Shinigamis et Shinas, la nouvelle histoire
-Avant de partir, je veux aller remercier le maître Tano Nimio. Au fond, je lui dois beaucoup. Le vice-capitaine Kira a bien fait de m’envoyer le voir... Je ne regrette vraiment pas de l’avoir rencontré, et j’espère que nous aurons l’occasion un jour de revenir le voir.
Ils étaient tous les quatre réunis dans la chambre de Roka où il leur avait demandé de venir afin qu’il puisse leur expliquer ce que lui avait dit le maître. Le chef-d’œuvre représentant les portes menant au monde de Wapix était sans doute leur meilleure piste pour le moment, leur seule piste même, et ils ne pouvaient la laisser de côté. Ils étaient tous heureux d’avoir enfin trouvé un indice sur les portes menant à Wapix, aussi faible fût-il, et ils étaient pressés de se remettre en route. En outre, aucun d’eux n’avait déjà vu Rewantis, et ils étaient très excités à l’idée de découvrir cette grande ville.
-Tu veux que je t’accompagne chez lui ? proposa Rukia.
-Non, restez ici tous les trois pour préparer le voyage. D’après le maître, Rewantis est à trois jours d’ici. Mais nous ne pourrons pas nous arrêter dans des auberges, car nous risquons d’avoir beaucoup d’ennemis. Il nous faudra donc emmener des vivres avec nous. Et de l’argent pour Rewantis, beaucoup d’argent.
-La Grande Prêtresse nous a donné largement assez, intervint Taro.
-Bien. Nous devons beaucoup à ma grand-mère. Mes amis, il ne vous reste plus qu’à vous dépêcher, nous partirons dès mon retour de chez maître Tano.
-C’est bien compris, Roka. Tu peux y aller.
Roka donna une petite tape sur l’épaule du Shinigami remplaçant et quitta la chambre. Il se dépêcha de sortir de la grande chaumière et remonta la rue pour rejoindre la maison de Tano Nimio, d el’autre côté de la ville.
Dès qu’il fut dans la rue, il comprit qu’il se passait quelque chose. Il y avait peu de monde dans le quartier, et les rares personnes qu’ils croisaient semblaient se diriger d’un pas rapide vers le haut de la ville, dans la même direction que lui. Cela ne lui inspirait rien de bon. Par précaution, il mit sa capuche et enfonça la tête dans ses épaules pour ne pas être reconnu. La maison du maître était à l’exact opposé, et il n’y avait pas d’autre choix, à sa connaissance, que de passer par le centre de la ville. Or il se doutait que c’était précisément sur la grande esplanade que quelque chose de singulier était en train de se passer. Plus il avançait, mieux il distinguait, au loin, la foule qui se massait progressivement là-bas.
Roka accéléra le pas, longeant les murs, et bientôt il vit au-dessus de la foule ce qui se préparait. On avait dressé deux potences au centre de la grande place, sur un large échafaud, et des Shinigamis étaient regroupés au milieu de la foule grandissante. Il n’eut aucune peine à reconnaître leur uniforme noir. Il serra les poings et secoua la tête. Les mauvais souvenirs revenaient en cascade. S’approchant encore un peu, il se dressa sur la pointe des pieds, et ses craintes furent confirmées : au loin, immobile sur une marche de l’échafaud, les bras croisés sur la poitrine, il aperçut le visage sévère de Gaku Koike.
Le capitaine était donc à Hampo lui aussi, et il s’apprêtait à exécuter deux personnes sur la place. Cela pouvait-il être une coïncidence ? Certainement pas ! Gaku Koike ne pouvait pas ignorer que Roka était dans la même ville que lui... Tout le monde était plus ou moins au courant !
-Que se passe-t-il ? glissa Roka en tapant sur l’épaule d’une grosse femme devant lui.
-Eh bien, une pendaison ! répliqua-t-elle en haussant les épaules.
-Mais qui est-ce ? insista Roka.
-Deux Shinigamis, il paraît.
Roka acquiesça lentement et fit quelques pas en arrière, mal à l’aise. Des Shinigamis !
Les deux jeunes hommes qui allaient être pendus sous les cris excités de la foule n’étaient peut-être pas plus coupables que lui. Et si Koike avait décidé de les exécuter ici, dans la ville où se trouvait Roka, c’était certainement pour lui une façon d’envoyer au prince des Shinas un message bien clair. «Je suis ici et je n’ai pas renoncé.» Roka en était sûr.
C’était à cause de lui qu’on allait pendre ces deux jeunes hommes.
