Shinigamis et Shinas, la nouvelle histoire
-Cet imbécile de lieutenant est responsable de tout ce qui s’est passé hier ! s’exclama Gaku Koike, furieux. C’était à lui d’assurer la sécurité sur la grand eplace ! Il est incompétent ! Ou pis, il est complice ! Imbécile !
Ils étaient réunis au sus-sol dans une crypte obscure où le capitaine pouvait hurler toute sa colère.
Koike avait son visage des jours terribles. Ce regard dément qu’il avait eu quelques semaines plus tôt quand son ancien bras droit Hamano avait eu l’audace de s’opposer à lui. Personne n’avait oublié. Sa colère. Sa folie. Les Shinigamis autout d elui n’osaient dire un seul mot. Son nouveau bras droit, était tout aussi silencieux.
-Ce ne pouvait être que le prince Roka ! Ce satané Shinas ! J’en suis convaincu ! Mais qui étaient tous ces gens qui l’ont aidé à organiser ça ?
Personne ne répondit. En vérité, personne ne savait vraiment. Les Shinigamis, complètement désemparés, n’avaient pu interpeller aucun des hommes masqués qui avaient interrompu l’exécution des Shinigamis sur la grande place d’Hampo. La panique avait été si totale que les hommes de Koike n’avaient rien pu faire, pas plus que la garde du lieutenant. Et personne, dans la ville, ne semblait savoir qui avait monté ce complot. Ou peut-être les habitants d’Hampo refusaient-ils de parler...
-Je suis persuadé que ce sont les jeunes Shinas ! s’exclama soudain le capitaine Koike. Ce sont toujours les jeunes Shinas qui aident ce maudit prince ! Ils sont nombreux, ici. Oui ! Ce doit être les jeunes Shinas !
Il tournait en rond dans la grande crypte, les yeux rivés sur le sol. Il parlait tout haut, mais il se parlait à lui-même. Et une rage immense accompagnait chacun de ses mots. Sa voix résonnait entre les murs dénudés du sous-sol.
Les Shinigamis renégats avaient passé la journée de la veille à fouiller toute la ville, à questionner les gens. Mais cela n’avait servi à rien. Et ils étaient toujours sans nouvelles de deux des leurs qui étaient partis à la poursuite des fuyards.
-J’écraserai ce satané Shinas : Je le réduirai en miettes ! J’aurai dû le tuer quand je l’avais à portée de main ! Et les jeunes Shinas ! Ces maudits jeunes Shinas ! Ils vont payer, eux aussi !
Au même instant, on frappa à la porte de la crypte. Le bras droit de Koike se précipita pour aller l’entrouvrir. Il regarda l’homme de l’autre côté, puis il se retourna vers Gaku Koike.
-Capitaine, c’est Genji.
-Que veut-il ? s’impatienta Koike sans cesser sa déambulation au coeur de la crypte.
-C’est lui qui était parti à la poursuite des fugitifs, hier... Ceux qui ont emporté le capitaine Hitsugaya. Il a sans doute des nouvelles.
Le capitaine Koike s’immobilisa et releva la tête.
-Entrez, Genji !
Le Shinigami passa la porte et se tint immobile devant son capitaine.
-Alors, Genji, parlez !
-Nous... nous avons retrouvé leur trace, capitaine. Nous pensons qu’ils se dirigent tout droit vers Rewantis. Hachi est resté là-bas, il continue de les suivre, et je suis revenu, moi, pour vous prévenir.
Gaku Koike se précipita vers la porte sans plus attendre.
-Vers Rewantis ? Parfait ! En route ! Je me moque de ce que veux Bando ! Cette fois-ci, je vais m’occuper moi-même de ce prince Roka ! Prévenez tout le monde ! Nous partons pour Rewantis. Tout de suite ! Vus m’entendez ?
Son bras droit acquiesça.
-Et laissez un message au Grand Maître d’Hampo. Dites-lui qu’il ne perd rien pour attendre, que je repasserai le voir. Les jeunes Shinas d’Hampo auront bientôt de mes nouvelles.
Ils voyagèrent ainsi pendant deux jours encore. Comme ils voulaient éviter les villes et même les petits villages, ils ne purent se reposer convenablement. Cela ralentissait quelque peu leur rythme, mais ils partaient tôt et s’arrêtaient tard pour rattraper le temps perdu.
Le deuxième jour, ils furent réveillés par la pluie. Une pluie grasse et dense, lourde, qui transforma rapidement la terre en boue visqueuse. Ils prirent un repas léger, sans pouvoir allumer un feu. Ils s’enfoncèrent, maussades, dans le rideau de pluie. Les gouttes claquaient contre leurs vêtements, se glissaient à l’intérieur de leurs chaussures. Leurs pieds s’enfonçaient dans le sol gluant, ce qui les ralentissait encore davantage.
