Shinas et Shinigamis
Le rideau de perles du magasin Urahara s’agita brusquement quand Ichigo Kurosaki franchit la porte, l’air visiblement agacé. Il venait d’abandonner ses révisions pour répondre à l’appel pressant de l’ex-capitaine de la Douzième Division.
Dans l’arrière-boutique, l’odeur familière de thé vert et de paille de tatami régnait. Kisuke Urahara était assis à sa place habituelle, son éternel chapeau vert et blanc projetant une ombre sur ses yeux, tandis qu’il s’éventait d’un geste faussement nonchalant. Jinta et Ururu s’éclipsèrent discrètement dans le couloir, sentant la tension monter.
-Tu as mis du temps, Kurosaki-san, dit Urahara d’un ton léger qui ne trompait personne.
-Arrête tes salades, Urahara, répliqua Ichigo en croisant les bras. Tu m’as fait venir en urgence alors qu’il n’y a aucune alerte de Hollow en ville. Mon badge de Shinigami remplaçant est resté totalement silencieux. Qu’est-ce qui se passe ?
Urahara referma son éventail d’un coup sec. Le claquement résonna dans la pièce close. Il releva légèrement la tête, révélant un regard d’un sérieux absolu.
-C’est justement ça le problème. Ta rémanence ne s’active pas parce que ce qui rôde actuellement à Karakura n’appartient pas à notre juridiction. Ce n’est pas un Hollow. Et ce n’est certainement pas un Shinigami non plus.
Ichigo sourcilla, sentant un frisson d’inquiétude le traverser.
-Un Quincy ? Ou un Humain avec des pouvoirs ?
-Non plus, répondit Urahara en se levant pour marcher vers la fenêtre. Tessai a posé des barrières spirituelles tout autour du quartier ouest, mais cette force traverse les obstacles comme s’ils n’existaient pas. La texture de cette pression spirituelle est totalement inédite. Elle est lourde, presque physique, mais elle manque de la signature résiduelle du Reishi que nous connaissons. C’est comme une anomalie. Une présence qui ne devrait pas exister dans ce monde, ni dans la Soul Society.
Ichigo ferma les yeux une seconde pour se concentrer. En poussant sa perception spirituelle au maximum, il finit par la ressentir. Une vibration lointaine, glaciale et étrangère, qui s’infiltrait lentement à travers l’atmosphère de Karakura. Ce n’était ni de la colère, ni de la faim, mais quelque chose de radicalement différent.
-Ça vient de la zone industrielle abandonnée, constata Ichigo en rouvrant les yeux, sa main se posant instinctivement sur son substitut de badge. Peu importe ce que c’est, on ne peut pas laisser ça traîner ici.
-Exactement, murmura Urahara en attrapant sa canne-épée, Benihime. C’est pour cela que je t’ai fait venir. Nous allons devoir mener l’enquête, mais sois prudent Ichigo.
L’air de la zone industrielle abandonnée était lourd, saturé d’une odeur de rouille et de béton humide. A mesure qu’Ichigo et Urahara approchaient du cœur du complexe, la sensation oppressante qu’ils avaient ressentie au magasin se changea en une pesanteur physique. Ce n’était pas le poids écrasant de la pression spirituelle d’un capitaine ou d’un Espada, mais une vibration sourde qui donnait la nausée, comme si l’espace lui-même refusait cette présence.
La lune, dissimulée derrière d’épais nuages noirs, n’éclairait que de rares parcelles des vieux hangars désaffectée. Aucun bruit de pas, aucun souffle de vent. Un silence de mort.
Soudain, Ichigo s’arrêta net au milieu d’une cour déserte. Ses yeux se fixèrent sur le toit d’un entrepôt à moitié effondré.
Là-haut, silhouette sombre se découpant à peine dans la pénombre, se tenait un homme dissimulé sous une large cape à capuche. Le tissu flottait légèrement, mais ce qui frappa immédiatement Ichigo, ce fut l’absence totale de Reishi traditionnel. L’inconnu dégageait une énergie, certes, mais elle était d’une texture radicalement différentes, froide et compacte, comme une anomalie dans le flux normal des âmes.
L’homme à la capuche baissa les yeux vers le Shinigami remplaçant. Sous l’ombre de son tissu, on devinait un regard perçant, empreint d’une profonde surprise.
-Un... Shinigami ? murmura l’étranger d’une voix basse, presque mécanique, qui résonna étrangement dans le vide de la zone industrielle. Qu’est-ce qu’un exécuteur de l’au-delà ferait dans un secteur aussi reculé... et surtout, comment as-tu pu me détecter ?
L’homme fit un pas en arrière sur le rebord du toit, sa main droite se glissant lentement sous sa cape. L’énergie autour de lui commença à se densifier, provoquant de légères distorsions visuelles dans l’air, comme un mirage thermique, alors qu’aucune hausse de température n’était mesurable.
Ichigo serra les poings, sentant que la moindre erreur de jugement transformerait ce mystère en un affrontement destructeur. A ses côtés, Urahara resta immobile, le visage dissimulé sous son chapeau, analysant chaque mouvement de cette entité qui n’obéissait à aucune des lois spirituelles de leur monde.
