Cœur givré

Chapitre 35 : L'Art du combat

3194 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 10/12/2025 19:38

Derrière elle, un bruit à peine perceptible trouble l’air.

Un bruissement.

Des pas écrasés dans les broussailles.

Une respiration… trop lente. Trop profonde. Trop fausse.

Lucy s’immobilise.

Son dos se tend.

Sa peau se hérisse.

Ses pupilles se contractent en deux fentes glacées.

Elle n’est plus seule.

L’odeur la frappe quelques secondes plus tard :

une puanteur lourde, sucrée, fétide.

Du sang.

De la chair abandonnée.

De la peur humaine encore fraîche.

Démon.

Elle pivote lentement.

L’ombre apparaît d’abord— étirée, déformée, ondulant avec la lune comme une bête qui se réveille.

Puis « lui ».

Il sort de l’obscurité avec la lenteur d’un cauchemar.

Silhouette élancée.

Membres trop longs.

Tête penchée à un angle impossible, comme brisée.

Quand il parle, sa voix râpe le silence :

Tiens, tiens… qu’avons-nous là ?

Un râle guttural, grinçant, comme des griffes sur de la pierre humide.

Un autre agneau perdu… qui attend qu’on l’abatte ?

Lucy ne bronche pas.

Elle ne cligne pas des yeux.

Son souffle gèle autour d’elle, et ses griffes se déploient d’un millimètre sans qu’elle le veuille.

Où sont-ils ?

sa voix n’est plus une voix : c’est un grondement glacé.

Le démon éclate d’un rire difforme, ses épaules tremblant comme si on l’agitait de l’intérieur.

Les humains ?

Un sourire déformé traverse son visage.

Haha… Ils sont mieux lotis maintenant.

Ou plutôt… ils le seront. Très bientôt.

Il avance d’un pas, la lune révélant son visage maculé de sang frais.

Son cou claque comme s’il essayait de remettre sa tête droite—sans succès.

Ce qui soulève la question…

Sa langue glisse entre ses dents pointues.

Que dois-je faire de toi, hmmm ?

Lucy ne répond pas.

Le souffle de la forêt change.

Quelque chose bascule.

Une pensée traverse son esprit, froide, tranchante :

Je n’ai pas le temps pour toi.

Elle disparaît.

Un souffle.

Un craquement de feuilles.

Une silhouette floue projetée en avant.

Le démon n’a le temps que de siffler, surpris :

Ohhh ?

Ses doigts frôlent à peine le tissu du kimono de Lucy—

et elle est déjà loin, arrachée au monde dans un sprint félin, rapide et irréel.

La forêt devient un tunnel.

Les branches fouettent son visage—sans laisser de marque.

La terre explose sous ses pas.

Chaque respiration lui apporte l’odeur du sang, de la sueur, de la peur humaine——

des vivants.

Elle accélère.

Son cœur cogne.

Sa vision se focalise.

Encore un peu… encore un peu…

Et soudain—

La forêt s’ouvre.

Une clairière.

Au centre, un groupe de villageois.

Vivants.

Meurtris.

Agenouillés les uns contre les autres, comme des proies déjà résignées.

Leurs yeux grands ouverts.

Leurs corps tremblants.

Et autour d’eux—

Des démons.

Cinq.

Six.

Peut-être sept.

Des silhouettes mouvantes tournent autour du groupe, comme des loups affamés cherchant un point faible.

Les rires sourds se mêlent aux gargouillements de gorges affamées.

Les murmures gutturaux se propagent comme une fièvre dans les ombres.

Des griffes raclent le sol, labourant la terre avec impatience.

L’un d’eux renifle et se fige.

Sa tête se tourne—un cou inhumainement flexible pivotant comme un serpent.

Ses yeux rouges s’illuminent.

Et Lucy bondit.

Un souffle.

Un déplacement trop rapide pour un œil humain.

Elle atterrit dans la clairière, son bras déjà entaillé par ses propres griffes.

Le sang goutte, et à son contact

Le froid explose.

Des piques de glace se forment le long de ses doigts, allongées, fines, létales, comme des kunaï d’hiver.