Il poussa un grognement de colère. Il ne pouvait s’empêcher de penser à la capitale d’Erèbe. Aux Shinas à la tête tranchée. Combien de fois Roka allait-il devoir assister à ce spectacle morbide ? Ces foules idiotes qui viennent voir mourir des innocents ? Non ! Ce n’était pas possible ! Ce n’était pas possible ! Il ne pouvait pas laisser faire cela !
Roka fit volte-face et se mit à courir vers la chaumière. Il courut aussi vite qu’il put, de toutes ses forces. Il savait qu’il n’avait pas beaucoup de temps : les potences étaient déjà en place, la foule déjà très excitée... Il essaya de courir plus vite encore. S’il voulait avoir la moindre chance de faire quelque chose pour sauver ces deux jeunes hommes, chaque pas comptait. Sa capuche était retombée en arrière et rebondissait sur ses épaules. La sueur coulait sur son front. Il refit tout le chemin inverse jusqu’au grand bâtiment des jeunes Shinas et faillit s’écrouler devant la chaumière en s’arrêtant un peu tard. Il se redressa et, à bout de souffle, frappa bruyamment à la porte. Rien. Il frappa encore, de plus en plus fort, puis il entendit enfin la voix du maître.
-Holà ! Qu’est-ce qu’il se passe ?
-Ouvrez ! Ouvrez ! cria Roka. C’est moi ! Il faut que je vois le Grand Maître ! Vite ! Je dois le voir tout de suite !
La porte s’ouvrit lentement.
Il courut dans le couloir, monta les marches de l’escalier quatre à quatre et entra dans le bureau du Grand Maître sans même frapper à la porte. Celui-ci sursauta et dévisagea Roka, perplexe.
-Que... que...
-Vite ! Vous devez m’aider ! Le capitaine Koike, les Shinigamis renégats... ils vont exécuter quelqu’un sur la place centrale ! Nous devons empêcher ça !
-Comment ?
-Ils vont pendre deux hommes ! Nous devons les en empêcher !
-Mais, vous êtes fou ? Pourquoi voulez-vous que nous fassions cela ? Cela ne nous regarde pas... Il y a des exécutions régulièrement... C’est...
-C’est à cause de moi ! A cause de moi qu’ils vont être exécutés ! Nous devons les sauver !
-Mais ce n’est pas notre rôle, prince Roka ! Vous avez perdu la raison ! Nous ne sommes pas des justiciers !
-Mais si, c’est notre rôle ! C’est le rôle de n’importe quel être humain que de porter secours à des innocents ! Je vous en supplie ! Nous sommes plus d’une centaine ici, nous pouvons vraiment faire quelque chose !
-Non, Roka !
Roka. Il lui avait donné son prénom sans son signe de principauté. Cela ne pouvait être que mauvais signe. Le Grand Maître était agacé. Mais Roka ne pouvait pas renoncer. Deux vies étaient en jeu. Et rien ne vaut plus cher qu’une vie.
-Grand Maître, je vous en supplie. Vous disiez que je suis un exemple pour les jeunes Shinas... Mais c’est à cause de cela ! A cause de ces choses que nous devons faire... Donner l’exemple en sauvant des innocents ! Vous le disiez vous-même. C’est la base de la fraternité ! Nous devons les sauver !
Le capitaine Hitsugaya se demandait comment il pouvait encore tenir debout. Il était épuisé et on l’avait roué de coups. Il avait plusieurs fois perdu connaissance. Chaque fois, on l’avait ranimé en lui jetant de l’eau au visage et en lui donnant quelques claques. Il était conscient, à présent, mais tellement abattu ! Toutefois, ce n’était pas le moment de tomber. De perdre à nouveau connaissance. La corde était passée autour de son cou. Il devait rester debout. Tenir bon.
Le capitaine Shinigami avala sa salive. Elle avait un goût de terre et de sang. Il s’était coupé les lèvres plusieurs fois en tombant par terre la tête la première. On avait essuyé son visage juste avant de le faire monter sur l’échafaud. Mais le sang avait encore coulé depuis. Les traces rouges zébraient sa face tuméfiée. Il avait du mal à respirer car le sang coagulait dans ses narines et se bloquait au fond de sa gorge.
Il toussa, manqua de perdre l’équilibre, les mains attachées dans le dos, mais un Shinigami renégat derrière lui le rattrapa par l’épaule. Debout, tenir debout. Il tourna lentement la tête et vit Demoto à côté de lui, qui pleurait, les yeux perdus dans le vide. Lui aussi avait le visage couvert de sang. Lui aussi était à bout de forces. Lui aussi allait mourir.
Comment avaient-ils pu être aussi bêtes ? Comment avaient-ils pu croire qu’ils échapperaient à ces Shinigamis renégats ? Il en était sûr, maintenant, Gaku Koike aurait pu les capturer plus tôt, depuis le temps qu’il était sur leur piste, mais il avait attendu la ville : Hampo. Il avait attendu qu’ils se jettent eux-mêmes dans la souricière.
