Cœur givré

Chapitre 39 : Tanjiro Kamado

2128 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 18/02/2026 20:05

Muichiro se raidit à ses côtés, ses yeux se plissant tandis qu’il suit son regard vers le garçon à quelques mètres de là. Il ne le reconnaît pas. Il l’avait déjà vu… peut-être. Mais son esprit n’attrapait pas le souvenir— et pourtant, la présence est claire : l’odeur du démon est indéniable, légère mais persistante, comme un fil invisible qui se tend entre eux et cette boîte en bois portée sur le dos du garçon.

— C’est… euh…

Lucy tourne la tête vers lui, l’air mi-amusé mi-exaspéré, et murmure.

— Il faut vraiment qu’on fasse quelque chose pour tes pertes de mémoire…

Le garçon, lui, remarque immédiatement les regards posés sur lui. Il ralentit, puis s’arrête, comme s’il évaluait la situation à la seconde. Il esquisse une révérence polie, mais son expression se durcit légèrement lorsqu’il capte l’odeur de démon émanant de Lucy.

— Ah ! Bonjour ! Je suis Tanjiro Kamado, dit-il d’une voix aimable, mais prudente. …Y a-t-il un problème ?

Muichiro hésite, le temps de trouver une réponse — mais Lucy n’a déjà plus besoin de mots. La boîte bouge. À peine. Un froissement discret, un mouvement étouffé… et son ouïe démoniaque le saisit comme une alarme.

Son corps se tend immédiatement. Elle lâche la main de Muichiro, et ses griffes sortent dans un réflexe net, sans menace “calculée” : juste une réaction pure, prête à frapper si quelque chose surgit.

Tanjiro se raidit aussitôt.

Il recule d’un pas, les yeux plissés, la main glissant vers la poignée de son katana tandis qu’il ajuste la boîte sur ses épaules, instinctivement protecteur. Sa voix reste calme — mais l’avertissement, lui, est très clair.

— S’il vous plaît, ne faites rien. C’est ma sœur…

Muichiro, rapide, pose une main sur l’épaule de Lucy, ferme sans être brusque.

— Calme-toi…

Lucy laisse échapper un grondement bas, contrariée autant par l’odeur que par l’idée qu’un autre démon soit “à côté” d’humains sans surveillance.

— Comment être sûre qu’elle ne représente pas une menace ?

C’est presque absurde, dit comme ça — venant d’elle, démone protégée par tous les Hashira. Muichiro ne manque pas de le souligner ; il soupire, et son expression oscille entre exaspération et un amusement discret, comme s’il ne pouvait pas s’en empêcher. Les deux échangent un regard, clignent des yeux, et comprennent.

Tanjiro, lui, les observe avec une compréhension prudente. Pas de peur dans ses yeux. Juste cette détermination tranquille qui ressemble à une promesse.

— Nezuko ne fait pas de mal aux humains. Elle ne l’a jamais fait.

Lucy reste immobile une seconde de plus, comme si elle pesait l’air, les vibrations, le danger potentiel. Puis, très lentement, ses griffes se rétractent.

— Bien…

Elle jette un coup d’œil à la boîte. L’odeur qui s’en échappe est forte, oui… mais elle n’a rien de menaçant. Au contraire : c’est une odeur inquiète, sur la défensive. Comme une bête qui s’attend à être attaquée.

Tanjiro relâche un souffle qu’il retenait clairement depuis plusieurs secondes. Ses épaules s’abaissent d’un cran, sa main quitte son katana, et une pointe de curiosité traverse son visage quand il voit Lucy fixer la boîte sans hostilité.

— …Voudriez-vous la rencontrer ? Elle ne fera rien, ajoute-t-il, et malgré l’hésitation, il y a de l’espoir dans sa voix.

Lucy hésite. Une part d’elle se méfie — l’autre, beaucoup plus profonde, se sent étrangement… attirée par l’idée. Rencontrer quelqu’un “comme elle”. Quelqu’un coincé entre deux mondes.

Finalement, elle hoche la tête.

Tanjiro sourit, un sourire radieux, presque soulagé. Il s’agenouille, dépose la boîte au sol avec un soin extrême, puis ouvre la petite porte.

À l’intérieur, recroquevillée, clignant des yeux comme si elle sortait d’un demi-sommeil, une jeune démone apparaît. Ses grands yeux roses se posent sur Lucy avec une curiosité immédiate. Elle émet un petit son étouffé, incline légèrement la tête… comme pour la saluer.

Et Lucy reste un instant sans voix.