Ichigo essayait de plaisanter pour maintenir le moral de ses amis, mais Roka était de moins en moins loquace. La vision qu’il avait eue dans son âme le hantait de plus en plus. Il se demandait qui était venu lui parler ainsi, à qui appartenait cette voix féminine qu’il avait entendue ? Et surtout, de quel danger elle voulait parler ? Quel était le rapport avec ce merle blanc ?
Il l’avait vu plusieurs fois, cet oiseau étrange. Et pas seulement dans son âme. Il était certain de l’avoir vu en plein jour, pendant leur voyage, mais il ne se souvenait plus quand. Chaque fois qu’il croyait voir un oiseau, il sursautait, regardait mieux pour voir si c’était un merle. Mais sous cette pluie battante les oiseaux ne se montraient guère, et il devenait nerveux.
Le pire, au fond, c’était qu’il avait peur de comprendre. Une partie de sa vision, tout au moins : le rouge-gorge. Cette pauvre proie que le merle blanc venait enlever, il avait l’impression de savoir qui c’était. Il refusait de se l’avouer. Pourtant, quelque chose lui disait qu’il ne pouvait pas se tromper.
Bien sûr. C’était elle. Rukia. C’était Rukia qui était en danger.
Non ! Il se trompait sûrement. Il s’imaginait n’importe quoi ! C’était la peur, l’angoisse qui lui faisaient craindre toutes ces choses. Il avait une profonde amitié avec Rukia que tout lui était prétexte pour se faire du souci pour elle. Il ne devait plus penser à cela. Oublier le sens caché de cette vision. Rukia était en sécurité, avec eux. Il ne laisserait rien lui arriver.
Rewantis. Il devait se concentrer sur Rewantis. C’était ce que Rukia elle-même ne cessait de lui dire. Les portes menant au monde de Wapix. Voilà ce qui comptait. Les jours passaient, il leur restait très peu de temps.
Au soir du deuxième jour, la pluie s’arrêta enfin, et alors que le soleil descendait lentement dans leur dos, séchant péniblement leurs vêtements trempés, ils arrivèrent en vue de la ville, dont les contours se dessinaient en contrebas, sous un immense arc-en-ciel. Roka montait sur un petit monticule de terre pour admirer l’incroyable tableau, adouci par le spectre des couleurs qui traversaient le ciel et la lumière vespérale, teintée d’orange et de gris.
La ville immense, certainement la plus grande des environs, s’étendait autour du fleuve Ino, sur un large bassin où ne se dressaient que quelques monts isolés. Le centre de Rewantis était concentré sur une petite île allongée. La rive droite, plus peuplée, était entourée de remparts, anciens sans doute car les faubourgs tout autour étaient déjà nombreux, comme une nébuleuse de petites villes qui se regroupaient contre les vieux quartiers. Dispersées au-delà, au milieu des vignes et des marais, là où semblait naître l’arc-en-ciel, on voyait par endroit des fermes ou des tours fortifiées.
-C’est... c’est, prodigieux ! murmura Ichigo derrière lui. Je n’ai jamais vu une ville si grande ! Si grande ville !
Roka posa affectueusement sa main sur l’épaule du Shinigami remplaçant.
Ils étaient alignés à présent tous les cinq sur la butte détrempée. Et tous souriaient, comme envoûtés par ce spectacle unique, et instant magique où le soleil et la pluie semblaient s’être entendus pour leur offrir la plus belle vue sur Rewantis.
-J’espère que nous trouverons ce que nous sommes venus chercher, murmura Roka.
-Une ville si grande, répliqua Taro, a forcément une réponse à toutes les questions !
Ils restèrent encore un instant tous les cinq, comme hypnotisés, puis Roka rompit enfin le silence.
-Je pense qu’il serait plus sage de dormir ici ce soir, nous avons pris assez d’avance je crois, et nous avons besoin de nous reposer. Nous partirons demain, avant le lever du soleil.
Les autres acquiescèrent, et, un à un, partirent chercher leurs affaires.
Rukia regarda le prince des Shinas. L’inquiétude semblait avoir quitté son visage. Il avait l’air apaisé, serein, enfin.
-Je suis sûre que tu vas trouver ce que tu cherches, prince Roka, dit-elle avant d’aller aider les autres à installer le campement.
Tu viens par ici, Roka ? Tu viens à moi ? Je n’aurai donc même pas à aller te chercher ! Tu seras toi-même l’acteur de ta propre mort. C’est comme si c’était écrit, n’est-ce pas ?
Oui, tout était écrit. Depuis le début, il devait en être ainsi. Tu viens à moi, car il était écrit que personne d’autre que moi ne pouvait te tuer. Cela va de soi. Il ne pouvait en être autrement.
