Partenaire

Chapitre 21

940 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 13/08/2018 10:02

Assez paradoxalement ils bouclèrent l'enquête qui leur fut confiée à leur retour en un temps record. Dans une coordination totale, Fred et Alice avaient mis la pression à leur suspect jusqu'à ce qu'il avoue. Borel salua leur travail d'équipe et Lucie s'en étonna car elle savait qu'ils avaient dû s'expliquer avant de venir.


Quand Alice s'absenta pour aller saluer Elizabeth à l'IML, Lucie saisit l'occasion pour rejoindre Fred dans son bureau. Ce dernier prétendait être occupé pour ne pas lever les yeux vers elle. Lucie prit donc tout son temps pour s'installer face à lui. La porte était fermée, les stores à demi tiré. Ils étaient coupés du monde.


  • Alors ?
  • Alors quoi ? Je me suis énervé. Je lui ai crié dessus. Elle est restée calme, comme d'habitude. Elle m'a même offert de la frapper.
  • Tu l'as fait ?
  • Je me suis souvenue juste à temps qu'elle était ta fille.


Lucie ne protesta pas, non pas parce qu'elle avait fini par intégrer cette idée mais surtout parce que le sujet n'était pas là et qu'elle ne voulait pas se disperser. À sa grande surprise c'est Fred qui reprit la parole.


  • Depuis quand sais-tu qu'ils vont vivre ensemble ?
  • Ben était chez moi lorsqu'ils ont eu l'idée.


Le mensonge n'aurait servi à rien. S'il savait pour la collocation c'était le principal. Lucie doutait que l'endroit où ils avaient pris cette décision compte vraiment. Elle espérait qu'il ne lui en voudrait pas par un retour de bâton étrange. Fred paraissait fatigué.


  • Je ne sais plus quoi faire Lucie.


Sa détresse l'étreignit au cœur. Elle se leva instinctivement pour se rapprocher de lui et posa ses mains sur les épaules du capitaine. Il se détendit légèrement avant de lui prendre les mains et de les joindre devant lui afin que Lucie l'enserre dans cette étreinte bizarre d'une personne debout et l'autre en fauteuil.


  • Laisse les faire pour l'instant. Ils savent ce qu'ils font. Tous deux te connaissent assez bien pour ça.


Fred ne lui répondit pas et l'attira un peu plus contre lui. Lucie trouva à s'asseoir et se repositionna pour saisir Fred à la taille. Ils ne bougèrent pas comme lorsque l'on pose la dernière pièce d'un château de cartes. Ils savouraient en silence de peur que la moindre brise ne fasse s'écrouler l'édifice tout entier.


Quand Borel entre, plus d'une heure plus tard, dans le bureau du capitaine, Fred et Lucie avaient les yeux clos et aucun d'eux ne réagit. Borel ne savait pas s'ils dormaient vraiment ou s'ils étaient simplement partis trop loin pour le remarquer. Lucie avait ses bras autour de la taille de Fred qui s'y accrochait et elle avait posé la tête sur son épaule.


Le problème c'est que Nassim avait vraiment besoin de leur parler. Pourtant il ne pouvait se résoudre à briser cette image qui s'offrait à lui. Il savait que cela ne voulait pas dire que tout allait aller bien entre eux mais au moins ils ne fuyaient plus le contact. Borel prit son courage à deux mains et se racla la gorge. Le son fut minime.


Fred ouvrit les yeux sans bouger. Il avait gardé la tête droite pour être plus près de Lucie et donc pouvait regarder Nassim. Ce dernier s'exprima par gestes et petits bruits pour essayer de ne pas attirer l'attention de Lucie. Fred lui répondit en chuchotant mais cela suffit.


Lorsque Lucie se réveilla sa première réaction fut de serrer Fred contre elle, puis quand sa conscience reprit le pas et qu'elle remarqua Borel, Lucie s'éloigna vivement de lui en prenant un air gêné. Mais Borel avait eu la réponse qu'il voulait alors il quitta la pièce.


Lucie resta assise derrière Fred sans plus le toucher. Le capitaine avait légèrement tourner la tête vers elle pour pouvoir la distinguer du coin de l’œil. Ils restèrent ainsi pendant un certain temps, n'ayant aucune excuse pour reprendre là où ils en étaient mais sans vouloir s'éloigner non plus. C'est finalement Lucie qui se leva.


  • Je vais te laisser.


Alors qu'elle passait devant Fred, ce dernier lui attrapa le poignet. Il ne la tenait pas fort mais cela suffit à la faire se figer totalement. Il parut de prime abord surpris par son propre geste puis leva les yeux vers Lucie. Ils partagèrent alors encore l'un de ces moments ambigus où ils ne disaient rien alors que tant de choses leur passaient par la tête.


  • Merci, murmura Fred.


Sa sincérité était touchante. Il ne précisait pas pourquoi mais Lucie savait que peut-être il n'était pas sûr lui-même. Elle ne demanda rien. Elle lui répondit que c'était tout à fait normal, une façon de lui dire qu'ils pouvaient recommencer ce genre de consolation à tout moment. Puis elle quitta la pièce en le laissant seul avec lui-même.


Fred s'en voulait car, de plus en plus, sans qu'il le veuille vraiment, il s'imaginait au moment où Lucie quittait la pièce, tout ce qu'il aurait pu faire ou dire d'autre. Certains de ces scénarios l'auraient fait rougir s'ils ne les chassaient pas aussitôt, d'autres lui procuraient des images tenaces qui restaient accrochées à son esprit pendant l'heure qui suivait en réapparaissant parfois à des moments très inappropriés.

Fred avait presque honte de lui-même lorsqu'il se demandait si Lucie faisait la même chose de son côté.   


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