Il s’en voulait tellement ! Toutes ces journées à fuir, à lutter contre la fatigue, le sommeil et la douleur... Tout ça, pour finir au bout d’une potence sans avoir pu tenir sa promesse.
Et son subalterne, allait mourir à cause de lui. Par sa faute. C’était lui qui avait emmené Demoto jusqu’ici, lui qui avait insisté pour qu’ils trouvent le prince Roka ! Si seulement il avait écouté son subalterne, ils seraient sans doute en sécurité aujourd’hui, au sein de la Soul SOciety, là où les Shinigamis renégats ne seraient jamais venus les chercher. Mais voilà ! Ils allaient mourir à présent, il n’y avait pas d’autre issue possible : mourir ensemble sur la grande place d’une ville qu’ils ne connaissaient pas, sous des regards étrangers, indifférents. Personne ne les pleurerait, ici, si loin de chez eux. Personne ne pouvait comprendre. Ce qu’ils avaient vécu. Ce qu’ils avaient perdu. Ce qu’ils avaient souffert.
Tôshirô releva la tête et regarda la foule. Les badauds étaient de plus en plus nombreux. La plupart ne savait probablement pas ce qu’on leur reprochait. Y en avait-il un seul qui sût leurs noms ? Non. Ils étaient juste venus voir la pendaison, un peu de sang, un peu de mort, mais pas pour plaindre les pendus. Ils se moquaient de savoir qui étaient ces deux Shinigamis. Ils se moquaient de leur cause, de leur combat. Ce qu’ils voulaient voir, c’était ces deux corps débiles se balancer au bout d’une corde, se débattre comme des pantins idiots puis succomber, la nuque brisée. Chercher un peu de frisson. Jouer un jeu avec la mort, se rire d’elle pour oublier qu’un jour ce serait leur tour...
Hitsugaya ferma les yeux. Il ne devait pas douter. Ne pas faiblir. S’il en était ainsi, c’était sans doute à dessein. Et il ne devait pas désespérer. Son âme aurait bientôt droit à une nouvelle naissance. Elle allait bientôt rejoindre une nouvelle vie. Il n’y avait pas de douleur dans la mort. Seulement un espoir. Une chance. Il suffisait de croire.
Alors il attendit son tour, jurant de ne plus jamais ouvrir les yeux. Ne pas offrir à ces Shinigamis renégats le visage de sa détresse. Et le monde devant lui, de toute façon, ne méritait plus d’être vu. Il n’y avait plus rien à regarder. Plus rien dans ces visages, ces yeux. Mieux valait regarder au fond de soi-même, chercher la dernière petite flamme. La petite lueur.
Les cris de la foule se faisaient de plus en plus forts, de plus en plus proches. Hitsugaya sentait son corps vaciller de droite et de gauche. Une main le retenait. Les cris qui montaient, se mélangeaient dans sa tête. Sa propre voix, ou peut-être un autre, le grincement des planches sous ses pieds. La voix du capitaine Koike, derrière lui. Tout s’embrouillait.les bruits, les odeurs, les sensations, la peur, l’angoisse, la douleur. Et puis la corde, autour de son cou, qui semblait peser si lourd ! Ses jambes qui tenaient par miracle. Le sang qui séchait sur ses joues. Soudain, une agitation nouvelle autour de lui, des bruits de pas dans son dos. Puis un silence, pesant, immédiat, et enfin, le sifflement de la corde. Un claquement sec. Là, sur sa droite. Demoto. Des cris dans le public, rares d’abord, puis de plus en plus nombreux, de plus en plus hystériques. Et ce grincement, enfin. Le balancement du corps de Demoto, mort déjà, sans doute. Il n’avait pas ouvert les yeux, crispé, tendu, mais il voyait la scène dans sa tête. Kusashi pendu à côté de lui, le regard vide, la peau si blanche. Et les gens qui attendaient son tour.
Pardonne-moi, Kusashi, pardonne-moi.
Une main se posa sur son épaule. Ajusta la corde une dernière fois. Puis la laissa retomber contre sa nuque. Les pas s’éloignèrent un peu. Tôshirô pensa à Matsumoto. Rester fier. Pour elle. Pour son lieutenant.
Le silence se fit soudain dans la foule. L’instant d’après il entendit la trappe s’ouvrir, sentit le sol se dérober sous ses pieds. Un claquement sec. Puis tout sembla s’écrouler. Et il reçut un choc terrible. Violent. Mais ce n’était pas son cou. Ce n’était pas la corde. Non.