Au moment où Ichigo fit un pas en avant, prêt à bondir sur le toit pour arracher la capuche de l’inconnu, une main ferme se posa sur son avant-bras. Il se retourna, surpris. Kisuke Urahara venait de le retenir, son éternel éventail refermé, le visage marqué par une expression de pure stupéfaction.
L’ex-capitaine fixait l’homme à la cape avec un intensité rare. Il venait enfin de comprendre.
-Attends, Ichigo. Ne fais rien, murmura Urahara d’une voix basse mais impérative. Ce n’est pas une menace... du moins, pas pour le moment. Mais je n’aurait jamais cru vivre assez longtemps pour en voir un de mes propres yeux ici.
-Quoi ? De quoi tu parles, Urahara ? C’est qui ce type ? s’impatienta Ichigo, le regard alternant entre le marchand et l’inconnu sur le toit.
-C’est un Shinas, expliqua Urahara sans quitter l’étranger des yeux. Un sorcier originaire d’un autre monde, une dimension totalement distincte de la Soul Society, du Hueco Mundo ou du monde des vivants. Tout comme les Shinigamis régissent le flux des âmes, les Shinas manipulent des forces qui nous sont totalement étrangères. Ce que tu ressens, ce n’est pas du Reishi. C’est leur propre source de pouvoir.
Sur le toit, l’homme à la cape se tendit en entendant les paroles d’Urahara. Son étonnement redoubla. Que quelqu’un dans ce royaume connaisse son existence et le nom de son peuple changeait radicalement la donne.
L’atmosphère restait lourde de mystère. La présence de ce sorcier dan sle monde des humains n’avait aucun sens logique. Les Shinas n’étaient pas censés pouvoir franchir les frontières de leur propre réalité, et encore moins se promener dans une ville comme Karakura.
L’espace derrière le sorcier se tordit brusquement, comme une déchirure dans le tissu de la réalité. Sans un bruit, sans la moindre fluctuation d’énergie, un individu intégralement vêtu de noir émergea des ombres juste derrière le Shinas.
Avant même qu’Ichigo ou Urahara ne puissent esquisser un geste, une lame sombre et sans reflet décrivit un arc de cercle parfait. Le métal glissa sur la gorge du sorcier.
Le sang n’eut même pas le temps de perler que l’assassin s’évapora instantanément, se fondant à nouveau dans le néant, ne laissant derrière lui qu’un sillage de fumée noire. Le Shinas bascula en avant et tomba lourdement du toit, s’écrasant sur le béton de la cour dans un bruit sourd.
-Qu’est-ce que... ? s’écria Ichigo, les yeux écarquillés par la vitesse de l’attaque.
Brisant sa posture d’observateur, Urahara se précipita vers le Shinas mourant. Il se jeta à genoux à ses côtés, appliquant immédiatement une pression sur la blessure tout en tentant d’injecter une impulsion de Kidô pour stabiliser son énergie vitale, mais la lame de l’assassin semblait avoir drainé la force même du sorcier.
Le Shinas ouvrit les yeux vitreux, fixant Urahara. Ses doigts tremblants se crispèrent sur la manche du marchand de Karakura. Dans un ultime effort, il glissa un petit objet métallique et froid dans la paume d’Urahara.
Dans un dernier soupir, ses lèvres articulèrent péniblement ses ultimes paroles :
-Donnez... cette clé... à mon prince...
Le corps du sorcier se détendit d’un coup. Son énergie étrange se dissipa complètement, laissant Ichigo et Urahara seuls dans le silence de la zone industrielle, avec le cadavre d’un être d’un autre monde et un artefact mystérieux entre les mains.
Le rideau de perles du magasin s’agita violemment lorsque Ichigo et Urahara rentrèrent, le visage sombre. Dans l’arrière-boutique, Yoruichi Shihôin les attendait déjà sous sa forme humaine, assise en tailleur sur les tatamis, un bol de thé fumant entre les mains. En voyant l’expression de Kisuke et le mystérieux objet métallique qu’il déposa sur la table basse, son regard devint immédiatement sérieux.
Urahara résuma la situation en quelques mots : l’apparition du sorcier, l’assassinat éclair, et cette ultime requête concernant une clé destinée à un prince.
Yoruichi laissa échapper un long soupir, fixant l’artefact avec une pointe de nostalgie et d’inquiétude.
-Les Shinas...., murmura-t-elle, sa voix d’ordinaire si enjouée devenant soudainement grave. Je ne pensais pas réentendre ce nom un jour. Autrefois, ce peuple de sorciers était l’allié de la Soul Society. Mais ils se sont effacés de l’histoire et des mémoires après une terrible tragédie : l’assassinat de leur futur grand prêtre et de son épouse.
Ichigo fronça les sourcils, captivé par le récit.
-Un assassinat ? Qui aurait fait ça ? Et pourquoi on n’en a jamais entendu parler à la Soul Society ?