Pour la première fois, elle se retrouve face à quelqu’un qui lui ressemble vraiment.

Elle s’accroupit pour être à sa hauteur, détaillant ses cheveux longs et bruns qui se terminent en pointes rousses, le bâillon de bambou, la manière dont ses yeux bougent, attentifs mais sans agressivité. Nezuko semble… jeune. Probablement du même âge que Muichiro.

Lucy lève timidement la main, un salut simple, presque maladroit.

Nezuko cligne des yeux, puis tend soudain ses mains avec un petit gazouillis doux. Elle n’a rien de menaçant : elle est juste curieuse, avec des gestes enfantins. Elle tapote doucement les doigts de Lucy, comme si elle découvrait une texture familière.

Muichiro observe la scène sans rien dire, mais la tension dans sa posture se relâche nettement. Tanjiro, lui, a l’air presque bouleversé de soulagement ; son sourire s’élargit en voyant sa sœur interagir avec quelqu’un qui peut la comprendre.

— …Elle t’aime bien, dit-il chaleureusement.

Lucy sourit, attendrie, laissant Nezuko jouer avec ses doigts encore un instant avant de relever le regard vers Tanjiro.

— Pourquoi est-elle bâillonnée ?

Le sourire de Tanjiro s’efface un peu. Son sérieux revient, pas dur, mais solide.

— Pour l’empêcher de dévorer des humains, répond-il simplement.

Lucy hausse un sourcil, sincèrement perplexe.

— Mais… je n’en ai pas, moi.

Tanjiro hésite, jette un regard à Nezuko, puis choisit ses mots avec précaution.

— Parce qu’elle est encore en apprentissage. Avant, elle avait plus de mal… à lutter contre la faim, contre ses instincts. Le bambou l’aide à se concentrer, et c’était une condition pour qu’elle soit acceptée.

Puis son expression s’adoucit de nouveau, et son regard se pose sur sa sœur qui tapote toujours les doigts de Lucy comme si c’était le plus grand trésor du monde.

— Et… elle devient plus forte chaque jour.

Lucy hoche lentement la tête.

— Je vois…

Nezuko émet un petit son joyeux, complètement absorbée par son jeu. Malgré le bâillon, malgré sa nature, elle a l’air… innocente. Comme une petite fille qui n’a pas demandé à être ce qu’elle est.

Tanjiro la regarde avec une tendresse évidente.

Et aux côtés de Lucy, Muichiro reste silencieux, les yeux fixés sur Nezuko — non plus avec méfiance, mais avec une curiosité attentive, comme s’il essayait de comprendre une énigme qu’il n’avait jamais envisagée.

))) Deux jours plus tard (((

Deux jours s’étaient écoulés depuis la rencontre entre Lucy et Nezuko.

Deux jours durant lesquels elle avait appris que Tanjiro — ainsi que les deux autres garçons — séjournaient actuellement au Domaine des Papillons.

Cette information l’avait surprise. Vraiment surprise.

Elle n’avait senti aucune odeur étrangère.

Pas la moindre trace inhabituelle dans l’air.

Peut-être que ses blessures l’avaient suffisamment affaiblie pour émousser ses sens.

Peut-être que sa régénération incomplète brouillait encore son odorat.

Peut-être qu’il y avait déjà trop d’odeurs, avec les Kakushi dans les parages.

Mais au fond… ce n’était pas ce qui l’inquiétait le plus.

Sa principale préoccupation, c’était l’absence de Koriha.

Elle ne le trouvait nulle part.

Un matin, lorsque le soleil était encore suffisamment bas pour lui permettre de sortir sans risquer de brûler, elle quitta le bâtiment, ombrelle sous le bras.

Elle parcourut la cour.

Les jardins.

Les haies.

Elle grimpa même aux arbres, scruta les branches, puis le toit du domaine.

Rien.

Pas une plume noire.

Pas un croassement familier.

— Koriha ! Koriha !!

Elle porta les mains à ses joues pour amplifier sa voix, l’appel résonnant dans la cour encore paisible.

Du coin de l’œil, elle aperçut un mouvement près de l’entrée du domaine.

Tanjiro sortait, la boîte de Nezuko solidement attachée dans son dos. À ses côtés marchaient Zenitsu — traînant les pieds — et Inosuke, déjà surexcité.

Lucy se tourna vers eux.

— Tiens, où allez-vous tous les trois ?

Tanjiro lui adressa un sourire lumineux malgré l’heure matinale.