Il ouvrit les yeux, incrédule. Il était allongé par terre. Sous les planches de l’échafaud. La trappe était ouverte au-dessus de lui, et il voyait se balancer un bout de corde tranchée, là où aurait dû être son cou.
Comment était-ce possible ? Il ne parvenait à comprendre ce qu’il se passait. Tous ces cris ! Etait-il mort ? Non. Son dos lui faisait si mal ! Des bruits de pas rapides traversaient les planches au-dessus de lui. Puis des bruits de sabre et de flèches qui se plantaient dans le bois. Des corps qui tombaient. Des hurlements dans la foule. Là, derrière lui. Il tourna la tête. Il vit les gens qui s’enfuyaient, puis au milieu d’eux, des personnes. Beaucoup de personnes qui s’approchaient de l’échafaud, qui couraient dans la terre. D’autres cris encore, la voix de Koike, furieux, hors de lui. Et soudain une main. Là. Tendue vers lui.
-Prenez ma main ! Vite ! Prenez ma main !
Il hésita. Son corps tout entier n’était plus que douleur. Le bruit sec de la corde résonnait encore dans sa tête comme un écho morbide. Un son qui n’oublierait jamais. Mais il était vivant. Vivant. Il avait échappé à la mort une nouvelle fois. Ce ne pouvait être qu’un signe. Il devait vivre !
-Prenez ma main !
-Je... Je ne peux pas.
Il se retourna pour montrer ses mains dans son dos, encore attachées. Il sentit une lame passer près de ses poignets, puis on coupa les liens.
Hitsugaya tendit le bras et saisit en grimaçant la main qu’on lui tendait. Il fut tiré sur le dos jusque sur la place, où on l’attrapa à pleins bras pour le hisser sur ses deux pieds. Il courut aussi vite qu’il le pouvait.
Tout allait si vite que le capitaine de la dixième division, au bord de l’évanouissement, n’était pas sûr de bien comprendre. On l’avait dauvé... Et on s’enfuyait. Mais où ? Qui ? Tout dansait autour de lui. On avait mis le feu à l’échafaud. Les Shinigamis renégats se battaient avec des ennemis masqués, vêtus d enoir, le visage caché sous de grandes capuches, comme l’homme devant lui, et qui parvenaient à leur échapper puis disparaissaient dans la foule, abandonnant derrière eux leur déguisement. Des pierres tombaient des toits. Des fléches enflammées s’envolaient, surgies de nulle part. C’était comme si tout était fait pour semer la panique sur la grande place de la ville.
La traversée de la ville lui sembla durer une éternité. Il crut qu’il allait perdre encore connaissance, abasourdi par le vacarme et la douleur. Mais bientôt il aperçut les remparts et la grand eporte qui ouvrait la ville vers l’est. Ils coururent droit devant, frôlant les murs de la ruelle étroite où ils s’étaient engagés. Ils passèrent sous la porte immense et Hitsugaya entendit soudain la herse se baisser derrière eux et heurter violemment le sol. Il se retourna et vit que les trois personnes qui étaient à leurs côtés se trouvaient derrière eux. L’homme devant lui marqua une pause.
-Tout le monde est là ? demanda-t-il.
La personne le plus près d’eux acquiesça. Tôshirô vit sous la capuche que c’était une femme. Mais, avant qu’il puisse vraiment voir son visage, les quatre personnes se remirent en route en courant et foncèrent vers l’est, laissant derrière eux la ville d’Hampo, plongée dans le chaos.
Il devait être très tard dans la nuit. Ils s’étaient arrêtés longtemps après la tombée du soir pour mettre le plus de distance possible entre eux et Hampo. Le ciel était d’un noir opaque et un vent frais faisait vaciller les flammes de leur petit feu de bois.
Tôshirô Hitsugaya leva lentement la tête et but avec difficulté l’infusion que lui avait présentée Rukia Kuchiki. Le liquide lui brûlait la gorge, mais le goût était agréable. Doux. Il sentit la boisson descendre dans sa poitrine, et l’apaiser, déjà. Il n’aurait su dire ce qu’il y avait dans cette infusion. Elle avait lavée ses plaies, les avaient frottées avec des herbes et les avaient ensuite recouvertes de bandages. Sur son front elle avait appliqué un baume qu’elle avait sorti de son sac et qui était censé calmer ses douleurs.
-Merci, murmura-t-il après avoir bu la dernière gorgée.
La jeune femme lui adressa un sourire bienveillant et se releva pour reprendre sa place près du feu. Tôshirô tourna la tête. Le jeune homme qui l’avait secouru était assis près des flammes lui aussi. Il regarda son visage encore une fois, éclairé de lumière orange et traversé d’ombres vacillantes. Ses yeux eméraude, brillants, profonds, sa chevelure noire. Ce ne pouvait être que lui...