-Parce que le Bureau de Recherche et de Développement et la Chambre des 46 ont tout fait pour étouffer l’affaire à l’époque, reprit Yoruichi en croisant les bras. Après ce drame, les Shinas ont coupé les ponts et se sont isolés dans leur dimension. Depuis, la grande prêtresse règne seule sur ce peuple. Brisée par la perte de son fils, elle a consacré toute sa vie à élever et protéger son petit-fils : le prince des Shinas.
Yoruichi esquissa un mince sourire, comme en se remémorant un vieux souvenir.
-C’est un Shinas qui est devenu très apprécié par son peuple, mais aussi par les Shinigamis qui ont eu la chance de le côtoyer avant l’isolement. Il incarne l’espoir de voir leur monde et le nôtre se réconcilier un jour.
Elle reporta son attention sur la clé posée sur la table.
-Si un messager a traverser les dimensions pour apporter cette clé dans le monde des humains avant d’être exécuté par un tueur de l’ombre... cela signifie que le prince est en danger de mort, et que la crise qui couvre chez les Shinas est sur le point de déborder chez nous.
Yoruichi posa son regard sur la clé mystérieuse, ses yeux dorés perdus dans les méandres du passé. Un sourire d’une infinie douceur, teinté d’une profonde mélancolie, adoucit ses traits d’ordinaire si fermes.
-Je me rappelle encore de la toute première fois où j’ai posé les yeux sur lui, murmura-t-elle doucement. Le prince des Shinas avait à peine 3 ans. C’était un enfant vif, curieux de tout, et il possédait des yeux émeraude magnifique, d’une clarté si pure qu’on aurait dit deux pierres précieuses. Il suffisait qu’il vous regarde pour que toute la tension accumulée au Seireitei s’évanouisse.
Ichigo l’écoutait en silence, touché par la vulnérabilité rare que manifestait l’ancienne capitaine de la Deuxième Division.
-Ses parents formaient un couple exceptionnel, poursuivit Yoruichi en fermant brièvement les yeux. Sa mère, Sei, était d’une grande gentillesse. Elle avait ce don unique de comprendre la souffrance des autres d’un simple regard et de l’apaiser. Quant à son père, Hachiro, il était d’une extrême bonté. C’était un homme fort, un leader naturel, mais qui refusait toujours de lever la main si une solution pacifique était possible. Ils ‘aimaient profondément et aimaient leur peuple plus que tout.
Elle rouvrit les yeux, sa voix se raffermissant tandis que la réalité de la situation reprenait le dessus.
-Voir ce petit garçon, qui portait en lui toute la bonté de Sei et d’Hachiro, devenir le dernier espoir de son peuple après leur meurtre... c’était déchirant. La grande prêtresse a tout fait pour le couper du monde afin de le préserver. Mais aujourd’hui, le passé semble avoir rattrapé le présent. Si cette clé est ici, c’est que ce garçon, qui doit être un adolescent maintenant, a un besoin crucial de notre aide.
Urahara ajusta son chapeau, son regard se faisant plus tranchant que jamais alors tapotait doucement la table du bout des doigts. Le mystère entourant la mort du messager et la survie du prince venait de prendre une dimension cruellement personnelle.
Le rideau du magasin Uarahara s’agita de nouveau, brisant la nostalgie du récit de Yoruichi. Le Senkaimon venait de s’ouvrir à proximité, et la Soul Society n’avait pas tardé à réagir. La Soul Society a eu vent de l’apparition du Shinas et du meurtre dans la zone industrielle. Comprenant la gravité de la situation, le Seireitei a immédiatement dépêché des renforts à Karakura pour épauler Ichigo.
Trois silhouettes familières franchirent le seuil de la boutique, le visage grave : Rukia Kuchiki, Renji Abarai et Tôshirô Hitsugaya.
-Kurosaki ! lança Renji en entrant, sa main déjà posée sur la garde de Zabimaru. Les capteurs de la Douzième Divison se sont affolés. On nous parle d’un pression spirituelle inconnue et d’une anomalie dimensionnelle. Qu’est-ce qui se passe ici ?
-Capitaine Hitsugaya, Rukia, Renji..., constata Ichigo, presque soulagé de voir débarquer des visages connus. C’est plus complexe qu’une simple histoire de Hollow.
Hitsugaya s’avança vers la table basse, son regard turquoise se fixant immédiatement sur l’artefact métallique.
-Le Commandant en Chef a personnellement validé notre déploiement, expliqua le jeune capitaine de la Dixième Division d’une voix stricte. Les archives secrètes de la Chambre des 46 ont vibré au moment exact où cette énergie est apparue à Karakura. Il y a des siècles que le nom des Shinas n’avait pas été prononcé au Seireitei. Si un meurtre a eu lieu dans le monde des humains, les équilibres entre les dimensions sont menacés.
Rukia s’approcha de Yoruichi, l’air inquiet.
-Yoruichi-sama, est-il vrai que le messager a parlé d’un prince avant de mourir ? Si la lignée de Sei et Hachiro est toujours en vie, nous avons le devoir d’intervenir.
Avec l’arrivée de ces puissants alliés, le groupe était désormais prêt à passer à l’action. La Soul Society ne comptait pas rester les bras croisés face à l’assassin de l’ombre qui rôdait dans Karakura.