouvoirs des jeunes Shinas. Or, on n’apprend pas sans maître. Vous avez déjà pris beaucoup de mauvaises habitudes. Vous avez déjà la tête pleine d’idées fausses.

-Je ne demande qu’à apprendre !

-Alors, écoutez plus et parlez moins ! Tu es étonné que nous ayons offert cette relique au capitaine Koike, parce que vous avez porté sur lui un jugement bien trop rapide, mon jeune prince. A votre âge vous croyez pouvoir comprendre par vous-même et juger les rapports qui s’unissent, alors qu’ils existaient déjà longtemps avant votre naissance ?

-Disons que les rapports que j’ai vus ne m’ont pas semblé très bons, se défendit Roka.

-En effet. Car nos rapports se sont beaucoup dégradés, ces derniers temps. Mais cela n’a pas toujours été le cas. Alors, nous finirons sûrement par régler nos petits différends...

-Des petits différends ? s’offusqua Roka. Le capitaine Koine a exécuté la femme du soigneur Jinzô, le guérisseur du palais !

Le Grand Maître poussa un long soupir.

-Prince Roka, je comprends votre réaction. Mais c’est la réaction d’un jeune homme. Votre jugement est trop hâtif, beaucoup trop hâtif. Vous avez encore beaucoup de chose à apprendre, vous parlez trop vite, sans connaître toutes les données du problème.

Roka resta bouche bée sous le regard sévère du Grand Maître.

-Vous ignorez sûrement beaucoup de choses au sujet des jeunes Shinas également. Vous n’avez pas à en avoir honte, prince Roka. Vous ne pouvez pas tout savoir.

Roka acquiesça. Il ne savait plus que répondre.

-Que cela vous serve de leçon : vous ne devez pas juger les choses trop rapidement, ni céder aux généralités. 

Le Grand Maître s’arrêta un moment de parler, et Roka vit dans son visage une petite lueur généreuse. C’était sans doute la façon qu’avait le maître de réconforter Roka...

-Alors oui, pour répondre à votre question, reprit le Grand Maître, il y a plusieurs décennies, nos rapports avec le capitaine Koike étaient excellents, et nous avons offert notre plus vieux temple à ce Shinigami. Pendant quelque temps, quand notre chaumière ici n’avait pas encore été agrandie, de nombreux jeunes Shinas ont même vécu dans sa division ! Aujourd’hui, depuis les événements d’il y a douze ans, nos rapports avec le capitaine Koike sont beaucoup plus difficiles, c’est vrai.

-Je comprends... Il faut me pardonner. Les rares rapports que j’ai eus avec les Shinigamis de Koike ont failli me coûter la vie et, autour de moi, plusieurs jeunes Shinas sont morts en se battant contre les hommes de Koike...

-Je veux bien admettre que cela ne peut pas faciliter un jugement objectif, avoua le Grand Maître en hochant la tête.

-Mes relations avec les Shinigamis renégats étant ce qu’elles sont, je crains de ne pas pouvoir leur demander aujourd’hui de me laisser voir le temple...

Le Grand Maître acquiesça en souriant.

-Il y a peu de chances qu’ils acceptent, en effet, et je pense qu’il serait même très dangereux pour vous de le leur demander.

-Pourtant, il faut absolument que je vois le temple Kyu-Sento-Ji !

-Je suis désolé, prince Roka, je ne peux rien faire pour vous aider. Mais vous trouverez sûrement une autre solution. Il y a toujours une autre solution. Prince Roka, c’est la persévérance. La persévérance. A présent, je dois vous laisser. J’ai beaucoup à faire.

-Je vous remercie, maître.

-J’espère que je ne vous ai pas paru trop dur. Mais vous ne devez pas prendre les jeunes Shinas à la légère, et j’ai bien peur que la chaumière d’Hampo vous ai un peu laissé seul pour vous débrouiller. On ne progresse jamais seul, prince Roka. Alors, bon courage, mon prince, et travaillez bien.

Roka sortit du bureau, ébranlé, et partit rejoindre Ichigo à la bibliothèque.


-Je ne peux pas me résoudre à abandonner, dit Roka en entrant dans la grande cour. Je pourrais être à la recherche de Rukia plutôtqu’ici ! Nous ne pouvons pas être venus à Rewantis pour rien ! Je dois voir le temple Kyu-Sento-Ji.

-Mais, tu le sais bien, les Shinigamis de Koike ne te laisser jamais le voir !

-Alors, il ne nous reste qu’une seule solution, Ichigo.

-J’ai peur, oui, de deviner laquelle...

Roka sourit et murmura :

-Nous devons entrer dans le bâtiment du capitaine Koike d’une façon ou d’une autre...