-Vous... Vous êtes le prince Roka, n’est-ce pas ?
Le jeune homme se retourna vers lui.
-Oui. Je m’appelle Roka Chosokabe. Vous êtes le capitaine de la dixième division Tôshirô Hitsugaya.
-Oui, balbutia-t-il, perplexe.
C’était incroyable ! Le jeune homme qui l’avait sauvé était justement celui qu’il était venu chercher ! Comment était-ce possible ? Cela ne pouvait pas être un hasard !
-Reposez-vous, capitaine Hitsugaya. Vous nous raconterez demain toute votre histoire. Vous avez besoin d’une nuit de sommeil. Demain, nous reprendrons la route !
-Je vous remercie mais je ne pense pas que je vais réussir à m’endormir... Je suis tellement... Tellement étonné.
-Pourquoi étonné Hitsugaya ? demanda Ichigo.
Tôshirô s’appuya sur ses coudes pour se redresser. Il essaya de masquer sa douleur.
-Comment vous expliquer ? dit-il en reposant sa tête sur un sac derrière lui. C’est... C’est à cause de... A cause du prince des Shinas que je suis venu à Hampo...
-A cause de lui ?
-Enfin, oui, ou grâce à lui, plutôt ! Prince Roka... Je voulais vous retrouvez pour venir vous aider...
-Reposez-vous, capitaine. Vou nous raconterez cela demain...
Mais le Shinigami aux cheveux blancs ne pouvait pas se taire. Il avait besoin de leur dire.
-J’étais persuadé que vous pourriez nous aider. Vous m’avez sauvé la vie, prince Roka !
-C’est un hasard, capitaine. Je vous ai sauvé la vie parce que vous étiez sur le point d’être exécuté à Hampo, or, je me trouvaisà Hampo au même moment, ce qui n’est pas si étonnant puisque c’est moi que vous veniez voir... Voilà tout.
-Oui, mais pourquoi avez-vous décidé de me sauver ?
Roka haussa les épaules.
-C’est une habitude chez lui, intervint Taro, d’une voix un peu moqueuse.
Roka sourit. Oui. C’était une habitude. Une habitude qu’ils allaient devoir prendre. Et donner.
-N’importe qui devrait en faire autant, affirma-t-il.
La voix de Roka s’éteignit lentement. Il avait le regard perdu dans les flammes. Il était visiblement mal à l’aise. Dans son regard brillait la même gêne que le jour où la foule les avait suivis dans cette ville.
Ils restèrent silencieux un long moment. Chacun dans ses pensées.
-Allons, brisa Rukia, il est tard maintenant. Le capitaine Hitsugaya est épuisé. Nous devons le laisser dormir. Et nous aussi, nous avons besoin de sommeil...
-Oui. Avec notre joli spectacle d’Hampo, les Shinigamis renégats sont sûrement déjà à notre recherche, prince Roka, il fudra partir très tôt demain matin, fit Ichigo.
-Je sais, répondit le Shinas. Reposez-vous capitaine, nous reprendrons cette discussion demain.
-Bien sûr ! Mais je veux encore vous remercier, prince Roka... Sincèrement. Vous m’avez sauvé la vie.
-Ce n’est pas seulement moi, mais aussi mes trois amis ici présents, ainsi que tous les jeunes Shinas d’Hampo... Et c’est à eux que je pense maintenant. Ils risquent de payer pour nous, si Koike comprend qu’ils nous ont aidés. Allons, nous verrons. Dormez, maintenant !
Le capitaine de la dixième division acquiesça. De toute façon, il était à bout de forces. Il trouva rapidement le sommeil, et, pour la première fois depuis longtemps, il s’endormit avec un sourire sur les lèvres.
Je suis Roka, je suis dans mon âme.
Je suis sur une montagne. Au sommet d’une montagne. Il y a du vent, qui siffle contre les rochers, et des neiges éternelles partout autour de moi. Le ciel est bleu éclatant. Brillant. Je suis tellement haut que c’est comme si je flottais dedans.
Je ne suis jamais venu ici. Et ce n’est pas King of the Underworld qui m’a amené. Mais alors qui ? Lui ? Non. Je ne crois pas. J’ai l’impression qu’il n’est pas là. Qu’il me fuit. Que je lui fais peur. Ou peut-être est-il occupé à autre chose ? A quoi ? Que fait-il ? Que prépare-t-il ? Il a dit qu’il voulait ma fin, mais pourquoi, et quand ? Quand m’attaquera-t-il ?
Je ne dois pas penser à ça. Je dois me concentrer sur les Yokai. Je ne peux pas faillir. J’espère que Wamura réussira à rassembler les jeunes Shinas et Shinigamis exilés et qu’ensemble nous pourrons les guider vers les portes menant au monde de Wapix... Si je parviens à les trouver.