Roka, viens à ta mort.
Viens vers moi.
Je t’attends. Je t’ai attendu longtemps. Mais pour te voir mourir, j’attendrai des siècles s’il le fallait. Juste te voir mourir. Voir la flamme s’éteindre dans tes yeux. Ce moment-là. Ce moment précis. Quand la vie quitte le corps. Quand les deux se séparent.
Et voir ton corps idiot, allongé dans la terre, la peur dans ton regard partie depuis longtemps. La mort, la mort, que rien ne peut changer.
Quand il fut certain que tout le monde dormait, Roka se leva et s’éloigna de leur campement sommaire. Le clair de lune chassait doucement l’obscurité profonde de la nuit, comme si le jour avait voulu prolonger encore un peu ses droits avant le grand hiver.
Le Shinas se faufila en silence entre les futaient, dans le sens opposé à la ville. Quelque chose lui disait qu’il ne pourrait pas voir les dragons s’il restait en vue de Rewantis. Il voulait s’éloigner le plus possible. Les bras tendus sur les côtés pour prévenir toute chute, il essaya de ne pas faire de bruit et marcha droit devant lui.
Quand il estima qu’il était assez loin, il chercha un endroit pour attendre, comme il le faisait les autres soirs. Les dragons Bahamut et Yvi, chaque fois, apparaissaient d’eux-mêmes. Sur sa gauche, il aperçut un rocher large et haut. Il grimpa dessus, faillit glisser car le rocher était encore humide, puis il s’assit sur le sommet, en tailleur. Il croisa les bras sur sa poitrine et se frotta les épaules pour se réchauffer un peu. Le vent ne soufflait pas encore trop fort, mais il était froid, déjà, et se glissait sous ses vêtements trempés.
Il posa un regard sur les environs. Il y avait quelques arbres, des rochers, des escarpements.
Roka frissonna, puis il replia ses jambes contre lui, amena ses genoux sous son menton et agrippa ses chevilles des deux mains. Il se balança doucement, d’arrière en avant, les yeux levés vers le ciel, et il attendit. Longtemps. Bientôt, comme il n’entendait rien, il se demanda s’il y avait les dragons. La nuit était tellement silencieuse !
Le temps passa, et aucun ne vint.
Roka grimaça. Il avait vraiment froid maintenant. Il s’apprêtait à se relever quand, soudain, il entendit un bruissement derrière lui, dans les feuilles. Il sourit aussitôt. Ce ne pouvait être qu’un dragon. Il en était certain.
Délicatement, il posa sa main sur la paroi froide du rocher et pivota sans faire de bruit. Alors là, au milieu des arbres, derrière le grand rocher, il vit leurs yeux. Leurs beaux yeux jaunes qui brillaient dans la nuit. Ce regard insaisissable. Et ces écailles, pour l’un noir et pour l’autre blanc. Les dragons. Ils le regardait, face à face.
Je suis content que vous soyez là, Bahamut et Yvi.
Le jeune homme, sans faire de bruit, s’installa plus à son aise sur le rocher, mais il ne se leva pas.
Demain, je retourne à la ville.. je ne vous verrai plus pendant quelques jours. Vous allez me manquer.
Les dragons poussèrent un petit couinement, comme s’ils avaient compris. Ils semblaient s’impatienter.
Roka hocha la tête.
Partez, si vous voulez.
Mais les deux dragons ne partaient pas. Ils s’agitaient de plus en plus, trépignaient sur place. Puis soudain, le dragon noir poussa un grognement, sans quitter Roka du regard. Le Shinas fronça les sourcils. Il se leva lentement. Le dragon noir eut un geste de recul, puis il grogna à nouveau et fit quelques pas de côté.
Qu’y a-t-il ?
Le dragon noir grogna encore, tourna sur lui-même, et marcha tout autour du rocher, vers l’endroit d’où Roka était arrivé. Le jeune homme comprit aussitôt. Il reconnaissait ce comportement. Le comportement de la peur. Il se passait quelque chose. Là-bas, au campement.
Roka sauta du haut du rocher sans attendre et courut sur ses propres pas. A toute vitesse, il se glissa entre les arbres et les buissons, sans se soucier de ce que les dragons étaient devenus, derrière lui. Ils s’étaient probablement enfuis quand il avait sauté du rocher. Mais cela n’avait aucune importance. Ce qui comptait, c’était d’arriver au campement à temps. Il se passait quelque chose, il en était certain.
Roka allait aussi vite qu’il pouvait. Mais le sol était glissant et il perdit l’équilibre. Il tomba de tout son long dans la terre boueuse, s’écorcha la main sur des branchages, mais il se releva aussitôt pour rependre sa course. Il n’était plus très loin. Quelques foulées à peine. Mais il ne voyait toujours rien. Il n’entendait pas un bruit, à part celui de son souffle et de ses pas. Aucun combat. Aucun cri de panique. Peut-être ne s’était-il rien passé ! Son cœur, néanmoins, battait à tout rompre, et il franchit les derniers pas plus vite encore.
