When in Rome

Chapitre 34 : Fringales

3872 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 17/01/2021 17:27

Chapitre 34 Fringales

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Soutenant difficilement le regard de son parrain, Maya rougissait à chaque seconde davantage. Ce dernier la considérait avec attention. Intellectuellement, il comprenait qu'elle cherche à savoir ce qu'elle aurait pu risquer si le débutant qui l'avait circonvenue avait voulu attendre un moment de vulnérabilité pour la cueillir.

Ceci étant, jamais il n'aurait dû avoir cette conversation avec Maya. Cela allait à l'encontre des fondements même de l'institution. Les Observateurs s'en seraient étouffés dans leur thé, et rien que ça le mettait de bonne humeur. Les Tueuses n'étaient pas là pour apprendre les mœurs sexuelles des vampires mais pour les « pieuter » à la chaîne. Si autrefois, il lui était arrivé d'évoquer ses fantasmes devant Buffy (impliquant des chaînes et un autre genre de pieu) c'était plutôt parce qu'il savait que ça l'embarrassait. Elle serrait les dents, rougissait tout autant en lui balançant une prunelle assassine. Et ça valait bien le coup de se vanter un peu pour la faire bouillir.

— Tu sais, je ne dois mon statut de parrain qu'au prix d'un comportement irréprochable… se fit-il prier. Ce serait très mal vu, j'imagine, qu'une ado me questionne sur ce genre de sujet croustillant. Et encore pire si je lui répondais.

Elle fronça les sourcils et serra les points d'agacement. Si elle était toute rouge, cette fois, c'était plutôt de colère sans doute.

— Non mais je croyais que tu te fichais des règlements et en particulier de ceux du CDO ? Franchement, je ne poserais pas la question si Maman n'était pas dans cet état !

Elle s'arrêta brusquement au milieu de son argumentation.

— Quel état ?

— Laisse tomber.

— Holà ma puce, tu me connais mal… Je ne laisse pas tomber.

— Et bah si, justement ! Tu dis le contraire, mais t'as laissé tomber Maman. Et plusieurs fois. Je ne sais pas ce que tu lui as fait, mais c'est clair que tu la laisses se débrouiller avec ça pendant que tu vas coucher tranquille avec des démones. Et après ça les vampires n'aiment pas le sexe ? Que des bobards ! Même Angel couche avec Faith, je le sais bien.

— Angel couche avec… ? Oh, et puis je m'en fous. Et quand j'ai dit que ça ne m'intéressait pas ?

— Y a pas trois minutes !

— Ne t'énerve pas. J'ai dit « les vampires » mais je n'ai pas dit qu'on était tous comme ça. Pour ce que j'ai pu constater, dans ma famille, cette règle ne s'applique pas depuis au moins cinq générations.

— Bah, pourquoi pas vous ?

— Rho mais j'en sais rien ! Fouille les archives, tu trouveras bien une thèse d'un Observateur frustré. Je crois qu'on s'en fiche tous de savoir pourquoi. Enfin qu'on s'en fichait tous.

— Hey, parle pas au passé, il est pas mort Angel.

— Oh ce cher Angel, mais parlons-en ! Déjà, il a réussi à faire un enfant, ce qui est en soi un exploit, mais en plus avec une autre vampire !… Personne n'a encore compris comment ! C'est tout bonnement impossible.

— Ah bon ?

— Oui ! La reproduction des vampires ne passe pas par-là, jeune fille.

— Eh ben, pourquoi vous vous embêtez, si ça vous sert à rien !

Il haussa deux fois les sourcils avec une moue moqueuse.

— Pour la même raison que tous les autres ! Tu comprendras mieux quand t'auras essayé toi-même…

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Et là, toute trace de curiosité s'envola de son petit minois. Tête basse, elle s'intéressa brusquement à la cuticule de son pouce gauche et se replia sur elle-même.

— Non. Sûrement pas, marmonna-t-elle. Je ne suis pas normale.