-Roka !
-J’entends une voix. Ici. Dans mon âme.
-Roka !
C’est une voix de femme.
-Roka, il faut que tu regardes ! J’ai peu de temps.
Je n’arrive pas à reconnaître cette voix. Pourtant elle me dit quelque chose. Je l’ai déjà entendue, j’en suis sûr !
-Roka ! Regarde le danger. Je t’ai amené ici pour que tu le voies. Il est ici ! Regarde. Adieu.
La voix disparaît. Sans écho. Elle s’est éteinte soudain. Et même son souvenir semble disparaître.
Une ombre passe au-dessus de moi. Rapide. Je lève les yeux. Et je le vois. Le merle blanc. Est-ce lui qui m’a parlé ? Non ! Il ne m’a pas vu. Est-ce lui le danger ? Je ne comprends pas. Est-ce lui que je dois regarder ? Comment savoir ? Je dois le suivre.
Il fonce vers la vallée. Je ne dois pas le perdre de vue. Je veux comprendre. Je le suis. Je cours droit devant moi. Dans le vide. Je ne peux pas voler. Il va trop vite pour moi. La pente défile sous mes pieds. Par moments je crois me soulever, prendre mon envol moi aussi, mais je ne peux pas. Je dois aller plus vite. Le merle s’éloigne. Il file tout droit vers le pied de la montagne. Je ne pourrai jamais le rattraper.
Il se rapproche du sol. Il vise quelque chose. Je dois aller plus vite. Mais je ne peux pas. Je ne contrôle pas mon âme suffisamment bien. Si seulement je pouvais voler, comme lui !
Il plane de plus en plus bas. Il... Oui ! Il fonce sur une proie. Il plonge, comme un rapace.
Je la vois. Je vois sa proie. C’est un rouge-gorge. Là. Posé sur un petit pommier, au milieu de la vallée. C’est comme si j’étais à côté, et pourtant, je suis si loin ! Beaucoup trop loin ! Non !
Le merle blanc pique sur elle. Je dois La sauver. Il va l’enlever !
Il va l’enlever, et je ne peux rien faire !
Wamura se leva dès les premiers rayons du soleil, en espérant qu’ainsi il ne croiserait aucun des quatre hommes qui devaient encore dormir. Sans faire de bruit, il s’habilla, prit ses affaires et descendit l’escalier de l’auberge. Il n’y avait personne en bas. La grande pièce était vide. Les restes du dîner traînaient sur la longue table. Il sortit sans prendre le temps de manger et partit.
Il n’y avait pas un bruit alentour. Quelques oiseaux seulement sifflaient en haut des arbres. La forêt semblait se réveiller lentement, elle aussi. Le soleil chassait péniblement le froid de la nuit.
Wamura se mit en route vers l’est. Il avait faim, mais il n’avait aucune envie de s’attarder ici. La conversation avec les jeunes Shinas avait extrêmement mal fini la veille, et il était inutile d’insister. Il avai eu toute la nuit pour réfléchir à ses erreurs, penser à ce qu’il pourrait dire la prochaine fois, dans la prochaine auberge. Il serait meilleur. Il avait promis au prince Roka.
Mais, soudain, alors qu’il arrivait sur la grande route qui partait vers Rivéa, il entendit derrièr elui une voix qui l’appelait.
Il se retourna, étonné, et reconnut l’un des quatre jeunes Shinas de la veille. Wamura s’arrêta et l’attendit. Le jeune Shinas, qui arrivait en courant, fut bientôt à ses côtés.
-Wamura ! Tu es parti bien vite !
-Je pense que c’était plus raisonnaible, n’est-ce pas ?
Le jeune Shinas grimaça d’un air gêné.
-Saikio a été un peu dur avec toi hier soir...
-Je comprends trs bien qu’il ait été choqué par mes propos...
-Disons que tu ne prends pas beaucoup de précautions, répondit le jeune Shinas en souriant.
-Je sais. J’ai du mal. Je n’ai jamais fait cela avant... Convaincre les gens...
-Je comprends. Mais je dois avouer que ton histoire m’intrigue, Wamura. Et, à vrai dire, j’aimerais en parler encore un peu avec toi...
-Je me dirige vers Rivéa, j’espère y être d’ici quelques jours.
-Eh bien, je vais faire un bout de route avec toi, si tu veux bien. J’aimerais vraiment parler encore de ton histoire...
Wamura opina du chef.
-Avec plaisir... Tu ne m’as pas dit ton nom...
-Chikao.
-Enchanté, Chikao. En vérité, je suis ravi que tu veuilles m’accompagner. D’ordinaire, je préfère voyager seul, mais à présent que je n’effectue plus de mission, je crois que je n’aime plus trop cela...