Elle les lance immédiatement.

WHSSHH— WHSSHH— WHSSHH— !

Ils traversent la clairière à une vitesse fulgurante.

Trois démons sont transpercés simultanément.

Leurs hurlements déchirent la nuit, mêlés à leur surprise totale.

— GAAAH— !

— QUOI— ?!

— C’EST QUOI CE— ?!

Les villageois, tétanisés, s’accrochent les uns aux autres.

Le doyen laisse tomber son balais brisé qu’il tenait comme une arme.

— C’est… c’est vous… ??!

Sa voix est étranglée.

— Mais… comment— ?

Ce n’est pas le moment ! crie Lucy en sprintant autour du groupe.

Elle trace un cercle, laissant son sang couler en fines gouttes régulières.

Puis—

Elle s’accroupit brutalement, plante ses mains dans la terre.

CRAAAA—KSHHH !

Une barrière circulaire de glace jaillit du sol, montant d’un seul coup comme une muraille hérissée d’aiguilles translucides.

Elle entoure complètement les habitants.

Restez là-dedans !!

Les démons se ruent dessus—

ils la frappent, la griffent, hurlent—

CLANG— !

SCRRCH— !

GRAAAHH— !!

Le givre ne cède pas.

— Attendez !! Vous ne pouvez pas combattre seule !! hurle un homme derrière la glace.

Lucy n’a pas le temps de répondre.

Un démon surgit dans son dos, sa gueule déformée ouverte à s’en décrocher la mâchoire, ses griffes visant sa gorge.

Elle esquive—presque.

Une ligne rouge se trace sur sa peau pâle.

Sa réponse est immédiate.

BAAM— !

Un coup de pied fulgurant lui arrache littéralement la tête.

Le corps s’écroule dans un bruit mou, tremblant encore d’impulsions nerveuses.

Mais le répit ne dure pas.

Il en reste trop.

Beaucoup trop.

Lucy pivote, glisse au sol, projette ses jambes, frappe, lacère, transperce.

Elle bouge comme un éclat de glace dans une tempête, rapide, irrésistible, sans forme.

Mais ils sont nombreux.

Trop nombreux.

Un démon massif surgit par le côté, son bras énorme balayant l’air.

Il effleure son flanc—

Assez pour la propulser en arrière.

Elle glisse sur plusieurs mètres, heurte sa propre barrière de glace dans un fracas sourd.

— LUCY-SAMA !!

— ATTENTION !!

— DERRIÈRE VOUS— !!

Les villageois, affolés, martèlent la glace de leurs poings, leurs alertes étouffées par le vacarme.

Lucy se redresse, mais son souffle est court.

Le démon qui l’a touchée ricane.

— Alors ? Tu commences à fatiguer, petite traîtresse… ?

Elle essuie la trace de sang à sa joue, ses yeux brillant d’une colère glacée, prête à répliquer.

Mais, soudain ….

Un souffle.

Une vibration dans la terre.

Un frisson parcourant l’air.

Les démons cessent instantanément leurs attaques.

Leurs yeux s’écarquillent.

Certains reculent, terrorisés.

Lucy comprend.

Trop tard.

Une présence écrase l’espace.

Puis il apparaît.

Marchant dans le silence, lentement, avec une grâce presque irréelle.

Akaza.

Torse nu, peau blanche striée de tatouages bleu cendre.

Cheveux rose.

Pupilles jaune orangé, froides, profondes — et pourtant… curieusement vivantes.

Il ne sourit pas.

Pas encore.

Il observe.

Tout.

Lucy, les humains, la barrière de glace.

Puis ses yeux reviennent vers elle, et là seulement, un murmure admiratif :

Un démon aussi puissant… qui protège des humains ? Fascinant.

Lucy serre le poing.

Elle ne parle pas. Elle le reconnait. Il était présent quand elle a été transformé.

Akaza incline légèrement la tête, comme pour saluer un adversaire.

Akaza, Rang Supérieur Trois.

Une respiration.

Montre-moi ta valeur.

La terre éclate.

Il disparaît.