Il sauta à travers un buisson et déboula comme une flèche à l’endroit où dormaient ses compagnons. Taro fut réveillé aussitôt et se leva d’un bond en saisissant son bâton.
-Que se passe-t-il ? s’écria le Shinas albinos, perplexe.
Ichigo se leva à son tour, le regard ahuri.
Roka se laissa tomber sur les genoux, sous la lumière livide de la lune. Il crut que son cœur allait exploser. C’était un cauchemar. Rukia avait disparu.
-On doit partir la chercher ! s’exclama Roka en se dégageant des mains d’Ichigo qui esayait de le retenir.
Ils avaient couru autour du campement, fouillé les environs, appelé, mais en vain. Rukia avait été enlevée. On l’avait assommée, probablement, car il n’y avait aucune trace de lutte et les autres n’avaient même pas été réveillés. Malgré la pénombre, toutefois, Roka avait trouvé des traces de pas suspectes dans la terre humide, qui semblaient partir vers le sud. Il s’apprêtait donc à suivre cette piste.
-Non ! intervint Taro. C’est moi qui irai. Toi, tu dois aller à Rewantis.
-C’est hors de question ! Rewantis attendra ! Je veux d’abord retrouver Rukia. Tout est ma faute ! J’ai été stupide de m’absenter cette nuit !
Le prince des Shinas alla ramasser ses affaires.
-Roka, c’est ridicule ! Tu ne sais pas combien de temps cela prendra de retrouver Rukia, et les Yokai ont besoin de toi.
-Rukia aussi à besoin de nous !
-Le capitaine Hitsugaya et moi pouvons nous occuper d’elle, répéta Taro, alors que les Yokai, tu es le seul à pouvoir t’en charger ! Tu as promis, Roka ! Tu as promis à Yu !
-Je connais le capitaine Kuchiki personnellement ! Je dois veiller sur sa petite sœur ! Comment ai-je pu être assez stupide !
-Nous allons la retrouver ! s’exclama Taro en attrapant le prince des Shinas par le bras. Tu dois me faire confiance, Roka ! Le capitaine Hitsugaya et moi allons nous mettre à sa recherche, et si nous ne la trouvons pas rapidement, j’irai demander de l’aide dans les chaumières de jeunes Shinas. Mais toi, tu dois aller à Rewantis ! Le temps presse !
-Taro a raison, intervint Ichigo derrière eux. Prince Roka, tu sais, Rukia dirait la même chose. Tu dois te concentrer sur les Yokai. Taro a raison, je vais aller avec toi à Rewantis, et lui ira chercher Rukia avec l’aide d’Hitsugaya. Tu peux leur faire confiance.
Roka secoua la tête. Il s’en voulait tellement ! Cela faisait trois jours qu’il savait. On l’avait prévenu dans son âme : un danger les guettait. Et il avait même deviné le sens de cette vision étrange : Rukia était en danger. Le rouge-gorge. C’était elle que le merle blanc venait enlever ! Il le savait ! Et pourtant, il s’était absenté en pleine nuit ! Pour aller voir les dragons !
Le Shinas ferma les yeux. Il ne pouvait plus s’apitoyer sur son propre sort. Il devait se ressaisir.
Il devait se rendre à l’évidence. Ichigo et Taro avaient raison. Il valait mieux que ce soit son bras droit qui parte à la recherche de la jeune femme. Il devait lui faire confiance. C’était son ami. Mais il avait tellement peur. Qu’alllait-il arriver à Rukia ? S’il lui arrivait quelque chose, il ne pourrait jamais plus regarder le capitaine Kuchiki dans les yeux !
-Roka ! reprit Taro. Je n’abandonnerai pas tant que je n’aurai pas retrouvé Ruki. Tu peux me faire confiance. Va chercher les portes menant au monde de Wapix. Tu dois tenir ta promesse ! La personne qui a enlevé Rukia veut sûrement t’en empêcher ! C’est certainement quelqu’un qui veut te détourner de ta route. Tu ne dois pas céder !
Le Shinas, qui n’avait toujours pas rouvert les yeux, hocha lentement la tête. Il savait que l’albinos avait raison, mais il détestait ça. Taro posa une main sur son épaule. Roka releva doucement la tête et regarda son ami.
Roka vit dans ses yeux qu’il ferait tout ce qui était en son pouvoir. Le prince des Shinas savait que Taro avait toujours eu pour elle une affection fraternelle. Roka pouvait lui faire confiance. Il ferait tout pour retrouver Rukia. Il la rechercherait avec autant d’acharnement que lui, il pouvait en être certain.