-Alors, allons-y !
Ils se mirent en route vers le soleil levant et marchèrent côte à côte.
-Dis-moi, Wamura, tu as vraiment l’intention d’aider le prince des Shinas ?
-Oui.
-Mais pourquoi ? Un Shinigami comme toi veuilles aider les Shinas !
-Je ne sais pas... Pour plusieurs raisons, je suppose. Quand j’ai attaqué Zenkichi Yu, et qu’il l’a protégé, j’ai été très étonné. Troublé. Et ensuite, alors que je venais d’essayer de tuer un homme qu’il veut protéger, il ne m’a pas attaqué. Pourtant, crois-moi, il était en position de le faire. Il avai plusieurs amis avec lui. Mais, au contraire, il m’a demandé de la suivre. Je t’avoue que j’avais vraiment peur. Mais je l’ai suivi, et j’ai commencé à les connaître, lui et ses trois compagnons. J’ai passé plusieurs jours à leurs côtés à la Soul Society.
-Dans les divisions ? s’exclama Chikao, incrédule.
-Oui. En tout cas, c’est là que j’ai découvert vraiment le prince Roka. C’est un personnage vraiment singulier ! Chaque jour j’avais des raisons de m’étonner...
-Comment ça ?
-Par exemple, il refuse de dormir à l’intérieur de la première division. Il dort à la belle étoile... Et son discours sur les Yokai et démons ! Visiblement, je ne suis pas capable d’en parler aussi bien qu’il sait le faire, mais il m’a convaincu !
-Tu es donc vraiment persuadé que les Yokai ne sont pas si mauvais ?
Chikao fronça les sourcils.
-Te rends-tu compte, répondit le jeune Shinas, que l’image que tu donnes de notre prince Roka est plutôt celle que véhiculent ses détracteurs ? A t’écouter, il agit vraiment comme un gourou ! Un homme qui souhaite défendre les Yokai...
-Je sais. Cela peut paraître étrange, comme cela, mais tout ce que le prince Roka veut faire, c’est sauver les Yokai. Tu sais qu’il n’en reste plus beaucoup...
-Oui, je commence à le croire, en effet.
-Si tu les avait vues comme je les ai vues, tu comprendrais peut-être...
Chikao fit une moue sceptique.
-Pourquoi n’es-tu pas aux côtés du prince Roka en ce moment même ? demanda-t-il.
-Il m’a demandé de rassembler un maximum de jeunes Shinas et des Shinigamis exilés pour l’aider à sauver les Yokai.
-C’est bien ce qu’il me semblai. Un maximum de jeunes Shinas et des Shinigamis exilés ! Il est fou !
-Pourquoi ? Qui mieux que les jeunes Shinas et Shinigamis ? Personne ne connaît les Yokai aussi bien qu’eux !
-Personne ne les tue aussi bien que les Shinas ! Notre vie consiste à les éliminer ! Pourquoi changerions-nous soudain, comme ça, si radicalement ?
-Si le prince Roka était là, sa réponse, je crois, serait «parce que les hommes peuvent changer».
Chikao sourit.
-Le prince est un doux rêveur, alors ?
-Je suis la preuve que ses rêves peuvent devenir réalité. Je suis un Shinigami de la deuxième division, et j’ai changé. Je veux sauver les Yokai.
-Et après ? Quand vous les aurez sauvés ?
-Je ne sais pas. Mais au moins j’aurais l’impression d’avoir fait quelque chose de bien. Et je préfère être dans le camp du prince Roka...
-C’est un pari dangereux...
-Je n’ai plus rien à perdre. Et depuis que j’ai vu Zenkichi Yu...
Wamura s’arrêta de parler au milieu de sa phrase. Il avait les yeux perdus dans le vague. Comme s’il voyait Yu devant lui.
-...depuis que j’ai vu Zenkichi Yu, reprit-il d’une voix soudain légère, je ne rêve plus que d’une chose, Chiako. L’aider.
Le jeune Shinas regarda Wamura d’un air intrigué.
-Il... Il est si mystérieux que ça ? demanda-t-il, les yeux grands ouverts.
-Oh oui, répondit Wamura en ouvrant un large sourire.
Chikao sourit à son tour.
-J’aimerais bien le voir, avoua-t-il d’une voix embarrassée.
Wamura tourna la tête vers lui avec un regard brillant.
-Je te comprends.
Puis ils se turent tous deux. Le soleil s’était levé au-dessus des arbres. Il les réchauffait lentement, et les couleurs de l’automne s’allumaient tout autour d’eux.
Ils continuèrent ainsi longtemps, portés par leur silence, jusqu’à ce que Chikao s’arrête de marcher.