— Qu'est-ce que tu racontes ?... Bien sûr que tu es normale. Si tu as des interrogations là-dessus, je suis certain que ta mère ou Willow pourraient dissiper... Non parce que, personnellement, je n'ai pas envie qu'on m'arrache la tête pour t'avoir rencardée…

— Je crois… Je me demande si ce serait pas mieux de demander à une Tueuse. Je veux dire, une ancienne, pas les filles dans ma classe. Vi est super, mais trop loin, alors ça me laisse Faith, alias « madame-je-kiffe-ma-sexualité-agressive-que-je-balance-à-la-tête-de-tout-le-monde ».

— Bonne description, opina-t-il. Mais elle est juste honnête, elle est comme ça et elle l'accepte. Si nous on ne l'accepte pas, c'est plus notre problème que le sien.

— Pff. A part elle, je n'en connais pas d'autre. Mais toi, tu sais plein de trucs sur les Tueuses. Tu les as étudiées longtemps.

— Oh ça oui… Alors, c'est quoi exactement ta question ?

Elle soupira.

— Tu vas te moquer de moi.

— Nan.

Elle plissa les yeux en grimaçant. Regarda à gauche. Ouvrit la bouche. La referma. Regarda à droite. Soupira. Jeta un œil sur lui et rougit encore plus. Elle rouvrit la bouche et souffla. Lui, il avait l'éternité.

— Quand… Quand je l'ai tué… est-ce que c'est normal si je me suis sentie…

Elle battit des paupières et se frotta les yeux, avant de soupirer encore.

— Euh… bizarre.

Elle ne vit pas son sourire coquin, amusé et tendre. Elle n'entendit que :

— Excitée ?

Elle écarquilla les yeux et agita nerveusement les mains au niveau de son visage en lui flanquant un coup de pied dans les tibias.

— Mais shhhhhh, bordel ! Tu veux pas le crier plus fort, non plus ? Je crois qu'ils n'ont pas bien entendu à côté !

Elle le fusilla du regard parce qu'il avait l'air de trouver ça drôle, avant de se cacher la figure dans les mains. Il tapota son genou pour attirer son attention.

— Hey chouquette. Ecoute-moi, dit-il affectueusement. C'est normal. Tu m'entends ? C'est une réaction instinctive pour avoir côtoyé la mort de près. La Tueuse fait une offrande à la Mort, et en échange la Vie réclame son tribut pour maintenir l'équilibre cosmique, ou un machin dans le genre... Après une chasse particulièrement intense, Faith avait des fringales de… euh… de tout. Buffy aussi mais elle luttait contre. C'est comme ça. La seule chose qu'elles peuvent faire face à cette pulsion, c'est de se trouver un copain compréhensif. Je pense que tu préféreras cette option plutôt que te jeter sur le premier venu ?

Maya resta estomaquée quelques secondes, sans doute déçue ou choquée par cette nouvelle qui sembla la désespérer... En lui mentant, il l'aurait rassurée. Mais il avait si souvent dit la vérité pour faire peur aux Tueuses...

Sa respiration se fit plus rapide, hachée, et le pli tordu de sa petite bouche ne lui plaisait pas. Serrant les mâchoires, elle s'octroya un sanglot étranglé qu'elle ravala pour ne pas faire de bruit, tâchant aussi de retenir avec orgueil ses premières larmes en les chassant d d'une paume rageuse. Pour zéro résultat.

— Comment ça peut être « normal » une chose pareille ? Ressentir ça pour avoir tué ? C'est horrible ! C'est des trucs de psychopathe pervers ! Je ne veux pas être comme ça ! cracha-t-elle.

En mémoire du temps – trop bref – où il avait servi d'exutoire très consentant à une Buffy complètement déphasée, il choisit de ne pas commenter. Il vint s'asseoir près d'elle sur le bureau. Il l'attira gentiment dans son bras ouvert pour qu'elle puisse pleurer sur son épaule.

Angel, qui avait l'avantage d'une ouïe bien meilleure que tous les autres, arriva en vitesse.

— Spike ! siffla-t-il. Qu'est-ce que t'as encore foutu ?