Il aurait simplement aimé être là. La retrouver lui-même. Mais il devait s’y résoudre.
-Partez tout de suite, ajouta Roka d’un air grave. Partez vite, avant qu’elle ne soit trop loin. Et avant que je ne change d’avis.
Taro acquiesça.
-Bonne chance, Roka ! Nous nous retrouverons au point de rendez-vous que tu as fixé avec Wamura : dans la forêt Céleste.
Roka embrassa l’albinos, le serra fortement entre ses bras, et lui lança un regard plein de reconnaissance et de détresse mélangées.
Taro et Hitsugaya ne perdirent pas un seul instant, ils prirent leurs affaires, saluèrent Ichigo et Roka, puis partirent en courant vers le sud.
-Ne t’en fais pas, prince Roka. Ne t’en fais pas. Allons-y.
Le Shinas avala sa salive, la gorge nouée. Il faisait encore nuit, mais ils se mirent en route vers Rewantis. A présent ils avaient deux bonnes raisons de faire vite. Roka partit en tête, le cœur emploi d’angoisse.
Ils descendirent rapidement vers le bassin de la ville et rejoignirent une grande route qui pointait vers le nord-est au cœur de Rewantis. Ils coururent jusqu’à ce que le soleil se lève. Ils marchèrent alors, car ils approchaient de la ville et ils voulaient éviter d’attirer l’attention.
Pendant tout le trajet Roka ne put penser à autre chose qu’à Rukia. Il se demandait où elle était à présent, et si son ravisseur l’avait maltraitée. Le visage de la jeune femme ne cessait de hanter son esprit, et il devait lutter pour ne pas hurler sa colère et sa peur.
Le jour se levait lentement de l’autre côté des marais et des vignes. On entendait ici et là le chant des coqs dans les grandes fermes qui bordaient la route, de plus en plus nombreuses. Des chiens commençaient à aboyer à leur passage, et ils virent bientôt les premiers fermiers partir aux champs.
Roka et Ichigo entrèrent dans le quartier Iwayado, éblouis. Ils prirent aussitôt conscience de la démsure de Rewantis. Le quartier n’était qu’une infirme partie de la ville, et pourtant il était aussi grand qu’une ville entière. Ils arrivèrent sur la grande place d’Iwayado au moment où les rues commençaient à s’animer. Les commerçants étaient les premiers dehors pour ouvrir leurs boutiques, puis l’on vit apparaître des transporteurs, des enfants, et même quelques étudiants puisque c’était dans ce quartier que s’étaient installés les premières écoles. Roka observa justement un groupe d’étudiants qui attendaient sans doute le début des cours, et il remarqua qu’ils semblaient aussi détendus et facétieux qu’à Hampo. Il devait y avoir à Rewantis des maîtres aussi érudits que Tano Nimio, et Roka songea que ces jeunes gens avaient bien de la chance. Le temps semblait n’avoir pour eux aucune importance, alors qu’à lui, il manquait tant !
Les maisons alentour étaient quasi toutes construites de la même façon, comme dans Rewantis tout entière. A part quelques maisons qui étaient entièrement en bois, le rez-de-chaussée était d’ordinaire en pierre de taille tandis que les étages en colombages emplis de moellons et recouverts de chaux, si bien que la ville était presque entièrement blanche. Dans ce quartier, les rues étaient encore larges car les champs n’étaient pas lion et il passait chaque jour de nombreuses charrettes. Ce n’était qu’un avant-goût de Rewantis, mais c’était déjà impressionnant.
Ichigo s’approcha de Roka.
-Tu sais où nous allons, exactement ?
Roka secoua la tête.
-Non, pas vraiment. Il faut que nous trouvions la chaumière de Rewantis... Nous pourrions demander à quelqu’un. Arrêtons-nous un instant, je vais aller poser la question aux étudiants.
-Attends ! répliqua le Shinigami remplaçant. Les gens pourraient très bien te reconnaître ici... Alors, prince Roka, il vaudrait peut-être mieux que j’y aille, moi...
Le Shinas ne put s’empêcher de sourire.
-Tu crois vraiment que tu passes plus inaperçu que moi ?
Le rouquin haussa les épaules, l’air un peu vexé.
-Très bien, grogna-t-il. Tu n’as qu’à y aller !
Roka rejoignit les étudiants qu’il avait repérés. Il avait envie de parler. Comme si cela pouvait lui faire oublier le kidnapping de Rukia. Lui changer un peu les idées.
-Excusez-moi, messieurs...
Les étudiants interrompirent leur discussion et se retournèrent vers Roka. Ils le regardèrent d’un air surpris, car il avait drôle allure. Ses vêtements étaient usés, ses cheveux noirs étaient sales et gras.