Lucy réagit par pur instinct, levant son bras pour bloquer un coup venant de la gauche.

CRACK— !

L’impact la propulse sur dix mètres.

Elle s’écrase contre une souche d’arbre, l’air expulsé de ses poumons.

Akaza se tient déjà devant elle.

Il ne transpire pas.

Il ne sourit pas.

Il l’analyse.

Tu tiens debout malgré ça. Excellent.

Il frappe encore.

Lucy dresse une muraille de glace.

BOOM— !!!

La muraille explose comme du verre.

Elle esquive de justesse un crochet qui aurait pulvérisé son crâne.

Elle riposte :

Un pic de glace surgit du sol.

Akaza se penche — une simple inclinaison du torse — et l’esquive comme une danse.

Tes techniques sont magnifiques…

Il est déjà derrière elle.

Ses doigts effleurent son bras.

Puis—

CRAC— !!!

Le radius se fissure. La douleur est fulgurante.

Lucy hurle —

puis contre-attaque de toutes ses forces, lacérant son flanc d’une griffe de glace chargée de sang.

Le sang démoniaque gèle en touchant l'air.

Akaza regarde la plaie…

puis baisse les yeux, fasciné.

Tu blesses un Rang Supérieur.

Un sourire étire ses lèvres.

Je pourrais t’apprendre tant de choses.

Elle crache :

Va brûler.

Son poing de glace frappe son torse.

Akaza bloque avec paume ouverte —

et en un seul mouvement…

Il saisit son bras gauche.

Lucy comprend.

Non— !!

Trop tard.

SCHRKK— !!!

Son bras est arraché net au niveau de l’épaule.

La température chute violemment autour d’elle.

Du sang gèle en vol, tombant comme des cristaux brisés.

Lucy chancelle, manque de s’effondrer.

Akaza se place devant elle, presque tendre.

Tu continues à te battre. Admirable. Rare.

Sa voix devient plus grave.

Mais il est temps de…

Il s’arrête.

Une lumière rose s’étire entre les arbres.

Le soleil.

Akaza se raidit brusquement, tout son corps se tend.

Il serre les dents — un geste rare, presque humain.

Tch…

Lucy relève la tête.

Elle voit la lumière.

Elle voit Akaza.

Elle comprend.

Et elle bondit.

Avec un seul bras.

Avec le sang qui gicle.

Avec la douleur qui pulse.

Elle l’agrippe par le poignet — et le tire d’un coup sec vers la lumière ascendante.

Akaza écarquille les yeux.

Tu veux mourir ?!

Il tire. Elle résiste.

Elle brûle déjà.

Sa joue commence à fumer.

Lucy grogne entre ses dents serrées :

Je ne te laisserai pas partir !...

Elle le tire encore.

La lumière effleure Akaza.

Sa peau se met à grésiller.

Il panique — oui, panique — une réaction brute, instinctive.

Il tire violemment en arrière.

Lucy résiste encore.

La lumière touche son épaule mutilée.

SSSSSHHHH—

Sa peau s’ouvre.

Ses os blanchissent.

Elle serre les dents, grogne, mais ne lâche pas.

Akaza la regarde avec une expression qu’il n’a jamais montrée :

Un mélange de respect.

D’incompréhension.

Et presque… de tristesse.

Tu vas mourir comme ça.

JE M’EN FICHE !

Elle tire encore.

Encore.

Akaza n’a plus le choix.

Il frappe son ventre d’un coup fulgurant, non mortel mais dévastateur.

BOOM— !!!

Lucy est projetée en arrière, roulant dans la boue jusqu’à heurter un arbre.

Elle tousse du sang et de la cendre.

Akaza recule dans l’ombre, son bras déjà fumant.

Je ne peux pas mourir ici. Le maître a besoin de moi.

Un dernier regard.

Tu n’es pas un démon normal. Et tu ne devrais pas exister.

Puis il disparaît.

Fuyant le soleil.

Comme une bourrasque qui s’effondre.

Comme un cauchemar avalé par l’ombre.

Le silence retombe.

Mais la lumière, elle… continue de grimper.

Lucy fait un pas.