Un index devant la bouche, Spike lui adressa une moue et un signe de tête dénégatif. Par un simple regard, il transmit que tout était sous contrôle et qu'il lui dirait plus tard le fin mot de l'histoire.

— Va plutôt chercher une boîte de mouchoirs… Une grande, s'te plaît.

En sortant, Angel buta sur Andrew qui l'avait suivi. Le père de Maya resta calme en voyant sa fille répandue en larmes sur l'épaule de Spike qui lui caressait doucement le dos. Il posa une main sur l'encadrement de la porte.

— Décidément, c'est une habitude chez toi de faire pleurer mes femmes.

Piquée, Maya sauta de la table les poings serrés et jeta à son père un regard plein de reproches.

— Nan ! Il a rien fait de méchant !

L'Observateur sourit finement avant de répondre avec autorité.

— Mais alors, c'est parfait ! Tu viens avec moi. On va faire une ballade jusqu'au lac. Pas de négociation, pas de discussion. Maintenant.

Elle resta les bras ballants, son regard passait de l'un à l'autre.

— Mais il est déjà tard, Angel et Spike seront partis quand on reviendra…

Andrew claqua des doigts en indiquant la sortie. Elle fit la tête et repoussa ses cheveux en arrière, avec une mine agacée et déçue. Spike croisa son regard résolu, il ne comprit pas exactement ce qu'il signifiait mais son expérience lui soufflait que ce n'était rien de bon.

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Sur le canapé bleu, Dawn était assise de côté avec Pietro qui lui tenait les mains dans les siennes. Ils se parlaient à voix basse. Des traces humides séchaient ses joues. Une tasse de tisane froide était posée sur la table montée tirée vers eux.

— Mi dispiace… mi vergogno cosi tanto… disait-elle.

— Donna, Donna, per favore, non piangere.

— Non so come avrei potuto farlo. Mi sento così male. Temo di aver incasinato tutto tra lui e me.

— Zitto, zitto. Cara, per favore. Non è colpa tua…

Ses yeux fulminèrent et elle récupéra ses mains avec impatience, tapant des poings sur ses deux genoux.

— Ma io c'ero ! Di chi potrebbe essere la colpa oltre a me ?

— Nessuno. Ascoltatemi, questa è la conseguenza del Patto.

— Che cosa? Ma cosa stai dicendo ? *

— Oui, ça m'intéresse aussi, intervint Angel qui était resté immobile et silencieux dès qu'il était revenu vers le salon. Quelle conséquence et de quel « pacte » ? La double Revendication ?

Dawn s'était levée d'un bond.

— Pourquoi est-ce que tu nous espionnais ?

— Je n'espionnais pas, j'étais venu chercher des mouchoirs, parce que ta fille pleure aussi dans l'autre pièce.

Repassant d'un clin d'œil en mode maman, Dawn relégua instantanément ses propres problèmes à l'arrière-plan, comme toujours dès que son enfant était concernée. Angel avait toujours été fasciné par le phénomène.

— Ah ? Qu'est-ce qu'elle a ? Ça s'est mal passé la discussion avec Spike ?

— Tu étais au courant ?

— Oui, il me l'a dit avant le dîner…

Le vampire brun se frotta la figure d'une main, exsudant l'impatience de tous les pores de son grand corps taurin. Il inspira profondément.

— Ok, passons. Dawn, je dois absolument te parler de la Revendication. Je ne plaisante pas.

— Mais vous ne deviez pas repartir tout de suite ?

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Les adieux de Spike furent sobres, alors qu'Angel donna l'accolade à Andrew avant de faire une bise à Dawn et Maya. Angel, faire un câlin ! Il aurait tout vu… Finalement, Ride-au-Front n'avait jamais menti en disant qu'il fréquentait les Wells depuis des années et faisait vraiment partie de leur vie. Il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même de les avoir ignorés tout ce temps.

Comme il était encore temps de se rattraper, du moins pour la prochaine génération, il tourna son regard vers Maya et mima un « appelle-moi » silencieux. Tout n'était peut-être pas perdu avec elle, au moins.