-C’est bien ce que je craignais...

-Nous n’avons pas le choix ! insista Roka.

-Tu es fou...

-Ichigo, il ne nous reste que peu de temps... Nous n’avons plus le temps de chercher une autre piste. Et, de toute façon, je te le répète, je refuse que nous soyons venus ici pour rien, alors que nous aurions pu aller à la recherche de Rukia...

-Mais, pourquoi essaies-tu de me convaincre ? Je ‘ai dit que c’était une idée folle, mais je n’ai pas dit que je ne voulais pas y aller... Ferme un peu ta bouche, et allons-y !

Roka sourit. Il n’était pas certain que le Grand Maître apprécierait la chose s’il l’apprenait, mais ils n’avaient vraiment pas le choix. Après tout, ne lui avait-il pas dit lui-même qu’il finirait par trouver une solution ? Or entrer dans le bâtiment des Shinigamis renégats, c’était la seule solution. Il n’y en avait pas d’autre.

Roka et Ichigo sortirent côte à côte.

-Je suis simplement curieux, de savoir comment tu comptes t’y prendre pour entrer dans un bâtiment appartenant au capitaine Koike sans y être invité...

-Je ne sais pas. Je n’ai pas l’habitude de faire ce genre de chose. Mais il y a peut-être quelqu’un qui peut nous aider... Quelqu’un qui s’est déjà sûrement essayé à quelques visites non sollicitées...

-Ne me dis pas, oh non, que tu veux demander à la petite voleuse d’hier ?

-Si, Mado. Voilà peut-être le moyen de lui faire gagner un peu d’argent.

Le Shinigami écarquilla les yeux.

-Tu veux inciter une fille à la cambriole ?

-Ce n’est pas de la cambriole ! Nous n’allons rien voler, je veux juste... regarder.

-N’est-elle pas un peu jeune pour que tu l’entraînes dans nos histoires ?

Roka tourna la tête vers Ichigo et le regarda d’un air défiant.

-Ce que je veux demander à cette fille est moins dangereux que ce qu’elle fait toute la journée, visiblement...

-En es-tu bien sûr, oui ? Entrer chez le capitaine Koike, j ne uis pas sûr que ce soit de toute prudence.

-Nous lui dirons de partir si cela tourne mal.

Ichigo fit une grimace dubitative et haussa les épaules.

-De toute façon, encore faut-il, que l’on puisse la retrouver...

Et, en effet, ce ne fut pas chose facile. Ils passèrent l’après-midi tout entier à parcourir de long en large le quarter mais, respectant sans doute l’adage selon lequel on ne revient jamais sur le lieu de son crime, la jeune fille resta introuvable.

C’est en se décidant, vaincus, à aller boire un godet dans une taverne qu’ils la virent enfin, avec sa coiffure de garçon manqué, ses yeux de colère sur sa bouille friponne. Et au visage qu’elle fit quand Roka l’appela par son nom, il y avait fort à parier qu’il l’interrompait au moment où elle s’apprêtait à se livrer à son art favori sur un autre client.

-Encore vous ! s’exclama la jeune fille d’un air embarrassé.

-Oui, encore nous. Bonjour, Mado, nous avons un marché à te proposer.

La petite voleuse pencha la tête et ne put s’empêcher de sourire.

-Quelque chose d’honnête, j’espère !

-Oh, je crois que ta comception de l’honnêteté ne s’en trouvera pas trop chamboulée, se moqua Roka en lui faisant signe de venir s’asseoir à leur table.

Elle hésita en jetant un regard vers le tavernier.

-Euh... Je ne sais pas si j’ai vraiment le droit de m’asseoir ici...

-Tu n’as pas non plus celui de faire les poches des clients, et ce n’est pas ce qui te retient, semble-t-il...

-Bon, dit-elle en prenant place en face de Roka. Que voulez-vous ?

Le tavernier leur lança un regard de travers, mais après avoir poussé un soupir désabusé, il les laissa tranquilles : sans doute préférait-il voir la gamine assise à cette table ; pendant ce temps-là, au moins, il était certain qu’elle ne volait rien à personne.

-Connais-tu le bâtiment des Shinigamis du capitaine Koike ?

La jeune fille fronça les sourcils.

-Oui, je connais leur bâtiment, comme tout le monde ! Pourquoi ?

-Tu es déjà entrée dedans ?

-Je n’y ai jamais rien volé, si c’est ce que vous voulez savoir !

-Non, ce n’est pas ce que je veux savoir, encore que cela aurait pu nous être utile... Mais es-tu déjà entrée dans le bâtiment ?

-Il y a longtemps, oui, répondit-elle, intriguée.

-Accepterais-tu de nous y emmener ?