Wamura s’arrêta à son tour et se retourna vers le jeune Shinas en levant les sourcils.
-Tu retournes à l’auberge ?
Chikao ne répondit pas. Il avait le regard fixe, droit devant lui, comme s’il observait une chose immobile, dans le lointain. Pis, sans tourner la tête, il demanda :
-Commetn est-il ?
-Yu ?
-Oui.
-Il est lumineux et particulier.
Chikao soupira. Puis il tourna enfin la tête vers Wamura, et son visage sembla se détendre. Comme s’il revenait à la réalité.
-Wamura, tu vas voir besoin d’aide. Je t’accompagne.
Je ne peux plus attendre, à errer dans ce monde vide. Je ne peux plus attendre qu’il vienne à moi. Je dois aller à lui. Je dois tuer Roka.
Trouver Roka, et le tuer. Soulager le monde de cette vie inutile. Le soulager de sa présence.
Ce sera ma délivrance. Ma liberté. Oui. Voilà. Ma liberté. Tuer Roka.
Où qu’il soit où qu’il aille, je le trouverai. Je sentirai sa présence. Dans la foule, entre mille, je le reconnaîtrai. Et je le tuerai. D’une main sûre et tranquille. Il ne pourra pas se défendre. Pas contre moi. Il n’a aucune chance, et je ne faillirai pas.
C’est le sens de ma vie.
Je dois tuer Roka.
Roka réveilla ses compagnons avant le lever du soleil. Ils n’avaient eu que très peu de temps pour dormir, mais le Shinas avait le regard grave et nul n’osa se plaindre. Les hommes de Koike étaient peut-être déjà proches. Ils se mirent rapidement en route vers Rewantis.
Les jeunes gens marchèrent dans la pénomnre de ce matin d’octobre. Les voyageurs traversèrent êndant toute la matinée cette verte région que l’on appelait jadis les jardins d’Eden, où se succédaien forêts et escarpements, rivières et prairies et où l’on croisait encore de nombreux animaux sauvages. Ils s’arrêtèrent pour déjeuner près d’un petit étang, et Ichigo demana à Hitsugaya de leur raconter son aventure en détail.
Le capitaine Shinigami de la dixième division, qui se remettait lentement de ses blessures, reprit toute son histoire depuis le début. Puis il raconta comment Demoto Kusashi l’avait délivré des griffes du capitaine Koike... pour finalement mourir sur une potence, à côté de lui, sur la grande place d’Hampo.
-J’aurais aimé pouvoir le sauver aussi, déclara Roka, ému.
Tôshirô fit un geste reconnaissant de la tête.
-Il ne méritait pas tout ce qui es arrivé à Kusashi, fit Ichigo.
-Je ne sais pas, répondit le jeune Shinigami aux yeux turquoise. Je suis seulement heureux d’avoir trouvé le prince Roka.
-Je suis touché, capitaine Hitsugaya, toutefois, je ne sais pas vraiment ce que je peux faire pour vous, avoua le Shinas.
-Je suis venu vous aider. Vous m’avez tout de même sauvé de la pendaison !
Roka aquiesça. Oui, il avait sauvé Tôshirô, mais uniquement grâce aux jeunes Shinas. Et c’état un hasard. Il s’était trouvé là au bon moment, dans une ville où il avait pu compter sur leur soutien.
Les cinq voyageurs rangèrent leurs affaires, et se remirent en route.
Rewantis était encore loin, ils devaient y arriver sans se faire rattraper par les Shinigamis de Koike.
Ils coururent pendant la moitié de l’après-midi, puis, comme ils étaient fatigués, ils se mirent à marcher. Après un long moment de silence, Rukia, demanda à Roka :
-Qu’est-ce qui ne va pas ?
-Pourquoi tu dis ça ?
-Je sens que quelque chose ne va pas, prince Roka. Je commence à te connaître.
-J’ai eu... J’ai eu une vision étrange dans mon âme. Une sorte de rêve prémonitoire ou de mise en garde, je ne sais pas. Mais c’était... C’était inquiétant. Ce qui m’angoisse le plus, Rukia, c’est que je ne comprends pas ce qu’il signaifait, cette vision...
-Tu comprendras sûrement plus tard, prince Roka. Ne te fais pas de souci. Pour l’instant, nous n’avons qu’une chose à faire, et c’est tout ce qui compte : trouver les portes menant au monde de Wapix. Tu as fait une promesse. Ne te laisse pas divertir par tout le reste.
-Tout devient si compliqué, murmura le Shinas.
-Pas si tu prends les choses les unes après les autres, prince Roka. Pour l’instant : les portes menant au monde de Wapix. Ne pense à rien d’autre.