-Bonjour, répondit finalement l’un des étudiants.
-Bonjour... Je cherche la chaumière de Rewantis...
-Ah, la chaumière de Rewantis ? répéta l’étudiant en comprenant qu’il avait sans doute affaire à un jeune Shinas.
-Oui.
-Il me semble qu’il y en a plusieurs, mon ami ! Un peu partout dans la ville...
Roka grimaça. Le maître d’Hampo lui avait pourtant parlé d’une seule chaumière ! Il devait y en avoir une principale...
-Je vois... Pourriez-vous m’indiquer la plus grande que vous connaissez ? demanda Roka.
Un deuxième étudiant, en retrait, intervint :
-Je crois que la plus importante est celle de la place de Kutabe, derrière la maison où siègent les porteurs d’eau.
Les autres acquiescèrent.
-Je... Je suis désolé, reprit le prince des Shinas, je ne connais pas Rewantis. Comment va-t-on sur cette place ?
-C’est sur la rive droite, répondit le premier étudiant en posant une main amicale sur l’épaule de Roka, et en indiquant de l’autre main la rive opposée du fleuve. Il faut que vous traversiez l’île, que vous passiez le Grand Pont, puis que vous tourniez à droite. Ensuite, continuez tout droit en longeant le Nausicaa et vous arriverez sur la place de Kutabe...
-Je vous remercie, dit Roka en lui serrant la main.
-Et faite attention aux mauvais larrons, de l’autre côté, il y en a plein les ruelles ! Surveillez vos poches !
Roka les remercia encore d’un signe de tête et retourna vers Ichigo en lui faisant un clin d’oeil.
Roka était soulagé : visiblement, les étudiants ne l’avaient pas reconnu. Il allait enfin pouvoir rester un peu dans l’anonymat. Et la taille de la ville s’y prêtait certainement.
Ils se remirent en route. Le Shinigami remplaçant était impatient de découvrir le cœur de Rewantis. Mais Roka, lui, ne pensait qu’à une chose. Sauver Rukia.
Plus ils pénétraient dans le cœur de la ville, plus les ruelles étaient étroites, bruyantes et bondées. L’horizon n’était plus qu’un enchevêtrement d’escaliers, de petits passages et de toits biscornus, on ne voyait presque plus le ciel dans ce labyrinthe. Les gens criaient, dans la rue, aux fenêtres ou devant les boutiques. Les charrettes avaient du mal à se croiser dans la plupart des rues, parfois elles devaient faire demi-tour, et c’était alors un chaos gigantesque. Dans certains quartiers, l’odeur était épouvantable ; les détritus jonchaient la rue et le milieu de la chaussée n’était plus qu’un amas d’ordures. Le quartier le plus sale qu’ils traversèrent était sans aucun doute celui des bouchers.
Mais Rewantis était aussi une concentration d’édifices plus magnifiques les uns que les autres. Se laissant porter par la marche nonchalante, Roka et Ichigo purent admirer successivement l’architecture.
Depuis les quais, on pouvait voir l’île dans son ensemble, et c’était une vue étonnante, magique. On aurait dit une ville-bateau, retenue seulement par cet énorme pont de pierre, prête à remonter le fleuve en emportant ses milliers d’habitants.
Sur la place de Kutabe, on leur avait indiqué la chaumière, qui était en effet derrière une grande maison où siégeaient les porteurs d’eau de la ville de Rewantis. On ne pouvait deviner la grandeur réelle de la chaumière, car sa façade étroite était coincée au milieu d’autres maisons, mais en réalité elle s’étendait loin derrière et s’élargissait au-delà de la rue. Composée de plusieurs bâtiments, elle était comme un petit village à elle toute seule, et il y avait des portes qui donnaient dans trois des quatre rues qui formaient cet îlot.
Roka partit frapper à la porte de la chaumière. Il se présenta comme il se devait et demanda qu’on lui accorde l’entrée, ainsi qu’à son ami Ichigo. Le maître de la chaumière sembla quelque peu étonné, et Roka se demanda s’il ne s’était pas montré maladroit.
-Dragons obscurs ? Est-ce que c’est vous le prince Roka ? demanda le maître en fronçant les sourcils.
Le Shinas grimaça.
-Oui, c’est bien moi, maître.
-Je ne savais pas que vous étiez jeunes Shinas ! s’étonna le maître.
-Je viens tout juste d’être reçu, expliqua Roka. A Hampo.
-Je vois. Et que pouvons-nous faire pour vous, mon prince ?
-Je suis à la recherche d’une relique dont on m’a dit qu’il était dans la chaumière de Rewantis. Il s’agit du temple Kyu-Sento-Ji...
-Le temple Kyu-Sento-Ji ? Il faudrait pour cela que vous voyez le Grand Maître. Malheureusement, il est absent aujourd’hui. Vous pourrez le voir demain, si vous le souhaitez.