Andrew et Pietro se contentèrent d'une étreinte de quelques secondes plus longue que la normale. Elle rendit Spike plus maussade que jamais. Mais à quoi bon envier cette communication profonde et sans paroles qu'il n'avait jamais connue de toute sa longue vie.

Sauf peut-être à la fin avec Buffy, avant qu'elle ne les quitte tous pour de bon. Même ceux qu'elle aimait. A dire vrai, leur silence communicatif, c'était plutôt parce qu'il avait renoncé à lui parler vraiment – à commencer de ce qui les avait liés à un instant T, et qui s'était évanoui.

— Allez, nous on sort, annonça Andrew. Messieurs, faites bonne route. A tout à l'heure, Dawn.

— « Là où ils vont, il n'y a pas de route », bougonna Maya tout en laçant de grosses chaussures montantes étonnamment similaires à celle de son parrain.

— Je reviendrai pour une vraie crémaillère quand vous serez totalement installés, promit Angel avec sympathie. Spike ? Pietro et moi, on part devant cinq minutes. T'inquiète, je sais où t'as garé ton truc improbable…

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Tous les autres sortirent, laissant Spike et Dawn seuls dans cette grande maison soudain redevenue calme et beaucoup moins bondée. Ils étaient pris par le même embarras, né de la vague impression d'avoir été victimes d'un complot. Dawn se demanda bien pourquoi Angel était parti, elle n'aurait pas refusé de lui parler s'il était resté quelques minutes de plus, au contraire. Elle appréciait ses conseils.

Quelque chose avait changé chez Spike. C'était à la fois familier et perturbant parce qu'il observait tout comme autrefois : derrière les persiennes abaissées de son air désinvolte. Le Spike que rien n'atteignait. Jamais déçu, déjà revenu de tout. Adaptable. Elle se surprit à s'en trouver soulagée et déchirée.

Prenant conscience qu'elle le fixait en fronçant les sourcils, elle finit de se sécher les joues d'un mouvement furtif de la main. Et pour se donner contenance, elle saisit sa tasse pour la porter dans l'évier.

Spike la lui reprit et renifla le contenu…

— Camomille, hein ? Ça devait être une sacrée discussion…

Tête baissée, elle se réfugia dans le silence et continua de débarrasser la vaisselle fine qui restait encore sur la table du dîner. Il fallait qu'elle tienne juste un peu car il était sur le départ.

— Je peux revenir d'ici une dizaine de jours, si tu veux, proposa-t-il, conciliant. On pourra se parler et si par chance, je ne te faisais pas encore pleurer, ça pourrait être sympa…

— Pourquoi attendre dix jours ? Prends cinq minutes et faisons-le maintenant.

Rien qu'à voir sa moue libertine, elle sut qu'elle aurait dû réfléchir avant de parler.

— Ce serait très tentant mais je pourrais tenir bien plus que cinq minutes. J'ai plein d'idées pour prolonger notre « conversation »...

Malheur ! Si le mot conversation allait devoir désormais être banni de son vocabulaire, elle ne donnait pas cher non plus de l'avenir du mot cinéma.

Gardant à toute force le visage le plus atone possible, elle alla poser sa vaisselle à laver avec l'espoir que cette tâche triviale l'ennuierait assez pour qu'il s'éloigne vite. Pourtant, dès qu'elle fit mine de toucher le robinet, il vint la ceinturer à deux bras, posant son menton sur son épaule. Elle sursauta avec un petit cri de surprise.

— Spike, qu'est-ce que tu fais ? protesta-t-elle, le cœur battant. Lâche-moi.

— On ne tourne pas le dos à un vampire, dit-il en passant des paumes câlines juste sous ses seins. William va être très déçu.

— Arrête, s'il te plaît, résista-t-elle.