— Nous allons rejoindre Rengoku-san en mission ! J’ai des questions importantes à lui poser.

Sa voix vibrait d’enthousiasme et de détermination.

— Pourquoi si tôt… pourquoi moi… j’aurais dû rester au lit… gémit Zenitsu en se frottant les yeux.

À côté de lui, Inosuke se frappa la poitrine avec énergie, son masque de sanglier fièrement vissé sur la tête.

— HAH ! ENFIN DE L’ACTION ! CE VIEUX RENGOKU A BESOIN DE MOI, LE GRAND INOSUKE, POUR REMPORTER LA MISSION !

Tanjiro soupira, légèrement embarrassé par l’exubérance de ses compagnons, puis reporta son attention sur Lucy.

— Et toi, Lucy-san ? Tu cherches quelqu’un ?

Elle opina, les yeux toujours levés vers la cime des arbres.

— Mon corbeau. Cela fait plusieurs jours que je ne le trouve plus. Il ne s’éloigne jamais aussi longtemps…

Puis, une pensée la frappa.

Elle baissa brusquement le regard vers Tanjiro.

— Attendez… Kyojuro est en mission ? Pourquoi je n’ai pas été prévenue ?...

Tanjiro inclina légèrement la tête, compatissant.

Zenitsu lui lança un regard compréhensif, tandis qu’Inosuke continuait de vibrer d’impatience à l’idée du combat.

— Peut-être qu’il s’est simplement envolé un peu trop loin ? proposa Tanjiro doucement. As-tu vérifié la forêt alentour ? Il arrive que les oiseaux se perdent par hasard.

— Peut-être qu’il a juste… oublié son chemin ? ajouta Zenitsu en bâillant. Les oiseaux sont parfois bizarres, tu sais…

Un petit moineau vint immédiatement lui pincer l’oreille en guise de protestation.

Inosuke renifla avec mépris.

— Cet oiseau est vraiment stupide.

Lucy croisa les bras, vexée.

— Pas Koriha. Il est intelligent.

Et comme si le simple fait de prononcer ce nom avait invoqué une autre présence…

Muichiro entra dans la cour.

Immédiatement, Lucy abandonna toute dignité et courut vers lui.

— Muichirooooooo !

Elle attrapa ses mains sans la moindre hésitation.

Muichiro cligna des yeux lorsqu’elle lui attrapa les mains avec autant d’urgence.

Elle tirait déjà dessus pour l’entraîner vers elle, et il la suivit sans résister, même si une pointe de perplexité traversait son visage encore un peu ensommeillé.

— Qu’est-ce qu’il y a ? demanda-t-il d’une voix légèrement rauque.

Il n’y avait aucune irritation dans son ton.

Seulement une curiosité douce. Une inquiétude qui commençait à poindre.

Lucy serra un peu plus ses doigts.

— Aide-moi, s’il te plaît ! Je ne trouve toujours pas Koriha… et je m’inquiète.

Muichiro marqua un léger temps d’arrêt.

Son regard changea.

— Ah… murmura-t-il plus bas. Je ne trouve plus Ginko non plus…

Lucy haussa lentement les sourcils.

Deux corbeaux.

Disparus en même temps.

Derrière eux, Tanjiro et les autres s’étaient arrêtés, visiblement partagés entre l’inquiétude et l’impatience de partir en mission. Tanjiro hésita, puis s’approcha d’un pas.

— Si nous croisons vos corbeaux en chemin, nous les renverrons immédiatement, promit-il avec un sourire sincère.

Inosuke ricana, les bras croisés.

— La chasse aux oiseaux, c’est nul !

Zenitsu, lui, semblait déjà au bord de l’effondrement.

— Dépêche-toi, Inosuke… On va encore marcher des heures…

Lucy leur adressa un petit signe de la main malgré l’inquiétude qui lui serrait la poitrine.

— Faites attention à vous, les garçons ! Dites bonjour à Kyojuro pour moi !

Tanjiro leva la main en retour.

— On le fera !

— Prends soin de toi ! ajouta Zenitsu.

— Pff ! On n’a rien à craindre ! lança Inosuke en frappant sa poitrine.

Ils s’éloignèrent bientôt sur le chemin, leurs voix s’estompant peu à peu derrière les arbres.

Le silence retomba.

Muichiro se tourna vers Lucy. Son visage était redevenu sérieux, concentré.

Plus aucune trace de distraction.

— Nous devrions aller dans la forêt, dit-il simplement.

Son regard se planta dans le sien.

— Viens.

Et sans attendre davantage, il se mit en marche.

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