Roka se retourna vers Ichigo en grimaçant. Le Shinigami haussa les épaules.
-Pouvons-nous loger ici en attendant son retour ? demanda le Shinas.
-Attendez un instant, je vais voir si je peux vous trouver une chambre.
Ils patientèrent à la porte, puis le maître revint les chercher.
-Nous avons une chambre pour vous.
Le maître les fit entrer dans le bâtiment. Ils traversèrent le grand hall, puis une petite cour intérieure sous le regard des jeunes Shinas, et ils montèrent enfin un petit escalier qui menait à un long couloir.
Le maître confia une clef à Roka.
-Vous pouvez vous installer dans la troisième chambre sur la droite. Pour l’instant, vous êtes seuls, mais il y aura peut-être d’autres visiteurs d’ici à ce soir.
Roka acquiesça et Ichigo fit un geste de la tête pour le remercier. Ils entreèrent dans la chambre et posèrent leurs affaires sur les lits.
-Eh bien ! Il n’a pas l’air commode ! souffla Roka en se laissant tomber sur la paillasse.
-Il est moins jovial que les jeunes Shinas d’Hampo, mais il n’a pas l’air méchant. Et nous sommes bien logés !
-Oui... Mais il va nous falloir attendre jusqu’à demain, à présent. Et nous ne pouvons rien faire ! Si seulement nous avions des nouvelles de Rukia ! Je me demande où elle est en ce moment...
-Ne pense plus à ça, prince Roka ! Taro va la retrouver, j’en suis sûr !
-J’ai été tellement stupide !
-Allons, tu ne vas pas passer ton temps, à répéter cela ! Cela n’aurait peut-être rien changé si tu étais resté avec nous, cette nuit. Nous n’avons rien entendu, nous... D’ailleurs, c’est davantage notre faute que la tienne.
Ils restèrent un moment face à face, silencieux, séparés par un rayon de soleil. Roka essayait de trouver un peu de réconfort dans le regard du Shinigami remplaçant. Le rouquin hocha la tête d’un air confiant.
-Bie,, dit-il finalement en se levant. Nous n’allons pas rester ici toute la journée ! Allons visiter la ville, prince Roka, cette belle grande ville pleine de belles choses !
Le Shinas se leva à son tour. Il suivit le Shinigami dans l’escalier, ils passèrent annoncer au maître qu’ils n’étaient ici probablement que pour une nuit et qu’ils y mangeraient le soir, puis ils osrtirent de la chaumière. Ils passèrent le reste de la journée à se promener ensemble dans les rues de la ville, en essayant de ne pas trop penser à Rukia.
Ils visitèrent l’intérieur de la ville, son labyrinthe de rues et de venelles surchargées, ses arrière-cours, ses rangées de tavernes et de boutiques chamarrées, les marchandises pendues le long des étals, les débits de viande qui débordaient sur la chaussée, les enseignes colorées au-dessus des portes, les animaux éparpillés, les marchands qui discutaient sur les petites places, les enfants qui couraient derrière des chiens... Partout du bruit, des couleurs et du mouvement, partout des odeurs qui se mélangeaient.
Roka et Ichigo ne savaient plus où donner de la tête. Il y avait des gens partout, et toutes les sortes de gens, certaines vêtues avec extravagance...
Ils déjeunèrent dans une taverne du quartier d’Aokigahara où ils trouvèrent péniblement deux places assises. Il y avait beaucoup de monde et beaucoup de bruit, mais une ambiance chaleureuse qui les enchanta.
On leur servit deux très bons repas, quoique fort chers, mais ce devait être la norme dans cette ville...
Soudain, alors qu’ils finissaient leur déjeuner, Roka sentit un picotement sur son flanc droit. Il sursauta, fit volte-face, et attrapa de justesse la main d’un jeune enfant qui étaitn en train d’essayer de détacher sa bourse.
-Eh là ! dit-il en retenant le petit voleur qui tentait de s’enfuir.
Il se leva et, tout en le tenant par le bras, l’entraîna dehors, suivi de près par Ichigo. Les clients de la taverne semblaient trouver la chose amusante, ils devaient avoir l’habitude et ils les regardèrent sortir en riant.
Une fois dans la rue, Roka se baissa pour regarder son voleur en face, et découvrit alors que c’était une jeune fille ! Elle ne devait pas avoir plus de douze ou treize ans, mais elle avait déjà beaucoup de force et, visiblement, un sacré caractère ! Coiffée comme un garçon, les cheveux courts, bruns, le visage sale, habillée de lambeaux, elle essayait de détourner les yeux et se débattait pour lui échapper.
-Du calme, bon sang ! Si tu ne veux pas prendre une bonne gifle, calme-toi, petite !