Elle n'eut pas de mal à s'extraire de sa prise. Mais dans ses yeux brillants, elle vit transparaître une émotion qu'elle lui avait si souvent vue autrefois quand ses attentions, même charmantes, étaient refusées ou simplement niées. Elle en fut sincèrement désolée, mais elle ne pouvait commencer à fléchir maintenant…

— Écoute. Toi et moi, on a bien vu qu'on s'accrochait tout le temps parce qu'on ne se comprenait pas. Pourquoi s'entêter ? Soyons les amis que nous aurions dû être. Nous tenons l'un à l'autre, je crois qu'il y a… un petit peu d'affection aussi. Peut-être avons-nous tort de chercher autre chose. J'ai cru un temps que c'était possible, parce que tu me rappelais ma jeunesse. Je ne voulais pas jouer avec tes sentiments, pas du tout ! Mais je t'ai vu et j'ai arrêté de réfléchir comme une adulte. Arrêté de réfléchir tout court d'ailleurs… Oh non ! Ne me regarde pas comme si j'étais la méchante de l'histoire…

— Cette chiffe molle de William y a cru aussi. Tu lui as fait une grosse impression, tu sais ? Il me tanne depuis des jours pour tout savoir de « la femme effrontée du futur ». Jamais il n'avait tenté de piller délibérément mes souvenirs. Nos « cajoleries » l'ont tout retourné. Va lui faire avaler que ça ne signifie rien du tout... Rien que l'idée de te tenir la main et il s'évanouit, le pauvre. Inutile de te dire que niveau effronterie, on ne met pas le curseur au même endroit…

— Pour ça aussi, je suis navrée, se désola-t-elle. Je n'ai pas imaginé qu'il était reclus, sans conscience du passage du temps et des changements du monde. Je pensais qu'il savait plus ou moins ce que tu savais… Il avait l'air si désorienté, si perdu. C'était touchant et tellement triste à la fois. J'ai du mal à imaginer qu'un jour, ç'a été toi.

— Ne sois pas désolée, c'était il y a longtemps. Il me met les nerfs : c'est un pot de colle et il est insupportablement obsessionnel.

Il ignora son regard incrédule, insinuant qu'elle ne voyait pas trop la différence, et continua à voix basse en fixant ses lèvres.

— …Il ne fait que penser en boucle à ton bisou et c'est assommant. A la limite, un de ces fantastiques « baisers de cinéma » pourrait le...

— Je n'ai pas envie de jouer. Ce n'est pas bien.

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Il se crispa un peu, un voile passa sur le brillant de ses pupilles. Elle ne pouvait pas savoir que la dernière fois qu'il avait entendu ça, c'était juste avant que Buffy ne le largue. Au nom du « Bien », elle lui avait toujours fait endurer les pires choses.

— Ok, alors on ne joue pas, proposa-t-il avec assurance la saisissant doucement par les flancs pour l'amener contre lui. Je crois t'avoir écrit que j'étais prêt à être très sérieux si tu voulais de moi. Et tu n'as fait aucun commentaire. Aucun. Qu'est-ce que je peux en déduire ? S'embrasser, c'est pourtant la seule chose pour laquelle nous sommes toujours merveilleusement en phase… Ose prétendre le contraire. Si ce n'est pas pour moi, fais-le au moins par charité pour ce pauvre cornichon anglais. Avec ça, il me fichera la paix un bout de temps…

Semblant en lutte contre elle-même, elle leva la main tremblante vers son visage. Il attendait. Elle se décida à plonger les doigts dans sa chevelure courte pour l'ébouriffer. Comme il sentait que ce contact timide était délibéré, il ferma les yeux et en profita quelques secondes, parce que c'était très agréable. La déception le gagna quand elle arrêta, mais ce fut pour encadrer ses joues trop creuses dans ses paumes, et aussitôt, il sentit son souffle caresser ses lèvres. Gardant les yeux clos, il s'attendait plus ou moins à l'un de ces baisers tendres qu'elle aimait bien...

Et pas du tout !