Un seul.

Vers l’endroit où il s’est volatilisé.

Sa voix, rauque, brisée, se déchire dans la clairière :

— REVIENS, ESPÈCE DE LÂCHE !

Mais elle ne tient presque plus debout.

La lumière du soleil l’atteint à nouveau, glissant sur sa peau déjà carbonisée… et la torture recommence aussitôt.

Sa chair craque comme de la boue sèche.

Sa peau noircie s’écaille en lambeaux qui s’envolent au vent comme des cendres de papier.

Son genou cède.

Puis l’autre.

Elle tombe lourdement, un avant-goût de la mort se répandant dans ses poumons comme une brume brûlante.

Le soleil, même timide, est impitoyable.

Elle ne peut plus se régénérer.

Il manque un bras entier.

Son côté gauche n’est plus qu’une plaie béante qui refuse de se refermer, le sang s’évapore sous le soleil.

Un instant, elle tente encore d’avancer.

De ramper.

D’atteindre l’ombre quelques pas plus loin.

Mais son corps n’obéit plus.

Elle brûle vivante, lentement, morceau par morceau.

Sa respiration devient un râle.

Derrière elle, la barrière de glace — fragilisée par les coups d’Akaza et le soleil — se fissure dans un craquement sec.

Puis elle s’effondre.

Les villageois, terrifiés mais vivants, se précipitent vers l’ouverture.

Ils voient.

Et ils hurlent.

LUCY-SAMA !!!

LUCY !!!

Par les dieux, elle… elle brûle !

Des adultes courent dans tous les sens.

Le chef tombe à genoux, les mains tremblantes devant sa bouche.

Une petite fille hurle le nom de Lucy.

Un enfant essaie de courir vers elle, mais un adulte le retient.

Mais Lucy n’entend presque plus rien.

Juste des échos.

Des sons déformés.

La réalité qui s’éloigne comme si elle se noyait.

Elle essaie d’articuler un mot, peut-être « fuyez », peut-être « pardon ».

Mais ses lèvres se brisent en poussière à chaque tentative.

Elle redresse faiblement son visage vers le soleil…

Et un morceau de sa joue se détache.

Elle ferme les yeux, incapable de supporter la douleur.

Le monde devient blanc, le son si flou qu’elle n’entend pas les bruits de pas qui s’approchent en courant, l’odeur si familière se perd dans sa mémoire.

))))))))))((((((((((

En un instant, une ombre s’abat sur elle en se déployant.

Lucy sent son corps basculer, déplacé sans qu’elle ne comprenne comment. Quand elle rouvre faiblement les yeux, elle n’est plus sous le soleil brûlant… mais à l’ombre d’un arbre, une ombrelle – son ombrelle – tremble au-dessus d’elle.

Koriha est perché sur une branche au-dessus d’elle, les larmes aux yeux.

Le contraste la frappe immédiatement : la brûlure cesse de progresser, la douleur diminue d’un cran… mais elle est encore loin d’être sauvée.

Elle peut à peine parler.

Sa peau est ravagée de craquelures noires, son bras manquant ne s’est toujours pas reformé, et chaque respiration fait tomber de petits fragments de cendre d’elle.

Pourtant, l’ombre lui permet de souffler.

Elle réalise alors qu’elle est dans les bras de quelqu’un — et deux mèches bleues oscillent dans son champ de vision.

Elle n’a plus besoin de réfléchir.

— …Muichiro ? … C’est toi ? …

Il hoche la tête, le visage d’une pâleur inquiétante.

Ses yeux, habituellement calmes, sont ouverts au maximum, brillants d’une horreur qu’elle ne lui a jamais vue.

Il la tient d’un bras comme si elle était faite de verre, l’autre serre la poignée de son ombrelle, comme si un mouvement brusque pouvait la briser en mille morceaux.

— Oui…  Murmure-t-il, sa voix étrangement douce, presque cassée.

Il la serre un peu plus contre lui.

— …à quoi pensais-tu ? …

Lucy tente de parler, sa voix à peine un souffle.