-Vous y emmener ? Mais vous n’avez pas besoin de moi ! Pourquoi ne demandez-vous pas directement aux Shinigamis de vous faire la visite ? semoqua-t-elle.

-C’est que... Nous aimerions y aller sans que les Shinigamis le sachent...

Mado haussa les sourcils, en feignant d’être choquée.

-Je croyais que le vol était une vilaine chose ! N’est-ce pas vous, qui hier...

-Il ne s’agit pas de voler quoi que ce soit, coup Roka. Il y a là-bas quelque chose que je veux aller voir. Simplement voir...

-Bien sûr ! ironisa la jeune fille.

-Non ! Craiment ! Je dois regarder quelque chose qui est quelque part là-bas, et c’est tout.

-Et où, là-bas ?

-Je n’en ai pas la moindre idée !

-Cela ne va pas simplifier les choses...

-Cela signifie que tu acceptes ?

-Vous parliez de marché... Combien proposez-vous ?

Roka hésita. Il n’avait pas vraiment réfléchi à la question. La jeune fille voulait sûrement de l’argent. Et de l’argent, ils en avaient. Toutefois, ce dont Mado avait besoin, plus encore que d’argent, c’était d’une chose qui ne s’offre pas si facilement : une deuxième chance. Et c’est ce que Roka aurait voulu lui offrir. Mais comment faire ? Que pouvait-il faire pour l’aider vraiment ? Lui trouver des parents adoptifs ? Non, c’était ridicule ! Un métier ? Ce n’était pas dans ses cordes ! Il aurait aimé lui offrir beaucoup plus que de l’argent, mais il ne voyait pas comment faire. Pour le moment, lui proposer des pièces était malheureusement ce qu’il pouvait faire de mieux.

-Combien... combien gagnes-tu en une journée, d’ordinaire ?

Mado grimaça.

-Allons, insista Roka. N’aie pas peur. Dis-moi. Et n’exagère pas !

-Cela dépend ! Parfois, rien du tout ! Parfois, de quoi vivre un mois tout entier !

-Alors, va pour... deux mois ! Si tu nous aides à pénétrer dans le bâtiment des Shinigamis du capitaine Koike sans être vus et à trouver ce que l’on cherche, je te donnerai de quoi vivre pendant deux mis. Que cela soit ta meilleures journée de l’année !

-Rewantis est chère, vous savez, deux mois, c’est beaucoup d’argent !

-Contente-toi de nous faire profiter de ton savoir-faire. Je m’occupe de l’argent.

-Marché conclu ! répliqua la jeune fille tout sourire. Mais qu’est-ce que vous voulez voir là-bas qui puisse justifier que vous dépensiez une telle somme ?

Roka hésita.

-Une œuvre d’art.

-Elle est belle ?

-Je ne sais pas. Sûrement.

-Elle vaut cher ?

-Elle n’est pas à vendre... Et je te répète que nous n’allons pas là-bas pour voler quoi que ce soir. Pour regarder, simplement.

La jeune fille haussa les épaules.

-D’accord. Ça me paraît complètement idiot, mais c’est votre problème, pas le mien.

-Exactement.

-Et quand voulez-vous que nous y allions ?

-Ce soir même.

-Alors, il va falloir la moitié de l’argent tout de suite.

Ichigo éclata de rire.

-Prince Roka, dit-il, je te félicite : tu s trouvé plus têtu que toi !

La jeune fille regarda Roka l’air étonné.

-Prince Roka ? C’est votre nom, prince Roka ? Hier vous m’aviez dit que vous vous appeliez autrement... Obscurs Dragons, ou quelque chose comme ça...

Le prince des Shinas acquiesça d’un air embarrassé. Il aurait préféré qu’Ichigo ne prononce pas son vrai nom.

-Vous êtes vraiment le prince Roka ? insista la jeune fille.

-Oui, je suis le prince Roka. Et je te présente Ichigo Kurosaki, Shinigami suppléant.

-Enchantée. Ça sert à quoi, cette chose ? dit-elle en pointant du doigt le zanpakutô.

-Ce n’est pas une chose, c’est une arme, un katana ! Mon Zanpakutô.

-Jamais entendu parler.

-Ca ne m’étonne pas, répliqua Roka.

-Bon, coupa Mado. Et notre affaire ?

Le prince des Shinas prit dans sa bourse quelques pièces et les donna à la jeune fille. Il y avait là beaucoup plus qu’il n’avait promis. Mado ne put masquer son heureuse surprise.

-Allez, en rout ! dit Roka en se levant. Allons préparer tout ça.

La jeune fille, fière et ravie, suivit Ichigo et Roka. Ils se mirent en route vers le nord.

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