Sans avertissement, elle se pendit à son cou et monta à l'assaut. Se pressant hardiment contre lui, elle le fit reculer jusque contre la porte du réfrigérateur. Inutile de dire que la manœuvre stoppa net chez lui toute velléité de protestation. Il y répondit avec la même fougue et d'autant mieux qu'il n'en avait pas moins rêvé que le « cornichon » toutes ces dernières semaines.

Pendant qu'il s'enivrait de leur contact et de cette imprévisible flambée de désir, il sentit qu'elle glissait déjà les mains sous le pull sombre qu'il portait pour venir au contact de sa peau qu'elle griffa un peu en tentant de l'enlever. Complètement euphorique, il obéit instantanément à l'ordre muet et retira lui-même son vêtement. Impatiente, elle fondit sur lui pour toucher le plat ses pectoraux glabres, puis dans le même mouvement caressant, elle lui plaqua les épaules sur la paroi froide comme pour l'empêcher de partir. Il n'avait envie d'aller nulle part alors qu'elle prenait sa bouche avec une passion dont il n'allait certainement pas se plaindre.

C'était maintenant, se répétait-il en transe. Maintenant. Enfin.

Il en tremblait presque de pouvoir laisser ses mains aller sans retenue ni restriction … A la recherche avide d'un trésor de peau nue sous le chemisier, il se demanda furtivement si parti comme c'était parti, ils auraient le temps d'atteindre le canapé – car apparemment mieux valait éviter la table…

Quand elle prit sa main pour l'attirer à sa suite vers le sofa, où elle le poussa avec une autorité qu'il ne lui connaissait pas, il laissa toujours faire, parce qu'il ne souhaitait pas s'imposer une fois encore dans un moment d'intimité pareil. En la recueillant contre son torse, à moitié ivre de sentir ses lèvres le dévorer, la dernière chose à laquelle il se serait attendu, c'était quelle incline la tête pour venir lui planter les dents dans le cou.

Pendant un bref instant sa surprise fut totale, il tressaillit et son excitation grimpa en flèche. Il écarta fiévreusement les pans de sa chemise, avide de l'embrasser là où son cœur vivant battait plus fort sous l'afflux de ses caresses.

Et c'est arrivé là qu'il entraperçut son visage.

L'information ne gagna pas le cerveau immédiatement. Hautement déconcentré, il ne réagit pas, enregistrant mécaniquement son expression suppliante, ses pupilles dilatées jusqu'à recouvrir presque tout le blanc de l'œil… Assoiffé comme elle, il reconnut enfin la fragrance qu'elle avait tenté de lui camoufler en changeant de parfum. Celle d'une convoitise incommensurable.

Pour lui. Tout vampire qu'il était. Sans chipotage, sans conditions, ni compromis.

D'abord, évidemment, il ne voulut rien voir d'autre. Comme le corps épuisé refuse de s'éveiller d'un trop beau rêve. Merci de ne pas ruiner ce moment. Tous les deux à la même page. Au même instant. Emportés par le même désir impérieux.

Délicieusement frémissante, elle reprit son souffle contre son épaule quelques secondes, peut-être soudainement effrayée du vertige qu'elle ressentait.

— Spike, je n'arrive plus à te mentir et je suis fatiguée de lutter contre moi-même. La prochaine fois que tu passes, appelle-moi et je viendrai te rejoindre. Même si c'est tard dans la nuit. Et tant pis si ça tourne encore plus mal pour nous. Tant pis... Parce que de toute façon, rien n'est pire que le vide que je ressens depuis que tu m'as dit adieu.

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Notes de traduction, merci à Aonora.


*– Je suis désolée… J'ai tellement honte

– Dawn, Dawn, s'il te plait ne pleure pas.

– Je ne sais pas comment j'ai pu faire ça. Je me sens tellement mal. J'ai peur d'avoir tout gâché entre lui et moi.

– Chut. Ma chère, s'il te plait, ce n'est pas de ta faute.

– Mais j'étais là ! De qui ça pourrait bien être la faute à part moi ?

– Personne. Écoute-moi, c'est la conséquence du Pacte.

– Quoi ? Mais qu'est-ce que tu racontes ?

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