— Ils… ils étaient en danger… je devais…

Muichiro ferme brièvement les yeux, une expression douloureuse traversant son visage.

Il resserre son étreinte — avec une précaution infinie, mais une urgence désespérée.

— Je sais.

Un souffle.

— Je sais que tu voulais aider. Mais… tu as failli mourir.

Ses doigts tremblent contre son dos.

Il avale difficilement, la mâchoire crispée comme s’il retenait quelque chose de trop violent pour sortir.

Quand il rouvre les yeux, il y a dedans une lueur qu’elle ne lui avait jamais vue :

de la peur. De la vraie.

— …J’ai failli te perdre…

Lucy veut lever sa main vers son visage, essuyer cette expression qui lui déchire le cœur.

Elle essaie.

Mais sa main brûlée se désagrège avant même d’atteindre sa joue —

et un petit nuage de cendre tombe entre eux.

Muichiro retient son souffle.

Son expression se fissure.

Vraiment.

Il attrape aussitôt son poignet intact, comme pour empêcher son bras de simplement disparaître sous ses yeux.

Ses doigts se referment avec une douceur presque irréelle.

Et ils tremblent.

— Arrête de bouger…

Sa voix se brise.

Pas de colère.

Seulement… de la peur.

— Reste immobile. Ça va aller. Je suis là.

Mais dans ses yeux, Lucy comprend que ce n’est pas elle qu’il rassure.

C’est lui-même.

Lucy parvient à entendre les sanglots des villageois, un son étouffé mais bien présent.

Cela lui rappelle immédiatement la petite fille.

— …est-ce qu’elle… est arrivée ? …

Muichiro expire par le nez. Il lutte clairement pour rester calme en voyant l’état de Lucy, mais sa voix reste douce.

— Oui. Kotori a réussi à atteindre la maison…

Oh.

Alors elle s’appelait Kotori…

Quel joli nom…

Mais l’image du petit garçon au sol revient en mémoire comme un coup d’épingle dans le cœur déjà fissuré de Lucy.

Elle parle, sans oser regarder les survivants.

— Je… je n’ai pas pu sauver… tout le monde. Je suis désolée… désolée…

Une villageoise, âgée, s’avance.

Ses joues sont inondées de larmes, mais elle secoue la tête avec force, refusant qu’on laisse Lucy s’accabler ainsi.

— Non… non ! Vous avez sauvé tellement de gens ! Sans vous… aucun de nous ne serait en vie !

Sa voix se brise, mais elle continue d’avancer, la main sur la bouche, submergée par l’émotion.

Muichiro ne dit rien.

Il presse simplement son front contre celui de Lucy, un contact bref mais terriblement tendre.

Puis il la soulève délicatement dans ses bras, comme si elle pouvait se désagréger au moindre mouvement brusque.

— …Rentrons.

Mais la poitrine de Lucy se serre aussitôt à cette idée.

Ils ont été attaqués à peine après leur départ.

Cela pourrait recommencer.

Encore.

— Non… mettre à l’abri…

La poigne de Muichiro se resserre très légèrement.

Pas par irritation.

Par détermination.

Il jette un coup d’œil vers les villageois, son regard redevenant celui d’un Hashira — froid, ferme, protecteur.

— Ils viennent avec nous. Tous.

Personne n’ose discuter.

Même Lucy, trop faible, trop brûlée.

— Je veillerai à ce qu’ils arrivent en lieu sûr avant la prochaine nuit.

Il n’attend aucune objection.

Il tourne les talons, ajuste Lucy dans ses bras avec un soin presque douloureux de tendresse, et se met en marche vers la maison aux glycines.

Les pas suivent derrière eux.

Beaucoup de pas.

Assez pour rassurer Lucy.

Elle ferme les yeux, enfin soulagée.

Juste un instant… juste le temps de respirer.

Quand elle les rouvre, ils sont déjà à la maison.

Elle sent l’ombre, la fraîcheur, la sécurité.

Avant de sombrer complètement, une petite voix, fragile mais reconnaissable, lui parvient encore :

— Merci… Lucy-sama…

Et Lucy se laisse aller au noir, le cœur brisé mais apaisée.

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