Mais elle se débattait encore. Roka l’attrapa par les épaules et la bloqua contre le mur de la taverne. En poussant un soupir, la jeune fille abaissa sa garde, résignée.
-Quoi ?
-Comment ça, quoi ? Tu étais en train de me prendre ma bourse !
-Et alors ? Je ne vous l’ai pas prise, finalement ! Alors, laissez-moi maintenant !
-C’est un peu facile ! Tu mériterais que...
-Que quoi ?
Roka grimaça. Il allait dire qu’elle méritait qu’on la livre à la garde, mais au moment de le dire, cela lui parut tellement idiot !
-Tu mériterais d’apprendre à être plus discrète! Dit-il finalement en souriant. Tu es la voleuse la plus maladroite que j’aie jamais rencontrée !
-Pfff ! Vous avez eu de la chance, c’est tout. D’habitude...
La jeune fille haussa les épaules.
-Qu’est-ce que ça peut vous faire ? Bon, laissez-moi partir maintenant !
Roka écarquilla les yeux. Il n’en revenait pas. Il se retourna vers Ichigo, désemparé.
-Qu’est-ce que tu penses que je devrais faire de cette petite voleuse ? demanda-t-il au Shinigami amusé.
-Je ne sais pas. Ce n’est pas vraiment ton domaine, le petit larcin...
La jeune fille fit une grimace perlexe. Elle commençait à se demander sur quels drôles d’étrangers elle était tombée.
-Comment tu t’appelles ? demanda finalement Roka.
-Qu’est-ce que ça peut vous faire ?
-Ton nom ou une gifle. Tu choisis.
-Je pourrais vous répondre n’importe quoi !
-Essaie pour voir.
La jeune fille grimaça.
-Allons ! Comment tu t’appelles ? insista Roka.
-Et vous ?
-Dragons obscurs.
-C’est pas un bom, ça !
-C’est mon nom. Et tu ferais bien de me donner le tien...
-Mado. Voilà ! Vous êtes content ?
-Non. Je ne suis pas content, Mado. On ne vole pas les gens, comme ça, dans une taverne, au hasard ! C’est extrêmement injuste de faire ça ! Tu ne sais pas sur qui tu peux tomber ! Tu peux très bien tomber sur quelqu’un dont ce sont les dernières pièces. Quelqu’un d’encore plus pauvre que toi et qui n’a vraiment pas besoin de ça...
-Non ! Moi je ne prends que dans le spoches bien remplies ! Ne me dites pas que vous êtes pauvre ! Je les reconnais, ceux qui ont les poches pleines !
Roka relâcha un peu son emprise. Non. Pauvres, pour le moment, ils ne l’étaient plus. Et il commençait à se demander s’il n’en faisait pas un peu trop. Il glissa une main au fond de sa poche.
-Eh bien, regarde, je te donne une pièce, voilà. C’est mieux comme ça, non ?
Et, en effet, il tendit une pièce à la jeune fille. Mado la prit avec méfiance.
-Je préfère te la donner de bon coeur plutôt que tu me voles !
-Très bien ! répliqua la jeune fille d’un ton ironique. Vous êtes un saint homme ! Je suis sauvée ! Merci, mon sauveur !
Elle fit une révérence et, voyant que Roka l’avait complètement lâchée, elle en profita pour s’enfuir en courant.
Roka secoua la tête. Ichigo, quant à lui, était hilare.
-Prince Roka, je crois que tu es prêt pour faire des enfants !
-Très drôle ! Quel culot, quand même ! Enfin ! La ville ne doit pas manquer de gamines dans son genre...
Roka hocha la tête, résigné, puis ils retournèrent à l’inéireur de la taverne, payèrent leur repas sous le regard amusé des derniers clients, et reprirent leur promenade dans la ville. Ils s’aventurèrent vers l’ouest de Rewantis, au-delà des remparts. Ils passèrent le long du cimetière, là où se tenait un gigantesque marché u blé, puis ils traversèrent le bourg. Quelques promeneurs traînaient dans le grand parc qui entourait le bourg, alors Roka et Ichigo en firent de même et déambulèrent entre les arbres alignés ; ils purent échanger leurs impressions sur la ville, heureux l’un comme l’autre de penser à autre chose qu’au sort de Rukia et de Taro et Hitsugaya.
Puis, le soir, ils revinrent fatigués à la chaumière, mangèrent avec plaisir parmi les jeunes Shinas et partirent se coucher dans leur petite chambre après avoir bien mangé, et, grâce aux convives, bien ri. L’ambiance, le soir venu, semblait se détendre soudainement dans la chaumière, et il faisait, ici, aussi bon vivre que dans les maisons de campagne. C’était comme si la nuit Rewantis devenait une tout autre ville.